





                                  Le Patriarche


                            Le Premier Monde : Crise


                             Florent (Warly) Villard


                           Janvier 1984 - Octobre 2003











Version: 0.5.1 - 27 aot 2005 - 5

Copyright 2002,2003,2004,2005 Florent Villard










Remerciements
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Toujours et encore  Monsieur Yves Gueniffey, sans            lequel ces crits n'auraient
peut-tre jamais            commenc.

 personne d'autre encore pour l'instant.

Ylraw
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Pass
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Vendredi 28 janvier 2005, jour 647
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Les traces du pass sont difficiles  dceler. Dlicat de savoir les lments qui
ont vraiment de l'importance. Une chance qu'Ylraw eut toujours cette obsession de
l'criture, de raconter sa vie.

Tout tait diffrent depuis le dbut, je le savais, mais je ne le croyais pas. Tous
ces crits m'ont aid  tenter de comprendre qui il est vraiment.

Son enfance est marque par son attachement  son village, Chteauvieux. Ces terres
sur lesquelles il a grandi, et que Sarah redoute tant. Il y a quelque chose l, quelque
chose qui rend les hommes diffrents.

Je me rappelle, je me rappelle ce jour o il s'est renvers cette tasse de caf bouillant
dessus, je me rappelle qu'un peu aprs une femme est venue. Je n'ai que l'image floue
d'une jeune femme. Mais elle tait belle, tellement que je pense que ma vision de
la beaut n'est autre que son image.

1984, ses tout premiers crits.

Jeudi 4 janvier 1984
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Nous sommes alls au ski aujourd'hui. Il a fait Soleil. Je suis tomb deux fois et
Mathilde quatre fois. Fabien est malade.

Vendredi 5 janvier 1984
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Il fait Soleil, Fabien est toujours malade.

Vendredi 28 janvier 2005, jour 647
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Fabien est son petit frre, de quatre ans son cadet. Il continua ainsi d'numrer
quelques jours, se proccupant principalement du temps. Mais est-ce si anodin, finalement,
cet attachement pour le Soleil ? J'ai longtemps cru que c'tait la simple influence
de la tlvision, "Les Mystrieuses Cits d'or", qu'il regardait avec tant d'assiduit,
et o Esteban, fils du Soleil, pouvait le faire venir par un sourire. Je me rappelle
qu'il se demandait tout de mme ce qui se passerait si jamais il souriait la nuit.

J'ai retrouv un agenda, de l'anne suivante, 1985. Rien de trs intressant, si
ce n'est quelques jours aprs une chute qui lui valut des points  la tte. Le mdecin
l'avait mal recousu, et sa blessure s'infecta.

Lundi 26 aot 1985
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Je suis tomb hier.  l'hpital il ne m'ont pas endormi et ils m'ont mis cinq points.
J'ai eu trs mal.

Dimanche 1 septembre 1985
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Je suis retourn  l'hpital aujourd'hui. Le docteur m'a dcousu et recousu. Mais
je pense que comme la dame elle m'avait guri, c'tait pas la peine.

Vendredi 28 janvier 2005, jour 647
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C'est flou dans mon esprit, mais je pense me rappeler qu'effectivement, le mdecin
n'avait pas jug bon de l'endormir pour le recoudre, il avait d tout de mme l'anesthsier
un minimum, j'ai du mal  croire qu'il l'et recousu directement.

Cette dame dont il parle, c'est toujours la mme que celle voque plus haut, et
c'est encore la mme qui a rappel  Ylraw de retour d'Australie l'existence de la
Pierre Univers et la ncessit absolue pour lui de la retrouver ; c'est trs clair
dans mon esprit dsormais. Alors qu'il n'avait que neuf ans, elle est passe le voir,
un moment o il marchait seul sur la route pour rejoindre sa grand-mre. Elle lui
a parl un instant, a touch sa blessure au front.  l'poque il tait persuad qu'elle
l'avait guri. Et puis il a oubli, comme on oublie tous ces mythes auxquels on croit
quand on est jeune.

Mais aujourd'hui il n'y a gure de mythes auxquels je ne crois plus...

Je n'ai pas retrouv de documents sur la priode s'talant de 1985  1992. Il est
entr au Collge,  Gap, en 1987, et il l'a quitt pour le lyce en 1991. Je ne me
rappelle rien de notable sur cette priode, si ce n'est qu'il oubliait un peu son
monde pour la ralit des hommes. Il oubliait Dieu et se cantonnait  ce que voyaient
ses yeux.

Entre 1992 et 1994, il crivit presque au jour le jour. Le Soleil est toujours prsent,
presque chaque jour.

Aprs son bac, en 1994, il partit  Grenoble, pour ses classes prparatoires. Il
souffrit les premiers mois du manque de Soleil, puis celui-ci revint. Il n'y a rien
de bien notable sinon, en 1996 il intgra les Mines de Nancy, pour trois annes qui
le menrent  son diplme en 1999.

C'est aussi en 1999 qu'il commena la mise en place d'un site web relatif  linux,
sa passion grandissante depuis 1996. Il y crivit en ralit beaucoup plus, dpassant
largement sur sa vie et sa vision du monde. Il dmnage de Nancy vers Orsay, dans
l'Essonne, dans un premier temps, pour son stage  Motorola, puis d'Orsay  Gif-sur-Yvette
et son premier emploi  Silicon Graphics. Il y restera tout juste cinq mois, avant
de rejoindre Mandrakesoft, socit ditrice du systme d'exploitation Mandrakelinux.
Il y entra le 22 novembre 1999, et marqua ainsi le dbut de son implication vritable
pour les logiciels libres, logiciels que tout un chacun peut modifier, copier, revendre,
ou l'accs  l'information et au savoir est protg et garanti pour tous. Une nouvelle
vie qui lui valut aussi sa rencontre avec Virginie et son dmnagement pour le centre
de Paris, rue Crillon, en fvrier 2000. Il crit toujours, soit sur son site internet,
soit brivement les dtails de sa vie au jour le jour, puis, vers l't 2000, dlaisse
un peu l'criture.

Dsespoir
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Vendredi 28 janvier 2005, jour 647
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Juillet 2001, Virginie vient de le laisser. Il crit de nouveau.

Ses crits n'taient pas trs ordonns, je vous prviens...

Ce n'tait pas trs ordonn et pourtant, pourtant en quoi une vie qui coule, qui
se construit, qui se dtruit, n'est-elle pas ordonne ? C'est le temps qui passe,
l'ordre.

Il tait une fois. Il tait une fois quelques jours, quelques moments. Un peu d'une
vie, un peu de dsespoir, un peu d'espoir. Comme une qute, une recherche. Jour aprs
jour, en en oubliant certains, trop fatigu, trop occup. Le monde change, les hommes
moins vite, les paradoxes se crent, les incohrences. Les valeurs, la morale, les
envies, les vices, les buts, toutes ces questions avec mes rponses. Le mal, le bien,
le rvoltant, le dsesprant...

C'est dans cette priode que l'on trouve sans doute la source de mes futures innombrables
discussions avec Enavila.

Jeudi 19 juillet 2001
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Rveil le matin on n'attend pas trop. Les choses se passent. On se lve. ventuellement
on fait un clin, ventuellement on coute les catastrophes du matin aux infos. Tout
dpend un peu d'avec qui on est. Seul ou pas. Nous restons seuls de toutes les faons,
 bien y rflchir c'est presque automatique. On mange, on a faim. On ne sait mme
pas trop si on a faim. En tous les cas cela se passe le matin c'est le matin,  part
les infos et le clin, il n'y a finalement pas beaucoup de marge. Travailler, il
le faut. Parat-il. On part tt ou on part tard. On a des ides, parfois. Et parfois
moins. Les choses s'accumulent sans notre aide. On rigole. On ne rigole pas. On mange
un peu ou beaucoup. On lit ses mails, des centaines de mails qui nous tiennent en
vie, presque... La journe se termine sans avoir vraiment commenc. On discute un
peu, on parle de choses qui nous tiennent  coeur, parfois. Ou on ne sait pas trop
 vrai dire, ce qui nous tient  coeur ou pas. Est-ce le temps ? Les personnes qui
partent ? Ou qui arrivent ? Les personnes qui pleurent, les personnes qui sont seules,
la bourse qui monte, et la bourse qui descend ? Tout se passe, finalement, presque
trop facilement. On gagne un peu d'argent qu'on n'a mme pas envie de dpenser. La
tl ne sert plus  rien tellement le temps est gris, point de mto qui puisse y
changer quoi que ce soit. Et ces livres, ces films, qu'on ne lit et ne regarde pas
pour vivre soi-disant plus que de ne rver. Ne vaut-il mieux pas rver, parfois,
tellement inutiles sont ces jours qui s'accumulent ? Quelques espoirs toutefois,
quelques sourires, finalement, quelques rves, tout compte fait... Mais toujours
un matin suivant, un autre rveil, une autre vie. Rveil qui ne sonne mme plus tellement
il est normal de faire une journe aprs l'autre. Rveil qui en perd ses btons tellement
le temps devient inutile. Mme plus de fatigue,  croire qu'il n'y a plus rien 
retenir, que la mmoire ne sait plus trop ce qu'elle veut et ce qu'elle ne veut pas...
Partir pour revenir, quelques vacances l o tout n'est que retards qui s'accumulent,
comme les jours, comme les mails, comme les chiffres dans les cahiers, comme si chaque
instant avait une importance pour qu'on le garde sur un support, alors que des milliards
d'instants s'envolent et passent on ne sait o sans que jamais personne ne s'en inquite...

Mais o va-t-on ?

19 juillet, 2001, 9 heures 45.

Rien n'est commenc, tout est vierge. Le travail est  faire, la prparation est
termine, il est temps d'tre un peu. Plus de jeu, on est ou on n'est pas.

Vendredi 20 juillet 2001
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Qu'est ce qu'on peut bien gagner en une journe ?  ct de tout ce que l'on perd.
Pourquoi est-on triste certains jours, certains moments ? Pourquoi les choses passent
? Pourquoi n'a-t-on rien qui tienne ? Pourquoi les gens se lassent ? Pourquoi tant
de fois  tenter d'avancer on se retrouve toujours au mme point, seul. Quel est
l'intrt ? Quel est le but de toutes ces choses ? Je me moque du pass, c'est le
prsent qui m'intresse, et  chaque fois que je m'en rends compte, je suis triste,
n'y aurait-il donc que la tristesse qui nous montre le temps qui passe ? Pas de clin.
C'est ma faute, ce n'est pas ma faute, c'est la faute  qui ?  quoi ? Et pourquoi
cela fait mal ? Qu'est-ce-qu'on peut bien gagner en une journe ?

Se laisser vivre, le rve de beaucoup, n'est peut-tre finalement que le plus grand
des cauchemars. N'avoir qu'une vie inutile, remplie de plaisirs phmres et sans
porte. Mais o est donc ce qui est crit dans ces livres ? O est donc cet amour
? Cette motivation ? Ces grandes choses que l'homme est sens faire ? La morale et
l'thique, le respect de l'individu, les conventions, les protections, les associations,
les droits galitaires... Ne seraient-ils pas, finalement, ce qui aseptise notre
diversit, et nous rduit  n'tre qu'un citoyen monotone, mono-got, monoculture
? Je n'ai pas envie, moi, d'tre comme les autres, trait comme les autres, ignor
comme les autres. Qu'est ce que j'ai fait, dans cette journe, que je pourrais raconter
plus tard, sans avoir la triste impression qu'elle n'tait, finalement, qu'une journe
si banale qu'elle rsumait  elle seule la vie de la majeure partie de l'humanit.

Se laisser vivre, c'est mourir prmaturment.

Pourtant il est si dur d'tre tout le temps, en permanence, attentif. N'a-t-on vraiment
droit  aucune faiblesse ? Restera-t-on vraiment si seul ? Il est des douleurs qui
sont toujours les mmes, et dont on se lasse presque tellement on les connat, presque
en nous, presque nous. Il est dur d'aimer, peut tre pas aussi dur de ne pas aimer,
mais qu'importe, puisqu'au final tout revient toujours au mme.

Samedi 21 juillet 2001
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21 juillet, 2001, 15 heures 14, j'ai perdu, une fois de plus. Pourquoi l'espoir est-il
toujours l ? Comme s'il ne servait qu' alimenter la douleur.

Je ne sais plus trop ce qu'il faut faire, ce que je dois faire, et pourquoi. Pourquoi
je suis l, pourquoi j'ai choisi cette route et o elle me mne. Je me suis longtemps
dit, pendant ces moments, que la voie ne pouvait tre faite que de solitude, et malgr
tous les efforts, je n'ai jamais pu, rellement, me prouver le contraire. J'aimerais
parfois m'arrter, juste l, attendre, ne plus avoir  rflchir, ne plus avoir 
encaisser, juste me reposer. Ne peut-on vraiment crer que dans le tourment ? Dans
la peine et la rage, n'y a-t-il que ces sentiments comme combustible  la crativit
? Le bien ne sortirait-il que du mal ? Je suis fatigu de tout cela.

21 juillet, 2001, 21 heures 26, la libert est un mal, une porte ouverte  la dbauche,
et  l'inutilit.

Je ne veux pas que ce soit facile, je ne veux pas dcider de quand j'ai envie d'aimer
ou pas, d'tre seul ou pas, d'tre heureux ou pas. Je ne veux pas que le plaisir
soit comme la tl qu'on allume et qu'on teint, le frigo, le cinma, la fte...
Je veux mriter. Je veux souffrir pour savourer. Je n'aime pas ce monde o tout est
si tendre, si proche, si facile, o quand on est malheureux ce n'est qu'un chagrin
d'amour. L'homme n'est qu'une livide ineptie dans le confort. J'ai honte, parfois.

Dormir parfois donne un peu de courage, un peu de raison, un peu de quoi avoir envie
de faire quelque chose. Ou au moins d'en avoir l'ide. Pas toujours. Peut-tre que
trop dormir, comme de trop faire quoi que ce soit, ne fait que dtruire la vertu
de l'action. C'est presque de ne pas avoir mal qui me le fait. C'est difficile 
comprendre. C'est comme si subitement, alors que c'est toujours un peu l'esprit qui
agit sur le corps, pour le rendre plus fort. Comme si subitement  trop subir c'est
le corps qui devient plus fort, insensibilise, rend indiffrent... Aimer est une
belle chose cependant, mais il est  croire qu'elle ne survit pas au traitement qu'elle
subit dans notre socit moderne. Cela me tue, presque, de n'avoir plus rien, de
ne sentir plus rien. Pourtant je suis triste, peut-tre la douleur change-t-elle,
peut-tre deviens-je plus mature, et que ce n'est plus la passion qui me tue, mais
l'absence de logique.

La route est longue, et seme d'embches, heureux ceux qui peuvent la suivre longtemps...

Dimanche 22 juillet 2001
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22 juillet, 2001, 9 heures 08, nuit trop longue, nuit trop facile, o tes-vous,
mes insomnies ?

Peut-tre finalement que c'est seul que chacun doit faire son chemin. Peut-tre aussi
que n'importe pas cette morale et cette vertu ; pourquoi donc s'inquiter du futur,
des autres, et pourquoi ne pas simplement prendre le plaisir o il est, vivre intensment,
pour mourir jeune et plein d'images ? Il est des jours o on se demande s'il y a
rellement quelque part une grandeur de l'homme, ou si ces habits ne sont pas que
la honteuse couverture d'instincts primitifs qui sont toujours intacts et ne font
que se rvler de plus en plus,  la mesure de la facilit grandissante de la vie
dans nos socits modernes. Mais comment la spiritualit et la srnit peuvent-elles
sortir d'une suite de plaisirs pris comme ils viennent ? Encore une fois n'est-il
pas infiniment plus sduisant de mriter ? Le bonheur de l'instant est si facile,
il ne peut ne pas avoir de contrepartie. La solitude doit tre un bonheur plus grand,
peut-tre. Toute cette histoire qui nous vient de la Bible, Ancien Testament, Coran,
et autres, ne serait-elle pas finalement l'amoncellement de l'exprience de la voie
qui mne a la srnit et au bonheur ? Et que notre soif de plaisir immdiat ne fait
que bafouer pour nous ramener dans la solitude, la tristesse et l'oubli...

Il est paradoxalement parfois rconfortant de ne rien attendre, de vouloir juste
faire ce que l'on a  faire, et de ne pas esprer, ou vouloir, plus que ce que l'on
a ; comme si la fatigue et la lassitude avaient pris place dfinitivement. L'occupation
dsintresse semble le doux rconfort de l'oubli et de l'insouciance, comme si on
cherchait  s'occuper l'esprit simplement, pour faire passer le temps.

Lundi, premier jour de la semaine.

Dernire semaine de juillet 2001.

Qu'aurais-je fait en ce mois ? Qu'aurais-je fait pour en tre fier et qu'aurais-je
fait pour avoir  faire mieux le mois prochain ?

La prise de conscience peut-tre, simplement, la prise de conscience que la vie n'est
pas ce que j'ai, et que l'avenir n'est pas ce que j'attends.

Mardi 24 juillet 2001
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Rveil sans rveil, point d'urgence, trop de sommeil mme, peut-tre,  croire que
la mesure n'existe pas, soit trop soit pas assez, mais que prfr-je, entre me rveiller
prs d'elle ou repos, que prfr-je, entre la draison et l'ordonn, entre les
caprices des relations humaines, et le charme rconfortant de la solitude ?

Tout semble encore bien confus, mon dsir d'tre d'il y a quelques jours, ma soif
de contrle, peut-tre aussi. Tout cela n'est pour l'instant que rve et je me confronte
toujours, comme beaucoup,  subir les jours, les nuits, le temps qui passent. Mettre
en valeur chaque instant, ne perdre rien, que chaque moment apporte toujours sa part.
Mais il est si facile de dire, si facile de se croire fort, tranquillement install
chez soi, et de s'apercevoir de sa faiblesse, de ses faiblesses, quand on se retrouve
en face de ce que l'on attend, comme si on se connaissait si mal, que la surprise
de nos envies, de nos ractions, est une excuse pour remettre  plus tard nos volonts.
L'accord entre notre raison et nos actes serait-il moyen  grandir notre srnit
? Ou n'est-ce encore qu'un aveuglement de plus sur les buts et desseins de l'homme
dans son ensemble, homme animal, physique, moral, spirituel ? Y a-t-il vraiment un
chemin sans souffrance pour l'homme, ou restera-t-il dchir entre ses instincts
et ses rves tant que sa couverture charnelle dictera ses volonts bien plus fort
que les soupons de raison qui l'habitent ? La solitude ou la draison, que vaut-il
mieux ?

Mardi, 24 juillet 2001, 8 heures 08 deuxime jour de la semaine, longue semaine,
comme si la raccoutumance rendait le temps plus prsent, moins fluide, plus pesant...

Il est des moments o on ne sait jamais trop ce que l'on doit faire, o entre un
mal et l'autre, il est difficile de choisir. Le mal d'tre loin, mais qui lui permet
d'oublier, et le mal d'tre prs, qui remue le couteau dans notre plaie. Il est si
dur de laisser s'couler ses jours quand on ne sait pas sa route. Il est si dur d'accepter
d'attendre, pour savoir, quand tout ce qui nous importe est ailleurs que l. Il est
si dur de rapprendre  rester seul. L'impatience, c'est peut-tre cela, finalement,
qui nous dtruit tous...

Jeudi 26 juillet 2001
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26 juillet, 2001, 8 heures 50. La lassitude est toujours l.

La lassitude arrive toujours, je ne sais pas trop pourquoi. Sans doute parce que
notre monde moderne nous habitue au changement,  la nouveaut,  ne jamais garder
quelque chose trs longtemps,  en changer au moindre signe d'ennui. Qu'est-ce qui
est bien ? Je ne sais. Cette libert de choisir, d'avoir cette impression de contrle
sur nos vies, mais de ne rester que dans l'phmre, l'incomplet, l'inachev, ou
cet intolrable mais malgr tout passionnant enchanement qui ne nous laisse pas
d'alternative  la lutte, chaque jour, chaque instant, et o la possession n'est
que foutaise, o on ne survit pas seul, o on regarde toujours l'avenir avec des
yeux blouis, mais o ce n'est pas notre ennui qui nous guide, mais notre soif de
vivre.

Vendredi 27 juillet 2001
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27 juillet, 2001, 8 heures 15, clash plus une semaine, longue nuit, encore, trop
de rves inintressants.

Je me suis souvent demand ce qui faisait avancer les gens. Ce qui faisait qu'ils
avaient envie de continuer  vivre. La peur de mourir en fait partie, sans doute,
la peur de souffrir, le rflexe non naturel de se donner la mort. Mais elle n'explique
pas, j'imagine, tous ces jours de dsespoir. Certains doivent vivre pour leurs enfants,
et c'est une lgante et facile faon de se dcharger de la responsabilit de justifier
sa vie. D'autres doivent esprer je ne sais quoi, le bonheur sans doute. Mais y a-t-il
vraiment de bonnes raisons, dans toutes les raisons qui existent, y en a-t-il au
moins une qui soit une vraie raison de vivre, de se battre, jour aprs jour, de souffrir,
jour aprs jour, de ne jamais baisser les bras, de se relever, quoi qu'il arrive,
de ne penser qu' elle, jour et nuit, jusqu' la fin ? Les plaisirs phmres n'apportent
pas le bonheur, ils ne font qu'entretenir une illusion, qui s'envole bien vite, quand
on rentre, tout seul. Le bonheur est peut-tre dans le souvenir, souvenir des bons
moments. Mais ne seraient-ils pas plutt plus  mme d'amener la nostalgie ? Mais
le bonheur peut-il tre autre chose que le souvenir ? Puisque le prsent nous dpasse
un peu, reste incertain, reste phmre, et s'envole. Nous ne nous rendons compte
du bonheur que de temps en temps, rarement sur le moment. Les erreurs et les dfaillances
reviennent aussi, se mlent, s'entremlent, et laissent au final une impression trange,
qui doit fluctuer avec les humeurs et les instants. Qu'est ce qui me fait avancer
? Est-ce que je suis heureux ? Pourquoi est-ce que je ne ressasse jamais le pass
?

Samedi 28 juillet 2001
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28 juillet 2001, 10 heures 54, samedi, dernier jour de la semaine, jour de repos,
jour de solitude, jour de remise en question, jour de rflexions diverses.

Nous sommes si faibles, parfois, souvent, de ne vouloir que de tant de choses, de
tant de force, et de cder, si facilement.  vouloir tre trop fort on se masque
souvent la vue, et on n'en ressort que plus faible, au final. Serait-ce vraiment
si dur de se voir comme nous sommes, d'accepter, de comprendre, et de contrler,
peut-tre, ne serait-ce qu'un peu ?

Le ciel est gris.  mon Soleil ! O es-tu donc ?  mon Soleil ! Comme si ta prsence
me rconfortait, toi le plus ancien Dieu des hommes...  mon Soleil, que dois-je
faire ? Ni Dieux, ni dmons, ni hommes ne m'ont jamais rpondu... Mais toi tu es
rest, tout le temps, quelque part o je te retrouve quand les forces me manquent...
Mais les forces me manquent-elles vraiment ? N'est-ce pas plutt mon obstination
 fermer les yeux devant l'vidence ?

Et le temps passe, nous attendons un peu, nous croyons que les choses vont changer,
mais elles ne changent pas. Elles ne changent jamais, elles n'empirent pas trop,
au mieux... 12 Aot 2001, 11 heures 13. La vie continue, nous ne savons jamais trop
pourquoi, si nous le mritons ou pas. Mais le temps n'arrange rien, il nous rend
plus indiffrent  la limite. Mais je n'ai pas envie d'tre indiffrent... Quant
 mieux savoir ce qu'il faut faire, c'est comme si l'vidence mme tait tellement
diabolique qu'on se la masque sous des excuses. Nous ne sommes rien sans nos sentiments.
Vouloir les contrler, les limiter, c'est enlever tout le got de nos journes, de
nos pleurs, de nos blessures, de nos amours perdues. Mais de quoi se rappellera-t-on
une fois vieux et fatigu ?  De nos amours rates, ou de ces choses que nous avons
pass des jours, des semaines, des annes,  construire ?  La futilit m'embte.
Mais  quoi bon croire qu'une relation, une entraide, ira plus loin la prochaine
fois ? Pourquoi ne pas accepter la solitude, s'en fortifier, et avancer indiffremment
des autres ? Il est dur de suivre, pour sr, et presque le rle de messie serait
plus facile  tenir que celui de fidle. Peut-tre ai-je trop attendu dsormais,
qu'il faut partir, commencer, poursuivre. Je suis perdu, je ne sais pas o j'en suis,
ce que je suis, ce que je veux...

11 heures 49.

Mais comment me retrouver ? Quel est l'ordre ? Un fil conducteur, le suivrais-je
sans savoir ? Comme si mes ides taient classes, ranges, ordonnes. Mais le sont-elles
? Srement pas, alors  quoi bon ? Autant laisser couler les mots et c'est peut-tre
la libert de les ranger comme ils viennent qui permettra  l'ordre d'apparatre.

Mais l'ordre n'est pas, le moins qu'on puisse dire pour l'instant, prsent. Et comment
faire de l'ordre dans des mots qui viennent d'une vie dsorganise ? Il me faudrait
planifier une histoire, mon histoire, puisque tout cela ne reprsente que l'ensemble
des rflexions de ma vie quotidienne. Planifier sa vie, quelle chose immonde, comment
peut-on accepter d'avoir une vie pense  l'avance ? Pourtant construire est une
proccupation, et ainsi devrait ressortir, peut-tre pas un plan du futur, mais au
moins un constat du prsent et une direction. Il est assez difficile de parler de
la vie, de sa vie, en voulant rester gnrique, vague, presque, sans exemple, sans
lien avec une ralit, mais c'est peut-tre cet effort de prise de recul qui permet
une gnralisation plus lgitime.

La religion est une forme de voie. Du peu que j'en connais, les religions restent
assez en accord sur la ncessit de limiter l'gosme, et de favoriser l'entraide
et la solidarit. Mais depuis la nuit des temps y en a-t-il une qui a dj russi
 rendre l'homme heureux sur Terre autrement qu'en lui promettant l'invrifiable,
la vie ternelle, la rmission des pchs et autres cadeaux bonux post-mortem ? Si
cette religion existe je ne la connais pas. Et j'aime  croire qu'il n'est point
besoin de promettre pour contraindre, simplement de rendre vident, clair et ncessaire.

Mardi 14 aot 2001
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Mardi 14 aot 2001, 21 heures 57. Journe de travail termine, qu'ai-je fait aujourd'hui
que je garderai demain ? Ne pourrait-on pas vivre nos vies  l'envers, pour peut-tre
profiter d'abord des sacrifices avant de les faire  l'aveuglette ? Et faut-il les
faire, ces sacrifices, faut-il manger correctement, faire du sport, apprendre, se
cultiver, pour tre mieux, heureux peut-tre, plus tard ? Chaque jour les rponses
diffrent, tellement mes ides sont confuses, cueillir le jour, combien d'interprtations
peut-on lui associer ? Cueille le jour pour quoi, pour vivre, pour mourir, pour vieillir,
pour construire, pour apprendre, pour se reposer ?

Une chose qui est ressortie de mes rflexions, il n'y a pas de rgle absolue, ne
jamais dire jamais, c'est peut-tre la seule rgle, finalement, qui serait sa propre
exception.

Mercredi 15 aot 2001
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Mercredi 15 Aot 2001, 8 heures 17, un rituel dj bien tabli m'a fait lire mes
mails et me tenir au courant des dernires nouvelles, que j'oublierai bien vite pour
profiter un peu de cette journe de solitude. Fte de Marie. Autant les rares moments
d'criture que je m'octroie sont-ils disparates et courts par les urgences quotidiennes,
autant ce mercredi 15 Aot, je le rserve  cette activit. M'y conformerai-je ?
C'est peut-tre la question, mais je n'aurai gure d'activit que je trouverai prpondrante,
en tous les cas selon mon humeur prsente, mais le temps change si vite... Si ce
sont plusieurs heures que j'ai devant moi, peut-tre, enfin, pourrais-je imaginer
un plan, une logique, quelques heures ne sont pas une vie et cette activit n'aura
pas une incidence gnante sur mon impression de libert. Il serait srement intressant
de faire une petite chronologie de ma pense, de mes efforts, pour d'autant mieux
comprendre o j'en suis et o j'aurai prtention d'aller. Laissons-nous, ou je me
laisse, plus humblement, aller  une rapide chronologie.  la mode des dissertations
de philo, que j'affectionnais, il est vrai, ce sera, autant que je m'en souvienne,
un classique intro-description du plan-corps-conclusion, dont le sujet est : "La
recherche d'une philosophie de la vie chez l'homme."

8 heures 30, introduction

Trouver la voie sur laquelle on marche et marchera s'immisce presque naturellement
dans chacune de nos actions depuis l'enfance jusqu'aux regrets (ou remords, rtorqueront
certains), mais n'ayant prtention  parler au nom des hommes, et une fois de plus
mon gocentrisme lgendaire s'exaltant, je consacrerai cette rflexion  ma vie,
en me concentrant tout d'abord sur les causes de ces questions, puis sur les manifestations
des rponses, les checs, et les russites.

Plan en trois parties, classique, pour ne pas choquer le correcteur, pas de citations,
cependant, je n'ai jamais trs apprci trop m'appuyer sur les ides des autres,
m'imaginant sans doute que leurs penses, d'une faon ou d'une autre, m'avaient touch
auparavant et influenaient mes propos.

Les raisons du pourquoi chercher une voie, une philosophie, ne doivent pas tre en
apparence bien compliques. Le monde dans lequel j'ai grandi, le pays, pour tre
plus prcis, me permettant de ne m'inquiter que modrment de mon avenir et des
problmes tels que la nourriture et le logement. J'ai eu tout loisir de dsirer autre
chose qu'une piste profonde de vie classique. Car, mme si le besoin restait loin,
ce n'est pas pour autant que le bonheur, ou la satisfaction du prsent, se manifestait.
Se laisser vivre, si cela, dans son insouciance, apporte une voie toute trace, n'en
soulve pas moins des inquitudes. Et si cela ne continuait pas ? Et si la guerre
revenait ? Et si une catastrophe arrivait ? Nos vies sont si fragilement lies 
l'environnement, que le moindre minuscule changement pourrait changer pour toujours
l'impression de progrs et de scurit. Mes proccupations premires taient d'ordre
plus intemporel, srement lies  mon intrt, tant jeune,  l'astronomie et la
prhistoire. Et c'est indubitablement les risques d'une chute de mtorite ou de
surpopulation qui me faisaient esprer de tout coeur un rapide essaimage de l'humanit
vers les plantes voisines ou l'univers en gnral. Mais, hormis peut-tre prtendre
 participer au dveloppement d'une technologie aidant les voyages interplantaires,
il est difficile de se prparer  une chute de mtorite. Cependant ma jeunesse dans
un petit village protg m'a permis, en tous les cas, de rester loin des soucis des
jeunes de mon ge, de me consacrer  l'cole, le catchisme, et rcr A2, mme si
je regrette un peu le laxisme de mes parents quant  me laisser regarder ces missions.
Mais c'est srement une part importante de moi qui en dcoule, vu le temps que j'y
ai pass. Dans le cas contraire c'tait vraiment du gchis, hypothse que je ne repousse
pas totalement. Je ne sais pas si j'ai vraiment cherch une voie  ce moment l,
avant mes dix ans. Ou si c'tait plus l'absolue vrit, en tous les cas  mes yeux,
qui sortait de la bouche des grands qui me poussait, sans que je n'aie  me poser
de questions, vers la route pure et simple d'une pratique religieuse modre. En
suivant les principes des commandements, en attendant patiemment que les jours s'coulent,
que les automnes passent, et que je devienne docteur ou pompier, pour tre grand
 mon tour, pour avoir une voiture et des comptes  faire, et connatre tout sur
le monde en attendant d'tre grand-pre.

Le collge et le vritable contact avec le monde de mon poque sont une tape, si
ce n'est difficile, au moins intressante sur ma vision du mal, des hommes, et du
futur. J'y dcouvre que la radio ne se limite pas  France-Info, les proccupations
des autres, la tlvision qui montre d'autres images que des dessins anims, l'histoire
noire, les guerres, tellement proches, pleines de consquences, encore prsentes
mme, le mensonge. Petit  petit plus grand chose ne tient, pas plus la religion
faite par des menteurs, que le doux avenir de docteur ou de pompier, de spationaute
peut-tre. Mais il est dur, trop dur, rvoltant mme, de se sparer de son enfance,
de rfuter tout ce dont on a mis des annes  s'imprgner. Dur d'accepter qu'il n'y
a pas de vrit, que tout est caution  critique, doute, suspicion. La crise d'adolescence
n'est srement pas beaucoup de notre faute, vous les grands qui nous parliez de Pre
Nol, de joie et de calme, pourquoi d'un coup nous mettre devant vos erreurs, vos
faiblesses, vos vices, et esprer que nous aurions encore quelque chose  croire
de vous, ou  esprer ? Toujours est-il que si l'apparence est reste sage, il n'en
est pas moins vrai que la recherche d'une voie, ma voie, s'est affirme quand, alors
grandissant,  quinze ans, en seconde, anne fondamentale, tous mes rves et espoirs
d'une humanit dans l'humanit s'envolaient. Que pouvez-vous esprer de nous, face
 votre monde ? Que pouvions nous faire que chercher une autre voie ? C'est srement
plus le besoin mme que la nature de cette voie qui me hantait, le besoin de savoir,
voir, vouloir quelque chose, quelque chose qui tienne, qui ne s'effondre pas comme
tous les chteaux de cartes prcdents, quelque chose qui soit l quand il fait froid,
quand je suis seul, quand je suis triste, quelque chose dont je pourrai me rappeler,
quelque chose qui ne soit pas que cette qute dsespre d'un bonheur phmre, matriel,
futile qui semblait vous proccuper tous.

10 heures 45, l'obsession de l'heure me mne  me poser des questions, quelle importance,
finalement, qu'il soit 10 heures 45 ou 12 heures 20, je n'aurai pas, cette fois,
 rendre de copie...

Il est de bon augure de faire une transition, comme si, toujours, la logique devait
imprgner toute oeuvre de l'homme, comme si les professeurs avaient peur que trop
de naturel, de spontanit, eussent t nfastes  la philosophie,  l'ordre... Mais
le cheminement libre des penses n'est-il pas celui qui mne rellement  l'innovation,
aux vritables limites, nouveauts ? Qu'importe, je me conformerai, une fois de plus,
 vos principes...

Une fois de plus la cause de toute rflexion, interrogation et remise en question
reste l'histoire, l'exprience personnelle, les non-rponses du monde m'entourant.
Mais la longue qute des rponses, des choix, n'en est pas moins entrecoupe de dsillusions,
de gchis, de temps perdu...

Quand tout ce que nous croyons s'effondre, quand il n'y a plus que mensonge, quand
le monde de demain n'est rien de plus que l'amoncellement des erreurs du pass, nous
nous perdons. Nous nous demandons  quoi bon, pourquoi, nous nous demandons qu'est-ce
qu'est la vie,  quoi bon le bien, l'entraide, la bont. Quand nous voyons la comptition,
l'gosme, la paresse, la faiblesse. Nous apprenons, nous acceptons, nous essayons
de nous adapter, de nous protger. Le mal n'est plus vraiment le mal, il n'y a plus
rien de valable, tout est  reconstruire, repenser, rapprcier. Je m'enfonais donc
dans l'athisme, l'gosme, la solitude, comme par copie, comme si c'tait la solution,
aussi dsagrable soit-elle. Apprendre  rester seul,  vivre seul, apprendre  ne
pas souffrir, apprendre  accepter. Se prparer  se battre,  ne plus croire en
l'homme, rester mfiant, indiffrent pour ne pas tre touch.

Et le rconfort apparat, par moments, quand l'indiffrence nous rend plus fort,
et permet de traverser les preuves comme si elles n'taient que des faits banals.
Et nous y prenons got, mme,  l'insensibilit et la solitude qui l'accompagne.
Et nous nous prparons encore plus dans cette voie qui semble la bonne. Nous endurcissons
notre corps, nous apprenons  pleurer seul, nous acceptons l'gosme. Nous perdons
notre Dieu, petit  petit. Nous en retrouvons d'autres, au dtour de chemins. Nous
nous en inventons, comme si nous retracions pour soi la relation de l'homme face
 l'irrel, le superstitieux, mais au final nous ne nous retrouvons que plus seul,
sans Dieu, sans foi, sans rien qu'une carapace de plus en plus dure, et un sourire
de plus en plus faux.

Et les annes passent, et la routine s'installe, la solitude et les passions individuelles.
Le mal parfois mme devient une alternative, le mensonge, quand il n'y a plus de
valeurs, n'a que le got pass d'une interdiction d'anciens temps, faite par ceux-l
mme qui en usent  loisir dsormais, tout comme ces autres principes.

Pourtant l'espoir que cette humanit, sinon prsente, du moins possible, revient
toujours, comme si la solitude et les buts personnels ne pouvaient faire une vie,
ou apporter suffisamment de satisfaction pour regarder le pass sereinement. Et si
Dieu ne revient pas, si la carapace ne s'ouvre pas, la force acquise n'en est pas
moins frustre que de ne servir qu' se protger, oublier les autres, et, peut-tre,
se dit-on finalement, la souffrance n'est pas si mauvaise que cela, et les joies
ne sont pas sans peines. Alors la qute d'une autre voie, pas celle de l'aveuglement
de ma jeunesse, pas plus que celle de la rvolte de mon adolescence, mais l'ternel
compromis entre les deux. Une voie, une philosophie, qui mnerait  la fois ma vie,
mais permettrait aussi, idalement, de servir d'exemple, ou d'aide,  d'autres. Mais
tenir compte aussi bien des gosmes que des altruismes n'est pas chose aise, et
trouver l'quilibre sera sans doute l'ternelle question du reste de mes jours. Aimer
les autres ne fait pas plus souffrir que de les ignorer, j'ai tent les deux, et
si de multiples fois je me reprochais que de ne trop croire en l'amour, ou  une
relation pure et franche, il n'empche que de nier tous sentiments n'apporte pas
plus de srnit. Toujours cette mesure, cette balance dmoniaque entre nous et les
autres qui nous tue  chaque mouvement... Je n'ai pas la rponse, aujourd'hui, de
cette philosophie, de cette voie idale, et chaque jour je me retrouve encore parfois
seul, parfois  vouloir l'tre, parfois du des hommes, et parfois plein d'espoir.
Mais le temps passant je prends conscience que ma plus grave erreur serait de croire
qu'il n'y a pas d'espoir de crer quelque chose, d'apporter quelque chose, et que
cette humanit n'existe pas.

Je m'loigne un peu du sujet, comme d'habitude, je me moque de la conclusion, il
n'y en a pas, du moins pour l'instant, je verrai plus tard o tout cela peut bien
mener avant de prtendre  conclure, si tant est que j'aie envie, un jour, de conclure.

12 heures 49, quelques interruptions, quelques coups de tlphone...

Je ne sais pas quelle sera la fin et pour tre franc je ne m'en soucie peu, fin ou
pas ce sont les moyens qui comptent. C'est le cheminement, les erreurs, les faux
pas, les inquitudes, l'espoir qui persiste, le courage, l'acharnement, la rigueur,
l'innovation, les ides, qui seront retenus. Qui, aprs tout cela, peut bien se taper
de l'oeuvre ? Montrez-moi votre savoir, vos mthodes, vos essais, c'est vous qui
tes l'oeuvre, le reste ne sont que les traces dans la neige. Les rgles ne sont
bonnes qu' tre bafoues, elles sont soit inutiles et videntes, soit barrires
 l'imagination. Je rve d'un monde sans rgles autres que la sagesse et la vertu,
o les hommes s'exprimeront autrement que par des rapports de force, et o les puissants
seront des hommes exceptionnels, purs et saints, et non le montant de leurs actifs.

Je ne sais pas quelle sera la fin mais j'espre qu'elle me mnera dans un monde o
les gens s'coutent, se comprennent, acceptent leurs erreurs et les reconnaissent.
Mais avant d'esprer pour les autres il me faut esprer pour moi, il me faut trouver
cette voie, cette sagesse mle de folie, qui me fera avancer sereinement, et qui
me montrera autre chose que ces objets de pseudo-bonheur dont on m'abreuve, je ne
veux pas de voyages au bout du monde, je ne veux pas d'ordinateur super puissant,
je ne veux pas manger des trucs au chocolat aux 12 vitamines, je ne veux pas de voiture
rouge qui reconnat mon dodorant, et je ne veux pas que mon dodorant sente l'huile
d'hva sche, qu'on les laisse tranquilles, les hvas, un peu d'odeurs artificielles
me suffisent amplement... Je veux juste de la vrit, de la franchise, de la simplicit.
Je veux que nous avancions pour avoir de meilleures voitures, une meilleure alimentation,
une meilleure hygine, mais je ne veux pas vivre pour cela. Je veux que nous avancions
pour avancer encore plus vite, pour que chacun ait la libert de crer, d'imaginer,
pour que chacun puisse partager plus facilement, puisse apporter aux autres, et non
pour exalter les individualismes et nous enfermer chacun devant notre multispcialDVD
dolby multi surround avec des histoires d'amour  l'cran. Je veux que chacun vive
ses propres histoires d'amour...

Mais je ne sais pas comment faire, je ne sais pas comment dire, comment changer,
comment changer moi-mme, comment effacer la rancoeur, comment comprendre les autres,
accepter leurs gots, leurs avis, accepter que je ne suis pas le meilleur, le plus
grand ou le plus intelligent, et que beaucoup me dpassent en beaucoup de domaines.
Mais c'est  moi de prouver, peut-tre, que chacun peut apporter, et que l'gosme
et l'orgueil ne sont pas que des dfauts, que chacune de nos facettes peut tre canalise
pour donner quelque chose, si peu soit-il.

Il est dj un paradoxe de penser que je puisse rellement donner quelque chose et
de vouloir crer une voie d'humilit. La rponse tient peut-tre dans le fait que
l'humilit est aussi un vice, une peur, un retranchement, et qu'il faut savoir aller
de l'avant, prendre des risques, montrer ce que l'on sait pour que chacun apprenne
 son tour. Aujourd'hui, et je l'espre pour toujours, l'information bouge plus librement,
les ides vont et viennent, et si vous me lisez aujourd'hui c'est srement grce
 cela, et aussi parce que mon humilit est reste l o elle doit tre. Cela ne
doit pas se confondre avec trop de prtention, donner son avis n'est pas l'imposer,
et ne doit pas l'tre.

Ft un temps dix rgles sur une caillasse suffirent  riger des lois pour des milliers
d'annes. Mais ces rgles tombent sous le progrs qui les rend obsoltes ou trop
vagues. Que faut-il faire alors, en crer de nouvelles, toujours et sans cesse remises
en question et jamais  jour, ou peut-on dsigner des sages-qui-ont-la-rponse, et
font la part des choses ? Les juges sont-ils cela ? Mais sur quoi sont-ils choisis,
sur leur vertu, leur sagesse, leur intgrit, ou leur russite aux concours ? Qui
a le droit de choisir, qui a le droit de changer des rgles, la dmocratie s'essouffle
quand l'indiffrence apparat, quand ceux qui font les rgles sont dnigrs, ignors,
quelle lgitimit gardent-ils ? Le monde va de plus en plus vite, et la dmocratie
absolue favorise l'immobilisme, alors o est la voie ? Qui a raison ? Qui doit dire
qui a raison ? Qui couterait un voleur, tricheur, menteur, lui dicter ce qui est
bien et ce qui est mal ? Comment faire confiance quand on ne connat pas, quand on
ne sait pas ?

13 heures 59... Zazie, Larsen... Les artistes ont des rponses, parfois, et de douces
mlodies... Et chacun  sa manire, apporte sa solution, mais les autres, souvent,
n'entendent que la mlodie et pas les cris. Le monde n'est pas rose, nos liberts
s'envolent aussi facilement qu'on zappe les images du vingt heures. Mais o donc
irons-nous ?  qui est ce monde ?  nous, ou  quelques-uns ?

J'ai mang simplement, une pche, un morceau de cabillaud avec du pain, et un yaourt,
toujours avec du pain. J'ai mang simplement comme souvent en me disant que c'est
dans la simplicit, d'une certaine faon, que se cache le bonheur. Autant les prophtes
vont-ils chercher la bonne parole dans le recueillement, autant apprcier les choses
simples permet de goter chaque instant, d'apprhender le ncessaire et le superflu,
et garder  l'esprit ce que sont les plaisirs, les gots, et les couleurs. Car 
trop en voir on prend le risque d'y devenir indiffrent. J'ai mang simplement peut-tre
aussi par paresse, cuisiner ne m'enchante gure, il est vrai. J'ai mang simplement
srement parce qu'il est difficile de prtendre  trouver une voie dans l'abus, l'opulence
et la dmesure.

La lassitude doit tre sans doute une bien mauvaise chose, c'est elle qui dtruit
nos rves, qui limite nos crations, qui casse nos relations. La lassitude, l'ennui,
l'envie d'autre chose sans savoir quoi. A l'instant mme j'ai comme un manque d'inspiration,
comme si crire ne m'intressait plus, ou si ce que j'avais  dire restait sans importance.
La lassitude est srement un problme  rsoudre,  prendre en compte,  expliquer,
 dnoncer parfois, corriger aussi. Il est sans doute lgitime d'avoir quelques envies
d'autre chose de temps en temps, mais pourquoi les punir ou les refouler, l'homme
est curieux, aventureux, c'est sa force, alors pourquoi la lui reprocher ? Mais comment
justifier cette lassitude, comment justifier, pardonner, expliquer, que tu puisses
ne plus avoir envie d'tre avec moi ? Ne plus avoir envie d'aller plus loin ? Comment
considrer les changements de gots comme des atouts, des qualits, quand ils nous
touchent si durement ? Il ne faut pas aimer les gens parce qu'ils nous aiment, ou
pour qu'ils nous aiment, mais il faut aimer les gens pour ce qu'ils sont. Mais la
lassitude est srement ce qui nous fait avancer, ce qui nous fait inventer, ce qui
nous fait progresser. Quelle cruaut de ne plus tre qu'une lumire du pass...

Il est dur d'accepter de ne pas tre l'autre tant recherch, de ne plus l'tre. Il
est dur d'tre imparfait, faillible. Il est dur de rester seul. Il est dur de ne
pas tre goste.

C'est malgr tout ainsi que nous sommes, chacun cherchant ce qu'il ne trouvera sans
doute jamais. Mais la rancune n'aide en rien, et pas plus que je n'en veux, et n'accepte
d'en vouloir,  mes amours qui sont parties loin, je n'aimerais que l'on me reproche
ma soif de dcouvertes, d'aventures... Les autres sont une ressource prcieuse, et
si l'touffement de nos villes nous rend souvent seul, il n'empche qu'il est beau
de faire un peu de route ensemble, et que mme s'il m'est dur d'imaginer que ma longue
route aura un intrt pour d'autres que moi, je n'en ai pas moins l'espoir que de
leur montrer quelques directions.

15 heures 33 minutes 33 secondes, et bien, que de rconfort que de voir passer de
temps en temps la puret... Aussi imaginaire soit-elle.

Tout est si compliqu, tout est si difficile, entre la vie, les envies, les principes,
les choses  faire,  ne pas faire, les autres... Tout ce qui a dj t fait ? Comment
rivaliser avec des millnaires de sagesse, de folie, de religion, d'illusion, de
prires, de bien et de mal ? Quelle voie montrer, quelle voie esprer pour ces milliards
de personnes aussi perdues les unes que les autres. Faire le bien, quel bien ? tre
solidaire ? Est-ce que je suis solidaire quand j'ignore tous les sans domicile fixe
que je trouve sur le trajet vers mon travail ? Suis-je solidaire quand je ferme les
yeux, quand je me repose ? Ne pas mentir ? Ne pas voler, ne pas tuer, ne pas faire
ceci, ne pas faire cela, faire sa prire, manger quilibr, faire du sport, payer
ses impts, attendre la sonnerie avant d'avancer... Les hommes crent des lois pour
des choses qui ne sont pas des hommes, les hommes crent des lois pour des Dieux.
La loi est une foutaise, l'quilibre social ne tiendra jamais trs longtemps ds
que les gens sauront, voudront, accderont  l'information de manire uniforme. Les
lois sont des foutaises qui ne feront que rendre les choses plus difficiles. Les
lois sont tellement des foutaises qu'il faut des avocats par pelletes et des millions
pour prouver que l'on a raison. Mais qu'est-ce que ce monde ? Quel est ce monde ou
le bien et le mal se jouent dans les tribunaux ? Les lois sont des foutaises, et
c'est la raison pour laquelle ceux qui les connaissent les transgressent, et ceux
qui les respectent les subissent.

Le bien et le mal n'est pas une question d'argent, c'est une question de vertu et
de sagesse, et jamais dans toute l'Histoire l'on m'a cont que celles-ci s'achetaient.

Les intrts dtruisent tout, emportent avec eux toute l'humanit qu'il resterait
 notre pauvre monde...

Les philosophes au pouvoir.

L'utopie a-t-elle plus d'invraisemblance que de marcher sur la Lune ?

Mardi 21 aot 2001
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Mardi 21 Aot 2001, 8 heures 57, lever russi, reste  esprer que le reste de la
journe sera de mme. Le matin est un moment finalement trs particulier, o l'on
a encore espoir que la journe sera profitable, o on s'numre toutes les choses
que l'on va faire, ou au moins que l'on doit faire. Je ne sais plus trop o j'avais
lu ou vu que chaque journe se rsume un peu comme une vie, le matin avec les illusions
et les rves, le soir avec la nostalgie, la fatigue, et tout ce que l'on n'a pas
accompli.

Je trouve qu'il est dur de faire de chaque journe la pierre supplmentaire  l'difice,
qu'il est dur de faire avancer chaque jour un peu les choses et de le sentir, et
de ne pas simplement presque passer le temps sans chercher autre chose que le soir
et le repos. C'est peut-tre parce que nos journes sont tellement remplies de banalits
et d'automatismes que nous n'arrivons mme plus  penser  quelque chose de grand,
et que nous nous contentons de nous rciter dans l'ordre la succession des tapes,
lever, lire ses mails, faire un peu de sport, djeuner, aller au travail, regarder
les nouvelles du jour, aller dire bonjour, se mettre au courant, et il est dj midi
voire plus, manger, travailler, enfin, sans perdre le regard sur le monde, sur ses
mails qui arrivent par dizaines, les coups de fil, les nouvelles qui tombent... Peut-tre
serait-il plus profitable que l'on s'enferme, quelques heures, tous les jours, pour
vraiment avoir l'esprit  crer, sans tre drang, avancer par nous-mmes, avoir
le calme et un peu de temps pour regarder les choses... Mme si l'urgence nous fait
srement avancer plus vite, ce n'est peut-tre pas le meilleur moyen pour trouver
une bonne solution, et prendre un peu de recul.

Mercredi 22 aot 2001
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Mercredi 22 Aot 2001, 8 heures 27, moins dormi, moins rv.

Les jours passent si vite que je n'ai le temps d'intgrer, digrer, ce que j'y fais,
ce que j'y apprends. Nous vivons dans un monde qui se prcipite, o il faut tout
faire, voir, dire, connatre, le plus rapidement possible. Pas tonnant que les gens
se lassent des choses, que tu te lasses de moi, si vite...

Mais cela est une bonne chose, je pense, qui n'est dangereuse que si nous ne prenons
pas le recul suffisant pour faire la part des choses entre ce qui doit tre fait
rapidement et progresser vite, et ce qui doit prendre du temps et se construire petit
 petit.

L'ordre viendra avec le temps, en rptant, en repensant les choses. L'ordre viendra
plus tard, quand j'aurai fait le tour de la question. L'ordre viendra plus tard,
quand le dsordre aura fait son oeuvre.

Il est dur d'essayer de dcrire comment trouver une voie, et je comprends  quel
point il est facile, indispensable mme, de se faire passer pour Dieu pour l'crire.
Les hommes croient rarement les autres hommes, mais qu'ont-ils  reprocher  Dieu
? Et comment le pourraient-ils ? Avec du recul, et un peu d'exprience on comprend
beaucoup de choses. Et je comprends  prsent que la cration d'un Dieu tait indispensable,
pour que les hommes le suivent.

Mais l'humanit grandira-t-elle au point, un jour, de faire confiance  de simples
hommes, apprendra-t-elle  faire la part des choses entre le bien et le mal elle-mme
? C'est peut-tre la gageure en laquelle je crois.

J'essaie d'apprendre  conomiser l'eau,  ne pas laisser couler le robinet inutilement,
 couper l'eau sous la douche, et  me dire  chaque petite quantit d'eau perdue,
qu'elle l'est peut-tre pour toujours, qu'elle l'est peut-tre pour beaucoup, et
 me dire  chaque petite quantit d'eau que je n'utilise pas, que j'conomise, qu'elle
est peut-tre gagne pour d'autres, peut-tre gagne pour la Terre. C'est srement
ridicule, insignifiant, mais j'ai un peu de bonheur, de plaisir, de satisfaction
 chaque petit effort que je fais. Il y a srement beaucoup  faire, et j'ai sans
aucun doute d'extrmement mauvaises habitudes de respect de la nature et des autres,
mais j'espre, petit  petit, apprendre  profiter de ce que j'ai, et l'conomiser.
Autant le plaisir d'un bain chaud peut-il exister, autant chaque petit effort pour
que ce plaisir puisse continuer, de temps en temps, pas trs souvent,  exister,
est aussi un moment de plaisir, peut-tre plus pur, peut-tre plus sain.

Jeudi 23 aot 2001
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Jeudi 23 Aot 2001, 8 heures 20,  croire que je me lve de plus en plus tt.

J'aime bien couter un peu de musique en crivant, plutt de la musique douce, calme,
qui arrte un peu le temps. Il est vrai que l'criture est un peu un moyen de se
confronter  l'ternit, et mrite bien un peu plus d'attention et d'abandon. Je
ne sais pas si vouloir rendre les choses ternelles est une source de bonheur, mais
cela rend les futilits de la vie quotidienne plus anodines, et permet de regarder
le futur avec l'espoir que ce que l'on fait, peut-tre, un petit peu, restera pour
quelque temps, au moins. Chacun a ses mots  dire, chacun a son histoire, et beaucoup
doivent avoir des expriences plus intressantes que ma triste vie, mais peut-tre
n'ont-ils pas l'opportunit d'crire, de dire, de faire, alors un peu en les regardant
j'en absorbe quelques ides qui ressortiront un jour ou l'autre.

Une grande interrogation que je me pose concernant le bonheur, la philosophie de
la vie, la voie  suivre, est la part des choses entre les erreurs et la conscience,
entre le raisonnable et le dment, entre le vice et la vertu. Je suis fait d'envies
autant louables que critiquables, et je ne pense pas que tout un chacun puisse rellement
trouver la voie sur un chemin o il n'y a que souffrance et dvouement. Nous sommes
un peu gostes, nous sommes un petit peu fainants. Mais comment faire la part des
choses, o mettre la limite ? Ai-je le droit de te voir ? Dois-je attendre, faire
mes preuves, construire quelque chose, te gagner, te mriter, ou puis-je simplement
tendre la main ? La voie se trouve peut-tre dans un fin dosage de la difficult
 atteindre le plaisir,  le mriter. Le bon sens commun nous rend assez rceptifs
au bien et au mal,  l'gosme et  l'altruisme, peut-tre que de faire un peu de
bien aux autres avant de se faire un plaisir plus personnel, avant d'aller au cinma,
avant de manger une ptisserie, rendrait ces choses tellement plus savoureuses.

Je travaille dans une entreprise qui fait du logiciel libre. C'est--dire dont le
code source est disponible, et dont la diffusion et la redistribution sont libres
et autorises, gratuitement ou pas. Je ne sais pas si c'est le bien, mais l'ide
de partager son travail, de le rendre accessible, et de demander  ceux qui en ont
les moyens, ou  ceux qui ont un besoin particulier, de me donner un peu d'argent
pour que je puisse continuer, me parat sduisante et plus conforme  une certaine
forme de franchise entre moi et les personnes qui utilisent ce que je fais. Elles
ne sont pas trahies, ou trompes, elles peuvent essayer, utiliser, profiter, et choisir,
aprs cela, de considrer que c'est du bon ou du mauvais travail, et de faire une
contribution en achetant une version, ou en faisant un don. Internet va tout changer,
vous ne le voyez peut-tre pas, ce n'est peut-tre pour vous qu'un tuyau  sites
Web de vente en ligne, ou une infamie de plus de l'ingrence publicitaire sur votre
propre bureau, mais c'est beaucoup plus que cela, c'est le lien direct entre crateurs,
c'est l'abstraction de l'apparence physique des ides, des musiques, des chansons.
C'est ce qui fera que vous pourrez enfin payer pour une chanson ou une histoire,
et non pas pour du plastique et du papier ; c'est ce qui fera que chacun devra devenir
crateur, artiste, peintre, musicien, et non plus avocat, businessman, publicitaire.
C'est ce qui dtruira ces empires de pouvoir que sont les maisons de disques, et
qui dcident de vos gots et de la tendance du moment, c'est ce qui fera que vous
payerez la cration, uniquement. Mais il faut peut-tre jouer un peu le jeu, alors
si vous avez d'ores et dj des habitudes faites de mp3, de napster ou de gnutella,
de temps en temps, crivez une lettre  votre chanteur favori en expliquant que ce
qu'il fait vous plat, et joignez-y un peu d'argent, il n'aurait pas touch beaucoup
plus, de toutes les manires, si vous aviez achet son disque.

Samedi 24 aot 2001
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Samedi 24 aot 2001, 11 heures 41. Le Soleil brille, le monde tourne, mais o est-ce
que je vais vraiment ? Le temps passe et s'en va et je souffre comme je m'amuse.
Il est dur de faire confiance, il est dur de croire, il est tellement dur de ne pas
savoir, et de devoir se rassurer, s'inventer des histoires, des raisons... La rvolte
est un choix facile. O tes-vous quand vous tes loin de moi ? Que faites-vous,
pensez-vous encore  moi ? L'gosme tue, tout autant que l'orgueil, la peur de ne
pas tre reconnu, de ne pas tre aim. Mais que m'importe, finalement, si tu m'aimes
? Qu'y gagnerai-je, irai-je plus loin, serai-je plus fort, ou perdrai-je mes forces
dans des efforts vains ? Tous ces instants o je ne veux que te serrer dans mes bras
ne seraient-ils pas mieux utiliss  construire autre chose,  aider d'autres gens
? Mais peut-on aider d'autres gens par simple dvouement, peut-on apporter l'amour
sans le connatre ? Peut-on comprendre la souffrance si on ne la ressent pas soi-mme
? Le mal est ncessaire en cela qu'il nous donne la force de l'apprhender.

La tristesse est indispensable, c'est un peu comme la nuit. Il n'y aurait pas de
jour s'il n'y avait pas de nuit. Elle est peut-tre mme plus forte que la joie,
car du dsespoir nat la force de le combattre, d'avancer, de changer les choses.
Au contraire, qui voudrait changer le bonheur ? Qui voudrait prendre le risque de
tuer sa joie ? C'est souvent de cette tristesse que la force vient, que l'espoir
existe, que la volont se forge. Pleurer de temps en temps c'est comme se reposer
aprs un long combat, cela donne des forces, cela donne de quoi repartir, recrer
la volont.

11 heures 58, le Soleil brille.

L'homme a besoin d'tre triste, de temps en temps. Tout le monde est triste,  un
moment ou  un autre. Le refuser, le cacher, ne pas le reconnatre revient  refuser
sa nature.

Mais en quoi retrouver la force et l'espoir, quelle est cette voie qui fera se relever
encore et encore, quel est ce but qui donne pour toujours la volont de ne jamais
cder, ne jamais baisser les bras ? Qu'attendre du futur, qu'en vouloir ? Que m'importe
le bonheur des autres, finalement ? Le mien y est-il si intimement li ?

12 heures 13, le Soleil brille toujours, et les rponses et les questions vont et
viennent.

La satisfaction d'essayer de faire de son mieux, de ne pas trahir, de ne pas avoir
de rancune, de ne pas faire des choses par vengeance, est une joie qui, si elle n'est
srement pas intense, apporte cette srnit permettant de regarder en arrire, peut-tre
pas sans rien  se reprocher, mais au moins sans trop de remords...

12 heures 37, le temps me manque, la force de ne pas s'arrter. Le temps me manque.
Je ne t'oublie pas, et le temps me manque. Le Soleil brille pourtant, srement encore
pour quelque temps, mais qui sait ? Quelles sont nos erreurs, nos faiblesses ? Combien
de temps cela tiendra-t-il encore ? Les choses peuvent-elles rellement changer ?
Que puis-je faire, que fais-je ? Qui m'coutera, qui me croira ? Et ne suis-je qu'une
me perdue parmi tant d'autres ? Mais qu'importe, qu'importe aprs tout la vrit,
personne ne l'aura jamais.

Me faut-il vraiment tre seul pour voir cela, pour avancer, pour ne pas perdre de
temps. Me faut-il vraiment tre seul pour comprendre votre dtresse. Le Soleil brille.
J'ai peur, tellement peur que tout cela ne porte jamais ses fruits, que mes faiblesses,
mes dfauts, mon gosme, ne me laissent couch  terre alors qu'il me faut tellement
de force. Dois-je perdre mon sang, dois-je tuer mes envies, mes plaisirs, mes vices,
pour esprer tre quelque chose, pour tre cout ? Mais qui coute la perfection,
je ne l'coute pas, elle n'est pas moi, ne le sera jamais,  quoi bon ?

Peut-tre me faut il un bourreau, peut-tre me faut-il tre puni pour comprendre.
Peut-tre que dans l'aisance ne nat que la futilit, que je ne comprendrai jamais
votre dtresse dans mon monde de luxe et de facilit, dans mon quotidien d'une routine
aise.

Peut-tre que j'ai besoin de vous, peut-tre que jamais sans vous rien de bon ne
sortira de moi...

La trace du prsent souvent s'enfonce dans le flou  trop s'y accrocher comme si
on ne voulait que jamais les choses ne changent, mais les choses changent, tout s'envole.
Faire son temps mais pas plus, savoir mettre un terme, apprendre  arrter  temps...
Pourtant tant de choses sont ternelles que toujours on croit pouvoir faire durer
l'instant pour longtemps. Mais l'instant passe, les gens se lassent...

Mardi 4 septembre 2001
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Mardi 4 septembre, 8 heures 34. La rentre. Un peu de nostalgie de mon pass d'tudiant,
modrment toutefois, la nostalgie n'apporte pas grand chose, et je prfre le prsent.
Les choses changent et c'est tant mieux, on se lasse mme parfois du bonheur et c'est
bien dans le sens o l'on n'avancerait pas dans le cas contraire. Les choses changent
et c'est tant mieux, alors pourquoi regretter ? Les choses changent et j'volue,
j'apprends, je grandis, plus trop physiquement, certes, la soupe n'a jamais t mon
truc tant jeune, mais peut-tre un peu par l'exprience, la connaissance du monde.
Les choses changent et tu t'en vas. Mais je ne sais pas si c'est mieux, je l'ai cru
souvent, parce qu'il y a toujours mieux ailleurs, parce qu'on gagne  devenir plus
fort quand on souffre, parce que la solitude est une force, et pour peut-tre d'autres
raisons, mais peut-on vraiment toujours trouver mieux ? A-t-on vraiment toujours
le temps, en une vie, de ne faire que toujours aller de droite  gauche ? N'est-il
pas plus intelligent de faire avec ce que l'on a ? La qute de la perfection est
sans fin, heureusement... Mais il se peut que chacun soit beaucoup trop perdu pour
ne mme que tenter d'aller quelque part, ventuellement pas trs loin. Serait-il
plus important de d'abord trouver sa voie avant  de la faire partager ? Mais peut-on
la trouver seul, sa voie ?

Mercredi 5 septembre 2001
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Journe pas trop mal commence, la forme, le moral, on ne pense pas trop, en tous
les cas on arrive  ne pas y penser,  se concentrer sur autre chose,  regarder
devant, loin,  se sentir prt  avancer. Un peu de sport, un peu de temps pour soi.
Toujours le moral. Les broutilles arrivent, panne de connexion  Internet, pas grave,
pars plus tt au boulot aucun problme, toujours le moral. Un peu de libert, un
peu d'oubli de l'oppression habituelle. Le bruit, les gens, les questions, encore
le bruit, encore des questions, mauvaises nouvelles, choses  faire, perte de temps,
perte de soi, donner du temps pour rien, tout ce temps qu'on donne sans jamais rien
en retour, du bien et du mal, et encore ce bruit, mais ne pourra-t-on jamais tre
un peu tranquille ? Qu'une envie de partir, de tout foutre en l'air, plus de moral,
plus jamais, qu'est-ce qu'on doit faire, qu'est-ce que l'on doit accepter, supporter,
supporter et encore supporter, je n'en peux plus...

Elle est o la voie, il est o le calme ? Il n'y en a pas, quand on n'en peut plus,
quand c'est trop, pas de srnit qui tienne, pas de matrise de soi, pourquoi est-ce
que je ne peux pas partir, au moins aujourd'hui, rien qu'aujourd'hui, pourquoi vous
me parlez, cela ne m'intresse pas, cela ne m'intresse plus, laissez-moi un peu...

Envie de taper, envie de crier, et de crier encore plus fort, de courir, de partir,
de mourir, tout mais pas ici, pas ailleurs d'ailleurs, nulle part, un peu plus loin,
plus seul, plus calme... Point de voie qui ne tienne dans la colre, quand les nerfs
lchent, quand la volont s'envole, quand les yeux brlent, plus de force, plus de
courage... Que doit-on faire dans ces moments ? Doit-on partir, rester, se contenir,
oublier, pleurer ? Que doit-on faire, que pourra-t-on donner comme conseil ?

Journe bien commence n'est pas encore termine.

Rentr tard, encore. Tlphone, encore. Tout cela pour ne retrouver qu'un retour
en arrire, qu'un retour en arrire... Y a-t-il vraiment un rconfort, quand on va
mal, quand mme un moral et une volont se font balayer par le martlement incessant
des coups du temps, de la journe, des gens, des choses ?... Peut-tre l'accepter,
savoir que certains jours sont plus durs, certaines priodes plus difficiles  franchir,
peut-tre apprendre  se connatre pour  prendre ses vacances au bon moment, pour
savoir se reposer quand il le faut, pour savoir encaisser le contrecoup...

Juste un peu de calme, un peu de ciel bleu, un peu de mes montagnes  l'horizon,
et quelques rayons de mon Soleil, juste un peu de calme... Les choses les plus simples,
les plus indispensables, les plus belles, ne se font que dtruire par ce progrs
factice qui nous rend seul et triste...

Juste un peu de calme, un peu de paix...

Samedi 8 septembre 2001
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Samedi 8 septembre 2001, 11 heures 43, journe dj bien entame, presqu' moiti,
en ralit. Pourtant rien jusqu' maintenant que quelques routinires tches. Si
chaque journe de moiti la routine s'est dj installe, est-ce que cela veut dire
que ma vie est dj consomme  moiti, et qu'il ne me reste qu'une autre moiti
de libert ? Ne devrait-on pas laisser ces choses routinires pour plus tard, quand
l'imagination se fatigue, quand la volont s'essouffle ? Mais l'esprit s'amuse 
se concentrer sur l'insignifiant, sur le frigo presque vide, sur le linge sale qui
s'accumule... Qu'importe cela  ct de la soif d'apprendre et d'avancer ? Il faut
passer du temps  se connatre pour s'conomiser, et pour profiter de ses moments
de force, pour ne pas les gcher dans le futile, et les consacrer  l'ternit.

Faire des choses rgulirement, c'est  la fois se dcharger du besoin d'y penser,
parce que les courses seront faites et la baignoire nettoye, mais c'est aussi prendre
le risque de les rendre prpondrantes par rapport  des choses plus importantes.
Il est aussi agrable de ne jamais se soucier de dtails de la vie quotidienne, pour
se consacrer  des affaires plus passionnantes, que dsagrable de n'tre prpar
 un dsquilibre passager, parce que c'est jour de fte, parce que la cl n'est
pas o elle devrait tre, parce que le garage a ferm, ou parce que la connexion
internet est coupe. Je pense qu'il est utile d'acqurir certains rflexes, ou habitudes,
de toujours fermer la porte sans poigne avec la cl, pour ne pas rester coinc,
de garder un paquet de Kellogs K d'avance, en cas de pnurie nationale, pour viter
la panique. Mais il est aussi bon de se confronter de temps en temps  une cassure
de l'quilibre, de changer ses habitudes, de ne plus mettre le portefeuille dans
la poche gauche mais la droite, de ne plus prendre le courrier avant de sortir les
poubelles mais aprs, de ne plus lire ses mails en arrivant au boulot mais deux heures
plus tard... Cela permet de voir, petit  petit, de nouvelles faons de travailler,
de voir les gens, de voir les choses, de voir la vie...

Dimanche 9 septembre 2001
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Ce doit tre une belle journe, un neuf neuf, et aussi infantile puisse tre de se
laisser influencer par d'aussi insignifiantes choses que des chiffres sur un calendrier,
aujourd'hui sera une bonne journe, j'en dcide ! Un beau ciel bleu ce matin, un
doux Soleil pendant mon footing, pas trop de pollution encore. Un peu de flemme en
ce dimanche matin, aussi. Dimanche 9 septembre 2001, donc, 10 heures 34. C'est peut-tre
parce que je vais dcrire un de mes plus grands secrets, une recette magique, extraordinaire
presque, faramineuse  la limite. Ce n'est pas compliqu juste du mas mlang avec
du maquereau  la sauce moutarde et voil c'est fini. Redoutable, n'est-il pas ?
Bien sr il faut manger cela avec un pain de seigle Poilne un peu rassi rchauff
quelques secondes au micro-ondes.  Bien sr... Soif d'un peu de sucr-sal et vous
y rajouterez quelques morceaux de pomme Granny-Smith. Les choses simples sont compliques.

Le monde est autant fait de petites que de grandes choses, et l'insignifiant intimement
se mle au grandiose pour laisser, chaque jour un peu plus de savoir, d'exprience,
de joie,  tous ceux qui viendront aprs. Cela me rappelle une citation, je ne sais
plus vraiment la formulation exacte, mais elle ressemblait  : "Il est aussi grand,
pour l'amour de Dieu, d'plucher chaque jour ses patates, que de construire des cathdrales".
Que choisirais-je, entre la cathdrale de Notre-Dame, et un baiser chaque jour de
mon aime ?

Lundi 10 septembre 2001
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Encore faut-il avoir une aime. Et ce n'est pas chose si facile, que de mme le savoir,
 force des vents et mares qui rodent tout, qui rendent ces instants plats et ternes.
L'Amour va et vient, et aimer pour la vie n'est peut-tre qu'un rve, une qute sans
espoir. Mais qu'importe aprs tout, c'est bien ces causes sans espoir qui sont les
plus belles, et qu'ai-je  faire de l'impossible ?

Une nouvelle semaine qui commence, une semaine charge, certainement, mais c'est
dans l'urgence et le stress qu'on trouve le plus de plaisir. C'est dans les situations
difficiles que l'on trouve plus vite des solutions, c'est devant le danger que l'instinct
de survie se met en route, c'est quand la panique s'installe qu'on a la chance de
pouvoir toucher du doigt le temps qui passe.

Lundi 10 septembre 2001, 8 heures 45, frais matin parisien ; pour la saison, s'entend.

Un petit peu froid et un petit peu faim. Garder les notions de l'existence et du
besoin. Ne pas se laisser aller  la facilit. Il est dur de rsister  son plat
favori, il est dur de rsister  tourner le bouton du chauffage. Toutefois, un jour,
l'ide que cela nous rende plus fort, qu'trangement aucun rhume de l'hiver, ou pas
de panique en cas de coupure d'eau chaude, pas de problme de cholestrol, pas de
problme de poids, pas de problme de caries. Aprs c'est une question d'organisation,
un peu comme si le plaisir se rpartissait en quantit limite, finie. Quelques petits
efforts et sacrifices aujourd'hui, quelques soifs de plaisirs simples, ou plus espacs,
et j'en profiterai d'autant plus, et d'autant plus  longtemps.

La facilit est un mal qui me tue, et je n'accepte plus de l'aimer, d'aimer avoir
chaud, de t'aimer toi, si tu n'es pas ce que je veux, je veux la lutte, la distance,
la souffrance, l'effort, je veux juste passer du temps  construire, passer du temps
pour trouver, passer du temps  t'attendre si tu ne veux pas de moi, passer du temps
 tre plus si je ne suis pas assez, passer du temps  devenir si je ne suis pas
encore...

Mercredi 12 septembre 2001
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Mercredi 12 septembre 2001, lendemain du 11 septembre. Les hommes se battent et meurent
pour des causes, des causes qui sont cres, inventes. Ne croyez pas ce qu'on vous
dit, ne croyez pas ceux qui vous montrent les mchants. Les ennemis des hommes, ce
sont la misre et le dsespoir, ce sont eux qui crent les guerres, qui crent la
mort, qui crent la haine. Si vous avez besoin d'un ennemi, d'un responsable, d'un
coupable, que ce soit cette misre, et si vous devez mourir pour une cause, que ce
soit pour la combattre.

Lundi 17 septembre 2001
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L'automne arrive, plus que quelques jours, dj la fracheur du matin est au rendez-vous.
Lente descente vers les jours pleins de nuit, vers cet hiver, ce froid dont on ne
sait jamais si on va en rchapper. Point d'amertume non, car pas de plaisir plus
grand que voir de nouveau les jours grandir, petit  petit, et de voir un nouveau
printemps, une nouvelle vie qui nat, et le Soleil qui revient.

Lundi 17 Septembre 2001, j'hsite entre laisser tels quels mes dires, ou retravailler,
censurer, reformuler, changer un jour qui n'est plus le bon ce que le pass m'inspira.

Samedi 29 septembre 2001
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Le monde est dur, il nous frappe souvent. Le monde est dur et impatient, le monde
est dur et impassible. Il nous faut tre forts et susceptibles, doux et rsistants.
Le monde est dur et nous rend ainsi. Indiffrents jour aprs jour. Les choses nous
touchent moins, la lassitude toujours, lassitude des autres, de leur violence, de
leur absence, de leurs faiblesses, de leurs humeurs. Que de se battre pour construire,
que de se battre pour d'autres. O sont ces causes, o sont ces amours, o sont ces
vies sans solitude ? Sensibilit tu t'envoles, reste encore un peu. Sensibilit,
encore quelques pleurs. Avant que tout ne s'affadisse. Laisse-moi souffrir encore
un peu du mal qu'ils me font, du mal qu'elle me fait.

Point de faiblesses, point de retard, point d'attente. Aller de l'avant sans attendre,
sans comprendre, sans esprer. Rendre les autres des contraintes, des rendez-vous,
du temps perdu, du temps pass, du temps gch. La force est-elle vraiment, dans
l'insensibilit ?

Samedi 29 Septembre 2001, Mandrake Linux 8.1 termine, pour  l'instant tout du moins.
8 heures 30, le temps de reprendre un peu ses esprits le matin grandissant. Mais
les efforts sont rcompenss, le dvouement, les concessions, la volont, ne sont
pas inutiles, les efforts sont rcompenss.

Samedi 20 octobre 2001
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Un peu de temps qui passe, un peu de recul qui s'accumule. Samedi 20 octobre 2001.
Il pleut sur la ville comme il pleut sur mon coeur, citation dont je ne connais pas
l'auteur qui correspond si bien  cette journe.

Ylraw
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Chalet
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Cent vingt-et-unime jour, Pnople vient de nous apprendre que nous aurons dsormais
chacun notre propre chalet, avec seulement un contrle minimal mais sans aucune barrire.
Tout en sachant que le contrle est plus li  notre scurit dans la mesure o nous
n'avons pas de bracelet pour vrifier notre tat physique. Nous emmnageons donc
dans deux petits chalets cte  cte, tous proches de la salle des conseils, prs
du chalet de Guerd, la copine d'Erik.

Notre dmnagement ne fut pas trs compliqu, dans la mesure o nous n'avions aucune
affaire, mme pas d'habits. Les vtements nous sont mis  disposition via un gnrateur,
une sorte de grosse armoire dans la chambre, d'o nous choisissons une tenue nous
convenant. Nous avons certaines limitations car nous ne possdons pas de bracelet,
mais cette contrainte n'est pas trs problmatique vu mon attachement  la mode vestimentaire.
L'armoire possde tout de mme un systme qui vaut la peine d'tre not,  savoir
qu'elle nous projette une image mentale de nous-mmes portant l'habit slectionn,
comme si nous l'avions sur nous, ainsi qu'une vue externe, ce qui permet de se rendre
compte du rendu. Elle donne de plus quelques conseils au regard de la mto du jour
et des activits que nous prvoyons. C'est impressionnant  quel point tout communique.
Tout est centralis dans ce ou celui que j'appelle "Chalet", qui est le nom, original,
que j'ai trouv pour mon logis. Chalet me donne des conseils sur quoi manger, comment
m'habiller, s'il trouve que je suis fatigu, nerv, triste... C'est plutt amusant,
d'avoir quelqu'un avec qui discuter, plaisanter, s'engueuler. Mais nous avons l
aussi de par notre statut certaines limitations, le chalet, n'ayant pas notre trace
vu que nous ne possdons pas de bracelet, refusera de nous renseigner sur nombre
de choses.

Mais pour toutes ces choses j'ai une conseillre bien plus sexy,  savoir Pnople.
Je suis un peu dsorient par sa capacit  prvoir bon nombre de mes actions, encore
une astuce du bracelet, mais cette contrainte ne fait que pimenter l'affaire. J'ai
encore beaucoup de mal avec leurs units. Leur unit de temps est aussi trange que
la ntre, elle correspond  la dure du jour d'Adama, dcoupe en trente-six priodes,
qui correspondent  un petit peu moins que nos heures. Chacune de ces priodes est
elle-mme dcoupe en six priodes, puis en six autres, et ainsi de suite. C'est
un peu la mme ide que leurs grands et petits sixime pour le dcoupage de l'anne.
Leur base six rend les choses un vrai casse-tte  comprendre, c'est largement pire
que le passage  l'Euro. D'autant que pour simplifier les choses le jour de Stycchia
est plus court de plusieurs heures au jour officiel d'Adama, et qu'ils parlent indiffremment
de l'un ou de l'autre suivant leur interlocuteur. Donner rendez-vous dans trois jours
ou  une date donne  une personne est ainsi une tche bien plus complexe qu'il
n'y parait, impossible mme sans le bracelet. Bien sr la dure de l'anne sur Stycchia
est diffrente de celle d'Adama. Heureusement que le bracelet rassemble de manire
graphique tous ces calendriers pour nous aider un peu  nous y retrouver, mme si
je ne sais pas encore lire leur criture. Mais je tenterai de toujours conserver
une conversion en unit de temps terrestre, pour avoir un tout cohrent, de toute
manire autant le prix des carottes est concevable en euros, autant la dure des
prliminaires optimale avec leur systme temporel c'est  en perdre toute motivation.

Cent vingt-et-unime jour, donc, j'ai pass une bonne heure et demi (deux siximes)
 m'amuser avec Chalet. Comme d'habitude il fait un temps superbe et s'annonce une
nouvelle journe au paradis. Pnople me rejoint dans mon nouveau logis :

- a y est, tu t'es install, tu as fait un tour ?

- Oui, c'est pas trs grand mais sympathique.

- Tu as discut avec l'appartement ?

- Avec "Chalet", oui.

J'emploie le terme "chalet" en Franais, et comme nous parlons sa langue, ce mot
ne veut rien dire pour elle.

- "Chalet" ? C'est un nom de ton monde ?

- Oui, de ma langue plus prcisment, car Erik et moi n'avons pas la mme langue
maternelle, en "Franais", la "France" tant le nom du "pays", je ne sais pas comment
dire a, d'o je viens, "chalet" veut dire chalet.

- Votre monde est divis en plusieurs petites parties appeles "pays" ?  quoi cela
vous sert-il ? Et ce n'est pas un peu compliqu que vous parliez des langues diffrentes
? C'est pour vous forcer  apprendre plusieurs langues de la mme faon que nous
obligeons les enfants  le faire ?

Je souris  la remarque de Pnople :

- Hum, et bien ce n'est pas vraiment voulu, il se trouve que chaque peuple s'est
structur de lui-mme en petit groupe avec ses propres coutumes et langages, et que
par la suite ces groupes donnrent naissance  la notion de pays, et que nous sommes
toujours dans cette phase. Toutefois il est  prvoir que cette subdivision devienne
obsolte  un moment o  un autre.

Je rflchis un instant. Depuis notre arrive, avec Erik, nous avons beaucoup appris
sur ce monde, cette Congrgation. Il nous a fallu du temps pour acqurir un niveau
de langue correct, et mme si nous en avions dj parl  maintes reprises, je n'avais
jamais vraiment compltement saisi toutes nos conversations.

- Mais c'est tout de mme trange que tu ne trouves aucune information sur ma plante.

Pnople s'tait assise confortablement dans le petit canap, pour me regarder m'agiter
dans mon nouveau petit chez moi. Elle a appris  parler plus lentement pour que je
comprenne mieux. Elle garde toutefois toujours un peu cette attitude, cette faon
de parler, ce recul, qui rappelle qu'elle n'a pas les vingts ans qu'on lui donnerait.

- Ce que je crois, c'est que tu viens de l'Au-Del. Que les vaisseaux partis il y
a si longtemps se sont parpills et que certains, peut-tre, se sont poss sur des
plantes accueillantes et de l leurs passagers ont fond de nouvelles civilisations.

- a se tient. La Terre serait une des plantes o sont atterris les hommes de l'Au-del,
et ils auraient alors cr les bases d'une nouvelle socit. Plus prcisment une
partie de ces hommes seraient toujours prsents sur Terre grce aux tlporteurs
qui maintenaient leur jeunesse. a expliquerait pourquoi les gens appartenant  ce
que j'appelais l'organisation parlaient une langue bizarre qui ressemble  la tienne
et avaient presque tous une apparence jeune. Cette hypothse conforte aussi la thse
que les cahiers que j'avais trouvs avaient bien t crits par la mme personne.

- C'est quoi cette histoire d'organisation et de cahiers ?

J'explique de nouveau brivement mon aventure terrestre  Pnople, ma vie, le bracelet,
ma course  travers le monde, les cahiers,  chaque fois j'essaie d'tre un peu plus
complet, car bien souvent les fois prcdentes je butais sur des termes de vocabulaire
et la conversation drivait... Elle rflchit un instant et casse ma belle thorie,
ou peut-tre consulte-t-elle son bracelet, les gens adoptent toujours cette attitude
dans laquelle il est impossible de savoir s'ils rflchissent o s'ils naviguent
sur leur super internet. C'est un peu la mme chose pour eux, mais je trouve qu'il
y a quand mme une diffrence entre leur rponse propre et celle qu'ils trouvent
en demandant aux artificiels :

- Mais il y a un truc qui ne colle pas. Les hommes de l'Au-del ne sont partis d'ici
il n'y a que mille quatre cents ans environ.

Je comprends mon erreur et fais la moue, je suis d'autant plus bte que j'tais dj
arriv  cette conclusion en rflchissant tout seul sur le sujet.

- Aaah oui... C'est vrai tu as raison. Tu crois que des artificiels auraient pu inventer
et laisser assez de fausses traces pour faire croire  une histoire de plusieurs
milliers d'annes ? Ou qu'en arrivant les hommes de l'Au-Del ont voulu dlibremment
laisser ses traces pour nous faire croire que nous tions originaires de notre monde
?

- Les artificiels en sont capables, a ne pose pas de problmes particuliers, ils
sont capables d' peu prs n'importe quoi avec leurs gnrateurs  fusion du moment
qu'ils ont une source d'nergie suffisante. Mais a n'explique pas pourquoi ils auraient
cr une histoire de toutes pices et plac des millions de personnes avec la mmoire
prformate pour leur faire croire qu'ils habitaient cette plante depuis des milliers
d'annes. Les hommes de l'Au-del voulaient crer une nouvelle civilisation, il ne
fait pas de doute l-dessus, mais quel intrt de le faire artificiellement, pourquoi
repartir de zro ?

- Peut-tre voulaient-ils  la fois effacer toute trace ou reste de la Congrgation,
mais aussi ne pas perdre de temps, aller plus vite, arriver directement  l're industrielle
?

- Ce n'est pas impossible, mais je trouve que cette thorie ne colle pas, ce n'est
pas logique. Pourquoi ne pas partir du niveau auquel ils taient alors ? Ils taient
tous d'accord entre eux, effacer la Congrgation ne me parat pas une raison suffisante
pour dlibremment s'imposer plusieurs millnaires d'attentes avant de retrouver
le mme niveau qu' leur dpart.

- Je ne sais pas. Peut-tre alors que cette plante tait dj habite par des hommes,
et qu'ils sont arrivs ensuite.

- C'est peut-tre plus cohrent, et encore, d'o venait les hommes qui l'habitaient
? Nous sommes apparus sur Adama, et il n'y a pas trace d'expditions habites vers
l'Au-del plus de deux mille ans en arrire.

- Peut-tre n'avez-vous pas ces informations. Ne serait-il pas possible tout de mme
que des vaisseaux habits, il y a de a dix ou vingt mille ans, soient partis d'Adama
et aient finalement atterri sur la Terre ?

Pnople se lve et fait un petit tour dans le chalet, comme pour rflchir, aussi
sans doute parce que la discussion l'embte un peu, mais j'ai trop envie de savoir,
trop besoin de trouver une explication.

- Oui aprs tout, c'est possible, mais cette hypothse ne me convainc qu' moiti
et reste trs suspecte.

- Qui pourrait nous renseigner l dessus ?

- J'avoue que si le bracelet ne me donne rien, c'est assez difficile  dire. Peut-tre
une dcouverte garde secrte, mais ce serait bien trange, rien n'est secret ici.

- Ou tout du moins le croyez-vous.

- Oui, certes, c'est toujours plus facile de remettre en cause quelque chose qui
ne nous apporte pas la solution immdiatement que de la chercher vraiment.

Pnople a raison, l'inconnu et l'imagination donne des explications beaucoup plus
rapidement que le travail et la persvrance.

- Est-ce que a veut dire que je ne pourrais plus jamais retourner sur la Terre ?

Pnople se retourne vers moi avec le sourire :

- "Jamais" est une notion bien particulire ici, donc l'espoir n'est pas vain, toutefois
si tu viens bien de l'Au-del, ce sera sans doute trs long et difficile de retrouver
ton chemin. Mais tout ne tombe pas si mal, tu es presque ternel dsormais...

- Gnial, et quand finalement dans vingt mille ans je retrouverai la Terre, trois
guerres nuclaires seront passs par l, et je ne retrouverai que deux ou trois mutants
 trois yeux sous des cendres radioactives...

- Vous tes donc un peuple si guerrier ?

- Guerrier je ne sais pas, orgueilleux et inconscient sans doute...

Je suis bien perplexe... Je reste silencieux un instant, pensant  toutes les consquences
de cette situation sur ma vie, avec tous mes repres, combats, ide, envies, qui
deviennent obsoletes... Je pense tout haut :

- Toutes ces choses sont bien tranges quand mme, que vais-je bien pouvoir faire
? Rester ici pour toujours ?

- Pour un moment sans doute, pour toujours c'est moins sr. Quoiqu'il en soit il
faudra bien que nous portions votre dcouverte  la connaissance d'autres personnes
si nous n'arrivons pas  lucider ce mystre nous-mmes. De plus  partir du moment
o vous vous trouvez dans la Congrgation, il faudra bien statuer sur votre cas.
La situation tant ce qu'elle est, pour esprer entreprendre des recherches et dcouvrir
d'o vous venez, il vous faudra dans un premier temps devenir membres  part entire.

- Cette procdure se passe comment ?

Pnople consulte son bracelet, elle reste silencieuse un moment.

- Un cas identique au vtre ne s'est jamais vraiment prsent, mais dans le pass,
lors de la formation de la Congrgation, toutes les plantes n'ont pas rejoint la
formation au mme moment, pendant de nombreux millnaires certaines plantes prospres
ou avec une forte identit, comme les plantes de glaces, ont gard leur indpendances
et leur propres rgles. Aujourd'hui il n'existe plus de plantes hors de la Congrgation,
les dernires indpendantes sont tombes aprs le Libre Choix. Alors qu'il y avait
encore des plantes indpendantes, la procdure pour leurs habitants voulant intgrer
la Congrgation tait de passer devant le Congrs ou une assemble d'avis suffisamment
grande pour entriner la citoyennet des demandeurs et les rendre gaux  tout membre
de la Congrgation. Bien sr par la suite ils pouvaient avoir des ennuis avec leur
plante d'origine, mais dans votre cas c'est un peu diffrent. Quoi qu'il en soit
en ce qui vous concerne j'imagine que la mme procdure doit s'appliquer.

- C'est long ?

- Non pas trop.

Elle sourit et se reprend :

Enfin, pour vous tout sera long ici, mais le tout peut se faire assez rapidement
vu le caractre exceptionnel de l'vnement, je pense qu'en deux ans l'affaire peut
tre rgle, voire quelques grands siximes si nous pouvons suffisamment prparer
votre demande.  ce propos nous avons dj dcid de vous donner dans quelques jours
des bracelets enfants, ne serait-ce que pour vous familiariser avec leur utilisation
et communiquer plus facilement avec nous. De plus ils nous permettront de vous surveiller,
et leur enregistrements pourront s'avrer utiles quand vous demanderez  rejoindre
la Congrgation.

Le bracelet, encore et toujours.

- Mais... Vous faites tout avec ce bracelet, vous pouvez vous en sortir sans lui
?

- Certaines personnes se refusent  le porter trop souvent, pour ne pas en devenir
dpendantes, mais ce n'est plus trop le cas aujourd'hui. C'est tellement pratique.
En plus ne pas porter de bracelet, c'est risqu de se faire manipuler par d'autres
personnes, exactement ce que j'ai fait avec vous en vous paralysant ou vous faisant
marcher. D'un autre ct agir ainsi reste une faute trs grave si la raison n'est
pas valable. Et puis je ne crois pas qu'il y ait vraiment de problme, les personnes
paranos pensent que c'est un moyen de nous surveiller, de nous exploiter, mais comme
plus personne ne travaille et plus personne n'a de pouvoir, je ne vois pas trop ce
que a change qu'on nous surveille. Et puis c'est vachement contrl, avec les tlporteurs
c'est sans doute la chose la plus surveille de la Congrgation. En fait le bracelet
sert  beaucoup de choses, tellement de choses, communiquer, les discussions en virtuel
c'est quand mme vraiment pratique.

- C'est si bien que a le virtuel ?

Elle se retourne vers moi et sourit, c'est dconcertant comme parfois elle parle
comme si elle avait tout connu, tout vu, et d'autres fois elle ressemble  une gamine.

- Toi tu n'as jamais fait de virtuel, on fera un jeu aujourd'hui si tu veux, tu te
rendras compte. Le bracelet sert aussi  trouver des informations, surveiller notre
tat biologique. Il contient aussi notre dernire sauvegarde, et, depuis peu, un
nouveau modle permet d'avoir une sauvegarde permanente. Auparavant il n'avait pas
la capacit de le faire, mais les artificiels ont mis ces nouveaux bracelets au point
voil un sicle ou deux. Si j'avais eu un tel bracelet quand mon initial est mort,
il m'aurait permis de garder en souvenir de mes tous derniers instants, je le regrette
un peu... Mais bon, je peux toujours mourir de nouveau avec ce corps l.

Bracelet... Sauvegarde... Je ralise subitement.

- La dernire sauvegarde ? Mais alors a veut dire que le bracelet dans le tlporteur
o nous sommes arrivs contient la sauvegarde de Naoma ?!

- Mais ? Tu avais dit ne pas avoir ce bracelet ? Vous les avez pris ? Ton amie a
port ce bracelet ?

- Oui ! Oui elle l'a port ! Moi j'avais peur je ne l'ai pas touch, mais Naoma l'a
port quelques instant !

- Ah a change tout alors, le bracelet n'est pas initialis si tu ne le prends pas,
mais si elle l'a rcupr sa dernire sauvegarde a pu tre mise dessus. Mais qu'en
a-t-elle fait ensuite ?

- Elle l'a remis dans la petite bote o elle l'avait trouv.

- Ah, restons prudents alors, comme elle l'a remis en place, il a peut-tre t rinitialis.
En plus ce tlporteur ne m'a pas l'air trs en forme, il n'a aucune trace de votre
passage, il est peut-tre endommag.

- a vaut quand mme le coup d'aller voir non ? On pourrait peut-tre y aller aujourd'hui
?

- Toujours aussi press ! Mais si tu veux, oui, nous pouvons y aller faire un tour,
a nous fera une balade. Mais, nous y allons plutt tous les deux seuls, non ? Tu
veux y aller avec Erik et Guerd ?

- Pas ncessairement, il vaut mieux que l'on vrifie d'abord, nous y retournerons
plus tard avec eux, si la piste est bonne, histoire de de pas faire croire Erik en
de nouveaux espoirs.

- Et rendre Guerd malheureuse... Pas que je ne veuille pas que votre amie revienne,
mais Guerd aime bien Erik, et son ancien ami lui en a tellement fait bav que de
voir un peu quelqu'un d'autre est trs bien pour elle. Elle ne peut pas rester seule.
Je pense qu'Erik n'est pas un mauvais bougre, mais tant qu'il aura de l'espoir il
ne voudra srement pas voire en Guerd autre chose qu'une amie.

Pas un mauvais bougre... Je ne sais pas si elle dirait la mme chose si je lui racontais
ce qu'il faisait sur Terre... Il faut que je me mfie avec ses histoires de bracelet,
qu'elle n'coute pas trop ce que je pense...

- Oui, enfin, on verra bien... On djeune ? Chalet, tu fais la bouffe ?

Chalet :

- a roule ma poule.

Pnople sourit :

- Je vois que tu l'as bien duqu !

Nous nous installons  la petite table de la pice principale o j'ai dispos le
petit-djeuner, constitu de divers mets absolument impossibles  qualifier. Tout
est compltement artificiel, et il est trs dur d'y trouver des saveurs connues.
La nourriture est bonne toutefois, mme si ma part est moins goteuse que celle de
Pnople. 

- a fait combien de temps que vous ne mangez plus de choses naturelles ?

- Comment a ?

- Et bien, des animaux, des plantes.

Pnople fait la moue.

- Ah ! Rien que d'y penser a me dgote... Je n'ai jamais mang de trucs pareils
!

Pnople reste silencieuse un moment, sans doute consulte-t-elle son bracelet.

- Oui en fait a fait trs longtemps. a date, en gros, de la mise au point de la
cration d'lment par fusion.  partir du moment o nous sommes parvenus  gnrer
tout et n'importe quoi, nous avons fait beaucoup moins appel  la nature. C'est tonnant
j'aurais dit que cette tape tait arriv avant la tlportation, mais non a a t
mis au point aprs. La tlportation remonte  l'anne 2054 (environ 14700 ans avant
Jsus Christ), et la fusion 3125 (environ -13000). a voudrait dire que certaines
personnes peut-tre encore vivantes aujourd'hui ont vcu dans un monde sans fusion
! Extraordinaire !  Quoique les premires expriences russies de fusion sont antrieures
 la tlportation, notamment son utilisation comme source d'nergie, d'ailleurs
les tlporteurs, gourmands en nergie, ont des racteurs  fusion intgrs, mais
l'arrive au niveau similaire  ce que nous connaissons aujourd'hui remonte effectivement
 3000 et quelques.

Je regarde Chalet.

- Mais, pour les chalets, ici, vous avez utilisez des arbres, non ?

- Oui, mais tu sais il n'y a pas vraiment de rgle absolue dans la Congrgation.
La seule vrai rgle c'est le respect des avis. Les avis ont jug recevable l'ide
de prendre un peu de surface sur la fort pour faire le village, mais pour limiter
le gaspillage, les artificiels ont utilis une partie du bois pour construire les
chalets, mme si en ralit c'est plus pour un aspect esthtique qu'autre chose.
Mais manger un animal, tu trouveras difficilement des avis qui soient pour, d'ailleurs
cet aspect m'inquite un peu quant  la validation de votre intgration dans la Congrgation,
peut-tre que vous serez considrs comme des barbares.

- Et ? On aurait d faire comment ? Mourir de faim ? On ne connat pas, nous, vos
techniques de fusion-bidule.

- C'est vrai que le cas n'est pas vraiment conventionnel... Enfin, nous verrons a
en temps utile, pour l'instant, allons faire notre balade, allez, abeille !

Je charge Chalet de ranger la table, et je suis Pnople dehors. Je fais tout de
mme un petit dtour par le chalet d'Erik, mais son chalet m'informe qu'il dort encore,
alors je lui demande juste de transmettre un bonjour et de lui dire que je suis all
faire un tour avec Pnople.

Vire
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Je vais avec Pnople dans le chalet du conseil. Dans une des pices se trouve une
sorte d'armoire d'o elle sort deux combinaisons. Elle m'en tend une puis se dshabille
devant moi et jette ses habits dans une sorte de corbeille. Son corps est superbe.
J'ai beau savoir que c'est un clone et qu'elle a mille quatre cents ans, il n'empche
qu'elle ferait frmir de jalousie n'importe quel top modle terrestre. Elle est compltement
nue devant moi.

- Euh, a ne te drange pas de te dshabiller devant moi ?

- Je devrais ?

- Vous n'avez pas de tabou par rapport  la nudit ?

- Non, pas vraiment, je ne le ferais peut-tre pas devant n'importe qui, mais devant
toi ou une personne que je connais a ne me drange pas. Et puis tu sais ici presque
tout le monde  un corps parfait, alors nous n'avons pas vraiment quelque chose 
cacher. Mais plus srieusement je ne crois pas qu'il n'y ait jamais eu de tabou sur
cet aspect, pas depuis que je suis ne en tout cas, ce n'est pas forcment bienvenue
de le faire devant tout le monde sans raison, mais pour se changer, ou quand c'est
ncessaire, les gens n'ont pas d'hsitation, sauf s'il fait trs froid, bien sr.
Chez toi ce n'est pas correct de se dshabiller devant quelqu'un ? a te gne ? Si
tu veux je peux t'attendre dans la pice  ct pendant que tu te changes. Tu veux
peut-tre que je cherche dans les archives, pour savoir comment c'tait avant ?

- Non non laisse, nous verrons a plus tard. Et a ne me drange pas de me changer
devant toi, j'tais un peu surpris, c'est tout. Pour rpondre  comment les choses
se passent chez moi, et bien a dpend des personnes, mais assez gnralement cette
pratique ne se fait pas, non. a arrive entre filles ou entre garons dans des vestiaires,
mais dans un cas comme nous sommes aujourd'hui, clairement a ne se ferait pas. Nous
appelons cela la "pudeur", c'est de garder une certaine tenue envers les gens par
respect.

- OK. De toute faon n'oublie pas que j'ai mon bracelet, je lis en toi comme dans
un livre ouvert. Je sais bien que je te plais. Mais je peux te paralyser au moindre
geste suspect...

Elle se rapproche de moi et me frle la joue de la main.

- Stressant, non ?

Je souris, elle me fait craquer quand elle prend ses airs de jeune fille. Elle est
trop souvent terne et triste...

- Tu es cruelle...

- Allez montre moi tes fesses et enfile ta combi plutt que te plaindre, gamin !

Je pourrais difficilement contester mon statut de jeunot vu son ge, il est vrai.
Je me dpche d'enfiler la combinaison, et nous sortons du btiment sur la place
du village.

- Je vais piloter pour toi car ce n'est pas forcment vident au dbut. Je te donnerai
des cours plus tard si tu veux.

- D'accord.

- Bon, tu te laisses faire, tu ne fais pas de mouvements brusques, et ne t'inquite
pas mme si tu ne me verras pas, je serai derrire... C'est parti ?

- C'est parti !... Houaaaaou !

Deux ailes se forment  l'arrire de ma combinaison et se mettent en marche en quelques
diximes de secondes. Je suis tir vers le haut  une vitesse prodigieuse. J'entends
le gros bourdonnement caractristique. Je suis nanmoins surpris d'entendre la voix
de Pnople.

- Je me suis branche sur ta combinaison. Je ne peux pas t'entendre mais je peux
dj te dcrire un peu le paysage. Je n'ai pas activ l'affichage de l'altitude et
la vitesse en surimpression, je peux le mettre si tu veux mais comme c'est en base
six tu n'y comprendrais pas grand chose et je ne pense pas qu'il soit prvu de pouvoir
changer de base, je demanderai au gnrateur s'il sait faire.

Nous sommes toujours en vol vertical, montant plus doucement  quelques centaines
de mtres au dessus du village pendant que Pnople me dcrit le paysage :

- Comme tu avais dj sans doute pu le remarquer, notre village se trouve presqu'
l'extrmit de la bande de terre surleve par la chute de la mtorite qui a form
ce cratre. Stycchia possde un paysage un peu atypique d  son bombardement par
des mtores de glace pour apporter de l'eau  sa surface. Avant sa terraformation,
Stycchia tait une plante morte sans aucune trace d'activit, ni tectonique et encore
moins biologique. Toutefois sa position presque centrale dans la Congrgation a favoris
sa colonisation malgr tout. D'immenses blocs de glace ont alors t projets  sa
surface pour crer les ocans, cette opration a donn naissance  certaines formations
trs tranges. Auparavant Stycchia avait une priode de rotation plus rapide, elle
a t ralentie pour mieux correspondre au rythme humain. Mais cette rotation rapide
avait tout de mme, par force centrifuge, cr un volume ovode dont le diamtre
quatorial est suprieur de plusieurs pourcent au diamtre polaire. Par consquent
la majeure partie des terres merges se trouvent  l'quateur et sont recouvertes
d'une paisse fort vierge. Il subsiste nanmoins deux continents en zones tempres,
un dans l'hmisphre Nord et un autre dans le Sud. C'est sur ces deux continents
que se trouve quatre-vingt quinze pourcent de la population, la vie dans les zones
humides n'tant gure agrable.

Nous nous dplaons un peu et redescendons en nous dirigeant vers l'extrmit du
cratre.

- Notre village fait partie des rares qui ne se trouvent pas sur ces deux continents,
nanmoins il n'est pas compltement dans la zone quatoriale, et le climat y est
trs agrable, mme si un peu chaud et humide. Nous survolons maintenant sans doute
l'endroit par lequel vous tes arrivs.

Nous avanons jusqu'au niveau des parois puis remontons brutalement pour dpasser
le sommet de la falaise. Pnople est un peu brusque dans ses changements de directions
et je me demande si je vais pouvoir conserver mon djeuner jusqu'au bout. Cette sensation
pas trs agrable mise  part, c'est fantastique de voler comme une abeille. Nous
arrivons devant l'immense tendue sur laquelle nous avons tant pein.  l'horizon
se dtache notre cratre d'accueil. C'est vraiment incroyable, je suis en train de
voler dans une combinaison abeille sur une plante inconnue  l'autre bout de la
galaxie, c'est cool parfois la vie !

- Je vais acclrer un peu, nous avons presque deux cent kilomtres  parcourir jusqu'au
cratre (200 quadri-pierres, un quadri-pierres fait en gros un kilomtre), comme
c'est juste de la mer, ce n'est pas trs intressant. Je vais activer l'ionisateur
sur ta combinaison pour limiter le vent, ne t'inquite pas.

Un petit bourdonnement supplmentaire se fait entendre, et simultanment nous acclrons
considrablement et redescendons vers les flots. Nous volons  quelques dizaines
de mtres de l'eau, et par moment j'y distingue quelques gros poissons. Une dizaine
de minutes plus tard le cratre o nous sommes arrivs est de nouveau en vue, mais
il nous faut encore plus d'une demi-heure pour y arriver enfin. Dire qu'il nous 
fallut plus de quarante jours pour faire le trajet avec Erik et Naoma ! Naoma...
Ah j'aimerais tant que tu sois avec moi, j'espre que nous allons retrouv ton bracelet
et te ramener... Pnople reprend sa description :

- Ces cratres un peu bizarres, avec de la fort  l'intrieur et la mer  l'extrieur,
sont spcifiques  Stycchia. Quand certains mtores de glace ont percut le sol,
l'eau qu'ils contenaient s'est vaporise.  cet endroit de la plante la roche est
particulirement impermable, ainsi bien que d'un niveau infrieur  celui de la
mer environnante, il a pu subsister des cratres avec de la fort  l'intrieur comme
celui-ci et quelques autres.

Nous continuons  vitesse plus rduite jusqu'aux btiments, prs desquels nous nous
posons dix minutes plus tard. Pnople stoppe ma combinaison  un mtre du sol, et
moi qui m'attendait  un atterrissage en douceur, je me retrouve les fesses par terre.

- Et oh, mais a ne va pas ou bien !

Pnople se pose  ct de moi, elle sourit en me voyant par terre.

- Excuse moi, je pensais que tu te rattraperais.

- Tu aurais pu au moins me prvenir !

- Tu as raison. Je suis dsole.

Elle a dit a sur un ton de lassitude tel que sur Terre je me serais clips en douce
tellement j'aurais eu l'impression de l'ennuyer. Je me demande si je pourrais vraiment
tre ami avec elle, elle semble tellement blase de tout... Je la cherche un peu
:

- Mouais, tu l'as fait exprs !

- Cessons ces chamailleries, entrons. Pfff, regarde, il reste encore des traces de
votre feu, bande de barbares !

Elle ne relve mme pas et se tourne vers les btiments. Je me demande si j'aimerais
vraiment arriver  un point tel que mme quelque chose de vraiment hors du commun
me laisse impassible. Nous ne sommes pas n'importe qui, mince ! Nous venons d'une
plante qu'ils ne connaissent pas, nous sommes peut-tre ces gars de l'Au-del qui
ont fil en douce il y a je ne sais plus combien de centaines ou de milliers d'annes
! Pourtant parfois je retrouve la petite fille en elle, c'est trange...

- Tu aurais prfr qu'on se laisst mourir de faim ?

Ils ont aussi une sorte de subjonctif pass, qu'ils utilisent beaucoup plus que nous,
je ne crois pas que je me serais jamais pos la question si je n'avais pas d tenter
de traduire ces dialogues. Pnople a une voix un peu lente, un peu comme si elle
rflchissait avant de dire quoi que ce soit, ou qu'elle vrifiait ce que je pense
avec son bracelet, c'est assez dconcertant. Pourtant parfois elle devient plus spontane,
plus humaine presque, pourrais-je dire... Je l'aime dans ces moments l...

- Beaucoup d'entre nous auraient sans doute choisi cette solution dans votre situation,
mais cette remarque ne tient pas compte du fait que pour vous cette dcision aurait
t une fin dfinitive, alors que nous pour nous la mort est toute relative.

- Franchement je n'en suis pas sr. Tu n'as peut-tre jamais eu ni vraiment faim
ni vraiment soif, mais tu fais des choses que tu n'aurais pas faites dans nombres
d'autres situations, crois-moi...

- C'est vrai que je n'ai jamais souffert de faim ou de soif. Mais si vous aviez t
un peu plus malins, vous n'auriez pas du en souffrir vous non plus, suis-moi, il
doit bien y avoir une caftria dans ces locaux.

Pnople fait le tour de la pice principale et entre dans la pice ou se trouvaient
les trois tables. Elle se dirige alors vers la paroi, et une trappe s'ouvre avec
 l'intrieur un plateau de nourriture. a parait tellement vident, maintenant...

- Oh ! Mais comment pouvait-on savoir ?

- C'est vrai que sans bracelet c'est impossible  trouver, je veux bien le reconnatre.
Bon, retournons  nos affaires.

Nous nous dirigeons et entrons dans la pice aux tubes. Elle a quand mme un corps
superbe, ces gens l m'tonne... Je ne sais pas si c'est si bien finalement, de vieillir
dans un corps qui reste ternellement jeune...

- Quel tait le tube de Naoma ?

Naoma ! Mon Dieu excuse moi, je pense  toute autre chose, j'en suis honteux... J'espre
tant que tu vas revenir, revenir pour Erik, mais aussi pour moi, pour que je me sente
un peu moins seul dans ce monde inconnu... Je lui montre le tube de Naoma :

- Celui-ci.

Pnople hsite.

-  vrai dire j'ai peur que si c'est moi qu'il l'ouvre il ne se rinitialise. Tu
peux encore ouvrir le tien ?

Je pose ma main sur la petite trappe, elle s'ouvre. Je rcupre le bracelet. Il me
fait moins peur, dsormais... Celui que j'avais  Paris tait sans doute programm
pour me nuire, celui-ci doit tre plus inoffensif, quoique je ne sais pas trop qui
 bien pu nous envoyer ici... Pnople pense tout haut :

- D'ailleurs cette histoire soulve d'autres questions dont je n'ai pas la rponse.
Si vous n'tes pas membres de la Congrgation, ce n'est pas normal que vous ayez
pu utiliser le tlporteur et encore moins normal que vous ayez pu avoir un bracelet.
Il y a un mystre l-dessous. Fais voir ton bracelet ?

Je le tends  Pnople. Elle l'analyse.

- Pourtant il a l'air tout  fait normal, il me dit qu'il ne peut pas donner l'accs,
il doit donc bien contenir des infos. C'est mme un nouveau modle. Tu peux le mettre
s'il te plat ?

J'enfile le bracelet, j'ai quand mme un reste d'une petite rticence rflexe, c'est
marrant... D'autant plus marrant que cette rticence doit tre purement psychologique
puisque ce n'est pas le mme corps que j'avais sur Terre.

- Comment a marche ?

Pnople se recule et s'appuie contre la paroi, on dirait qu'elle n'a mme plus d'impatience...
C'est dprimant...

- Pense juste  lui, regarde le ventuellement, a devrait t'ouvrir le menu principal.

Je m'crie :

- C'est gnial !

En regardant le bracelet et en pensant entrer en contact avec lui, trois sphres
sont apparues. J'imagine qu'elles ne sont qu'une projection que le bracelet fait
sur mon cerveau, mais c'est trs impressionnant, on dirait que je peux les toucher
! Elles contiennent des petits schmas. L'une d'elle semble servir  avoir des informations
sur mon corps, sur une autre j'interprte le petit pictogramme comme tant le symbole
pour tlphoner, ou tout du moins l'quivalent local. Quant  la troisime, elle
doit permettre de chercher des informations. Je commence  regarder le contenu des
sphres, Pnople m'interrompt :

- Il fonctionne ?

- Oui !

Quand je vais sur les infos de mon corps, je ne comprends pas grand chose entre la
langue et les chiffres, que je parle et comprends mais n'cris pas du tout. Mais
il semble y avoir mon rythme cardiaque, mon tat de fatigue, les points qui sont
douloureux, mes ressources d'nergie... C'est fantastique ! Pnople revient vers
moi.

- C'est trange, trs trange. Tu ne devrais pas le garder sur toi toutefois, il
pourrait t'attirer des problmes s'il s'avre que c'est celui d'une autre personne,
ou une forme de piratage.

Je n'ai pas compris le mot dans un premier temps, Pnople a d me l'expliquer.

- Vous connaissez a vous, le piratage ?

- Dans le pass c'est arriv je crois, a fait longtemps cela dit. Quoiqu'il en soit
je ne te le laisse pas, donne le moi.

Elle me parle comme  un gamin, ce qui m'nerve un peu, mais j'ai envie de jouer.
Je ne la regarde mme pas.

- Non.

Elle me tend la main et me commande :

- Donne.

Je tourne le regard vers elle et la regarde droit dans les yeux, elle soutient mon
regard, comme toujours.

- Non.

Elle s'impatiente, remue la main comme pour dire que le caprice est fini.

- Allez, tu ne vas pas m'obliger  te forcer.

Je refuse toujours, de lui donner. Je suis curieux de savoir ce qu'elle peut faire.
Elle est dcontenance. Elle perd de son assurance. Elle hsite. Elle m'attaque mentalement,
mon bracelet signale une tentative de la part de son bracelet, je choisis simplement
ce qui me parat tre le mode de protection.

- Tu viens de m'attaquer, Pnople, alors que je ne t'ai rien fait.

- Tu n'as pas le droit d'avoir ce bracelet. C'est toi qui est en tort.

- Comment sais-tu que je n'ai pas le droit, comment le saurais-je, moi ? Puisqu'il
m'a t offert  mon arrive ?

Je m'approche d'un pas. Mon bracelet m'informe qu'elle tente de savoir ce que je
pense. Mais je reste calme, essayant de penser  toute autre chose pour troubler
son dtecteur. Elle recule, elle a peur, mon bracelet me l'indique. tonnant, pour
une fille qui a tout vu. J'avance d'un autre pas. Elle recule encore un peu, mais
elle est bloque entre le tube et la paroi. Elle est prise au pige, si elle veut
s'enfuir il lui faudra me bousculer. Elle a de plus en plus peur. Je ne voudrais
pas la pousser  bout et la faire ragir trop violemment, mais cette situation m'amuse
quand mme.

- Je te le donne  condition que tu m'embrasses.

Elle reste silencieuse, m'observant bizarrement. Je reste devant elle, immobile.
Elle a toujours peur. Elle perd son visage impassible, son regard devient plus inquiet,
plus humain.

- Et qu'est ce qui me prouve que tu vas me le donner ?

- Est-ce que j'ai menti, en te le disant ?

- Non... Je...

- a ne te suffit pas ?

- Je ne sais pas. Je...

Elle s'approche de moi, sa peur a diminu. Elle s'apprte  m'embrasser. Quand elle
n'est plus qu' quelques centimtres de ma bouche, je m'loigne, retire mon bracelet
et lui le tends. J'ai cass la coquille de l'inbranlable Pnople, elle perd un
peu de sa superbe, mais gagne beaucoup en humanit.

- Je t'aurais cru plus tmraire, Pnople. De la d'o je viens dans ce genre de
situation un bon coup de genou dans les couilles et c'tait rgl. Le bracelet te
rend trouillarde.

Elle est dcontenance.

- Mais, comment as-tu fait ? Pourquoi je n'ai pas dtect ta colre, j'aurais eu
la permission de te contrler alors.

- Parce que je n'tais pas en colre.

Sa voix est encore un peu chancelante, tellement plus attendrissante, j'aurai peut-tre
d la laisser m'embraser... J'en ai mme un frisson...

- Mais... Tu... Tu voulais quoi ?

- J'tais curieux, simplement, curieux de savoir ce que tu ferais.

- C'tait juste pour me tester ?

- Oui, mais j'ai vu que tu avais peur. a m'a tonn, intrigu, alors je suis all
un peu plus loin. Tu parais tellement insensible, d'habitude...

Elle reste pensive un instant, jouant avec mon bracelet. Elle me regarde dans les
yeux :

- Tu as raison. Je n'aurais jamais ragi de cette faon par le pass. Je ne sais
pas pourquoi, mais tu m'as paralyse, mon bracelet ne me donnait rien, je ne savais
pas quoi faire. Peut-tre suis-je trop dpendante de lui, oui...

- Toutefois ce n'est pas vraiment un problme car je n'avais effectivement aucune
animosit  ton gard, donc tu ne craignais bien rien. Je t'ai juste fait croire
que tu craignais quelque chose, et peut-tre qu'au contraire si tu avais vraiment
cout ton bracelet, tu aurais vu qu'il n'y avait pas de problme.

- Oui c'est vrai. Mais j'ai vraiment eu peur. J'ai... J'ai appel  l'extrieur,
je vais prvenir que ce n'tait rien...

- Tu as mme appel, fichtre ! Quelle trouillarde !

- Que veux-tu, cela fait des centaines d'annes que je n'ai pas vcu de situation
dans laquelle je perdais le contrle, c'est trs drangeant, je, j'ai, j'ai eu des
picotements, mon coeur s'est emball... Je me suis sentie rajeunir de mille ans !

- Tu as bien de la chance, les situations dans lesquelles je ne contrle que dalle
c'est ma vie au quotidien depuis plus de six mois.

Pnople a l'air vraiment perturbe par cette exprience. Je l'a prend par la main,
elle est surprise.

- Ne t'inquite pas, je ne le dirai  personne.

Elle sourit. Pas son sourire crisp et pdant habituel, un vrai sourire avec une
risette qui me fait craquer.

- Quoi qu'il en soit, l'exprience semble concluante, mon bracelet  l'air correctement
initialis. Tentons d'ouvrir la trappe d'Erik, peut-tre pourrons-nous ainsi tester
si la mme opration est envisageable avec celle de Naoma.

- Oui, bonne ide.

Mais il n'y a rien  faire, la trappe ne s'ouvre pas, pas plus avec les requtes
que Pnople fait avec son bracelet que moi en y allant  l'ancienne. Ce n'est pas
trs bon signe :

- Mais comment pourra-t-on l'ouvrir si seule elle peut le faire ! Nous faudra-t-il
apporter une de ses mains en dcomposition en esprant que les empreintes y sont
toujours ?

- Non l'ouverture ne fonctionne pas avec les empreintes digitales, il faut l'empreinte
lectromagntique du cerveau.

- C'est pas gagn quoi...

- Non... Mais il doit bien y avoir un moyen. On doit pouvoir ouvrir cette trappe,
par contre il doit sans doute prendre l'avis d'un comit plus important, comme je
t'avais expliqu la tlportation est un sujet sensible.

- C'est foutu pour aujourd'hui quoi.

- Oui, il nous faudra srement en aviser le village, et j'ai peur que le Congrs
lui-mme ne doive statuer sur un tel cas.

- Bon, c'est rap quoi... On rentre ? On va faire un jeu virtuel comme tu m'avais
parl ce matin ?

- Si tu veux,  condition que tu me promettes de ne plus faire ce que tu m'as fait
tout  l'heure.

Je lui mets la main sur l'paule. Cette petite exprience m'a permis de prendre un
peu d'aisance avec elle, je n'ai plus peur de la toucher, dsormais :

- Au contraire !

- Pfff... Allez rentrons.

Je me laisse emmener une fois de plus en abeille par Pnople, et moins de trois
quarts d'heure plus tard nous sommes au village. Notre escapade matinale aura presque
dure trois heures. Pnople va s'entretenir avec quelques villageois de notre aventure,
j'en profite pendant ce temps pour faire un tour du village et dire bonjour. J'essaie
de faire un tour tous les matins, un peu comme le tour des tages que je faisais
en arrivant  Mandrakesoft. Je croise Erik qui vient semble-t-il tout juste de se
lever. Il a l'air de se promener. Nous nous parlons en anglais, toujours.

- a va ?

- Mouais, j'ai eu ton message, vous tes dj rentr ?

- Oui.

- Vous tes alls o ?

J'hsite un instant. Dois-je lui dire la vrit, dois-je l'luder ? Je n'aime pas
trop cacher des choses, surtout qu'Erik peut tout  fait comprendre. Il va srement
me reprocher de ne pas l'avoir emmen avec lui, mais qu'importe.

- Pnople m'a fait faire un tour avec les combinaisons abeilles, elle m'a expliqu
l'origine de ces cratres. Mais notre objectif tait de retourner aux btiments.

- Pourquoi, vous avez du nouveau ?

- Pas vraiment, juste qu'en discutant avec Pnople, j'ai appris que le bracelet
que l'on trouve en sortant d'un tlporteur contient une sauvegarde, et que mme
certains modles contiennent en permanence une sauvegarde de la personne. Et si tu
te rappelles bien Naoma avait pris et enfil le bracelet. Nous avons tent de le
rcuprer, mais sans succs, car seule Naoma peut le faire. Pnople pense qu'avec
l'accord de certaines personnes nous pourrions peut-tre tout de mme y parvenir,
cela dit je ne veux pas te donner de faux espoirs car nous ne savons pas s'il contient
toujours l'empreinte de Naoma.

- Et on peut le bloquer ce tlporteur, le dsactiver, pour que personne ne puisse
l'utiliser, rinitialiser ce bracelet.

- Ha j'ai pas pens  a... Toutefois selon Pnople d'une part ce tlporteur n'est
plus utilis depuis des sicles, et d'autre part il ne contient aucune trace de notre
passage, ce qui veut peut-tre dire qu'il a un problme ou que l'on a effac nos
traces.

- Mouais, mais ce serait quand mme plus prudent de le bloquer, ce serait pas de
veine qu'on le perde  cause de a. Pourquoi ne m'avez-vous pas emmen ?

- Ben ce n'tait qu'une intuition, et en plus tu dormais. Et puis je ne voulais pas
t'apporter de faux espoirs.

- Et oh a va j'ai pas dix ans ! J'ai dj perdu des proches, j'tais un tueur avant,
si jamais tu ne t'en souviens pas. La prochaine fois tu fais signe.

- a marche. Allons voir Pnople pour l'histoire du blocage.

Depuis que nous sommes arrivs dans le village, Erik a un peu pass sa colre envers
moi, et notre relation va un peu mieux, nous sommes mme un peu plus proche, maintenant
que nous ne sommes plus que tous les deux. Je crois qu'il m'aime bien, mme s'il
m'en veut toujours, mais l'amour a ses raisons que la raison ignore...

Une personne nous interpelle :

- H ! Vous allez o ?

Guerd apparat, elle se prcipite vers Erik et me salue  peine avec un petit signe
de la tte. Elle a l'air compltement subjugue par Erik. Guerd est une rousse superbe.
Il faut toutefois relativiser car en effet Pnople a raison, tout le monde ou presque
a un corps magnifique ici. J'avoue que je trouve Pnople plus jolie, mais Guerd
est aussi mignonne comme tout. Mais son caractre par contre ne me sirait pas du
tout, j'en ai peur. Guerd est trop collante, beaucoup trop dpendante je pense. Mais
je ne la connais pas vraiment non plus, alors je laisserai au temps le soin de m'infirmer
ou pas sur ce point. Elle se colle  Erik, le prend par le bras et vient lui renifler
le cou. C'est leur faon de dire bonjour, ils tendent la main devant le nez de l'autre
ou lui renifle le cou, suivant le degr d'intimit. Cette pratique remonte au temps
des reptiliens, quand les hommes en taient les esclaves. Les reptiliens avaient
une trs forte odeur, et les hommes qui sentaient un peu trop cette odeur taient
assimils  des tratres, ou tout du moins accueillis avec mfiance.

Nous nous dirigeons tout trois vers la salle du conseil o se trouve Pnople. Nous
la trouvons en grande discussion avec cinq autres personnes. Nous les saluons. La
mthode formelle pour arriver dans un groupe et de lever les deux mains et de faire
un tour sur soi-mme, toujours un rsidu de l'poque ou tout le monde tait suspect
de pactiser avec l'ennemi. C'est plutt loufoque au dbut, mais c'est assez pratique
quand il y a du monde, vitant de serrer la main ou faire la bise  tout le monde
comme c'est le cas en France.

- Moyoto, je suis dsol de vous dranger, mais Erik m'a fait remarquer que ce serait
peut-tre plus prudent de faire en sorte que le tlporteur soit dsactiv le temps
que nous rsolvions cette affaire ?

Iurt, souvent considr comme le sage du village, me rpond :

- Oui c'est ce dont nous avons parl entre autre, mais le centre est dj dsactiv.
C'est un mystre de plus, vous n'auriez pas d pouvoir arriver pas l. Ce soir nous
aviserons Adama, il semble que l'affaire soit un peu plus complexe que nous ne l'imaginions,
tant pis pour notre tranquillit.

Erik est press.

- Nous ne pouvons pas les aviser maintenant ? C'est quelle heure sur Adama en ce
moment ?

Pnople rigole et rpond :

- Et bien a dpend o, mais si ta question est de savoir si le congrs est disponible
en ce moment, je te rpondrais non. Mme si les avis sont  mme de rsoudre pratiquement
tous les problmes, il n'en reste pas moins que trois cent soixante milliards de
personnes crent quand mme bon nombre de situations difficiles. Mais ne t'inquite
pas nous avons dj expos le problme  plusieurs personnes de Stycchia et une personne
du Congrs. C'est elle qui nous mettra en contact ce soir.

Erik poursuit :

- On ne peut rien faire en attendant ?

Pnople, toujours avec son air impassible :

- Un peu de patience, voil plus de deux mois que vous tes ici, vous tiendrez bien
une demi-journe de plus.

Nous acquiesons, je propose  Erik, Guerd et Pnople :

- On mange ensemble ?

- Oui pourquoi pas, je n'ai pas encore pris mon petit-dj de toute manire.

Erik demande :

- On va chez qui ?

Je me demande bien comment est le chalet de Guerd :

- Chez Guerd nous n'y sommes jamais alls.

Erik conteste :

- Moi j'y suis dj all.

Je le charrie.

- Euh, toi a ne compte pas...

Je m'aperois que je dois tre en ralit le seul dans ce cas et je rectifie.

- Euh... Les autres non plus d'ailleurs a ne compte pas... Bon, MOI je n'y suis
jamais all. C'est valable, non ?

Erik et Guerd rigolent et nous nous dirigeons finalement vers le chalet de Guerd.
Pnople ne dit pas un mot, elle a l'air soucieuse, ou alors nos gamineries l'ennuient-elles.
Guerd, qui a pourtant aussi un grand ge, est beaucoup plus jeune dans son esprit,
peut-tre plus sensible, moins prtentieuse. Parfois Pnople me rappelle Virginie,
toujours sre d'elle, impossible de savoir ce qu'elle pense ou veut. Nous allons
tout de mme tous les quatre chez Guerd. Je crois que Pnople m'aime bien, mais
je n'en suis mme pas sr... Elle semble tellement lasse de tout, j'arrive parfois
 lui faire avoir le sourire,  lui faire retrouver un peu de joie de vivre. Parfois
je me demande pourquoi elle nous a accueillis ce jour l, et pourquoi elle m'accepte
aussi souvent... Elle doit me cacher quelque chose, elle ne peut pas tre aussi insensible
et en mme temps vouloir passer autant de temps avec moi. L'appartement de Guerd
est sympa, il me file des trucs nouveaux  manger. Erik pose quelques questions sur
notre matine, sur le principe du bracelet, sur les avis et d'autres aspects que
j'avais dj abords avec Pnople, puis nous drivons sur des sujets moins importants,
quoiqu'aussi intressants. Je demande  Pnople et Guerd :

- A propos de vos corps et de la beaut, si tout le monde a un corps parfait, a
ne pose pas des problmes pour la diversit ? Et mme, tout le monde ne possde pas
les mmes critres de beaut, pourtant vous semblez tous appartenir au mme type,
au mme physique ?

Guerd rpond en premier lieu :

- Si chacun fait comme il veut c'est que finalement c'est ce que veulent les gens.

Pnople complte :

- C'est vrai que c'est une question qui est souvent revenue au Congrs. Mais plusieurs
lments justifient le rsultat. Premirement nos enfants naissent obligatoirement
de parents non modifis. Deuximement si tu compares les corps des initiaux avec
les clones, tu ne verras pas tant de diffrence que a, car nos corps ne sont pas
faonn par un dsir quelconque, mais par un contrle mdical qui leur apporte une
alimentation et des soins optimums, ensuite...

Je rtorque :

- Mais il doit bien y avoir des erreurs, des malformations, des problmes gntiques
? Est-ce que vous interrompez certaines grossesses, par exemple ?

- Non, aucune. Toutefois les femmes ne sont pas obliges de suivre leur grossesse
elles-mmes, des artificiels peuvent recueillir le foetus. Mais il n'y a pas beaucoup
d'enfants. Sur le plan des dformations gntiques et des erreurs, comme toujours
ce sont les avis qui dcident. Ds que le foetus a quelques jours seulement nous
savons projeter son volution et savoir  quoi il va ressembler plus tard. Ainsi
quand un enfant aura une malformation, par exemple un seul bras au lieu de deux,
alors un bras lui sera rajout pendant son dveloppement, mais ses gnes sont conservs.
Enfin c'est souvent ce qu'il se passe, les gens laissent rarement les enfants avec
des dformations. Il y a bien des exceptions, mais c'est rare. De la mme faon,
s'il possde des dformations osseuses, ou une prdisposition aux maladies, ou tout
autre problme qui ne le rendra pas gal  ces concitoyens, il est artificiellement
corrig, mais l'intgrit de ses gnes est toujours prserve.

- Mais vous pouvez tout corriger ? Il n'y a pas des foetus qui ont des problmes
de dveloppement tels qu'ils meurent avant la fin de la grossesse par exemple ? Et
est-ce que cela n'est pas contraire  la nature. Par exemple il n'est pas normal
qu'une personne n'ait qu'un seul bras, est-ce que cette politique de mener mme les
grossesses les plus dsespre  terme n'est pas dangereux pour l'espce au final
? De conserver ces gnes, ou mme des prdispositions  certaines maladies ?

Pnople prend une voix plus calme, on sent bien quand elle parle ainsi qu'elle est
vieille, si vieille, et connat beaucoup de choses...

- Il y a effectivement des grossesses qui n'aboutissent pas. Notre limite se situe
toujours au niveau des gnes. Si leur modification est ncessaire pour que la personne
puisse vivre, c'est gnralement rprouv par les avis. Sur les problmes de dgnrescence
du patrimoine gntique de l'humanit, quand j'ai dit que les personnes devaient
natre gales les unes aux autres, j'ai menti. Si nous devions tous tre gaux les
uns aux autres il faudrait partir d'un clone et rendre tout le monde identique. Il
s'avre que l'apparence physique relle est toujours prsente aux autres. Si une
personne n'a qu'un bras tout le monde saura que gntiquement cette personne n'a
qu'un bras. Nous ne cachons pas les choses. Et il y a effectivement des gens qui
sont plus intelligents, ou plus habiles, plus forts... Mais seules deux personnes
peuvent dcider en connaissance de cause si elles veulent avoir un enfant ou pas,
nous ne pouvons pas les forcer  le faire ou  ne pas le faire. Le Congrs et les
avis ont toujours mis la limite au niveau de la nature. Nous tentons d'aller au minimum
contre elle, toutes les tentatives de socit voulant crer des super-humains ont
chou, dsormais c'est interdit. Les enfants naissent tous de couples naturels,
sans modification gntique.

- Tiens en parlant de couple, vous avez une proportion d'homosexuels parmi vous ?

C'est Guerd qui rpond :

- Oui il y en a un peu, mais vraiment pas beaucoup.

Pnople complte, presque comme si la rponse de Guerd l'avait gne :

- La proportion est Extrmement faible, mais il y en a tout de mme.

Erik demande :

- Ils peuvent avoir des enfants ?

Guerd ne rpond pas, elle a senti que sa rponse de tout  l'heure a vex Pnople.
Peut-tre ont-elles discut en sym. Pnople reste muette un instant, consultant
sans doute des archives, puis rcite. a manque un peu de spontanit, tout de mme...

- Les couples homosexuels, s'ils y arrivent, oui, peuvent avoir des enfants. Mais
dans la pratique c'est assez dur pour eux. Les avis considrent que la procration
doit rester naturelle. Sur l'homosexualit, il s'avrent que la proportion tait
plus grande dans le pass, dsormais tout le monde peut changer de sexe comme il
l'entend, et de plus le changement de sexe conserve les gnes. Souvent les personnes
indcises sur leur tendances sexuelles exprimentent les deux sexes, et choisissent
celui qui leur convient le mieux. Certaines personnes vont mme jusqu' changer de
sexe plusieurs fois pas an. Mais globalement tout le monde trouve son bonheur. Les
seuls cas un peu tranges sont les couples homosexuels fminins qui sont des homosexuelles
pures, c'est--dire qu'elles aiment les femmes, et qu'elles ne voudraient pas tre
un homme. Si ces couples dcident d'avoir des enfants, et que l'une d'entre elles
devient un homme quelques temps dans ce but, ils n'auront que des filles. Mais le
problme se pose peu, le nombre d'enfants est de toute faon trs faible.

Pnople, ah, Pnople, j'aimerai tant que tu sois un peu plus heureuse... Taquinons-l
:

- Tu as t un homme toi ?

Elle ne sourit mme pas.

- Oui pendant quelques annes, mais a ne m'a pas trop russi. Pourtant, franchement
je ne regrette pas l'exprience, c'tait trs instructif ne serait-ce que pour comprendre
les problmes du sexe oppos.

Erik prend la parole :

- Et pour revenir sur la beaut, tu n'as pas vraiment rpondu sur les critres de
la beaut, tout le monde a les mmes ?

Pnople reste silencieuse, mais pas comme quand elle cherche dans son bracelet.
Elle rpond finalement :

-  vrai dire je ne sais pas vraiment rpondre, et je pense que la rponse de Guerd
sera aussi la mienne. Nous ne forons pas les gens, c'est eux qui dcident, c'est
eux qui ont leurs propres critres. Si la majorit des gens ont plus ou moins le
mme idal fminin ou masculin, c'est que peut-tre le concept de la beaut est effectivement
une valeur partage par tous les hommes. Nous ne forons personne  faire quoi que
se soit. Chacun dcide, et si aujourd'hui le rsultat est tel, c'est que c'est ainsi
que les hommes en ont dcid.

Guerd se risque  reprendre la parole, notre vision de la beaut semble l'intresser
:

- Pourquoi, vous n'avez pas les mmes critres chez vous ?

Erik lui rpond :

- Dans la partie du monde dans lequel je vis les critres ressemblent pas mal  ceux
d'ici, c'est assez tonnant, d'ailleurs. Et ne t'inquite pas je vous trouve trs
jolies, mais je ne suis pas sr que toute ma plante soit compltement d'accord avec
cette position. Je pense que Ylraw sera d'accord, c'est lui l'intellectuel aprs
tout.

J'aime bien quand Erik me charrie.

- Et oh ! Assume.

Il rpond avec un petit hochement de tte. Guerd le regarde  le faire fondre.

- J'assume.

Je redeviens un peu plus srieux :

- C'est vrai qu'on peut se demander si votre notion de la beaut est celle qui a
mis tout le monde d'accord, ou plutt celle qui tait le plus en avance et a effac
toutes les autres. Sur notre plante je dirais que c'est plutt cette deuxime chose
qui se passe.

La conversation continue sur des dtails plus mineurs de notre monde  l'initiative
de Guerd. Pnople s'est dsintresse de la conversation, elle semble toujours soucieuse,
ou lasse, j'ai du mal  deviner ce qu'elle pense. Le repas termin, Guerd propose
 Erik d'aller se baigner, je rappelle  Pnople sa proposition de virtuel. Nous
nous sparons et sur le chemin du chalet de Pnople, je m'inquite de ses proccupations
:

- Avant le repas et aprs notre conversation sur la beaut tu m'as paru soucieuse,
enfin, plus que d'habitude, je n'ai mme pas russi  te faire rire, quelque chose
ne va pas ? Vous avez appris une mauvaise nouvelle avec le conseil avant que nous
n'arrivions Erik, Guerd et moi ?

Elle me regarde et sourit. Elle est craquante quand elle fait a.

- Non non pas du tout.

Elle attends quelques secondes puis reprend :

- C'est bte mais je suis toujours perturbe par ce que tu m'as fait ce matin, je
me rends compte que j'ai vieilli, que mon esprit a chang.

Je la prends par la main et tente de la rassurer.

- Ne soit pas si alarme, cette sensation vient surtout du fait que tu tais surprise,
en tant plus souvent face  ce genre de situations tu retrouverais ta fougue d'antan
!

- Peut-tre, mais je ne suis pas sre, je me demande si le temps ne nous rend pas
diffrents. Notre corps n'volue pas, pourtant notre esprit semble changer, mais
pas uniquement par l'accumulation de l'exprience. Je m'en rends d'autant compte
que je t'ai fait mon rcit il y a quelques jours, et qu'en le mettant en relation
avec ma vie actuelle, je suis tellement mconnaissable... Je me suis toujours cru
encore jeune dans ma tte, tmraire, non conformiste... Surtout par rapport aux
gens autour de moi, pas Guerd, elle restera gamine pour toujours, mais les autres,
tellement tristes et las de tout... Mais depuis que vous tes arrivs je m'aperois
que je ne suis pas trs diffrente d'eux, que je ne suis plus du tout jeune, que
je n'ai plus des envies, des proccupations, une nergie ou une frivolit de jeune.
Je me sens vieille, triste, ennuyeuse... En vous voyant, toi et Erik, si plein d'nergie,
si gamins, je me demande si a vaut la peine de vivre si longtemps...

- Nos ides changent, peut-on rellement l'viter ? C'est salvateur mme, ne crois-tu
pas, d'voluer ? Tu as fait tellement de choses ! Comment certaines ne pourraient-elles
pas te lasser ? La lassitude c'est aussi quelque chose qui nous pousse  faire changer
les choses, parfois.

Je raconte vraiment n'importe quoi par moment... Enfin, elle sourit quand mme, comme
si ma remarque lui paraissait si anodine.

- voluer ! Ah ! C'est le choix que nous n'avons pas fait, pourtant ! Mais l'humanit
change oui, elle continue d'voluer sans doute, mais pour aller o ? Crois-tu que
nous dgnrons ?

- J'aurais bien du mal  te le dire, je connais si peu de votre Congrgation ! Peut-tre,
si je dois la parcourir de long en large pour retrouver ma maison, pourrai-je te
rpondre, plus tard ? Nous avons le temps, maintenant, c'est un avantage... Il n'y
a gure de promesses qu'on ne peut tenir.

Virtuel et Amour
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Nous sommes maintenant arrivs dans la maison de Pnople, c'est un chalet un peu
comme tous les autres, si ce n'est qu'il est sur deux niveaux.

- Tu vois ce chalet par exemple, avec un tage,  l'poque c'tait une forme de rbellion,
personne d'autre n'a d'tage, hormis le chalet du conseil, mais c'est particulier.

- Rebelle d'avoir un tage ? Fichtre ! C'est sur que vu sous cet angle, tu dois nous
prendre Erik et moi pour de dangereux terroristes.

- Et encore plus rebelle d'tre oblig d'y monter par les escaliers ! C'est peut-tre
diffrents chez vous, mais ici nous n'avons jamais vraiment aim les tages. Dans
le pass sur les plantes surbondes cette architecture devint une ncessit, mais
dans notre histoire ancienne nous vivions dans les grottes ou sous terre, et nous
multiplions plus facilement les niveau sous terre que dans les airs, l'altitude n'tait
pas vraiment notre fort, et c'est rest, mme si c'est moins vrai aujourd'hui, surtout
pour moi qui vient de ve, ou presque tout tait en hauteur. Mais c'tait encore
une forme de domination des reptiliens j'imagine.

- Il faudra que tu me racontes cette histoire de reptiliens, un jour.

- Oui, il le faudra.

- Montons et installons-nous, comme tu n'as pas de bracelet je vais...

- Si j'en ai un ! O l'as-tu mis d'ailleurs ?

Elle reprend en haussant le ton et en souriant :

- Comme tu n'as PAS de bracelet, je l'ai rang, oublie tu ne le trouveras jamais,
je vais te donner un rcepteur de virtuel uniquement. Et ne perds pas ton temps en
t'nervant dessus, il ne sert qu'au virtuel.

J'aime bien quand elle s'nerve un peu. Nous montons  l'tage.

- Vous pouvez faire du virtuel juste avec votre bracelet ?

- Non, il nous sert de rcepteur, il faut un artificiel plus puissant pour le virtuel,
enfin peut-tre que les nouveaux bracelet y arrivent,  vrai dire j'en sais rien.
Allongeons nous sur le lit, nous serons plus  l'aise et en scurit, parfois nous
faisons tout de mme quelques mouvements.

L'tage, qui ne doit pas faire plus de trente mtres carrs, est constitu d'un grand
lit, un canap, une armoire, une petite table et quelques chaises. Quatre grandes
fentres laissent entrer la lumire du jour mais il se dgage malgr tout une ambiance
tamise avec une petite odeur de pin et de rsine. Il fait bon mais pas aussi chaud
qu' l'extrieur, les murs ne sont pas uniquement constitu de bois, ils contiennent
une couche isolante qui vaut bien les gros murs de pierres de nos vieilles maisons.
Pnople me donne un petit bracelet, plus fin que le sien, et nous nous allongeons
sur le lit, cte  cte. J'espre que nous allons vite partir en virtuel parce que
sinon je vais rapidement avoir quelques pulsions pour faire du rel !

- On y va ?

Je me dtends, ferme les yeux et acquiesce :

- On y va !

Quelques secondes passent, rien de change. Pnople se redresse.

- Ah, je crois qu'il y a un problme, je n'arrive pas  lancer le module.

C'est peut-tre bien qu'il me faut faire du rel, alors...

- C'est buggu votre truc !

- Me, il y a un problme ?

"Me" est sans doute le nom de son chalet. Il lui rpond, je l'entends aussi :

- Dsol Pnople mais ne t'ayant pas servi du virtuel depuis longtemps, j'avais
driv son entre pour la gestion de la mto, qui est dcidment trs chaotique
ici, veux-tu que je redrive  nouveau ?

- Oui s'il te plat, combien de temps te faut-il ?

- Une vingtaine de minutes (un demi trente-sixime) tout au plus.

- OK.

- C'est nul "Me" comme nom.

- Pas de commentaires ! "Chalet" c'est bien peut-tre ? Appeler son chalet chalet,
c'est stupide, et pourquoi pas fentre tant qu'on y est !

- Ne deviens pas insultante s'il te plat, j'ai un problme avec les fentres.

En attendant que son chalet soit prt, je lui explique ma remarque et nous redescendons
au premier pour manger un pain d'eau aromatis. Soudain le sol vibre et un grand
bruit se fait entendre au dehors, j'en sursaute presque, on aurait dit une explosion
ou qu'un truc norme tait tomb sur le sol.

- Qu'est ce que c'tait ?

- Je ne sais pas, allons voir.

Nous sortons. La maison de Pnople est un peu en retrait derrire quelques autres
habitations. Nous sommes en plein milieu de l'aprs-midi, il fait un grand Soleil,
la chaleur est caniculaire. Rien ne parat suspect. Mais un nouveau grand bruit se
fait entendre, en provenance de la place du village. C'est vraiment comme la chute
d'une norme pierre sur le sol. Nous avanons d'un pas rapide vers la place du village,
elle est dserte. Il n'y a personne.

- Et bien, il n'y a pas foule, o sont-ils tous, dj parti voir ce que c'tait ?
Tu vois quelques chose d'anormal ?

- Non. C'est sans doute plus loin... Allez, bouge toi un peu on va trouver ce que
c'est.

Soudain Pnople me pousse. Je ne m'y attendais pas, je vascille et je tombe au sol,
elle rigole.

- Mais tu vas pas bien ! Refais a et je te fais bouffer tout le sable de la place
!

Je me relve doucement, mais alors que je ne suis pas encore debout de nouveau elle
me pousse. Elle rigole toujours.

- T'es pas trs stable pour ton ge.

- Mais arrte ! Mais qu'est ce qu'il te prend, il faut que nous trouvions l'origine
du bruit !

- Tu as raison, avanons.

Je suis un peu dboussol par l'attitude de Pnople. Des fois elle est vraiment
bizarre. De nouveau le bruit se fait entendre, mais cette fois-ci derrire nous !

- Mais qu'est ce que c'est que ces histoires, et o sont les autres, ils n'ont quand
mme pas tous disparu, il devrait rester quel...

Je n'ai pas termin ma phrase que Pnople me saute de nouveau dessus, mais par chance
j'anticipe un peu et parviens en basculant en arrire  la faire passer par-dessus
moi. Elle se relve aussitt et me prviens :

- Et, mais a ne va pas se passer comme a !

Je me relve rapidement alors qu'elle s'lance vers moi. Mais je ne peux rien faire
d'autre que de me protger avec mes bras. Je reois un puissant coup de poing dans
le ventre, qui me fait dcoller du sol de plusieurs centimtres et retomber lourdement
dans le sable de la place. C'est incroyable, elle ne peut pas tre aussi forte !
Quoique a expliquerait pour les gars du Mexique et du... Ah ! Elle ne s'arrte pas
l, avant mme que je ne me redresse, elle morphe une pe avec son bracelet, la
brandit et d'un seul coup me coupe le bras gauche, net. La douleur est immdiate
et insupportable, le sang gicle, je hurle ! Je ne comprends plus, que se passe-t-il.
Est-ce que nous serions dans la simulation, m'a-t-elle dup ? Mais comment le savoir,
tout semble si vrai ! Mince, a ne peut tre que a, elle ne peut pas tre devenu
folle  se point ! Ou est-ce que nous nous sommes fais avoir, est-ce que tout cela
n'est qu'un rve, une preuve, peut-tre que je suis toujours dans le tube, toujours
sur Terre, ou bien mort. Ah ! Trve de cogitations ! Je ne peux pas me laisser faire,
simulation ou pas, folle ou pas, test ou pas !

Je suis dj parti en courant avant mme que toutes ces penses ne m'aient travers
l'esprit. Je cours  toute vitesse, mon bras gauche en moins. Ma blessure saigne
abondamment, je tente de contenir le sang en faisant pression avec ma main droite.
Je commence  voir trouble, je ne sais pas ce que fait Pnople, mais je ne veux
qu'une chose, m'enfuir. Peine perdue je reois alors un sorte de boomerang mtallique
qui me tranche tout aussi net la jambe droite avant de retourner dans les mains de
Pnople. Je m'croule au sol. Oh mon Dieu faites que ce soit une simulation ! Je
suis allong sur le dos. Elle s'approche. Je recule tant bien que mal pour loigner
le moment o elle sera  mon niveau. Mais bien sr c'est sans espoir. Ah ! J'ai tellement
mal... Melbourne, Sydney, l'aroport, je suis  l'aroport... Je...

- Alors ? Tu t'avoues vaincu ?

Je rediscerne la voix de Pnople. J'ouvre les yeux, elle est devant moi. Je reprends
un peu mes esprits :

- C'est une simulation, c'est a, hein ?

- Pourquoi le serait-ce ? N'aurais-je pas des raisons de vouloir te tuer ?

Je ne sais pas quoi penser, la logique me pousserait  croire que c'est bien une
simulation, mais c'est le seul lment. Tout le reste le contredit.

- Tu as peur je vois. Manque de pot, je n'ai pas de couilles.

Une rfrence  ce matin ! Elle a d vouloir se venger. Dans ce cas c'est donc bien
une simulation ! J'avoue que je suis bluff.

- Je suis impressionn. Je suis compltement incapable de faire la diffrence avec
le rel. Mes blessures me font tellement mal. Le sable qui me brle, la tte qui
tourne, la chaleur qui m'tourdit. Tout semble si vrai !

- Tu vois, tu fais toi aussi trop confiance  tes sens...

- Basse vengeance.

- a me rassure toutefois.

- Et... On peut arrter la douleur, parce que je ne vais pas tarder  tomber dans
les vapes.

- Tu baisses les bras ?

- "Le" bras tu veux dire. Et bien j'avoue avoir peu d'ides pour m'en sortir.

Je suis coup par un soubresaut, une trs forte douleur dans la poitrine, je dois
avoir perdu trop de sang, j'ai les yeux qui clignent, je pleure de douleur. C'est
insupportable. Je n'entends plus vraiment ce qu'elle dit. Je bafouille :

- Et si je meurs... Je meurs aussi en vrai ?

- Ben non, c'est virtuel, t'es bte.

Je pousse un gmissement, mais garde un peu d'humour...

- C'est nul Matrix...

- Quoi ?

- Non rien.

Ce sur quoi Pnople se morphe une sorte de pistolet mitrailleur et dans la seconde
elle s'en sert pour me transpercer de toute part avec ses projectiles. Je suis plaqu
contre le sol, ma respiration est saccade, je ne peux plus bouger, je sens ma conscience
partir. La mort serait donc ainsi, une dlivrance...

Quelques secondes passent et un flash se produit. Je rapparais alors, entier, 
ses cts, sur le lit. J'ai un rflexe pour le relever brutalement, mais mes membres
ne rpondent pas. Je cligne des yeux, reprends mes esprits, mes douleurs passent
et je reprends petit  petit l'usage de mes membres.

- C'est normal que je ne puisse plus bouger au dbut ?

- Oui, c'est pour viter les ractions rflexes trop brutale, comme tu as d en avoir
en arrivant. Mais ne bouge pas, on repart.

Je bouge quand mme un peu mon bras avant de repartir, il est bien l, je suis vraiment
sidr. Un flash se produit, et je me retrouve debout  ct de Pnople, sur la
place du village, mon cadavre gt  quelques mtres, je ne suis pas beau  voir.

- Je suis impressionn. Mais a ne cause pas des problmes dans mon corps rel de
subir toutes ses motions.

- Il y a des effets effectivement. Mais le simulateur, qui a pris le relais de ton
cerveau pour ton corps, lui transmet un tat de sommeil. Toutefois ton cerveau va
secrter pas mal d'adrnaline, et cette surdose peut avoir quelques consquences.
Mais tout est contrl, et en cas de problme, la simulation est coupe.

- Dj sur notre plante certains sont dpendants des simulations bas de gamme que
nous avons, alors tre plong dans un monde virtuel indiscernable de la ralit...
Mais qui te dis alors que la ralit n'est pas elle-mme une simulation ?

- Dans la ralit je ne peux pas morpher mon bracelet en pistolet-mitrailleur !

- Oui, parce que c'est toi qui contrle, mais moi, par exemple dans le cas prsent,
quels moyens avais-je pour discerner la simulation, qui te dit que ta vie dans ton
monde rel n'est pas une simulation ?

- C'en est sans doute une, dans le sens ou nous n'apprhendons que l'image que nous
donne nos sens de la ralit. C'est ce que je "crois" qui compte, pas ce qui "est".
Rien n'est vraiment, il y aura toujours un niveau que tu ne comprendras pas. C'est
vrai que je me posais toutes ces questions avant, j'ai pas mal frquent des joueurs,
j'tais mme accro  un moment, tellement que mon bracelet avait du mal  me contrler...
Mais bon ces fichus trucs sont bien foutu, c'est pas vident de perdre les pdales
ici...

- Et il n'y a pas quand mme des gens qui croient que ces mondes virtuels sont leur
ralit, et qui refuse la vie de tous les jours ?

- Certains le voudraient peut-tre, mais ils savent en eux que ce n'est pas le cas,
et c'est l toute la diffrence. Tu ragis compltement diffremment quand tu sais
que tu ne mets pas les "vrais" avis en jeu, mme s'ils ont accs  tes comportements
en simulation, mais dans tous les cas tu n'es pas vraiment la mme personne quand
tu sais que tout peut-tre effac, recommenc. Les avis sont une forte barrire.
Et mme s'ils tentent de se convaincre et peut-tre y parviennent parfois, le bracelet
ou leur mthode d'entre est l pour le leur rappeler.

C'est marrant comme "la vie" peut devenir "les avis" ici, c'est vrai qu'il n'y a
pas vraiment de notion de mettre sa vie en jeu... Leur systme me parat quand mme
un peu trop parfait :

- Mais certains ne sont pas parvenus  bidouiller des versions qui contournent les
limitations ?

- Oh c'est bien possible, je ne sais pas, mais c'est alors le contrle des autres
qui va donner l'alerte.

- Mais ce contrle, ces avis, ces bracelets, ils doivent bien pouvoir se faire contourner
aussi, non ?

- Hum, je pense que c'est dj sans doute beaucoup plus dlicat, et quoiqu'il en
soit la personne aura bien faim et soif  un moment ou  un autre. Et mme encore
dans ce cas, si jamais elle arrive  faire croire des choses, je pense que les avis
trouveront  un moment ou  un autre que la personne a trich, et  partir de l
elle perdra pas mal de sa libert vis--vis des autres. Enfin toujours est-il que
le systme a sans doute des failles, peut-tre qu'il y a des personnes qui s'en tirent
bien sans que les autres ne s'en aperoivent, mais aprs tout, si personne ne s'en
plaint, c'est que ces failles ne doivent pas tre trs importantes.

- Vous avez peut-tre tous l'illusion que votre vie est parfaite mais subissez en
ralit de nombreuses injustices. Qui te dit que tes sauvegardes n'effacent pas de
ton cerveau certaines parties gnantes pour ton illusion actuelle ?

- Oui nous sommes peut-tre tous sous le joug d'une puissance malfique qui contrle
nos vies, et mme si cette hypothse reste hautement improbable, dans la mesure o
tout systme a ses failles, qu'est ce que cette situation change ? Nous vivons dans
un monde o personne ne travaille, ou personne n'a faim, ou tout le monde a accs
 presque tout ce qu'il dsire, que demander de plus ? Si l'enfer est le paradis,
pourquoi s'en plaindre ?

- C'est vrai... Mais je trouve bizarre que tout soit si parfait, que tout marche
si bien... Bon, que peut-on faire dans ton jeu ?

- Celui-ci n'est pas vraiment un jeu, c'est plus un terrain virtuel sous mon contrle.
Et je crois que les limites sont juste celles de mon imagination.

Ce sur quoi je lui dcoche un puissant coup de poing dans la figure, qui la fait
rouler en arrire. Mais elle se relve et sans mme me toucher, juste d'un mouvement
d'avant de la main, je suis propuls dans les airs jusqu' retomber lourdement et
glisser dans le sable. Allong sur le sol, je gmis :

- Aaaahhh... Tu triches...

Alors elle me saute dessus, je n'ai pas le temps de ragir, juste de me protger
le visage avec les bras, mais elles les carte, et, assise sur moi, me bloquant les
bras, me susurre  l'oreille.

- C'est moi qui domine, gamin, c'est moi la plus forte.

Mais cette proximit lui vaut tout de mme un puissant coup de tte. Elle dcolle
du sol, enrage, alors que je me relve tant bien que mal. Je lui crie

- Je ne me laisserai pas faire !

- Insolent !

Elle vole alors vers moi, et m'attrapant le bras je me vois projet de nouveau dans
les airs, cette fois-ci beaucoup plus loin que la fois prcdente. J'atterris en
grand fracas dans le mur d'un chalet, ce qui me vaut sans doute quelques brisures
d'os, car je retombe au sol le dos si douloureux que je ne peux bouger. Je hurle
:

- a ne va pas se passer comme a ! Je vais changer la matrice et te casser la figure
!

J'ai la tte contre le sol et j'avale le sable qui virevolte prs de mon visage emport
par la brise lgre. Le rendu est vraiment superbe. Franchement je n'arrive pas 
m'imaginer que je suis en fait en ce moment tranquillement allong sur le lit  ct
de Pnople. Elle relve le dfi.

- Je t'attends...

Je ne peux vraiment plus bouger, et question de changer la matrice, c'est plus vite
dit que fait, je ne dois pas tre l'lu, somme toute.

- Euh.. Je n'y arribe pas...

- Tu n'es qu'un... Ah, j'ai un appel... Euh, on quitte ?

Toujours la tte dans le sable :

- J'dais pludt bien instad, mais tant pis, on levienda.

Un flash, j'ouvre les yeux. Je suis toujours allong sur le lit, au ct de Pnople.
Elle est dj en conversation. Je me tourne vers elle. Elle est habille de rubans
blancs lgers, enrouls plusieurs fois autour de la taille et des seins, masquant
sa peau, alors qu'ils ne sont qu'un voile transparent sur ses paules et son ventre.
Elle semble toujours dtache, discutant mentalement avec je ne sais qui. C'est trange,
parfois en pensant  elle je me la reprsente vieille et aigrie, alors que son corps
superbe  qui on ne donnerait pas vingt ans est juste l... Il y a vraiment un dcalage
entre son esprit et son apparence, c'est trs troublant. J'ai une hsitation... Bah
et puis aprs tout... J'approche ma main de son ventre, soulve ses rubans, laisse
mes doigts l'effleurer. De sa main elle me repousse doucement. Je la lui saisis et
la pose doucement sur son ventre, puis me penche pour l'embrasser dans le cou. Elle
penche la tte et remonte l'paule. Elle veut utiliser sa main mais je la tiens toujours
fermement. Je la lche enfin et fait glisser ma main le long de sa jambe. Je me rapproche
encore. Elle se retire un peu et me parle enfin, sa communication doit tre termine.

- Eh ! Tu fais quoi l ?

Je me rallonge alors.

- Rien, je tentais de te distraire, simplement. Mais bon tu n'es plus en sym, alors
ce n'est plus intressant.

- C'tait un des grants de Stycchia, qui demandait plus de prcision sur votre cas
et surtout celui de votre amie pour l'accs au bracelet. Il va intercder auprs
du Congrs pour expliquer la situation, si sa demande est accepte, nous n'aurons
pas besoin de runir trop de monde d'ici pour faire appel, et nos craintes de voir
dbarquer la moiti de la plante seront en partie rassures. C'est pour toi que
je fais toute ces dmarches, tu pourrais avoir un peu plus de respect !... Bon...
Pourquoi tu t'es arrt ?

- Et bien, je te l'ai dis, tu n'es plus en sym, il n'y a plus lieu de tenter de te
distraire. Mais vous n'aviez pas un conseil ce soir ?

- Si justement nous devions runir les avis de Stycchia pour avoir accs en urgence
au Congrs, mais si a se trouve nous aurons directement accs.

Elle se rapproche. C'est moi qui suis sur le dos et elle  mes cts dsormais. Elle
parle plus doucement. Elle retrouve sa voix spontane, son petit timbre mesquin,
j'adore :

- Tu voulais juste m'embter pendant mon sym ?

- Et bien, oui, que croyais-tu ?

- J'avais vaguement l'impression que tu voulais m'embrasser.

Elle se rapproche encore, s'apprtant  m'embrasser.

- Si je l'avais voulu je t'aurais laisser faire ce matin.

- Salaud !

Elle se redresse, me file une tape de la main et se tourne pour se lever du lit.
Je l'attrape par le bras et la tire en arrire, elle tombe  la renverse sur le lit
mais me repousse. Elle se dbat mais je la matrise. Je l'embrasse dans le cou. Elle
se calme mais me repousse et me maintient  distance les deux avant-bras contre mon
torse.

- Qui te dis que j'ai envie de toi ?

- Ton bracelet.

- Comment a ?

- Si tu n'avais vraiment pas envie de moi, tu m'aurais paralys.

- a ne me fait pas forcment plaisir de te paralyser en permanence ! Si je peux
m'en sortir toute seule, je n'hsite pas !

- Oui mais l tu ne peux pas t'en sortir.

- Prtentieux !

- Tu as raison, il ne faut pas tre prtentieux. Fais ce que tu veux.

Je la lche et me retourne, m'apprtant  me lever, et c'est elle, alors, qui me
tire de nouveau sur le lit et m'embrasse. Quelle fougue ! Elle m'tonne ! Je lui
passe ma main dans les cheveux, elle fait traner la sienne sur mon torse. Je suis
habill avec une combinaison moulante bordeaux, d'un seul tenant, j'ai bien peur
qu'elle aie quelques difficults  me dshabiller. Pour ma part la tche sera sans
doute longue mais un vritable plaisir. Je commence en dgrafant l'attache de ses
bandeaux, et les glissant tout doucement en lui caressant le dos. Elle descend sa
main et sourit en constatant mon excitation.

- Et, vous m'avez l'air bien avenant par ici ! Cela te convient-il ?

- On va voir a.

- Tu vas avoir quelques mal  me dnuder, alors que moi.

Je lui retire dj un premier bandeau.

- Tu crois a ?

Elle passe alors sa main doucement sur moi, et mes vtements se dchirent, se rtractent,
disparaissent. Je souris, stupfait.

- Tu triches encore, tout a parce que je n'ai pas de bracelet. Tu ferais sans doute
moins la maligne si j'avais le mien.

- Oui mais tu ne l'as pas, et je n'ai pas envie de te le donner, alors il va falloir
que tu me dshabilles comme on fait chez toi,  la barbare...

- Ce n'est pas spcifiquement un problme.

Pendant qu'elle termine de dchirer mes vtements en m'effleurant de la main, je
remonte avec ma main droite le long de sa cuisse et passe sous la jupe forme par
les rubans. J'atteins sa fesse, aussi douce que la peau d'un bb, tout comme sa
jambe.

- Vous devez vous piler les jambes ?

- Petite exception  la nature, nous pouvons contrler notre pilosit. Tu n'as pas
remarqu que ta barbe ne poussait pas ?

- Ah... Oui, j'avais relev avec Erik et Naoma, c'est vrai que a m'tait compltement
sorti de la tte ce truc trs bizarre... Et tu en as conserv un peu ?

- Tu verras...

Elle m'embrasse, m'arrache ce qui me reste d'habits et s'agenouille sur moi. J'oublie
toute mes questions, elle, son ge, Deborah, Naoma... Je m'emmle dans ses rubans,
les drouler prend des heures. Elle s'arrte un instant, surprise par toutes mes
traces de blessures, aux jambes, au ventre,  l'paules, aux bras...

- Toutes ses blessures, elle date d'avant ?

- a dpend lesquelles, certaines de mon pope sur mon monde d'origine, d'autres
de notre passage dans la jungle sur Stycchia.

Elle passe sa main doucement sur mon torse

- Tu as d tellement souffrir...

- Si nous parlions de ces choses un peu plus tard ?

Et impatient je tente de la retourner pour en finir avec ces fichus rubans. Elle
rsiste et finalement se lve du lit. Je suis nu et elle est loin de l'tre. Elle
recule un peu, sourit, quelle gamine ! J'avance et rcupre deux ou trois rubans
qui pendent pour la faire tourner doucement et enfin la plaquer le dos contre mon
torse, en serrant un de ses seins dans chacune de mes mains. Elle se cambre et penche
la tte en arrire, laissant chapper un petit gmissement.

- Cela te convient-il ?

Ils sont parfaits,  la fois fermes mais pourtant naturels, autant que son corps
peut l'tre. Il est toutefois difficile de se mettre en tte qu'il n'est pas purement
naturel. C'est  la fois si beau et si vrai. Je ne remarque pas qu'elle utilise la
mme formule que moi tout  l'heure.

- Ils m'ont vraiment l'air pas mal, mais est-ce que le reste suivra ?

Elle me saisit mes deux mains, pendant quelques secondes elle se cambre un peu plus
et appuie mes mains contre ses seins, puis les descend doucement sur son ventre,
et quand elle passe sur son sexe, les rubans se dsintgrent, comme le firent mes
vtements. Je remonte ma main gauche sur un sein, et doucement de la main droite
je glisse vers son sexe et du bout des doigts exite son clitoris.

Je redescends doucement, embrassant son dos, glissant mes mains sur la courbe de
ses hanches pour la saisir et la tourner. Son sexe est joliment coiff, couvert de
petits poils presque doux qui forment une amande autour de ses lvres. Je souris
en laissant deux de mes doigts commencer l'exploration de son vagin.

- Mes seuls poils sont-ils  ton got ?

- Je te le dirais aprs y avoir eu got, en attendant je trouve a trs mignon.

- Mignon ? Ah ! Utilise donc ta langue  un autre usage, insolent !

Ah ! Pnople ! Faiblesse de la chair ! Je m'excute et tout en continuant de lents
mouvements de haut-en-bas avec mon majeur et mon index dans son sexe, je maintiens
fermement sa fesse droite avec mon autre main et suce doucement son clitoris. Elle
pose ses mains sur ma tte et gmit doucement. Elle se laisse faire quelques instants
puis me remonte vers elle. Je serre son corps, mon pnis tendu contre elle. Je l'embrasse
puis tourne autour d'elle. Je la ressaisis un fois derrire, serre ses seins puis
redescend et carte ses lvres. Je plie lgrement les genoux pour remonter mon sexe
contre son vagin. Je la pntre si aisment, son excitation me rendant la voie presque
trop facile. Elle gmit, moi-aussi. Elle se penche en avant et avance lgrement,
moi avec, pour s'appuyer contre la table.

Je lui saisis les hanches et commence alors le premier va-et-vient. D'abord doucement,
puis mettant un peu de force par moments, ou un peu de vitesse. Je lui donne envie
 d'autres encore en ne la pntrant que lgrement. Mon mange l'nerve et elle
se retourne pour me pousser vers le lit.

- Attends...

- Non non je n'attends pas, c'est moi qui dcide on a dit.

- Tu as dis, n'est-on pas en dmocratie parfaite dans cette Congrgation ?

- Eh ! J'ai huit cent quatre vingt neuf ans, tu veux m'apprendre la vie ? Tu as quel
ge toi, rappelle moi ?

- En annes d'Adama a doit faire dans presque dans les dix-sept ans !

- Bah, j'ai plus de cinquante fois ton ge ! Tu n'es mme pas majeur ! Gamin ! Alors
laisse toi faire.

Je ne rsiste pas plus, ayant bien peu d'antipathie  me laisser prendre en main,
si je puis dire, par la belle. Elle m'allonge sur le lit et s'agenouille sur moi,
puis avec des petits mouvements du bassin parvient  rintroduire mon sexe en elle.

- Me !?

L'ordinateur du chalet rponde de sa voix douce :

- Oui Pnople ?

- Insonorisation !

- Pas de problme, fais-toi plaisir.

Je souris :

- Il est cool ton chalet.

Elle ne rpond mme pas et se contente d'un long gmissement en frottant son sexe
fort contre le mien.

- Tu aimes quand je fais rentrer ton sexe profondment ?

Je suis presque gn par ses propos, si direct. Mais je me laisse aller moi-aussi...
Elle gmit :

- Oooh... Oui !!...

Elle acclre alors, jusqu' ce que je saisisse sa taille pour acclrer encore la
cadence. C'est alors qu'elle jouit, me griffant presque en contractant ses mains
sur ma poitrine et justifiant l'usage de l'insonorisation. Je me retiens.

Quelques secondes passent, plus calmes, elle me demande :

- Pourquoi n'as-tu pas joui avec moi ?

- Ne t'inquite pas a va venir.

- Toujours aussi prtentieux.

Elle change alors de position, recroqueville, elle monte et descend au dessus de
moi, alors que je l'aide avec mes mains sous ses fesses. Quelques minutes encore
et je la retourne sur le lit, et, elle allonge sur le ventre, je pntre son vagin
par derrire en jouant de ma main, pass devant sous son sexe.

- Tu aimes ?

- Mmm... Plutt...

Quelques minutes encore, pour faire remonter son excitation, et la retournant de
nouveau je m'immisce dans une position plus classique, la saisissant par les paules
pour faire profondment entrer mon sexe en exerant une forte pression sur son pubis.
Elle apprcie et gmit, crie presque. Je sens  mon tour monter l'excitation en moi
et acclre d'autant, me plaquant toujours plus contre elle. Parvenant  la faire
jouir de nouveau  grand cris, elle crispe ses mains sur mes fesses et je m'abandonne
moi aussi, criant mon plaisir, relevant mon torse pour mettre mon pnis au plus profond
alors que je jouis.

Je retrouve le monde, le chalet, Pnople, Stycchia, mes questions, mes peurs...
Je m'allonge alors doucement sur elle, lui faisant un bisou dans le cou. Une minutes
ou deux s'coulent. Je lui demande :

- Vous parlez aprs ?

- Comment a ?

- Aprs l'amour, est-ce que vous restez cte--cte un moment en discutant doucement.

- a dpend... J'ai connu de tout...

- Tu prends encore vraiment du plaisir aprs tout ce temps ? Il te reste du dsir,
des envies ?

- Ah, le plaisir purement sexuel est toujours l oui, ou trs souvent, mais le dsir
est moins fort. a faisait plus de trente ans (vingt annes d'Adama) que je n'avais
pas fait l'amour, et avant je n'avait pas eu de rapport pendant prs de cent ans
(soixante annes d'Adama), et a ne me manquait pas vraiment. Je crois qu'avec le
temps c'est plus la peur de l'ennui de se retrouver avec une personne qui volerait
un peu de notre indpendance qui prdomine.

- Comment a ? Tu veux dire que tu n'as plus envie de construire quelque chose, une
relation ?

- Oui c'est a, je suis bien toute seule et je n'ai pas envie d'avoir quelqu'un.
Ce n'est pas pour autant que je n'apprcie pas voir des gens, au contraire, mais
j'aime bien choisir ces instants. Quand tu es avec quelqu'un, tu lui dois un peu
une certaine disponibilit, pas quand ce sont juste des amis, ou pas pareil, en tous
cas. Enfin je ne sais pas si c'est pareil dans ton monde.

- Oui, c'est pareil... Tu as d avoir des centaines et des centaines de petits-amis
?

- Des centaines peut-tre pas, beaucoup c'est sr, c'est long presque neuf cent ans,
enfin mille quatre cent ans pour toi. Peut-tre cent, oui aprs tout, je n'ai pas
compt je t'avouerais, je m'en moque. Mais avec lesquels je sois reste plus d'un
an ou deux, pas plus d'une dizaine.

- Je n'ai pas grand chose  t'apprendre, alors...

Je me retire d'elle et m'allonge sur le ct. Elle sourit et m'embrasse sur le front.

- Il reste toujours  apprendre, surtout de toi, qui vient sans doute de l o j'aurais
d aller.

- Il n'est pas trop tard, il n'est jamais trop tard pour vous.

Elle sourit encore, puis soupire.

- Oh, je ne sais pas si j'irais maintenant... Je crois que n'en aurai plus envie,
plus le courage... Tu sais je... Je m'aperois que je ne suis plus comme quand j'tais
jeune, quand j'avais ton ge, quand j'tais au labo, avant le Libre Choix...

- C'est avec Ragal que tu aurais voulu y aller, dans l'Au-del ?

Elle soupire, reste silencieuse un instant.

- C'est surtout vritablement jeune, quand je ne connaissais pas encore le monde
et les hommes, quand tout tait encore possible, que crois-tu qu'il soit possible
de faire quand on a mille quatre cent ans ? Crois-tu qu'il y ait encore rsolution
qui tienne ? Non, non, on ne change plus aprs un certain temps, on connat ses limites
et ses peurs, et on les accepte, on ne veut plus changer les choses...

Je reste pensif sur ces paroles. Me demandant ce que je pourrai devenir en vivant
plus de mille ans. Qu'est ce qui peut rsister  mille ans, y a-t-il combat que l'on
puisse mener sur une aussi longue priode ? Est-ce que linux aura supplant windows
dans mille ans ?  quoi bon vivre si tous nos combats sont morts ? Si tous nos combats
sont devenus une anecdote du pass ? Elle se met sur le ct et se serre contre moi
:

-  quoi penses-tu ?

- Je me demandais s'ils pouvaient exister des combats qui durent si longtemps, et
si par exemple sur la Terre ce pour quoi je travaille pourrait m'occuper mille ans.

- Pour quoi travailles-tu ?

Elle est si diffrente, si douce, si jeune, si fragile... Serait-ce son vrai visage
? Ou juste une tentative pour retrouver un peu de jeunesse, un peu d'insouciance,
avant de redevenir froide et distante...

- Dans le monde o je vis, notre technique est bien moindre que la vtre, les gens
travaillent encore, et ce que tu appelles les artificiels sont chez nous bien moins
intelligents. Ils ne font gure que quelques tches basiques et rptitives, mme
si leur volution est tout de mme fulgurante, mais il y a cinquante ans  peine
ils existaient tout juste, et aujourd'hui des mondes virtuels, certes pas aussi avancs
que celui dans lequel nous avons volu tout  l'heure, existent dj. Mais tous
ces artificiels ne sont qu'un tas de composants lectroniques agencs les uns avec
les autres. Certains s'occupent de faire l'affichage, d'autre conservent et stockent
les informations, et d'autres encore traitent ces donnes. Pour les faire fonctionner
correctement, nous utilisons un "systme d'exploitation", qui est constitu de programmes
de bas niveau qui permettent de lier et rendre cohrent le tout. L'entreprise dans
laquelle je travaille fabrique un de ces systmes d'exploitations. L'originalit
de notre fonctionnement rside dans le fait que nous partageons avec tout le monde
notre travail gratuitement. Dans notre monde nous vivons encore avec le systme de
points, d'argent, que vous aviez par le pass, et c'est vrai que certains en accumulent
sans savoir qu'en faire, ou les utilisent comme un pouvoir. Toujours est-il que le
but de beaucoup est d'accumuler le maximum de points, et ils le font en rendant le
plus inaccessible possible leurs mthodes de fabrication, alors que nous pensons
qu'il est meilleur pour tout le monde de partager pour avancer en mme temps et plus
vite, tous ensemble.

- Et ton combat, c'est a ? Faire changer les gens d'avis, faire que les gens acceptent
de partager plus pour avancer plus vite et tous ensemble ?

- Oui, c'est un peu a.

- Tu penses que vous allez russir ?

- Oui, nous russirons, parce que notre combat utilise les bons cts de l'homme,
alors que le leur utilise son gosme et sa cupidit.

- Et si pourtant les mauvais cts gagnent ?

- C'est que l'homme ne mrite pas plus que ce qu'il a, et peut-tre alors, oui, je
me retirerai dans quelque endroit comme Stycchia... Mais pour a il faudrait que
je puisse y retourner...

- Ton nouveau combat est peut-tre de retrouver ton monde, et mille ans ne seront
pas de trop, j'en ai peur...

Je soupire.

- Mon...

Je suis coup, je ne sais pas comment dire "Dieu" dans leur langue :

- Croyez-vous en autre chose que le monde, en quelque chose de surnaturel, une ou
plusieurs cratures au-dessus de tout qui ont cr l'univers et tout ce qui va avec,
vous y compris ?

- Euh... Et bien non, je ne comprends pas trop ce que tu veux dire, mais pas que
je sache.

- Un tre qui aurait cre tout l'univers, qui serait tout puissant et  qui vous
devriez rendre compte. Vous n'avez jamais ador ou pri pour quelque chose, pour
que cet tre vous protge ou vous aide ?

- Non, pas que je sache, nous croyons en la ralit, la cration du monde a t explique
voil bien longtemps, nous n'avons pas de raison de croire  plus.

- Mme dans le pass, vous n'avez jamais expliqu le monde autrement ? Au dbut,
quand il n'y avait pas d'artificiels, pas de tlportation...

- Non... Pas que je sache. Je ne crois pas. Tu veux que je cherche ?

Je la serre contre moi, je n'ai pas envie qu'elle parte dans ses recherche, alors
que je l'ai enfin comme je la veux.

- Non, nous verrons plus tard, ce n'est pas trs important...

Elle m'embrasse, comprenant sans doute mes penses, les lisant peut-tre :

- Ton monde te manque, tu penses que tu n'y retourneras pas ? Tu as ta famille l-bas
? Tu as une compagne ? Enfin, je ne sais pas trop comment vous appelez a, peut-tre
es-tu trop jeune ?

- Pas vraiment de copine non, j'ai beaucoup de personnes  qui je tiens et a me
fait de la peine de penser que peut-tre je ne les reverrai plus... Mais tu sais
chez moi je ne suis pas si jeune, dans mon monde nous ne vivons que cent ans (soixante
annes d'Adama) tout au plus, alors il ne faut pas trop perdre de temps, j'ai dj
vcu un tiers ou un quart de ma vie... Mais je ne sais pas trop si j'y retournerais,
et mme si je vis mille ans ici, eux seront dj tous disparus... Notre mort  nous
est irrmdiable...

- Je t'aiderai, si tu restes, je t'aiderai, je ne sais pas vraiment comment, mais
bon. Ah ! Peut-tre que les gens du Congrs sauront ?  Ils sont sages et savent bien
des choses que les artificiels ont du mal  trouver parfois.  ce propos nous pourrions
aller discuter un peu avec le conseil avant d'tre en relation avec Adama ?

- Nous avons un peu de temps ?

Pnople m'embrasse et se relve, elle me regarde d'un air un peu inquiet, ou curieux,
je ne sais trop dire :

- Un peu de temps pour quoi ?

Je me lve subrepticement et m'avance vers elle, l'attrape par derrire une main
sur un sein et une sur son sexe et l'embrasse dans le cou.

- Pour recommencer !

- Recommencer, dj ! Fichtre, a ce voit que vous ne vivez pas vieux chez vous !

Et nous recommenons, sur le sol en bois lisse de l'tage, usant des rubans tranant
pour nous enlacer un peu plus. Elle termine allonge sur moi, jouant avec les poils
de mon torse. Elle se laisse un peu prendre au jeu, oubliant son ge, sa lassitude,
redevient la jeune fille qu'elle devait tre...

- On prend un goter ?

- Bonne ide ! Tu t'allonges un instant ?

- Comment a ?

- Sur le lit, tu peux t'allonger et fermer les yeux ?

- Oui, s'il te plait, je voudrais juste voir un truc.

- Si tu veux.

Je m'allonge sur le lit, ferme les yeux. Ils sont quand mme super confortables leur
lit... Je m'endormirai presque. Le silence se fait pendant quelques secondes, je
profite d'tre bien. J'ai soudain une sensation sur ma peau, comme un couverture
ou un drap qui me recouvre, mais je ne peux plus bouger ! J'entends une exclamation
de Pnople.

- Mince ! Les habits !

Je comprends tout.

- Tu m'as tromp ! Tu m'as fait croire que c'tait la ralit ! T'es pas cool, t'es
vraiment pas cool !

- Tu voulais faire un virtuel, non ?

- Tu aurais pu me le dire, mince !

La garce, moi qui croyait que c'tait bien vrai ! Elle vient vers moi, je tente de
la repousser mais elle parvient tout de mme  se coller contre moi.

- Laisse-moi, laisse-moi ! Je ne veux plus que tu me touches !

Elle sourit en tentant de m'embrasser, je ne peux m'empcher de rire.

- Laisse-moi, laisse-moi !

- Allez, embrasse-moi, la prochaine fois ce sera pour de vrai, promis.

Je cde finalement et nous nous embrassons longuement. Je lui pardonne un peu, mais
mince, quand mme !

Nous nous levons finalement et nous reprenons notre ide de goter. C'est quand mme
dingue leur virtuel, je n'ai vraiment rien vu... Je me demande si en vrai elle a
aussi des poils disposs comme a...

- Oui, tout pareil... Me, tu nous prpares un bon petit goter en bas ? Tu me trouves
un truc  me mettre aussi ? Un truc noir et moulant s'il te plat, et pour Ylraw,
hum... Pareil !

Elle sourit et m'embrasse.

- T'es pas cool de lire dans mes penses... Mais, ils viennent d'o ces habits ?

- Ils sont gnrs par Me.

- Pratique.

Me voil donc en complet moulant noir, tout comme Pnople, les deux font la paire.
Cette ressemblance me fait tout bizarre, comme si nous tions si proches, pas tellement
que tout le temps pass ici ne nous a pas rendu presque intimes, voire un peu plus
aprs ce qu'il s'est pass aujourd'hui, mais Pnople gardait toujours cette indpendance,
cet loignement orgueilleux... Aujourd'hui je la sens plus fragile, plus naturelle,
plus  moi, en quelque sorte... Nous mangeons l'apptissant goter prpar, puis
sortons et allons jusqu' la maison d'Erik. Nous le trouvons, lui aussi, en train
de goter avec Guerd et deux autres villageois. Erik nous salue.

- Hello, vous gotez avec nous ?

Il complte en Anglais.

- Vous nous faites le remake de Matrix ou quoi ?

Je sourit mais rpond dans leur langue  sa premire question.

- Nous avons got dj, mais je prendrais bien volontiers encore un petit gteau
comme vous avez l.

Pnople reprend sa voix pas cool :

- Nous allons rejoindre le conseil pour discuter un peu avant la runion de tout
 l'heure. Ce serait bien que tu viennes, Erik.

- C'est bon, pas de problme. On y va tout de suite ?

Pnople lui fait signe de ne pas se lever :

- Prenez votre temps, je vais d'abord aller voir qui est disponible pour un conseil,
j'appellerai Guerd pour vous prvenir quand nous serons prts.

Pnople se dirige tranquillement, toujours avec sa dmarche passablement langoureuse,
vers la salle du conseil, appelant sans doute dans le mme temps les personnes du
village intresses par l'affaire. Disparue de notre vue, Erik me demande, de nouveau
en anglais :

- a y est, vous tes dsormais comme deux gouttes d'eau ?

Je lui rponds aussi en anglais, ne sachant pas comment dire cela dans leur langue.

- L'habit ne fait pas le moine.

Ce qui donne "clothes do not make the man" en anglais. Guerd demande ce que j'ai
dit. Erik explique que c'est un proverbe, une expression populaire signifiant qu'il
ne faut pas juger une personne  la faon dont elle est habille. Nous enchanons
alors sur l'existence de proverbes dans leur culture, en essayant de faire correspondre
un quivalent des ntres. Ils ont un proverbe qui dit en gros "plus malin que toi
profitera de toi", et cette expression populaire me rappelle l'histoire de Pnople
et l'aversion et les craintes que les gens ont envers les chercheurs, les personnes
prtendument plus intelligentes. D'autant que cette peur semble dpasser le simple
cadre de la mfiance envers le progrs et la nouveaut que l'on retrouve aussi sur
Terre. Autant avons-nous une certaine motivation pour faire mieux que les autres,
pour russir, que ce soit socialement, intellectuellement, ou simplement dployer
une certaine prsence d'esprit, autant ici tout ceci semble tre ngativement peru.
Cette diffrence de perception explique sans doute leur choix, d'une volution quasi
nulle, d'un travail interdit, et peut-tre aussi la lenteur apparente de leur volution.
Ceci dit il est difficile de juger o en sera la Terre dans dix ou vingt mille ans
; l'volution, avec la complexification des recherches, des techniques, de l'ensemble
du savoir  engranger pour pouvoir progresser, aura-t-elle tendance  aller de moins
en moins vite ?

Je suis tir de mes penses par Guerd qui nous signifie que Pnople nous attend.
Erik et Guerd terminent leur gteau et nous partons la rejoindre dans la salle du
conseil, il fait toujours aussi beau, je crois que je me plairais par ici. Une dizaine
de personnes sont dj prsentes, je fais un petit tour sur moi, Erik ne le fait
pas trop il trouve a trop ridicule. Je vais quand mme aussi saluer directement
celles que je n'ai pas encore eu l'occasion de voir dans la journe, en changeant
deux trois nouvelles. C'est Iurt, le sage, tout du moins l'impression s'en dgage
car c'est une des rares personnes  avoir un corps d'apparence g ; je ne sais pas
si c'est l'effet rel du temps ou un choix personnel, qui prside. Le tout fait trs
groupe d'tudiants coutant le vieux professeur, Erik a la mme impression que moi...

Guewour
-------



Jour 135
--------



La maison du conseil est une demeure un peu plus grande que les autres habitations
du village, assez bien fichue, constitue d'une premire salle de taille moyenne
en entrant, o cinq  six personnes peuvent se runir, accole sur sa droite et sa
gauche par deux salles en demi-cercle beaucoup plus grande, pouvant accueillir dix
 quinze personnes, et finalement la salle du conseil. C'est une grande salle circulaire,
sans meubles, si ce n'est un banc sur son pourtour, pouvant tre le lieu de discussion
pour la cinquantaine d'habitants du village. La lumire encore chaude du soleil entre
par six petites fentres disposes  intervalles rguliers, faisant ressortir la
teinte marron-orange du bois la constituant. Quand le nombre de participants est
infrieur le banc peut tre avanc par morceaux de faon  permettre la formation
de cercles plus troits. C'est le cas aujourd'hui, mais cette situation reste l'exception,
car les villageois apprcient gnralement les discussions interminables o se dcident
l'emplacement du prochain chalet, ou la date de la prochain fte du village. J'ai
assist  une ou deux, maintenant j'avoue que j'vite, mme si je me dis que c'est
une bonne faon pour s'intgrer. Mais aujourd'hui le conseil pensait que limiter
le nombre de participants rendrait la tche plus aise, d'autant que la dcision
du village avait dj t prise,  savoir de nous autoriser  rester ici et devenir
membres de la petite communaut  part entire, et que la discussion du jour tait
plus la soumission de cette dcision aux autres reprsentants de la Congrgation,
ou tout du moins  un mdiateur dans un premier temps, les choses administratives
n'ont pas l'air beaucoup plus simples ici que chez nous...

Iurt nous conseille,  Erik et moi, de nous installer cte  cte bien en vue de
tout le monde, car n'ayant pas de bracelet c'est par l'intermdiaire des yeux des
villageois que les interlocuteurs nous verrons. Il n'y a pas vraiment de camra par
ici, quand le chalet veut voir quelque chose, il utilise gnralement la vue de son
propritaire, mais aussi de toutes les bestioles qui passent, et il a aussi quelque
bestioles artificielles  lui. Pour notre propre confort nous apprcions sa demande
d'autorisation de nous projeter une image mentale pour voir leur ou leurs interlocuteurs,
et ainsi pouvoir suivre la conversation, et rpondre  d'ventuelles questions.

C'est Iurt qui initie la conversation, parlant seul dans un premier temps, il nous
explique qui nous allons rencontrer, et donne quelques conseils ; puis une personne
apparat au milieu du cercle, un homme g, debout, habill de vtements lgers et
amples bleu-marine, il se prsente comme Guewour. Iurt prsente rapidement les personnes
autour de lui, puis laisse quelques secondes  Guewour pour nous observer. Iurt passe
un long moment  dtailler l'historique de notre prsence ici, les dbuts mystrieux
o ils ne nous avaient que croiss dans le cratre, puis notre arrive au village
bien des jours plus tard, et l'ensemble de notre volution parmi eux. Il ne cache
rien, le fait qu'ils aient tenter de rsoudre le problme par eux-mmes pour viter
l'affluence, ainsi que leur conscience du caractre exceptionnel de l'vnement.
Guewour ne semble pas afficher d'humeur ni d'avis particulier, coutant impassiblement
le discours de Iurt.

Iurt ponctue son histoire de nombreuses images et scnes que mettent  sa disposition
les autres personnes, Pnople entre autres me concernant, et Guerd pour Erik. Toujours
dans le but de montrer notre intgration, la confiance qu'il nous portent, et notre
capacit tout  fait avre de vivre parmi eux. C'est formidable ces bracelets, ils
enregistrent tout, tout ce qu'on voit ou entend peut tre repass comme un film,
la troisime dimension en plus ; j'espre qu'elle n'ira pas jusqu' montrer notre
virtuel du matin, finalement je suis presque content que ce ne fut qu'un virtuel,
j'aurais eu un peu honte, sinon... Mais quand mme, je lui en veux pour a... Je
devrais essayer de ne pas trop penser  n'importe quoi, par ici... Iurt termine en
exposant les questions qui restent en suspens ,  savoir notre origine, pourquoi
le tlporteur cens hors service a fonctionn, le problme du bracelet de Naoma,
et notre incorporation en tant que membre de la Congrgation.

Iurt a t trs prcis dans son discours, le rendant assez long, sans doute plus
de quarante minutes, une heure peut-tre, j'avoue que je n'ai plus trop de mesure
du temps, mais il ne m'a pas sembl plus long que l'un de leur trente-sixime, qui
fait moins d'une heure. J'avais essay de mesurer en comptant les battement de mon
coeur, en esprant qu'il battent aussi aux environs de soixante pulsations par minute
quand je suis assis, comme sur Terre. Mais si Iurt a parl longtemps, Guewour en
semble satisfait et pose mme de nombreuses questions pour complter son point de
vue. Guewour exprime sa stupfaction sur notre arrive par un tlporteur normalement
hors d'usage, et d'autant que celui-ci ne conserve pas de trace de notre passage.
Il s'exprime confiant quand  la rcupration du bracelet, expliquant qu'il faudra
tout de mme en rfrer  un regroupement d'avis plus reprsentatif sur ce sujet
sensible. Concernant notre intgration, ce cas ne s'tant pas prsent depuis bien
des centaines d'annes, depuis un peu aprs le Libre Choix, pour tre plus prcis,
il pense que celle-ci sera dpendante de l'lucidation du mystre de notre arrive,
de notre capacit, qui a l'air d'tre dj tout  fait convenable,  accepter les
rgles de la Congrgation ; le tout devant bien sr tre valid par les autres membres
de la Congrgation, ou par leur reprsentant. Il pense donc que l'quivalent d'un
rfrendum est ncessaire pour cette question, ce qui ne manque pas de m'tonner.
Toutefois le cas ne s'tant pas produit depuis trs longtemps, une telle disposition
peut se justifier, et aprs tout chaque membre de la Congrgation peut avoir avis
sur l'intgration de nouvelles personnes comme concitoyen.

Bref, Guewour explique que quoi qu'il en soit plusieurs avis seront ncessaires 
diffrents niveaux. La premire tape sera de prendre contact avec les artificiels
responsables de la tlportation pour leurs explications et le dblocage du bracelet
de Naoma, qui ne pose a priori pas de problme et devrait pouvoir se faire rapidement.
Pour le dernier point, d'autres runions du Conseil sont  prvoir, tout en sachant
que si un rfrendum est considr comme ncessaire, il faudra sans doute un certain
temps avant que notre prsence comme citoyen soit pleinement valide. Dans un premier
temps nanmoins, Guewour pense que nous pouvons recevoir des bracelets de type enfant,
et ainsi nous habituer  leur maniement, et pour rendre notre vie de tous les jours
un peu plus simple. Iurt s'inquite de l'avis que pourraient avoir les gens s'ils
dcident simplement au niveau du conseil du village de l'octroi de bracelet enfant,
Guewour rtorque que ceux-ci tant plus une mthode de surveillance supplmentaire
qu'un rel pouvoir, il n'y a absolument aucun problme. De plus cette mesure permettra
plus facilement d'avoir l'historique de notre progression, qui sera un lment important
quant  aider  la formulation d'un jugement  notre gard. J'ai quelques craintes
sur la notion de protection de la vie priv, mais cette notion est sans doute un
peu diffrente ici, et puis je n'ai gure le choix.

Guewour termine en dtaillant qu'il ne sera pas disponible pendant deux ou trois
jours, mais que ce temps nous sera ncessaire pour regrouper suffisamment d'avis
pour prendre contact avec les artificiels et demander la libration du bracelet.
D'autre part il en profitera lui-mme pour trouver de nouveaux avis et prendre recommandations
sur les diffrents points auprs d'autres personnes du Conseil d'Adama, o il espre
pouvoir exposer succinctement le problme avant une semaine, vu son caractre inhabituel.
Tout le monde salue alors respectueusement Guewour, qui disparat du milieu du cercle
quelques secondes plus tard.

Nous restons encore quelques minutes  discuter, plutt satisfait de cet entretien.
Iurt nous prvient tout de mme que tout risque de prendre du temps, et que nous
devrons avoir de la patience avant d'tre membre  part entire de la Congrgation.
Les gens, aprs les recommandations de Guewour, discutent alors de la mise  notre
disposition de bracelet enfant, et rendez-vous est pris pour le surlendemain et une
discussion gnrale des villageois sur ce point. Nous nous quittons, l'aprs-midi
laissant petit  petit place au soir naissant. Guerd nous propose un balade et un
pique-nique au bord de la mer, nous acceptons.

Bien malin qui pourrait dire que nous ne sommes pas sur Terre, alors que nous marchons
dans le sable cr par les artificiels sur les dix kilomtres,  la louche, de plage
faisant face au village, bercs par le remous de la mer sous le ciel bleu s'assombrissant
 mesure qu'apparaissent les toiles. Guerd brise les quelques minutes de silence
que nous nous tions octroys en contemplant les mille reflets du couchant.

- Le ciel est aussi beau, chez vous ?

Erik rpond :

- Oui il est, en tous les cas en Australie, le pays d'o je viens, je trouve. Mais
j'imagine que partout sur Terre on peut trouver un ciel aussi beau.

- Oui dans mon pays aussi le ciel est beau. Peut-tre un peu moins pur, autour des
grandes villes,  cause de la pollution de l'atmosphre.

Guerd est curieuse :

- Vous avez des problmes de pollution ?

- Oui normment, nos techniques sont loin d'tre aussi avances que les vtres,
et nos industries rejettent beaucoup de substances nfastes dans la nature.

Guerd a une expression de dgot.

- Aarg...

Erik s'intresse au dbat :

- Vous n'avez pas ce genre de problme vous ? Comment ce fait-il d'ailleurs ? Vous
produisez bien pourtant de nombreuses choses ?

C'est Pnople qui rpond :

- La plupart de nos gnrateurs sont de petites units indpendantes recyclant la
majeure partie des choses. Un grande partie de nos biens sont fabriqus par fusion,
dans la mesure o nous n'avons pratiquement pas de limites d'approvisionnement en
nergie, nous nous passons souvent de la nature. Les chalets recyclent l'eau, les
habits, tous nos rejets corporels, et complte par fusion.

- Mais toute cette nergie, d'o vient-elle.

Pnople cesse de marcher et pointe son doigt vers le ciel :

- Tu vois la lgre trane lumineuse qui traverse presque tout le ciel ?

- Oui, nous l'avions dj vu sur le radeau.

- Et bien c'est une ceinture nergtique concentrant l'nergie de l'toile et la
mettant  disposition des diffrents artificiels.

Guerd semble tonne :

- Vous n'avez pas ce genre de chose, chez vous, d'o tirez-vous votre nergie ?

Nous nous lanons alors dans une discussion prolonges sur nos diffrentes sources
d'nergie, ptrole, nuclaire, hydrolectrique, solaire et toutes celles qui nous
passent par la tte. La discussion est coupe par la faim qui nous pousse  nous
installer pour le dner. Nous avions emport chacun de petits paniers mis  notre
disposition par le chalet d'Erik. Aprs quelques minutes silencieuses pour dguster
les fameux petits pains, Guerd reprend la discussion :

- Et si vous tes accepts dans la Congrgation, qu'allez-vous faire ? Rester ici,
aller sur une autre plante ?

Rester ici... C'est vrai que la vie est facile, que tout est tranquille... Je pourrais
apprendre toute ses sciences, je pourrais passer l'ternit avec Pnople... Deborah,
je ne te reverrai plus, alors ? Tu tais jeune et perdue, un peu comme moi...

- Je ne sais pas pour Erik, mais en ce qui me concerne je ne me soucie pas vraiment
de mon intgration  la Congrgation ou pas, ce qui m'intresse en premier lieu,
c'est retourner sur Terre.

Guerd a une jolie petit intonation de voix quand elle pose des questions, ainsi qu'une
irrsistible petite frimousse, j'imagine que Erik a d craquer, tout comme moi...

- Mais si vous avez tellement de retard sur nous, pourquoi y retourner ? Ici vous
avez tout ce que vous voulez, En plus vous serez obligs de travailler l-bas !

Je conteste :

- Oui mais c'est chez nous ! C'est l-bas que sont nos familles, nos amis, nos vies
! Et puis je ne supporterai pas de ne pas tenter de comprendre cette histoire, qu'est
ce que nous faisons l...

Erik prend la parole :

- J'ai moins d'attaches qu'Ylraw sur Terre, mais j'aimerais moi aussi claircir cette
histoire. Ce n'est pas trs rassurant de se retrouver paum on ne sait pas o, mme
si c'est le paradis, sans savoir pourquoi, sans savoir si on ne va pas revenir nous
chercher sans savoir si on va devoir rester l pour toujours, a a beau tre gnial,
a a quand mme un peu le got d'une prison...

Erik a raison, il est pas bte, c'est exactement cette ide, cette ide que mme
si tout est parfait ici, le sentiment qui persiste c'est de ressentir a plus comme
une punition, comme si nous avions t carts de nos vies, mis  l'cart... Guerd,
elle, reste confiante :

- Peut-tre que les artificiels s'occupant du tlporteur pourront donner des informations
?

Erik se rallonge en regardant le ciel, il soupire :

- J'espre.

Nous discutons encore plusieurs heures aprs dner, de notre monde, du leur, de nos
habitudes, cultures, style de vie... La nuit se faisant un peu plus frache avec
le vent se levant, nous rentrons doucement vers le village, qui n'est qu' quelques
centaines de mtres. Guerd invite Erik  passer encore un moment chez elle, quand
 moi je me dirige vers mon chalet. J'ai bien des questions dans mon esprit, et le
fait mme que j'ai fait l'amour avec Pnople, mme si c'tait virtuel, m'est compltement
sorti de l'esprit, et je n'ai pas le rflexe de lui proposer de dormir chez moi.
Je la quitte sans remarquer qu'elle est trs nerve de mon attitude.

Rancune
-------



C'est au milieu de l'excellente nuit que je passe que je me rends compte que je ne
l'ai mme pas embrasse le soir. Il ne me faudra pas longtemps le lendemain matin
pour m'apercevoir que cet oubli lui a moyennement plu, quand elle refuse de prendre
le petit-djeuner avec moi, prtextant qu'elle a d'autres choses de prvues pour
la journe, et que je fais bien ce que je veux. Je suis tonn et amus par un tel
caprice  son ge, aurai-je russi  briser sa carapace ? J'avoue que la situation
me motive plus qu'autre chose de la savoir vexe par mon attitude, elle qui parat
tellement distante. Je prends donc un certain plaisir pour trouver le moyen de la
faire revenir sur sa dcision.

La demi-heure plant devant son chalet  l'appeler et formuler mes plus plates excuses
reste infructueuse, et je ne vois pas le petit bout de son nez. Mais imaginant que
tout ce qu'elle espre c'est justement de me faire patienter sans mot dire un bon
moment, je lui signifie alors que je lui souhaite une bonne journe et que je vais
pour ma part vaquer  des occupations plus productives. J'entreprends alors mon tour
de salutation des habitants du village, discutant avec la plupart d'entre eux de
choses et d'autres. Mon tour m'amne  tre invit pour djeuner avec une dizaine
d'entre eux qui avaient organis un petit buffet  l'occasion du nouveau morceau
de musique compos par le compositeur du village. J'avoue ne pas tre extrmement
sduit par les rythmes langoureux de sa musique, je suis nanmoins trs intress
par sa faon de composer, l encore uniquement par interaction avec le bracelet,
en imaginant une mlodie dans sa tte dans un premier temps, puis en la travaillant
et la structurant de manire progressive en l'enregistrant dans le bracelet. Ah !
Ironie du sort, je languirais presque d'en avoir un moi aussi, dsormais.

La matine s'coule, et je la termine avec une petite balade avec deux autres personnes
qui sont alles observer  quelques pas du village l'volution d'un couple de petits
oiseaux qui ont fait niche dans un arbre bas. Ce n'est pas trs intressant, mais
l'occupation me rappelle ma maman qui passe beaucoup de temps  observer autour de
la maison les diffrents animaux et oiseaux et leurs volutions. En rentrant je vois,
enfin, Pnople, qui marche seule en direction de son chalet. Je la rejoins sans
faire de bruit. Bien sr je me fais doubler par son bracelet qui lui signale mon
arrive.

- Si tu crois que je ne t'ai pas vu.

- Tu n'es pas trs joueuse... Bonjour.

- Bonjour. Bien dormi ?

Je sens le piquant de sa remarque, qui me fait sourire.

- a t'amuse, c'est dj a, tu jouais, c'est a ?

- Je suis vraiment dsol, Pnople, franchement je voulais tout sauf te faire du
mal, quand je suis...

Elle me coupe :

- Tiens, mon bracelet dois avoir un problme, il ne dit pas que tu es en train de
mentir...

Cette remarque m'nerve passablement :

- Et oh c'est qui qui est adulte l ? C'est pas toi qui es cense avoir mille ans
et moi mme pas vingt ? C'est bien toi qui a fait un virtuel hier, qui m'a tromp,
alors que je voulais tant tre avec toi.

- Et tu tais avec moi, je te signale, tu crois que le virtuel a compte pas, c'est
pour du beurre ? Ce qui compte c'est ce que tu ressens, le virtuel ou la vie, c'est
pareil. Et ce n'est pas une question d'tre adulte, c'est une question de respect.

- De respect ? Tu te moques de moi ! Pour moi le virtuel c'est un manque de respect
!

- N'importe quoi !

- Non pas n'importe quoi ! Tu ne peux pas comprendre que tu m'as menti, tu m'as tromp,
je croyais que c'tait vrai mais a ne l'tait pas !

- Mais c'est pareil ! Toi mme tu croyais que c'tait vrai, est-ce que tu as agis
diffremment ? Non, justement, tu as fait exactement la mme chose que si ce n'tait
pas un virtuel !

- Mais pas toi, toi tu le savais, toi tu savais que tu pouvais tout couper si jamais
a drapait, toi tu savais que tu ne risquais rien !

- C'est faux ! Je n'aurai pas agi diffremment dans la ralit, pour les avis c'est
pareil, et si j'avais fait a avec une mauvaise intention, tu l'aurais su, un jour
ou l'autre, quand tu aurais eu un bracelet toi-aussi. Par contre m'ignorer comme
tu l'as fait, oui, c'est un manque de respect !

- Mais non ! Je te respecte bon sang ! C'est parce que par mgarde je suis trop proccup
par le fait que je ne sais toujours pas si je vais revoir Naoma avant plusieurs semaines,
pas plus si je vais pouvoir retourner chez moi, ou quand je pourrai enfin librement
partir  la recherche d'indices que je te manque de respect ? Oui dsol je ne pense
pas  toi en permanence. Si a c'est te manquer de respect et bien soit ! Mais...
Je...

Elle a peut-tre raison, aprs tout, pour son virtuel, peut-tre que c'est moins
factice que je ne le pense... Elle reste silencieuse, je continue :

- Je te respecte Pnople, vraiment, et je te suis extrmement reconnaissant pour
tout ce que tu as fait pour moi. Et pour le virtuel, je... Je pense que je ne le
considre pas  sa juste valeur parce que chez moi ce qui y ressemble c'est jouer,
c'est trs diffrent de la ralit... Pourquoi tu l'as fait, alors, si tu n'avais
pas peur, ou pas de mauvaise intention, et pourquoi tu ne m'as rien dit ?

Elle est toujours trs nerve :

- Parce que ! Parce que je voulais encore te faire une farce, avec ce faux coup de
tlphone, en fait je l'avais dj eu avant, et puis tu t'es rapproch, et puis...
Et puis j'ai oubli qu'on tait en virtuel, enfin, je... C'est pareil pour moi, mince
!

- Je suis dsol... Je tiens beaucoup  toi tu sais, et je a me fait trs plaisir
que nous soyons devenu proches.

- Pourtant tu prfres encore dormir loin de moi.

- Tu sais trs bien que ce n'est pas vrai, que...

- Comment pourrai-je le savoir, tu ne me dis rien.

Elle exagre, elle fait son caprice ou quoi, c'est elle qui est toujours  l'autre
bout de la Galaxie la plupart du temps !

- Mince mais toi aussi tu...

Hum... Restons diplomate :

- Mais... Tu pouvais demander aussi, a m'aurait fait trs plaisir de passer cette
nuit en te serrant dans mes bras. Mais j'ai tellement de choses  quoi penser, je
suis tellement perdu.

- J'ai l'impression que tu n'es pas si proche de moi.

C'est du dlire ! C'est exactement l'inverse ! Bon... On rglera a plus tard :

- Pnople, je suis perdu dans un monde que je ne connais pas, sans savoir pourquoi
ni comment, sans savoir si je vais rester l et combien de temps. Tu ne peux pas
me reprocher de ne pas tomber follement amoureux de toi en cinq minutes !... Est-ce
que je peux te prendre dans mes bras ?

- Ici ?

- Oui.

Elle rflchis un instant, surprise.

- Et bien, euh, si a ne te drange pas, j'aimerais plutt que tu fasses a chez
moi. Pas que je ne veuille pas dire aux autres que je sors avec toi, mais juste que
je prfre de pas trop l'exposer  tous.

Pfff, je m'en suis sorti... Je la prends par la main et la raccompagne jusqu' son
chalet. Une fois  l'intrieur, je la serre dans mes bras, lui demandant une fois
de plus pardon de ne pas l'avoir invite hier soir. Pour me faire excuser je lui
propose de lui faire un massage :

- Tu veux dire faire une sance de massage ?

- Euh, non, moi, te faire un massage.

- Mais, comment ?

- Et bien, avec mes mains, te masser le dos, les jambes, le visage, la tte...

- Tu sais faire a ?

- Ce n'est pas trs compliqu, mais j'ai peur que ce ne soit moins bien que ce que
propose vos artificiels.

- Bah ! Peu importe, c'est diffrent, je veux bien.

Me dit-elle en souriant. C'est bon... Mais quand mme, je me demande si elle se rend
compte de ce qu'elle me reproche... Peut-tre que nos apprhensions son diffrente,
aprs tout... Bah ! Oublions ce malentendu... Je lui fait un bisou et l'invite alors
 monter s'allonger sur le lit. Je demande  Me s'il aurait de l'huile de massage,
j'ai un peu de mal  expliquer et Pnople m'aide. Finalement celui-ci me fournit
des petits sphres d'huile avec lesquelles je peux me frotter les mains pour les
induire, c'est parfait. J'ai toujours aim faire des massages, peut-tre parce que
j'apprcie la dcouverte du corps que je masse, ses points sensibles, douloureux,
ou tout simplement pour donner du plaisir  une personne que l'on apprcie.

Je prends le temps, doucement, de la dshabiller, en massant lgrement au passage
ses bras, paules, jambes, cuisses. Une fois nue, je tapote du bout des doigts tous
les muscles apparents, principalement le dos, les cuisses, les fesses, les paules
et les bras. Je commence alors  utiliser l'huile de Me pour doucement lui en enduire
le corps, et dbuter le massage  proprement parler. Je m'attarde sur les mains et
les pieds, puis les jambes et les bras. J'insiste longuement sur le dos, et graduellement
intensifie aussi la force de mes pressions. Rgulirement je fais une pause au niveau
de la tte, pour masser le cou et le cuir chevelu. Je m'assure de manire rpte
que je ne vais pas trop fort ou si je dois insister sur certaines parties plus douloureuses
de son corps.

Son corps est vraiment parfait, et je ne me lasse pas de le caresser. Bien videmment
j'aurai difficilement pu ne pas tre excit par cette sance, et, considrant ma
pnitence accompli, je me dshabille et m'allonge nu sur son dos. Elle murmure :

- Hum, intressant, c'est de me masser qui t'a mis dans cet tat ?

- J'ai bien peur que oui, que va-t-on pouvoir faire ?

- Et bien ce serait idiot de ne pas en profiter, tu ne crois pas ? En plus pas de
virtuel en vue.

J'acquiesce en souriant, elle est vraiment rancunire, et, lui cartant les jambes
avec mes genoux, je me glisse doucement en arrire puis en avant, et, avec de petits
mouvements du bassin, me fraye un chemin jusqu' ce que mon sexe rentre doucement
dans son vagin, puis petit  petit la pntre  mesure que son excitation augmente.
Elle se laissera faire, jusqu' jouir en m'attrapant les fesses par derrire, puis
se laissant doucement glisser vers une somnolence rafrachissante.

- Tu vois, et bien je crois que tu dois tre la premire personne humaine qui me
fait un vrai massage, et bien je trouve que c'est bien bte de systmatiquement utiliser
les artificiels pour a.

- Ils ne font pas de bons massages ?

- Oh si ils font de trs bons massages, d'autant plus qu'ils peroivent plus justement
les tensions de notre corps, mais ils en font rarement qui se terminent aussi bien...

Je souris et m'allonge prs d'elle, elle se tourne et pose sa tte sur mon torse.

- Excuse-moi, pour le virtuel, je ne pensais pas que tu le prendrais mal.

Je lui fais un bisou sur le front signifiant que c'est pardonn, puis nous nous endormons
ainsi pour une agrable sieste. Me diminue la temprature de la pice et teinte lgrement
les vitres, crant ainsi une pnombre propice  notre repos.

Nous dormons profondment, et ne sommes rveills que lorsque Guerd et Erik passent
pour savoir si nous serions d'accord pour aller nous baigner avec eux. Et c'est 
la plage que nous terminons l'aprs-midi, avant de finir cette journe bien remplie
par un dner chez Iurt, qui est dsireux de s'entretenir encore avec nous, ayant
toujours mille questions sur d'o nous venons, comment nous vivons, qui sont les
gens habitants notre plante...

En rentrant de chez Iurt, je ne manque pas de demander  Pnople si elle dsire
venir dormir  la maison, mais c'est finalement chez elle que nous passerons la nuit,
terminant ce cent vint-deuxime jour.

Bonheur
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Les deux jours suivants n'ont gure  envier  celui-ci, et nous profitons de la
vie facile dans l'attente des diffrents conseils devant avoir lieu. C'est dans la
soire du cent ving-quatrime jour que nous est accord le port d'un bracelet enfant.
Ma soire se consacre presque exclusivement  son tude. Il donne accs comme le
bracelet que j'avais essay dans le tlporteur  trois menus principaux, qui se
subdivisent eux-mmes en une multitude de choix et options. Il n'est pas draisonnable
que nous commencions avec ce modle simplifi, car j'ai dj du mal  me dpatouiller
de toutes les fonctionnalits. Heureusement Guerd et Pnople nous expliquent et
nous donne les raccourcis, les faons pour accder directement  certaines fonctions
cls. Moi qui ai toujours t passionn par les appareils de mesure, rythme cardiaque,
poids, nergie consomme et tout autre genre d'information comme l'altitude, la temprature
et bien d'autres, je suis aux anges. Le plus extraordinaire c'est qu'allong tranquillement
dans mon lit je peux regarder en dtail ce que j'ai fait dans la journe, car il
y a une sauvegarde de tout ce que l'on voit, entend, bref, tout ce que l'on ressent.

Pnople, que je dcouvre enfin, jeune et capricieuse, doit mme me retirer mon jouet
de force, en usant du sien, pour que je daigne enfin la prendre dans mes bras et
lui faire un clin avant de nous endormir. C'est le lendemain, le cent vingt-cinquime
jour, que j'apprends  grand-peine  me servir de la fonction de sauvegarde du bracelet,
et o je dbute succinctement le rcit  partir de notre dpart de chez Martin, en
esprant pouvoir retrouver un jour la partie crite avant cet pisode, sur Terre.

Le soir du cent vingt-cinquime jour, le conseil a enfin un entretien avec Guewour
et plusieurs autres personnes du conseil. Nous n'y sommes pas convis Erik et moi,
mais nous apprenons avec joie que la libration du bracelet de Naoma est valide,
et que ds le lendemain nous nous rendrons sur place pour le rcuprer. Depuis notre
dernire visite, Moln, la personne s'y connaissant le plus en tlportation du village,
et dont m'avait dj parle Pnople, est revenu et sera la personne en charge de
l'expdition. Pnople nous explique par contre que les artificiels n'ont absolument
aucune trace de notre arrive, et ne l'expliquent pas, allant mme jusqu' mettre
en doute notre bonne foi. Pnople nous raconte que ce paradoxe a cr un fort remue-mnage,
et que de nombreuses personnes sur Adama voudraient nous interroger plus en dtail
pour mettre ce mystre au clair. C'est ainsi qu'il a t dcid,  partir du moment
o le rsultat sur la reconstitution de Naoma sera connu, d'organiser un premier
entretien avec de nombreuses personnes du Congrs, et sans doute de prvoir un voyage
vers Adama de tout ce petit monde pour  la fois tenter d'lucider ce mystre et
prparer notre premier entretien en vue de notre admission comme membre de la Congrgation.

Ce soir l, pour la premire fois depuis plusieurs jours, j'ai une discussion seul
 seul avec Erik, Guerd est je ne sais o, chez un ami, ou un membre de sa famille,
Pnople fait ses affaires, elle a toujours quelques moments d'indpendance dans
la journe. J'tais seul, je suis pass voir Erik, s'il se dbrouillait avec le bracelet,
mais nous parlons de Naoma :

- Ils ont l'air confiant sur le fait qu'ils vont pouvoir la faire revenir.

Il n'a pas l'air aussi enthousiaste que je le pensais :

- Oui, c'est vrai. Mais j'avoue ne pas trop savoir  quoi m'attendre.

- C'est  dire ?

- Et bien a fait maintenant plus de deux mois qu'elle est morte, il s'est pass
tellement de choses ici, je ne sais pas vraiment ce que je voudrais.

- Quoi qu'il en soit elle ne se souviendra pas de ce qui s'est pass, pour elle se
sera sans doute comme si elle arrivait tout  coup sur cette plante.

Il est gn, c'est marrant je ne l'ai jamais vraiment vu gn, il parait toujours
tellement sr de lui et indiffrent... Il est sans doute plus sensible qu'il n'y
parat.

- Oui, mais... Nous allons sans doute lui raconter ce qu'il s'est pass, et... Si
je peux te le demander, j'aimerais que tu ne parles pas du fait que je lui ai dis
que je l'aimais, a ne ferait que compliquer les choses. Ou en tous les cas j'aimerais
que ce soit moi qui lui apprenne.

- Bien sr, je comprends. Tu es tomb amoureux de Guerd ?

Il lve les yeux vers moi et sourit.

- Amoureux, bah, je ne crois pas, c'est sr qu'elle est super bien roule... Mais
on sent quand mme qu'elle n'est pas toute jeune dans sa tte, et puis, et puis les
gens d'ici pensent pas pareil que nous...

- Vous couchez ensemble ?

- Oui, depuis presqu'un mois.

- Oh ! Je n'aurais pas dit autant.

- Je n'ai srement pas autant de remords que toi pour coucher avec une nana. a ne
fait que quelques jours que vous tes ensemble avec Pnople.

- Oui, mme pas une semaine. Mais j'avoue que j'ai pas mal d'autres soucis qui me
tournent dans la tte.

- C'est clair... Qu'est-ce qu'on va bien pouvoir faire une fois Naoma de retour,
a ne va pas changer grand-chose, on sera toujours aussi paum. Est-ce qu'on va rester
ici, partir, chercher la Terre, mais o, personne ici ne semble la connatre ni d'avoir
d'ide o la trouver...

- Je pense qu'il est important que nous puissions rentrer dans la Congrgation, cette
premire tape nous rendra libres d'aller o nous voulons. Pour la Terre Pnople
pense que c'est un monde form au del des limites de la Congrgation o les hommes
de l'Au-del ont trouv refuge.

- a ne nous avance pas beaucoup, combien de millions de plantes devrons nous visiter
avant de la retrouver ? Et encore, si leurs tlporteurs dconnent autant que celui
avec lequel nous sommes arrivs et que nous devons le faire en vaisseau, autant prendre
directement notre retraite ici, nous n'avons aucune chance.

- C'est vrai que je n'ai franchement aucune ide de comment procder. Mais tout a
ne peut pas tre qu'un hasard, il doit bien avoir une raison o un responsable ?

- C'est ce que je me dis aussi, mais comme tu dis tant que l'on ne peut pas bouger
par nous mme, nous sommes un peu coincs. Depuis combien de temps sommes-nous ici
?

- a fait plus de quatre mois que nous sommes partis de Sydney, d'ailleurs a me
fait penser que je n'ai pas compt le temps que prend une tlportation. D'aprs
Pnople c'est de l'ordre de trois jours, ce qui porterait le nombre de jours  cent
trente-un et pas cent vingt-cinq comme j'avais compt. Et a fait un peu plus de
deux mois que nous sommes dans le village. Enfin, en comptant qu'un jour d'ici n'est
pas trop diffrent d'un jour sur la Terre.

- a ne me parat pas trop diffrent, peut-tre un peu plus court.

- Oui, un peu plus court.

Erik soupire :

- Plus de quatre mois !... Ce qui veut dire que nous serions vers le dbut du mois
de mai 2003 sur Terre. Et encore, si nous considrons que nous n'avons pas fait d'autres
dtours dont nous ne nous souvenons pas, ou qu'ils ne nous ont pas laiss poireauter
un certain temps  Sydney avant de nous balancer sur la lune... Et aussi que tu ne
te sois pas trop plant dans ton calcul. Et puis si les jours sont plus courts...

- Bah, ils ne doivent pas tre si courts que a, peut-tre une heure ou deux de diffrence,
mais pas plus, au max a rajoute ou enlve une dizaine de jours au total, ce qui
ne change pas beaucoup, vu le point o nous en sommes.

Nous sommes coups par une douce voix fminine :

- Salut les garons, on va manger un bout ?

Guerd, sa course finie, nous rejoint et nous allons tous les trois chez elle pour
le dner. Pnople ne sera pas non plus disponible ce soir, mangeant avec une connaissance
dans un village plus au Nord. Je passe une grande partie de la soire  enregistrer
notre histoire, arrivant jusqu'au soir ou j'avais regard les toiles du toit des
btiments. Je me couche la nuit dj bien avance, Pnople me rejoindra quelques
heures plus tard, me rveillant juste un instant pour venir se blottir contre moi.
J'aime la serrer contre moi, j'aime la sentir si proche, alors qu'elle est souvent
si loin...

Cent trente-deuxime jour, inclus le petit ajustement pour tenir compte des temps
de tlportation. C'est aujourd'hui que nous devons justement nous rendre au tlporteur
pour chercher le bracelet de Naoma, et ventuellement d'autres indices avec l'aide
de Moln. Je me rveille tt, impatient. Je me lve sans bruit et demande  Chalet
de me prvenir pour ne venir rveiller Pnople que lors du dpart, qui se fera dans
le milieu de la matine. Mais elle se rveille avant et m'appelle pour savoir o
je suis. J'accours presque et nous prenons un copieux petit djeuner, en discutant
de sa soire du jour prcdent. Nous allons tre une petite expdition  aller l-bas,
Moln, Ulri un autre villageois, super pote de Moln, Guerd, Erik, Pnople et moi.
Le temps est maussade sur le village, et ceci jusqu' plusieurs dizaine de kilomtres
des ctes. Guerd pilote Erik et Pnople se charge de moi. Nous pourrions voler par
nous-mmes, mais l'apprentissage prend quelques temps, et nous sommes presss. Le
temps dans le cratre du village n'tant pas propice  un vol en altitude, avec un
fort vent et beaucoup de pluie, nous ne volons qu' quelques mtres au-dessus de
la fort, en suivant le chemin inverse que nous avons parcouru deux mois plus tt.
Le bruit de nos abeilles effraient les animaux, et, au dtour d'un petite clairire,
ironie du sort, trois petites btes noires partent en courant, effrayes, suivies
par une beaucoup plus grosse, norme mme, qui les suit en boitant de la patte arrire...

Erik demande  ce que nous fassions une pause en levant la main, nous nous changeons
un regard, c'est sans doute la bte qui a attaqu et tu Naoma. Nous attendons qu'elle
quitte notre champ de vision, nous demandant sans doute Erik et moi si nous ressentons
de la haine  son gard, si nous voudrions la tuer, si l'espoir que nous avons de
retrouver Naoma pardonne  cette mre de nous l'avoir prise pour nourrir ses bbs.
Nous repartons. tant plus nombreux et le temps moins beau le voyage durera un peu
plus que la fois prcdente. Arrivs sur place nous ne chmons pas et nous nous rendons
directement dans le tlporteur. Moln prend contact avec les artificiels responsables
et l'ouverture de la trappe pour rcuprer le bracelet de Naoma ne pose pas de problme,
ce qui est dj un soulagement.

Moln tente ensuite de retrouver des informations sur notre passage. Nous ne comprenons
pas grand chose  ce qu'il fait, et, hormis Ulri, qui s'y intresse aussi, nous allons
pour notre part grignoter un pain aromatis dans la cuisine. Erik est dpit en dcouvrant
ce qui m'avait moi-mme trs agac lors de ma premire visite avec Pnople. Nous
consommons les petits gteaux au got sucr-sal en faisant un tour des locaux, et
esprant de Pnople qu'elle nous fasse dcouvrir tout ce que nous avions manqu.

Les tours de magie commencent dans la cuisine par la gnration de chaises autour
des tables. En prenant de la main le rebord de la table, une tige mtallique y crot
pour donner naissance  un petit sige arrondi.

- Voil pour la cuisine. Bien sr  cela s'ajoute le contrle de l'opacit des fentre,
de la lumire, de la temprature...

Pnople illustre ses propos en faisant l'obscurit dans la pice, puis en ramenant
les vitres  une transparence parfaite. Nous ressortons pour rejoindre la pice annulaire
principale.

- Ici se trouve les postes de travail, de la mme faon vous trouverez des chaises
au niveau des tables, et de plus une connexion  l'intelligence des btiments. Cette
connexion vous donne accs  la base de connaissance et les diffrents paramtres
des locaux, ainsi que leur historique.

Pnople, une fois assise sur la chaise nouvellement cre, fait apparatre une console
virtuelle comportant une reprsentation des btiments, et, en prenant de ses mains
les diffrents paramtres, nous dtaille en montrant des squences vidos en trois
dimensions le rle et le travail qui occupait les personnes prsentes dans ces locaux
; ces pisodes remontant  prs de mille cinq cent ans. 

- Ceci tait un poste d'tude de la faune et de la flore du cratre. Les personnes
travaillant ici y passaient gnralement une dizaine de jours.

- O dormaient-ils ?

- Au sous-sol, vous n'y tes pas alls ?

- Nous n'avons pas pu...

- Ah, oui... Je sais...

Pnople sourit et me caresse la joue en me gratifiant d'un regard de compassion
avant de se diriger vers la petite salle couloir donnant sur toutes les autres.

- On ne peut pas descendre sans bracelet. Suivez-moi.

Nous grimpons avec elle sur la plaque, et descendons pour nous retrouver, enfin,
dans ces fameux sous-sols. Erik soupire :

- Et dire que j'avais peur d'y trouver je ne sais quoi...

- Pas de quoi s'affoler, effectivement, tu as raison Erik.

Le sous-sol est simplement constitu d'une dizaine de petite chambres indpendantes,
comportant chacune un lit et une petite table, ainsi qu'une armoire.

- Il n'y a rien d'autre ?

- Non, cette endroit servait juste de dortoir, nous avons toujours aim dormir en
sous-sol. Nous retournons en haut ?

Nous remontons cette fois-ci par les escaliers, la porte s'ouvrant sans manire devant
la volont de Pnople.

- Mais que peut-on faire sans bracelet chez vous ? Rien ?

- C'est ce qui permet de nous identifier, n'avez-vous pas vous aussi des systmes
d'identifications chez vous, qui vous sont ncessaires pour accder  certaines choses
?

- Si, mais nous nous en servons moins souvent, c'est moins contraignant.

- Bah, a le deviendra sans doute.

Pnople a srement raison,  partir du moment o une identification lectronique
efficace existera, elle sera dploye systmatiquement. Mais comme c'est dj un
peu le cas, a posera de nombreux problme de vie prive, toutefois. Mais peut-tre
que le dploiement d'une intelligence artificielle indpendante sera enfin le rve
du philosophe au pouvoir de ce vieux Platon...

- Mais, Pnople, des personnes ne se sont-elles pas opposs au port quasi-obligatoire
de bracelet, c'est tout de mme un peu embtant pour les liberts individuelles,
la vie prive, non ? N'importe qui peut savoir ce que tu fais, o tu vas ?

- C'est marrant ce que tu dis, parce que ici c'est plutt mal vu de cacher des choses,
c'est un peu notre histoire, si tu caches des choses c'est que tu n'es pas digne
de confiance. Pourtant certaines personnes le refusent oui, et vivent sans, mais
trs peu. Et puis pas n'importe qui peut accder  tes donnes. Il faut faire confiance
au systme, bien sr, mais si tu supposes que le systme est fiable, seul toi est
garant de tes donnes, par contre tu dois les dvoiler si tu dsires quelque chose,
ce qui est honnte. D'autre part avec un certain nombre d'avis on peut quand mme
accder  ton bracelet.

- N'y a-t-il pas de l'abus, des personnes qui cherchent suffisamment d'avis juste
pour pouvoir djouer ou espionner ?

- Ce n'est pas si vident que a de trouver des avis dans un but non honnte. Je
te rappelle que les gens sont capables de savoir quand tu mens. D'autre part espionner
pour quoi ? Par jalousie ? Oui, et encore, il n'y a pas grand chose de mal  faire
ici, tout ce que les uns peuvent avoir, les autres peuvent l'avoir aussi, s'ils sont
aussi honntes. Je ne sais pas trop comment c'est chez vous, mais j'ai l'impression
que votre systme vous pousse  faire des choses malhonntes. Maintenant c'est moins
vrai, mais avant, quand il y avait encore du travail et une sorte de comptition
entre les gens, c'tait  celui qui tait le plus honnte, le plus franc... Depuis
les reptiliens le moindre signe de malhonntet pouvait te dcrdibiliser pour un
bon bout de temps... Et aujourd'hui, maintenant que les gens ne travaillent pas,
ne dirigent pas, il ne reste gure que les histoires de coeur ou d'orgueil qui persistent.
Et les gens savent reconnatre l'orgueil ; essaie au village de trouver suffisamment
d'avis pour avoir accs  mes donnes quand je m'absente comme hier soir, je te souhaite
bien du courage. Je ne dis pas que ce n'est pas possible, mais je pense que c'est
extrmement difficile, d'autant qu' ma connaissance personne ne s'en est jamais
vraiment plaint  raison.

- Mais, pour avoir accs  tes donnes justement, combien faut-il d'avis ? Un, cinq,
dix ? Comment est-ce calcul ?

- C'est une sorte de duel. Si tu veux accder  mes donnes et que je m'y oppose,
alors tu peux faire appel  une personne supplmentaire et lui exposer le problme.
Si elle t'est favorable,  mon tour de chercher des personnes qui seraient en ma
faveur.

- Mais quand cela s'arrte-t-il ? Le tout peut durer indfiniment !

- C'est vrai que a peut durer trs longtemps en thorie, mais dans la pratique les
gens s'impatientent quand mme, et dans l'exemple donn, au bout d'un jour ou deux
soit toi soit moi aurions baiss les bras. De plus dans la majeure partie des cas
une trs nette majorit s'exprime en faveur de l'un ou de l'autre, et si au bout
d'une semaine, par exemple, je n'avais que dix pourcent des avis, j'ai tout intrt
 cder, car a pourrait m'tre prjudiciable par la suite. Mais tu m'as dj parl
de a, a a l'air d'tre un problme important chez vous, mais chez nous, ici, franchement
ce n'est pas ce qui motive les foules, les gens sont tout  fait heureux mme en
sachant que dans certaines conditions ils devront dire qu'ils ont fait des choses
pas toujours trs bien, mais tout le monde a des faiblesses, ce qui est important,
c'est que tout reste tolrable pour tout le monde.

Cette discussion allant, nous nous tions rendus dans la salle comportant la table
centrale, les cages, les barres mtallique ainsi que la grande baie vitre.

- Ce sont les barres que vous utilisiez, j'imagine que vous n'avez pas russi  les
faire fonctionner ?

J'en prends une dans les mains, toujours surpris de leur lgret.

- Pourquoi ? C'est cens faire quoi ?



- Prends-la fermement et ouvre ton bracelet, ton bracelet doit pouvoir te montrer
les fonctions.

Je comprends que Pnople me demande de me concentrer sur mon bracelet pour en ouvrir
le menu. Et, surprise, dans le menu principal, sur la petite sphre reprsentant
mon corps, se trouve la barre dans ma main. En allant consulter le menu, j'accde
effectivement  une partie spcifique  la barre. Erik s'empresse de faire de mme
et sous restons tout deux silencieux en explorant les diffrentes possibilits. Erik
s'exclame :

- Eh ! Il y a un menu pour dfinir les facteurs de rpulsion ou d'attraction sur
les animaux, on dirait que la mienne est configure pour faire fuir tous les gros
animaux et ceux qui sont dangereux, et pour attirer les petits !

Je vais moi aussi dans ce sous-menu en m'exclamant.

- Ah mais a explique pourquoi nous avions ici tellement d'aisance  chasser alors
que c'tait une vrai galre l-bas dans l'autre cratre quand nous avions perdu les
barres !

Erik soupire :

- Si seulement nous avions gard ces barres, Naoma ne se serait sans doute pas faite
attaque...

Je soupire moi aussi, un peu gn finalement de cette dcouverte.

- Oui...

Je quitte ce menu pour retourner dans celui que j'explorais, un ensemble de fonctionnalits
qui me laisse penser que la barre peut se transformer, changer son aspect. Je slectionne
l'aspect d'une pe, mais a ne semble pas fonctionner. Je demande  Pnople :

- J'ai tent de la mtamorphoser en pe, mais a ne marche pas...

Pnople touche la barre de sa main, reste silencieuse un instant, puis dclare,
tonne :

- trange, tu ne devrais pas avoir accs aux menus restreints avec ton bracelet.

Pnople saisit alors la barre, et, surprise, la barre se mtamorphose en une digne
pe de Conan le Barbare ! Elle me l'a tend.

- Ces barres ne doivent pas tre toutes jeunes, ce doit tre un ancien modle...

Je ne fais gure attention  ce quelle dit, absorb par mon nouveau jouet :

- Mais c'est gnial !

Je sors de la salle pour aller au dehors et tester mon jouet sur diverses brindilles.
Pnople s'crit avec la voix que je n'aime pas :

- Eh ! Tu vas o avec ton pe ?!

Je comprends mon erreur, ici la nature est sacre :

- Ah... Euh... Je vais couper... Euh... Tester... Euh...

- Je te rappelle que tout ce que tu fais en ce moment sera pris en compte lors de
votre audience pour devenir membre de la Congrgation, alors tu ferais mieux de restreindre
un peu tes pulsions guerrires !

Pnople reprend la barre et lui redonne sa forme originale. Je la repose, penaud,
contre la paroi.

- OK, OK... a craint le paradis...

Pnople ne dit rien, mais j'imagine ce qu'elle se dit, que je ne suis encore qu'un
gamin effront et dsireux de dcouvrir le monde, alors qu'elle n'aspire plus qu'
une vie tranquille. Je m'approche d'elle et l'embrasse doucement dans le cou, en
lui murmurant  l'oreille.

- Mais non tu n'es pas si vieille que a...

Elle sourit et me rend mon baiser. Nous retournons voir o en est Moln et son compre.
Mais la situation ne semble pas voluer de manire notable pour eux, nous les retrouvons
tous deux assis sur les siges contre la paroi, en train de discuter de choses sans
rapport avec leur problme actuel. Pnople leur demande :

- Alors, du nouveau ?

Moln se retourne le visage fautif vers nous :

- Non, absolument rien, je certifierai sur tout ce que tu veux que ce tlporteur
est hors service et que rien ne s'est pass ici depuis plusieurs centaines d'annes.
Je ne comprends pas ce qu'il a pu se passer.

Est-ce qu'il pourrait tre dans le coup, est-ce que tout cette histoire au village
ne pourrait tre qu'un pige ? Pnople, Guerd, Moln, pourraient-ils tre dans le
coup ? C'est impossible,  moins que ce ne soit un virtuel gant ? Bah, il doit bien
y avoir moyen de prouver que nous sommes apparus, il doit bien exister une faon
de dmonter ce machin !

- Mais, il y a pas des mthodes dtournes pour savoir ce qu'il s'est pass, un niveau
d'nergie, une trace de gnration d'un clone, o sont-ils, d'ailleurs, les clones
qui servent au tlportage ?

- Ils sont soit gnrs soit cres  partir de clones stocks en dessus, dans le
gnrateur.

Moln indique de son doigt la pice au dessus de nous.

- Et on ne peut pas faire des prlvements, voir la date de la dernire gnration,
voir la courbe d'utilisation d'nergie, je ne sais pas, n'importe quoi ?

Moln garde son calme, me rpondant comme  un gamin :

- Si, et justement la dernire activit remonte  trois cent cinquante trois ans
et des poussires, un peu avant la dsactivation du centre.

Je m'crie :

- Mais c'est faux ! C'est manifestement faux ! Les trucs qui vous ont donn ces informations
mentent, ou ils sont pts ! C'est vident, il ne faut pas les croire, il faut vrifier
par nous-mmes !  Il nous faut pter ce putain de tlporteur de mes couilles et
lui sonder sa race en profondeur ! Sacrebleu !

Je ne matrise pas encore trop les diffrents niveaux d'injures, mme si je joue
un peu de ces diffrences de langage. Moln est dcontenanc en plus de ne sans doute
pas tout comprendre  mon argot approximatif, Pnople me calme.

- Calme-toi, a ne sert  rien de s'nerver.

Mais de les voir tranquilles  attendre que les choses se fassent, alors que de toute
vidence leur matos est buggu jusqu' la moelle me rvolte !

- Je ne suis pas nerv, je fais juste comprendre que vos artificiels sont des menteurs,
qu'on ne peut pas leur faire confiance et qu'il faut trouver par d'autres moyens
ce que nous cherchons.

Ulri rpond avec tonnement :

- Mais... Les artificiels ne peuvent pas mentir.

Je le regarde dans les yeux et lui demande :

- Bien, soit, et je viens d'o alors ?

Il ne sait pas quoi rpondre.

- Je... Peut-tre que... Je ne sais pas.

Je demande  Pnople :

- On peut causer  cette maison ?

Elle me rpond :

- Oui, mais uniquement avec un bracelet adulte.

- Dis lui que c'est un menteur, que je suis arriv l il y a deux mois, et qu'il
ferait bien de m'expliquer comment s'il ne veut pas que je dmonte pice par pice.

- Il dit qu'il n'y a eu personne de tlport ici depuis...

Je la coupe, passablement nerv :

- Demande-lui qu'elles sont les dernires personnes venues ici avant nous aujourd'hui.

Pnople garde sa voix calme et son ton pdant :

- C'est toi et moi il y a...

Elle m'nerve !

- Oui avant, bon ! Tu aurais pu rectifier par toi-mme !

Et Bingo ! Pnople se vexe.

- Oh mais a suffit, comporte-toi autrement ! Je suis l pour t'aider alors pas besoin
de me traiter comme une demeure, tu crois que ton attitude est constructive peut-tre
!

Je souffle et lui demande pardon :

- Excuse-moi... Je suis dsol... N'y a-t-il pas un moyen que je discute avec lui
?

- Les dernires personnes avant nous, c'taient notre petit groupe la premire fois
que nous sommes entrs en contact avec vous, le jour o nous avions teint votre
feu.

- Et qui avait fait ce feu, a-t-il des images.

- Non, il ne sait pas, aucune image.

- Aucune image ! Comme si nous existions pas !... Comment peut-on accder  la salle
du dessus ?

- On ne peut pas.

- Comment a on ne peut pas ! Il y a bien moyen de le dmonter ce btiment !

Pnople me regarde dans les yeux et me sermonne :

- J'aimerais que tu changes de ton, c'est la dernire fois que je te le fais remarquer,
tout a servira pour acceptation dans la Congrgation et...

Cette dernire remarque est la goutte qui fait dborder le vase, c'en est trop, ils
ne sont tous que des incomptents compltement aseptiss par leur vie d'amorphe,
je prfre en rester l. Je retiens ma colre :

- Bon OK on se casse, c'est bon.

Et je sors de la pice et me dirige dehors. Erik me rejoint quelques minutes plus
tard. Le voyant, j'enlve mon bracelet et le pose prs de l'entre. Erik fait de
mme et nous nous loignons un peu.

- J'tais bien d'accord avec toi de lui dmonter la tronche, moi,  ce tlporteur,
mais ce ne sont qu'une bandes de lavettes.

- Ils sont compltement affols  l'ide que leur monde parfait puisse avoir une
faille, et le moindre truc de travers ils sont dmunis, c'est dingue...

- On dirait mme qu'ils tentent de croire que les choses pas normales le sont, comme
pour toujours tre bien sr que tout est parfait.

- C'est clair...

- Tu penses que nous pourrions revenir plus tard pour trouver des rponses ?

- Pas avant d'avoir leur foutu bracelet en tous les cas, de plus il nous faudra des
outils et des choses dans ce genre, et nous ne comprenons rien  leur technologie,
il faudrait savoir comment c'est construit pour pouvoir extraire des informations
 la main. Peut-tre avec les barres, mais a  l'air solide leur truc, j'ai peur
qu'on ne puisse pas faire grand chose, et puis mme si on trouve des trucs, on n'arrivera
pas  les lire...

- Oui mais dj si on trouve quelque chose, il doit bien y avoir des info dans leur
base de donnes.

- Peut-tre, mais faut-il encore qu'ils ne nous mettent pas des btons dans les roues
avec les avis qu'ils nous faudra et tout leur bazar.

- Bah, une fois qu'on aura quelques entres, on se trouvera bien le moyen de se dnicher
quelques bons vieux rayons lasers ou autre, tous les systmes ont leur circuit parallle.
Peut-tre pas ici, mais sur Adama ou je ne sais, ce devrait le faire, a ne peut
pas tre si parfait et lisse.

- Je ne sais pas, nous verrons en temps utiles, mais c'est clair que s'il nous faut
attendre qu'ils se bougent les fesses eux-mmes, c'est pas gagn, ils vivent  deux
 l'heure, c'est terrible... C'est cool ici mais il faut pas tre press...

- D'un autre ct, s'il ne se passe jamais rien, c'est un peu normal qu'ils soient
dcontenancs. Ce ne sont peut-tre pas les meilleures personnes pour nous aider,
il y aura peut-tre des jeunes, des vrais jeunes je veux dire, qui seraient plus
capable de nous comprendre et nous aider.

- Mouais, c'est pas bte de trouver des vrais jeunes, enfin, en attendant il faudra
encore qu'on se dbrouille quoi.

Ils sortent  ce moment du btiment, en discutant entre eux. Pnople impose presque
:

- Nous pouvons partir.

Je tente de rponde avec la voix la plus neutre possible :

- Oui.

Nous allons rcuprer nos bracelets. Pnople nous regarde d'un air trs nerv.

- Pourquoi aviez-vous enlev vos bracelets ? Vous savez que c'est encore plus grave
pour vous que de dire des btises ?

Je me contente d'un sourire forc en la regardant, et je me place droit dans l'attente
du dpart.

- Je suis prt.

Erik rpond de mme. Le voyage ne me doit pas, il est brutal et rapide, comme je
pouvais m'y attendre. Pnople est partie de l'avant, laissant  Moln et les autres
le soin de voyager plus tranquillement. Une fois arrive, Pnople ne dis pas un
mot et s'en va vers son chalet. Elle est vexe mais qu'importe, j'ai d'autres choses
en tte. C'est elle qui est cense tre adulte, aprs tout. Je rejoins mon chalet,
et tente infructueusement de l'interroger pour avoir plus d'informations sur les
tlporteurs. Je me fais prparer alors un copieux pique-nique, que je vais manger
sous la pluie fine au bord de la mer.

Comme moi le ciel pleure mais ne gronde pas ; je suis triste bien plus que je ne
suis nerv. L'nervement n'est rien, il n'est qu'un moyen pour faire avancer les
choses ; mais qu'est ce que je fais ici, et qu'est ce que je vais faire ? Ce n'est
dfinitivement pas chez moi... Ah, mon Dieu... Est-ce l ton paradis ? Rgnes-tu
sur ces contres loignes ? Toi que j'ai oubli depuis si longtemps, c'est perdu
si loin que parfois je me demande... Je devrais tre heureux, Naoma va peut-tre
revenir, et la vie est si simple ici.  Mais aprs, qu'allons nous devenir, combien
de mois, d'annes nous faudra-t-il attendre dans leur systme avant de pouvoir esprer
faire quelque chose ? Ils ne sont pas plus dynamiques que s'ils taient morts. Ce
qu'ils sont dj tous, d'ailleurs... Je repense  la Terre,  ma famille,  Deborah...
? Ils me croient sans doute tous mort l-bas... Les larmes me montent aux yeux, je
pleure. C'est paradoxalement rconfortant parfois, d'exhumer sa peine, de faire s'vacuer
les sanglots... J'aimerais tant revenir avant que vous ne soyez tous morts et enterrs
depuis des sicles... Mais aprs tout, ne pourrais-je pas tre heureux ici ? Construire
une nouvelle vie, trouver de nouveaux combats, de nouvelles motivations, dcouvrir
toute cette science que nous n'aurons jamais avant des sicles ou des millnaires,
et surtout vivre pour toujours ou presque...

Il pleut toujours, je n'ai pas encore touch mon djeuner. Soudain je suis surpris
par une personne s'asseyant  ct de moi. C'est Pnople, je ne l'avais pas entendue,
 moins qu'elle ait utilis sont bracelet. Elle reste un moment silencieuse puis
me parle enfin, en regardant l'horizon :

- J'ai vu que tu pleurais, je... Je suis dsole d'avoir t sche. Je ne me rends
pas compte que pour toi notre tentative reprsente l'espoir de pouvoir retourner
chez toi, de comprendre cette histoire. Je comprends que parfois tu voudrais que
les choses aillent plus vite.

- Ce n'est pas si grave, je trouverai bien un moyen.

- Je comprends que tu puisses nous en vouloir, de ne pas tout tenter, mais... Nous
sommes tellement dsorients. Il ne nous est jamais arriv une chose de ce type,
nous pauvres villageois. Et encore moins que les artificiels mentent, ou soient dfaillants,
mme aprs une contre analyse. Tout marche toujours sans problme... D'habitude.

- Je comprends, c'est moi qui suis dsol d'avoir t impatient et mchant. Tu as
dj beaucoup fait pour moi, et je t'en suis reconnaissant.

Je redeviens silencieux, et pousse un long soupir. Pnople reprend sa voix craintive,
celle de la petite fille que je voudrais tant rveiller en elle pour de bon :

- Tu... Tu veux que je te laisse seul ?

Je me retourne vers elle, elle est craquante avec les petites gouttes d'eau qui perlent
au bout de son nez. Je me lve et me place derrire elle, je la tiens dans mes bras,
entre mes jambes. Je lui fais un bisou dans le cou.

- Non reste, j'ai assez  manger pour deux, a te drange de manger sous la pluie
?

- Avec toi non...

Je souris  sa remarque, je ne la crois qu' moiti, mais c'est bon de rver un peu
parfois. Je me relve, car sans dossier cette position n'est pas trs facile  tenir
; je prends alors mon petit panier et lui propose les diffrentes portions que Chalet
avaient prpares pour moi. Pnople s'installe ensuite allonge sa tte sur ma jambe,
et nous parlons de ce que je faisais pour m'amuser sur Terre. Elle m'interrompts
pour me dire que Guerd nous cherche pour savoir si nous sommes prt pour rejoindre
Moln qui a termin d'tudier le bracelet ramen ce matin. C'est dommage, nous tions
si bien, tous les deux sous la pluie. Nous nous dpchons pour les rejoindre aprs
un nettoyage express dans le chalet, pour retirer le sable et nous scher les cheveux.

Mais je me suis enthousiasm un peu vite, car comme l'explique Moln, mme si l'enregistrement
semble cohrent et complet, nous n'aurons pas le plaisir ou la dception de savoir
le rsultat avant les trois jours ncessaires  la synthse d'un nouveau corps pour
Naoma, son corps prcdent tant trop endommag pour tre remis  niveau. Nous n'en
saurons pas beaucoup plus pour aujourd'hui, et il nous faudra maintenant patienter
ces quelques jours.

Nous ressortons, il pleut toujours, rendant l'atmosphre un peu triste, malgr la
temprature qui reste leve. Je repars avec Pnople et je la suis jusqu' chez
elle. Nous nous apprtons  faire une sieste. Elle se permet de me demander un massage,
j'accepte. Il se finit bien, encore, peut-tre voulait-elle se faire pardonner, ou
alors sent-elle que je ne vais pas trop bien... Enfer ou paradis, nous sommes toujours
tristes un jour ou l'autre...

Nous dormons un petit peu, sans doute pas plus d'un demi-sixime, nous ne sommes
pas rellement fatigus, c'est juste tellement agrable de se retrouver un peu cte
 cte, de serrer quelqu'un dans nos bras, de pouvoir parler tout bas bien au chaud...
Pnople, allong sur mon torse, s'amuse avec mes poils :

- Quels taient tes liens avec Naoma ?

Je soupire :

- Je t'avais dj racont, je l'ai connue en Australie, la partie de mon monde o
nous nous trouvions avant d'tre tlports une premire fois, je ne la connaissais
l-bas que depuis un mois environ.

- Oui, mais, en Australie, justement, que faisiez-vous ? Elle tait poursuivie comme
toi ? Tu l'as rencontre par hasard ? Est-ce que tu es sortie avec elle ?

- Non. Mais...

Elle cesse de me caresser, attendant ma rponse.

- Mais ?

- Mais je pense qu'elle s'tait attache  moi, et j'en ai eu confirmation quelques
heures seulement avant qu'elle meure, quand elle m'a demand ce que je ressentais
pour elle, un peu aprs qu'Erik lui ait dit qu'il l'aimait.

- Erik aimait Naoma ? Pourtant Erik sort avec Guerd, a ne va pas poser problme
?

- Pas vraiment, dans la mesure o elle ne se rappellera pas de cet pisode, pour
elle ce sera comme au moment de notre arrive sur cette plante. D'ailleurs peut-tre
que nous devrions ne pas trop nous voir au dbut, j'ai peur que a la blesse.

C'est peut-tre quand je la sens un peu amoureuse qu'elle m'attendrit le plus, ma
Pnople, avec sa petite voix un peu hsitante :

- Tu penses ? Mais... Si tu n'as pas envie de sortir avec elle, elle peut comprendre,
non ?

Je souris et l'embrasse :

- Oui, c'est vrai, ne t'inquite pas. Mais dans les premiers jours je pense qu'elle
sera toujours avec moi, et a l'embtera si elle sait que par consquent a m'empche
de te voir, en plus Erik ne sait lui non plus pas trop o il en est, alors je pense
que ce sera mieux pour elle que pendant quelques jours, le temps qu'elle fasse connaissance,
nous nous retrouvions un peu tous les trois, pour lui laisser le temps de s'intgrer
avec les gens du village.

Pnople se serre un peu plus contre moi, comme si elle avait froid.

- Oui c'est une bonne ide... Tu vas lui raconter ce qu'il s'est pass ?

- Pas la partie concernant Erik, il me l'a demand, le reste je pense que oui, je
lui dois bien ces explications.

Elle change de sujet, avouant enfin ce qui la tracasse :

- Tu m'en veux toujours pour ce matin ?

Je remonte sa frimousse pour pouvoir lui donner un baiser.

- Non, mais non. C'est  moi que j'en veux. Je suis trop impatient, je ne comprend
pas toujours votre faon de voir les choses, je suis un peu perdu tu sais.

- Tu sais pour le bracelet, j'tais srieuse, il ne faut pas trop que tu l'enlves
n'importe quand, a pourrait rendre ton adhsion difficile.

- Et que feriez-vous de nous alors, vous nous dsintgreriez ?

- Non, vous seriez mis en gardiennage chez des artificiels sur une plante quelconque,
et oubli de tous...

- Quelle diffrence avec ici ?

- Et bien... Euh, c'est diffrent, vous ne seriez pas libres de vous tlportez o
vous voudriez, vous ne pourriez pas communiquer avec n'importe qui, ce serait un
peu comme vous tes maintenant...

-Il y a beaucoup de gens dans ce cas, dans ces prisons ? Ce sont vraiment des prisons,
non ?

- Pas vraiment, ce sont souvent des gens qui ne sont pas capables de se grer eux-mme,
des gens qui...

- C'est donc a ! Les lments non conformes vous les envoyez au fin fond de la Galaxie
pour les oublier !

- Non, uniquement les gens mchants, les gens ou il faudrait tellement d'assistance
qu'ils ne seraient plus eux-mmes.

- Tu veux dire ? Changer leur esprit ?

- Oui, certaines personnes ne peuvent pas s'empcher d'tre mchantes, et c'est difficile
de savoir si nous devons brider leur esprit ou les laisser libres.

- Mais vous ne savez pas ce genre de choses avant qu'ils naissent ?

- Si, souvent, et dans la plupart des cas nous arrivons  modifier leur dveloppement
pour qu'ils ne prsentent pas leur agressivit, mais dans quelques cas, mais c'est
rare, il y en a quoi ? Peut-tre quelques dizaines de milliers ?

- Quelques dizaines de milliers ! C'est pas norme, vous tes combien dj ? Trois
cent milliards ?

- Trois cent soixante.

- a fait un pour dix millions, sans doute la marge d'erreur de vos techniques...
Mais ils vivent compltement  l'cart ?

Non, ils sont sur des plantes o existe un contrle plus important, mais tout le
monde peut y aller, tout le monde peut aller les voir, leur famille, leurs amis,
c'est juste qu'il faut faire un peu attention.

- Mais ils font quoi, il tuent des gens ? Et entre eux, ils ne sont pas dangereux
? C'est peut-tre encore plus mauvais de les laisser les uns avec les autres ?

- Non ils ne sont pas vraiment les uns avec les autres, ils ont un monde adapt,
ils sont uniquement avec les choses qui n'exacerbent pas trop leur agressivit, souvent
des choses virtuelles, souvent ils ne voit personne, parce que ce sont les autres
qui stimulent leur mchancet, mais pour chacun c'est un cas spcial. Tous ces gens
ne peuvent pas vivre avec nous, ils deviennent compltement fous, alors on leur cre
un monde o ils sont heureux...

- Et nous on serait l bas, dans un virtuel gant nous rappelant la Terre, c'est
a ?

- Non je ne sais pas, nous n'avons pas vraiment des gens comme vous, toutes les personnes
hors de la Congrgation l'ont intgre sans problme, mme venant de plantes o
ils avaient t oublis pendant des sicles, alors je ne pense pas que a posera
trop de problmes. C'est surtout pour te faire un peu peur, parce que si je pense
que vous serez intgrs, a peut prendre trs longtemps, des annes, des dizaines
d'annes ou mme des centaines... Tant que les gens ne seront pas sr que vous nous
comprenez...

- C'est pas gagn qu'on vous comprenne, vous et vos artificiels...

- Tu penses que nous sommes soumis  ces artificiels, que nous ne pouvons vivre sans,
que nous nous croyons libres mais qu'en fait ils nous manipulent ?

- Je ne crois rien, je constate juste que personne n'explique comment nous sommes
l, pourtant nous sommes bien l !

- Oui c'est vrai, et je ne le comprends pas non plus, mais peut-tre sur Adama trouveront-ils
plus de rponses ?

- Pourquoi en trouveraient-ils plus que nous, vous avez accs aux mme donnes, non
? Aux mmes sources d'informations ? Vous tes tous gaux !

- Oui, mais, ils ont plus d'exprience, sans doute, sans doute ne savons-nous pas
o chercher.

- Mais vos artificiels, eux, ils sont beaucoup plus intelligents que vous, ils doivent
savoir ou chercher, non ?

- Et bien, habituellement oui, mais l...

- Mais l ils vous dupent, et ce n'est peut-tre pas la premire fois, o alors est-ce
le prmices de gros soucis pour vous.

- Comment a ?

- Si vous perdez le contrle de vos artificiels, vous tes finis. Si des hommes de
l'Au-del, qui doivent bien rechercher une vengeance, j'imagine, si les hommes que
nous avons vu sur cette lune o nous tions tlports, si ces hommes qui fabriquent
des vaisseaux et des armes vous attaquent, s'ils piratent vos tlporteurs et vous
envahissent, que feriez-vous ?

- Avec des "si" on fait beaucoup de choses, pour l'instant rien de tout ce que tu
dis ne s'est produit, et nos barrires de protections, nos flottes spatiales, nos
dtecteurs, rien n'indique qu'une attaque quelconque se prpare, en tous les cas
pas que je sache. Quant  savoir si certains tlporteurs ont t pirats, peut-tre,
mais je pense plutt que c'est une dfaillance, peut-tre tes-vous bien arrivs
sur Stycchia il y a trois cents ans aprs tout, et que vous tes rests en sommeil
l-bas tout ce temps. Peut-tre sortez-vous d'une simulation de la Congrgation qui
nous a fait perdre la mmoire et l'a remplace par ce que tu crois. C'est arriv,
par le pass, que lors de tlportation des personnes soient incorrectement initialises.

- C'est possible ? C'est possible que nous ayons pu rester si longtemps dans le tlporteur
? Ou que ce n'tait qu'un virtuel ? Mais comment aurions-nous pu inventer tout a,
notre nouvelle langue, elle devrait tre connue de vous si elle sortait d'un virtuel,
non ?

- Oui, pour la langue tu as raison, c'est peu probable que vous sortiez d'un virtuel,
mais de rester si longtemps dans le tlporteur,  partir du moment o celui-ci a
eu un problme, on ne peut pas savoir. Et puis vous n'avez aucun repre pour savoir.

- Si c'est le cas il n'y a pas grand besoin de nous presser pour retourner chez nous,
nous n'y retrouverons rien. Mais comment savoir ?...

- J'ai peur qu'il ne soit pas possible de savoir...

Trois cents ans... Et si nous tions arrivs il y a trois cents ans...  quoi bon
se battre alors ?  part la curiosit et la nostalgie qu'est-ce qui pourrait bien
me ramener sur Terre ? Il nous faudrait tenter de retrouver des constellations ou
des galaxie et voir si leurs positions a chang, mais ni Erik ni moi ne devons nous
rappeler de tout a... Bah ! Je prfre ne pas plus y penser et m'endormir en caressant
doucement Pnople serre contre moi...

Aprs la seconde sieste, je quitte Pnople pour la laisser accueillir un cousin
ou en tous les cas un membre de sa famille ; je n'ai pas encore saisi toutes les
variantes des noms consacrs  leur statut familial, dans la mesure o les familles
ici comportent plusieurs dizaines de gnrations entretenant des liens plus ou moins
troits. Cette fin d'aprs-midi de libre me permet de continuer mon rcit dans mon
bracelet, j'y consacre plusieurs heures, jusqu'au dner, que je vais prendre chez
un habitant du village avec qui j'avais sympathis. Cette possibilit d'tre rest
bloqu pendant trois cents ans me tracasse, et c'est en cherchant dans le bracelet
que je dcouvre qu'il peut tenter de reconstituer des souvenirs anciens. Ce n'est
pas parfait mais il retrouve tout de mme certaines images, il retrouve beaucoup
d'images, surtout, qui vienne de mon aventure sur la Terre, il retrouve Deborah,
cette nuit d'amour que nous avons pass, il retrouve tous ces dtails que j'avais
enfouis dans ma mmoire sans le savoir... Voil de quoi complter le rcit que j'avais
crit alors, si jamais je le retrouve, ce qui n'est pas encore gagn, surtout s'il
est perdu depuis trois sicles...

Comme la nuit prcdente, Pnople me rejoindra tard pour se glisser dans mes bras.
J'aime comme elle est depuis que nous sommes ensemble, j'aime la voir rire plus souvent,
et, par dessus tout, j'aime la voir oublier sa lassitude pour retrouver, un peu,
sa fougue enfantine. Douce nuit l'un contre l'autre, mais je ne peux m'empcher de
penser  Deborah, si loin, et  toutes ces filles dont j'ai crois la route... Vous
me croyez toutes mort, sans doute, disparu, aprs ces quatre mois si loin... Nous
nous accordons le lendemain matin, cent trente-troisime jour, un petit djeuner
au lit servi par un artificiel. Je dcouvre  cette occasion la prsence de ceux-ci
dans l'appartement. Ils sont en fait cachs dans le dcors, ou dans un placard, et
en sortent au besoin pour accomplir diverses tches. La plupart ressemblent  des
gros insectes, filiformes, aux multiples pattes pour pouvoir agripper, bouger, porter
toute sorte de choses :

- Mais, il y en a beaucoup du mme genre dans l'appartement ?

Pnople est appuye contre le montant du lit, la couverture, si tant est que l'on
puisse appeler ainsi le tissu  la fois chaud, doux et auto-nettoyant qui nous recouvre,
seulement jusqu' sa taille, me laissant le spectacle agrable de son buste nu, ses
deux seins tentant mes yeux plus encore que ses lvres tentent ma bouche. Elle le
sait et en joue, en me rpondant comme si de rien tait :

- Non, assez peu, en fait la plupart sont gnrs si besoin, et dtruits s'ils ne
servent pas pendant un certains temps. Toutefois ils sont prsents en permanence.
N'as-tu pas remarqu que ton chalet  tait toujours propre ?

J'effleure son sein de la main, dlaissant mon petit pain pour l'embrasser dans le
cou :

- Et bien, euh, non, je n'ai pas vraiment fait attention, je pensais tre suffisamment
prcautionneux pour ne pas le salir.

Pnople sourit en faisant glisser ma main sur son sein.

- Et bien non, les cheveux que tu perds, les peaux mortes, les salets, tout est
rcupr par de tous petits robots qui recyclent tout ce qui trane. Je ne veux pas
te dgoter, mais toute la nourriture que tu consommes vient presque exclusivement
d'un cercle ferm.

Elle se cambre un peu quand je lui prends plus fermement son sein, mais continue
 grignoter son petit pain.

- Tu veux dire que Chalet recycle mes besoins, mes cheveux, mes peaux mortes, tout
mes dchets, et avec produit la nourriture ? Mais, je consomme de l'nergie pourtant,
il doit y avoir des pertes, a ne peut pas tre un cercle compltement ferm ?

Vex qu'elle ne dlaisse pas son petit-djeuner, je glisse ma main plus prs de points
sensibles, je me rassure doublement en dcouvrant son excitation quand elle carte
un peu les cuisses, pour faciliter mon arrogance.

- Non ce n'est compltement ferm car justement le chalet reoit de l'nergie de
la ceinture plantaire, et avec cette nergie et les dchets, resynthtise de la
nourriture, de l'eau, des habits, tout ce dont tu as bes... Mmm..

Enfin l'ai-je distraite !

- C'est pas mal...

- Mmm, oui, c'est plutt pas mal...  Vous ne recyclez pas chez vous ? Ici nous tenons
en horreur tout dplacement de matire, car c'est trs coteux.

- Mme pour quelques va-et-vient trs localiss ?

Elle pousse le plateau, rattrap par l'artificiel, et dirige sa main pour se venger
de mon ingrence.

- Si a reste trs localis, c'est plutt encourag.

Je me drobe et me glisse sous la couverture pour m'immiscer entre ses jambes, sans
perdre le fil de la conversation :

- Nous recyclons de manire insignifiante, et de plus pas sur place, pour tre recycles
les choses, chez nous, doivent parcourir d'normes distances, ce n'est pas efficace
du tout. C'est d'ailleurs un des problme majeur de mon monde, l'utilisation des
ressources naturelles.

Pnople carte un peu plus les jambes, marquant son contentement, elle me pousse
un peu pour se retrouver allonge, ponctuant de plus en plus son discours de murmures
rvlateurs :

- C'est bizarre que votre technologie... Soit si loigne de la notre... J'ai d
mal  comprendre comment... Votre civilisation est apparue...

Mes doigts prennent le relais de ma langue pour ne pas lui laisser de rpit.

- De ce que j'en sais nous avons volu  partir du singe pour petit  petit nous
diffrencier et devenir des hommes. Et vous ?

Ah ! Je n'en peux plus, viens !

Petit intermde musical, sonore serait peut-tre plus adquat, et je dcouvre sous
ses ordres le plaisir que l'on peut crier, arrivant ainsi  moduler l'ascension pour
un sommet commun.

Quelques caresses supplmentaires et tout revient dans l'ordre, reprenant chacun
notre djeuner o nous en tions, et la discussion comme si ce n'avait t qu'une
seconde... C'est sans doute encore moins, pour elle...

- Naturellement ?

Elle m'a tout de mme un peu perdu :

- Comment a ?

- Votre volution, vous avez volu  partir du singe de manire naturelle ? Vous
avez les traces de cette volution ? Comment le savez-vous ?

- Et bien oui, nous avons des fossiles, des traces de civilisations anciennes, d'outils...
Nous ne sommes toutefois pas compltement sr du cheminement exact de nos anctres,
mais nous avons les grandes lignes. En tout cas nous avons des restes qui datent
de plusieurs centaines de milliers d'annes, plusieurs millions, mme...

- J'ai du mal  croire que l'homme soit apparu  deux endroits diffrents. Ton corps,
sur Terre, c'est le mme que celui-ci, tu n'as pas de diffrences ?

- Comment a ? Si, j'ai remarqu quelques petites diffrences, mes cicatrices ne
sont pas tout  fait les mmes, et il ne ragit pas tout  fait pareil.

- Oui, a c'est parce que ce n'est pas vraiment ton corps, c'est un clone, standard,
mais tu n'as pas de diffrences physiques importantes, pas de bras plus longs, de
capacit respiratoire compltement diffrente, une vision qui change...

- Non, ce n'est pas trs diffrent, d'ailleurs il m'a fallu plusieurs jours pour
raliser que ce n'tait pas vraiment mon corps.

- C'est incroyable ! Quand j'tais au labo, dans tous les mondes que nous avons dcouverts,
le plus infime changement, une plante un tout petit peu plus loigne de l'toile,
la prsence d'une lune ou pas, un cart d'un pourcent de la concentration d'oxygne,
et l'volution conduisait  des espces vivantes qui n'avaient rien  voir, pas la
mme structure, des formes d'ADN compltement diffrentes, pas le mme code gntique,
ce n'est pas possible que vous soyez apparus l-bas et nous ici sparment !

Je hausse les paules, ce qu'elle dit ne m'tonne pas trop et confirme que les films
de science-fiction o des multiples espces se ctoient et ne diffrent gure que
par leur couleur de peaux et la forme de leur tte ne sont pas trs exacts.

- Comment l'expliques-tu alors ?

- a, je ne sais pas, mais il est possible, comme nous l'avions dj dit, que votre
Terre soit un colonie trs ancienne d'hommes partis d'Adama... Ils remontent  combien
vos fossiles ?

- Comme je t'ai dis, plusieurs millions d'annes.

- Mais... Ils ont l'air rels ?

- C'est difficile  dire, dans la mesure o nous n'avons que a sous la main, nous
pouvons difficilement les mettre en doute.

- Oui c'est vrai. Vous avez eu des reptiles ?

- Euh, nous avons toujours des reptiles.

- Vous avez toujours des reptiliens avec vous !

- Mais, euh, qu'appelles-tu reptiliens ?

- Ce sont comme des gros lzards, mais se tenant debout, trois ou quatre mtres de
haut, pas trs malins, mais suffisamment pour nous avoir levs et mis en esclavage.

Extraordinaire.

- Ah non, nous n'avons pas du tout ce genre de reptiles. Les reptiles qui pouvaient
peut-tre s'apparenter  ce que tu dis, nous appelions cela les "dinosaures", et
ils ont disparu il y a soixante-cinq millions de nos annes, environ quarante millions
des vtres,  la suite d'une chute de mtorite. Et de plus je crois qu'ils n'taient
pas malins du tout du tout.

Pnople regarde vers la fentre, l'air perplexe...

- Je ne comprends pas.

- C'est quoi cette histoire de reptiliens ?

Jour 139
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- C'est un des pisode les plus noirs de notre histoire, il faudra que je te le raconte,
les artificiels ont une archive pas mal du tout  ce sujet, mais c'est assez long,
alors on verra un peu plus tard.

- OK...

Je finis mon petit pain et hsite  en prendre un autre, mon bracelet m'indique que
je n'ai plus faim, ce qui est ma foi vrai, alors je repousse un peu le plateau, rcupr
par l'artificiel qui s'clipse avec, Pnople ayant elle aussi termin.

- Et pour revenir sur le virtuel, je ne pourrais vraiment pas sortir d'une version
clandestine, inconnue, une sorte d'exprience secrte ? Rest confin  l'intrieur
depuis mon enfance ?

- Si, je pense que a n'est pas impossible, pourtant nous n'avons pas eu de problme
de ce genre depuis des millnaires. Normalement les artificiels veillent  tout a.
Mais c'est difficile  dire, avec tout ce qui arrive ici ces derniers temps...

- C'est pas gagn que je rentre chez moi, quoi...

Pnople me fait un clin, devinant ma mlancolie.

- Allez, un peu d'espoir, en attendant je prendrai soin de toi.

Nous nous embrassons et je glisse doucement ma main sur son corps, m'apprtant, encore,
mais comment rsister, mon corps comme le sien  l'endurance inpuisable,  lui faire
l'amour. Elle est tonne, encore, de tant de vivacit, leur ternit rendant les
choses moins prcipites, sans doute. Nous nous levons ensuite pour aller faire un
tour dans le village et passer le bonjour.

Ce jour-ci et le suivant ne sont gure diffrents, nous profitons de la vie facile
d'ici. Balades, discussions interminables, il y a tant de choses que je voudrais
savoir et apprendre. Pour satisfaire ma curiosit bien sr, comment ne pourrais-je
pas tre comme un enfant dcouvrant le monde face  cet univers qui se dvoile sous
mes yeux, ces technologies, cette humanit vivant dans une harmonie et un bonheur
semble-t-il quasi-parfait, mais pour tenter, aussi et surtout, de comprendre. Comprendre
d'o je viens, quels liens nous avons avec tous ces hommes, et pourquoi, pourquoi
cette histoire m'est tombe dessus, pourquoi encore et toujours ce bracelet, pourquoi
ensuite cette organisation, cette fille qui m'a sauv, puis le kidnapping avec Erik
et Naoma, cette Lune, ma mort, mon assassinat plutt. Et ce monstre bleu, qui pouvait-il
tre, que voulait-il, que cherchait-il ? Les mystres ne se sont pas vraiment amoindris
depuis mon dpart,  peine ai-je l'impression de trouver un lment explicatif que
tout s'emmle  nouveau dans une ralit toujours plus complexe, plus dmente, plus
folle. Le bracelet, puis les hommes qui me poursuivent, le pentagone, l'arme amricaine,
l'organisation, l'interrogatoire  Sydney, cette trange fille, le dsert, Melbourne,
la lune, Stycchia, et que sais-je encore, peut-tre est-ce que je ne me rappelle
pas de tout, peut-tre ne suis-je qu'un voyageur gar depuis des sicles... Bah,
je prfre me dire que ce sont bien cent trente-cinq jours qui se sont couls, rien
qu'en ces quatre moi j'en ai fait du chemin, et de l o je suis il se mesure en
annes-lumire...

Pourtant, mme si quelques fois la tristesse ou la fatigue m'ont fait regretter toutes
ses aventures, je sais bien que pour rien au monde je ne prfrerais ma petite vie
morose d'avant, dans ce monde que je croyais tellement dcadent que seule une rvolution
pouvait le sauver. Mais il m'est aujourd'hui presque aussi inconnu que tout le reste,
avec l'implication probable de personnes venues d'ici, avec cette histoire nouvelle
qui explique peut-tre beaucoup de choses. Je tente de dcrire tous ces dtails de
manire la plus prcise possible dans le bracelet, pour pouvoir, peut-tre un jour,
dmler tous ces fils ; chaque dtail, chaque insignifiante remarque de l'un ou de
l'autre peut tre l'indice qui me mettra sur la piste. Sauver des ides n'est pas
chose aise, et dans un premier temps je me servais surtout d'un enregistrement pur
de phrases dictes dans ma tte. Mais cette procdure n'est pas trs simple, car
autant si je les dis dans la langue de Pnople, le bracelet peut-il les transcrire
en criture, que je ne comprends pas, autant si je les exprime en franais, elles
restent sous forme vocale et leur restitution ou leur consultation n'est pas des
plus vidente non plus, mme si des fonctions de recherches phontiques trs efficace
sont disponibles. Quoi qu'il en soit je rajoute dsormais, en plus, des images mentales
au rcit, cette technique permettant d'acclrer les recherches en situant rapidement
 quelle moment se passe la partie associe. Je ne suis pas encore trs au point
sur toutes les techniques mises  ma disposition, elles sont pourtant pour la plupart
compltement naturelles et transparentes, un peu comme quand on recherche dans sa
propre mmoire, pensant  des bribes d'un souvenir, et le bracelet fournissant les
passages s'en rapprochant.

Cent trente-cinquime jour. J'ai dormi chez Pnople, et je me rveille seul, tonn
de ne pas la trouver  mes cts. Me m'indique qu'elle n'a pas trs bien dormi et
qu'elle s'est leve un peu plus tt, me demandant de l'appeler quand je serai dispos
 prendre mon petit-djeuner avec elle. Je l'appelle donc, et un quart d'heure plus
tard nous sommes attabls autour d'un, sans doute, apptissant petit-djeuner prpar
par Me. Sans doute car j'ai encore un peu de mal  oublier toutes mes rfrences
culinaires pour me consacrer  ces petits pains multicolores sans rels rapport avec
une quelconque nourriture plus naturelle.

- Tu n'as pas bien dormi m'a dit Me, quelque chose ne vas pas ?

Pnople utilise la voix que je n'aime pas, quelque chose la tracasse. Elle s'crit
:

- Dcidment on ne peut rien cacher dans cette maison !

Me intervient.

- Je suis dsol, je ne pensais pas que cette information devait rester confidentielle.

- Non ne t'inquite pas Me, je plaisantais, tu peux nous laisser djeuner sans te
faire de soucis.

Me comprend alors la sommation polie de ne plus nous interrompre. Mais Pnople semblait
plaisanter  peine.

- Oui je n'ai pas trs bien dormi, mais rien de grave, je suis alle faire un petit
tour en attendant.

- Tu es un peu malade o quelque chose comme a ?

- Non non tout va bien, ne t'inquite pas, oublions a. Profitons de ce petit-djeuner
ensemble.

Elle ne veux pas en parler, mais je crois comprendre  cette dernire expression
:

- Ah !... C'est Naoma ? C'est le retour de Naoma qui t'inquite ?

Sa voix ne me trompe pas, elle est redevenue la vieille femme d'avant, insensible
et lasse de tout...

- Non non, je suis contente que vous retrouviez enfin votre amie, a fait des mois
que vous attendez ce moment. C'est juste que...

- C'est bien a, c'est bien le retour de Naoma. Tu as peur que nous ayons moins de
temps pour tous les deux ?

Tout en lui disant cela, je me lve et me place derrire elle pour la prendre dans
mes bras et l'embrasser sur la joue. Elle redevient un peu plus la jeune fille que
j'aime :

- Peut-tre oui, je ne sais pas trop  vrai dire... J'ai toujours t assez solitaire,
mais, aprs tout, nous n'tions pas si mal tous les deux... Enfin, moi au moins...
Je... a fait longtemps...

- C'est vrai que je vais passer du temps avec elle je pense, surtout au dbut, mais
que a ne nous empche pas de nous voir, et puis tu pourras toi aussi rester avec
nous, je n'y vois pas d'inconvnient, aprs tout tu connais mieux la langue que nous
et a rendra son intgration d'autant plus rapide. Toi et d'autres d'ailleurs, il
faut qu'elle rencontre le maximum de personnes pour ne pas se sentir isole.

Pnople est  la fois jeune et vieille, c'est trange comme je peux voir diffremment
les caprices de personnes ges  travers elle. C'est trange comme je m'aperois
qu'tre vieux a n'empche pas d'tre encore fragile, enfant, presque. Et je comprends
mieux alors tant de situations que j'ai connue sur Terre, tant de situations o je
me rends compte, dsormais, que si notre corps change nous gardons nos frustrations
d'enfants, nos blessures et nos peurs... Pnople se serre contre moi :

- Je ne sais pas trop si j'ai vraiment envie de rester avec vous, je pense que c'est
mieux si nous nous voyons sparment, et puis j'ai des tonnes de gens  qui je dois
rendre visite, a fait si longtemps, j'en profiterai.

- Comme tu veux, mais n'hsite pas une seule seconde si tu veux qu'on passe un moment
ensemble.

- Ne t'inquite pas, c'est bien que tu t'occupes d'elle.

Erik se prsente au chalet avant mme que nous n'ayons termin notre djeuner, lui-mme
n'ayant que peu mang, il s'attable avec nous, et Guerd nous rejoint quelques minutes
plus tard. Tout le monde rassasi, nous nous rendons chez Moln, que nous drangeons
d'une partie de je ne sais quel jeu de rflexion, sans doute une sorte d'chec ou
de go, qu'il menait avec son ternel collgue Ulri. Il est tonn de nous voir si
presss, il est vrai que tout se passe si tranquillement dans ce monde. Aprs vrification,
il s'avre toutefois que la reconstitution corporelle s'est correctement termine
:

- J'avais indiqu de ne pas procder  l'empreinte crbrale, de faon  nous donner
le temps de vrifier que tout est bon. Nous pouvons nous rendre au tlporteur et,
si tout va bien, transfrer l'image du bracelet.

Nous suivons Moln et quelques minutes plus tard nous contemplons, par l'intermdiaire
d'images virtuelles, le nouveau corps magnifique de Naoma. Mais si celui-ci doit
tre sans doute plus parfait, son ancien corps terrestre, d'aprs mon souvenir, n'a
que bien peu  lui envier. Elle tait dj trs belle. Moln commente :

- Vous ne le remarquerez peut-tre pas, mais les donnes compltes sur l'apparence
physique n'tait pas disponible, uniquement la version sommaire.

Erik s'inquite :

- Qu'est ce que a signifie, qu'elle ne sera pas complte ? Qu'elle ne sera pas vraiment
elle-mme ?

Moln rpond sans rellement comprendre l'angoisse d'Erik.

- Oh,  partir du moment o nous sommes clons nous ne sommes pas vraiment nous-mmes,
mais je ne parlais pas de son empreinte crbrale, qui est toujours la partie sauvegarde
en premier lieu, car la plus importante. Mais le tlporteur n'a semble-t-il pas
procd  la sauvegarde du scan dtaill de son corps. Son visage sera trs ressemblant,
mais le reste de son corps est assez gnrique, si elle avait des petites marques
caractristiques, il se peut qu'elle ne les retrouve pas.

Je regarde alors mon poignet droit, ralisant que la marque de la brlure imprime
dessus n'est qu'une sorte de tatouage amlior. Pnople le remarque et me prends
par la main. Nous restons silencieux un moment, Moln se retourne vers nous :

- C'est bon ? Vous trouvez que cette apparence est suffisamment ressemblante malgr
tout, nous pouvons rajouter quelques dtails si vous les connaissez.

Erik rpond :

- En ce qui me concerne je me serais laiss berner entre ce corps et son prcdent,
donc je n'ai pas d'objections. Peut-tre Ylraw la connaissait-il mieux ?

- Non, tel quel il me va  moi aussi, et puis j'imagine qu'elle pourra elle-mme
arranger ces dtails par la suite si quelque chose ne va pas ?

Moln confirme :

- Oui, enfin pas d'elle-mme tant qu'elle n'a pas de bracelet, mais je ne pense pas
que a pose un problme pour nous de lui permettre de le faire si besoin.

Pnople et Guerd nous rassurent que ce point ne soulve aucune inquitude. Moln
indique donc au tlporteur qu'il peut procder. Erik demande :

- Combien a prend de temps ?

Moln lui rpond qu'il faut compter quelques minutes, puis une fois l'image valide
et imprgne, encore quelques minutes pour que le tlporteur vrifie que toutes
les fonctions de l'organisme sont correctement initialises. L'intervention se termine
par le temps de rveil, qui est variable suivant les cas. Moln nous transmet les
graphiques indiquant la progression des oprations jusqu' l'ouverture du tube. Nous
restons alors silencieux, regardant le corps nu de Naoma, parfaitement sec et propre
malgr sa gnration pendant plus de trois jour dans le liquide jauntre, sans doute
nourricier et protecteur, mais nanmoins jauntre.

Une vingtaine de minutes doivent s'couler, Moln discute avec Ulri de choses et d'autres,
et Guerd avec Pnople. Erik et moi restons silencieux, regardant avec sans doute
un petit serrement au ventre le retour de notre compagnon de route, cette autre personne
qui nous rend un peu moins seul si loin de chez nous.

Retrouvailles 2
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Un froncement de sourcils, sa bouche qui s'entrouvre, un lger mouvement de la main.
Un frisson me parcourt, j'ai le ventre nou. Puis ses yeux qui s'ouvrent  peine,
et en quelques secondes le rveil brutal et l'affolement. Elle crie, en anglais :

- Mon Dieu ! Le bracelet ! Quand je l'ai mis j'ai eu un flash ! Mais qu'est ce qu'il
se passe ? O...

Elle regarde autour d'elle, s'aperoit qu'elle est nue, masque sa poitrine, elle
me voit, me lance des regards affols, je m'approche d'elle, lui temps la main :

- Tout va bien Naoma, ne t'inquite pas.

Je la prend par la main. Je l'aide  sortir du tube, elle se blottit dans mes bras
:

- Mais que s'est-il pass, qui sont ces gens, d'o viennent-ils ? Mais ? Nous ne
sommes plus au mme endroit ?

- Ne t'affole pas.

Erik demande  Pnople :

- On peut lui filer des habits ?

- Oui, je vais en chercher.

Naoma ne comprends pas :

- Mais, c'est quoi cette langue, vous la comprenez, depuis quand? Qu'est ce qu'il
s'est pass ?

Je ne sais pas par trop quoi commencer, mais elle comprend vite, toute seule, la
ralit... Je la tiens toujours serre dans mes bras, elle se recule :

- Oh ! Mon Dieu ! Je suis morte c'est a ? Je suis morte et vous venez de me recrer
dans un autre tlporteur ! C'est la mme chose que ce qu'il t'est arriv, c'est
a ? Mais pourquoi est-ce que je me rappelle de mon arrive alors ?

- Oui tu as devin, tu es... Morte, mais nous avons russi  rcuprer une sauvegarde
de ton tat qui date du moment o tu as enfil le bracelet.

- Et, mais, o sommes-nous ? Nous sommes encore sur une autre plante ? a fait combien
de temps que je suis morte ?

- Non nous sommes toujours sur la mme plante. Voil environ quatre-vingts jours
que tu es morte.

- Quatre-vingt jours ! Oh ! Presque trois mois ! Mon Dieu, oh mon Dieu...

Pnople revient avec des vtements amples que Naoma enfile rapidement, se sentant
tout de suite plus  l'aise. Je n'ai mme pas encore eu le temps de lui dire  quel
point j'tais heureux de la revoir, mais je ne tarde pas plus. Je la reprends dans
mes bras, Naoma commence  pleurer, mais nous savons Erik et moi que ce n'est pas
trs inquitant venant d'elle. Nous sourions tous les deux.

- a me fait tellement plaisir de te retrouver, pendant si longtemps j'ai cru que
c'tait fini...

Erik s'impatiente et la prend aussi dans ses bras. Elle semble surprise de tant d'engouement
de sa part et revient vite vers moi. Je me tourne et lui dsigne nos htes :

- Je te prsente Pnople, Guerd, Moln et Ulri. C'est surtout grce  Moln que tu
es de retour.

Ils la saluent et elle leur fait en retour un signe de la main. Elle salue plus longuement
Moln pour le remercier. Elle me souffle doucement  l'oreille :

- Dis leur que je suis enchante de les connatre, et que je remercie beaucoup Moln
de m'avoir sauve.

Je transmets le message, puis je propose que nous allions faire un tour dehors avant
d'aller djeuner. Pnople et Guerd prfrent ne pas se joindre  nous, dans la mesure
o nous allons parler anglais et que les retrouvailles seront plus faciles pour Naoma
si nous restons tous les trois. Nous sommes donc de nouveaux tous les trois, enfin,
le futur  du bon, parfois, d'effacer nos dsespoirs. Naoma me tient par la main.

- a fait combien de temps que vous tes arrivs dans ce village ?

- a fait un peu plus de soixante-dix jours,  vrai dire un peu moins d'une semaine
aprs ton dcs.

- Je... Je suis morte comment ?

- Si tu veux je peux te raconter plus en dtail tout depuis le dbut ? Un peu comme
toi tu m'as racont quand nous tions sur la lune, c'est un peu pareil, en fait.

- Oui, c'est vrai... Je voudrais bien que tu me racontes, mais est-ce que je pourrais
juste savoir d'abord comment je suis morte ?  Est-ce que j'ai souffert ?

Erik est direct :

- Tu as t tue par une bte froce.

Naoma s'crit et se met les deux mains devant la bouche :

- Oh ! Mon Dieu ! J'ai t dvore ? C'est horrible ! Par un lopard ? Le mme que
celui qui nous a attaqu ! Ah ! Je crois que j'aurais prfr ne pas le savoir finalement.

- Non tu n'as pas t dvore, elle t'a mordue au cou, puis nous l'avons mise en
droute, mais tu es morte quelques minutes plus tard, ta mort fut sans doute douloureuse
mais rapide, tu as perdu conscience presque immdiatement.

- Aaah ! C'est horrible. Mais c'tait loin d'ici ? Vous avez transport mon corps
sur tout le chemin ? Non, c'est un nouveau corps, n'est-ce pas?

Erik rpond :

- Oui c'est un nouveau corps, mais nous avons bien transport le tien sur des dizaines
de kilomtres, dans l'espoir de te soigner. C'est pour cette raison que nous sommes
venus dans ce village en fait, on l'aurait peut-tre vit sinon, enfin j'en sais
rien. Mais tu tais morte depuis trop longtemps et nous avons d trouver un autre
moyen. Mais on te racontera tout a en dtails depuis le dbut ?

Erik a dit 'nous avons transport' alors qu'il l'a fait seul, il lui avouera sans
doute plus tard, peut-tre...

- Si, si, mais... Tu peux me faire visiter en mme temps aussi, vous habitez ici
maintenant ?

Erik lui explique, il a l'air content, a me fait plaisir, il m'a lanc un regard
dans lequel j'ai vu sa joie, j'ai vu qu'il me pardonnait tout, j'ai vu que nous tions
sans doute encore plus proches, aprs cet vnement :

- Oui, juste  ct, nous avons chacun un chalet, celui-ci et celui-l.

Erik indique du doigt les deux chalets cte  cte.

- Vous avez chacun votre propre maison ? C'est gnial ! Mais ces gens, ils sont avec
nous ?

- En tous les cas ils n'ont pas l'air contre, ils sont mme plutt cools, mais Ylraw
va te raconter.

Pendant plus de deux heures, soit en marchant lentement, soit assis dans l'herbe
 l'ombre des arbres, Erik et moi racontons l'histoire depuis ce fameux jour o Erik
a dcouvert les bracelets. Je parle principalement, et Erik ponctue l'histoire de
diverses prcisions et commentaires. J'essaie de garder le maximum de dtails pour
redonner  Naoma le plus d'information sur ses souvenirs manquants. Je me rfre
 l'histoire que j'ai moi-mme stocke dans le bracelet pour ne rien oublier. Nous
sommes interrompus par Guerd qui appelle Erik pour lui proposer de djeuner, alors
que j'avais termin nos premiers jours dans les btiments et notre dpart prcipit
dans la jungle. Nous retournons doucement au village pour rejoindre Guerd. Pnople
ne souhaite pas se joindre  nous, elle me prend juste en apart un moment pour m'indiquer
qu'elle profite que je sois occup pour aller rendre visite  sa mre pour les trois
jours suivant. Elle me quitte sur un baiser, que je fais prolonger en la retenant
un instant. Elle sourit et s'en va, me faisant un dernier signe de la main. Nous
tions  l'cart et Naoma n'a pas assist  la scne, mais elle se pose dj des
questions :

- C'est qui cette nana, pourquoi elle te parle en priv ?

- C'est Pnople, c'est elle que nous avons vue en premier en arrivant ici, et ensuite
nous sommes rests proches.

- Proches comment ?

- Je te raconterai toute l'histoire, mais pour l'instant, je pense qu'il est temps
que tu prennes tes premiers cours de langue.

Le repas est consacr aux premiers mots de vocabulaire de Naoma. Elle est curieuse
d'apprendre, et le repas se prolongeant, elle connat dj les formules de politesse
principales et deux trois phrases quand, sans doute presque trois heures plus tard,
nous quittons la table pour une balade sur le bord de mer. Le temps est couvert et
il ne fait ainsi pas trop chaud, appais par une petite brise rafrachissante.

L'aprs-midi est de nouveau consacre au rcit, ponctue par quelques baignades et
autres batailles dans l'eau chaude de la mer, un peu moins charge en poisson que
celle proche de notre cratre d'accueil, mais tout aussi bleue et magnifique. Arrive
au bout de la plage de sable, nous nous asseyons pour continuer l'histoire, jusqu'au
soir naissant o nous reprenons la route du village. Le soir Naoma est presqu'au
fait de toute la partie o elle tait encore l. J'ai volontairement occult la discussion
que nous avions eu en nageant elle et moi quand nous avions rejoint la mer la premire
fois. Et sur un accord via une communication prive avec Erik, je lui ai expliqu
que je dtaillerai la discussion que j'avais eu avec elle avant notre dpart un peu
plus tard, sans mentionner comme il me l'avait demand sa dclaration  Naoma. Ces
bracelets sont tout de mme un merveille, pouvoir discuter en seul  seul avec une
personne sans que personne autour ne le sache, c'est formidable. Un peu drangeant,
toutefois, d'avoir l'impression de cacher des choses, mais Erik et moi ne voulons
que le bien de Naoma.

Pour le dner, que nous prenons chez Erik, en compagnie de Guerd et deux autres villageois
que nous avons invits au passage, Naoma rcite ce qu'elle a retenu de son cours
du midi, mais elle s'emmle un peu, ce qui est plus que comprhensible aprs cette
journe quelque peu dense en information. Elle est en forme, toujours aussi attendrissante,
je suis vraiment heureux de la retrouver, Erik aussi, et finalement je me demande
nous ne pourrions pas nous accommoder tout trois de ce petit coin de paradis.

Nous nous quittons  une heure somme toute correcte, Naoma laissant entrevoir des
signes de fatigue. Nous laissons tout ce beau monde et traversons les dix mtres
qui nous sparent de mon chalet. Nous avons convenu que Naoma dormirai chez moi ce
soir, Erik fait un peu durer la sparation puis rentre chez lui. Nous nous retrouvons
tous les deux, au calme.

- Dis moi, Guerd et Erik, il y a quelque chose entre eux ?

Je feinte la surprise et passe pendant ce temps un coup de fil  Erik. Naoma poursuit
:

- Et bien j'ai l'impression que Guerd, en tous les cas, elle est assez proche de
lui, et il m'a sembl qu'ils se sont pris par la main  un moment avant le repas.

Erik n'est pas oppos  ce que je dise la vrit  Naoma, il ne veut pas se cacher
de toute faon. Je reste nanmoins assez flou.

- Oui je crois qu'ils sortent ensemble, peut-tre, mais c'est plutt du ressort de
Guerd qui tourne autour d'Erik depuis que nous sommes arrivs.

- On voit qu'elle ne le connat pas vraiment, franchement je ne sentirais pas de
sortir avec un voyou pareil.

Ah, ironie du sort ! Voil donc  quel point nos avis peuvent changer du tout au
tout en quelques jours... Sa remarque me fait sourire, elle m'attriste aussi un peu
pour Erik...

- Pourquoi est-ce que tu souris ?

- Et bien, je ne sais pas... Ta mfiance  son gard, vous avez tout de mme partag
beaucoup sur la Lune, et puis il ne t'a jamais laisse tomber.

- Mouais, il n'a pas non plus fait grand chose pour essayer de t'aider quand tu es
mort l-haut. Et puis je ne sais pas, je crois que je ne lui fais pas confiance.

Je prfre ne pas continuer dans cette discussion, et je profite de la prsentation
de Chalet  Naoma pour changer de sujet.

- Je te prsente Chalet, c'est l'intelligence artificielle qui contrle la maison,
tu peux lui demander ds que tu as une question ou un problme.

- Bonsoir Naoama, j'espre que vous allez vous plaire ici, allez-vous habiter avec
Ylraw ?

Naoma ne comprends pas ce qu'il dit, mais elle a tout de mme compris son nom. Elle
me glisse  l'oreille :

- Comment il connat mon nom ? Et qu'est ce qu'il a dit.

Je lui traduis et rajoute :

- Oh tu sais par ici tout est reli, mme si on ne le voit pas.

Je m'adresse ensuite  Chalet :

- Chalet pour l'instant elle ne parle pas encore la langue, donc ne t'tonne pas
si elle ne te rpond pas. Je pense qu'elle va rester ici quelques jours, le temps
que le village lui trouve sa propre maison.

De nouveau  Naoma :

- Voil, je lui ai dis que tu allais rester quelques jours ici, le temps que tu ais
ta propre maison.

- a ne me drange pas de rester habiter avec toi tu sais...

- Oui oui, on verra  l'usage.

Je sens que le tout va tre sportif, entre Erik, Guerd, Pnople, Naoma et moi, je
n'ose mme pas imaginer l'imbroglio... En attendant, il faut au plus vite que je
lui raconte l'explication que nous avions eu peu avant sa mort, de manire  dj
claircir les choses de ce ct l.

- On dort o ?

- Je vais demander  Chalet de te prparer un lit.

Elle me fait un regard de chien battu :

- Oh !... Je peux pas dormir avec toi ? S'il te plat, je n'ai pas envie de rester
toute seule. Juste comme la nuit que tu avais pass chez moi ?

Comment pourrai-je refuser...

- Si tu veux.

Elle m'embrasse sur la joue.

- Merci... Est-ce que je peux avoir une chemise de nuit, o un truc dans ce style
?

Je parle  Chalet :

- Chalet, tu lui trouve une robe de chambre lgre, et  moi un caleon ?

- Ils vous attendent sur le lit.

- Merci t'es cool.

Nous nous couchons, Naoma se glisse doucement contre moi. Elle me demande de continuer
 lui raconter l'histoire, mais elle n'en saura pas beaucoup plus, un petit bruit
charmant me faisant comprendre qu'elle s'est endormie. Un peu plus tard dans la nuit
je la repousserai doucement... Je dormirais mal cette nuit l, sans doute gn par
la prsence de Naoma, peut-tre un peu inquiet aussi qu'elle ne se rapproche trop,
et me demandant si Pnople pense  moi...

Au matin, en ce cent trente-sixime jour depuis notre dpart de Sydney, je me rveille
un peu tard, m'tant endormi que la nuit bien avance. Naoma n'est pas dans le lit,
mais me voyant rveill elle y revient et m'apporte deux petits pains.

- O as-tu trouv ces pains ?

- C'est Chalet qui me les a donns. J'ai commenc  lui apprendre l'anglais.

- C'est vrai que je n'avais jamais pens lui apprendre notre langue.

- J'en ai dj mang deux, c'est vachement bon ces petits trucs, tu sais avec quoi
c'est fait ?

- Il ne vaut mieux pas que tu le saches.

- Oh non ! Ne me dis pas que c'est le mme principe que la machine de Bakorel !

- J'en ai peur.

- Oh... Pfff... Enfin, aprs tout c'est plutt une bonne chose de recycler. Et de
toute faon sur Terre c'est un peu pareil, nos dchets servent au final  faire pousser
les plantes et tout revient toujours  un moment ou un autre. Et puis en plus ils
ont bon got alors....

Je mords aussi dans le petit pain bleu vert,  la pte lgrement croustillante,
 peine sucr, ressemblant un peu aux ptisseries arabes, l'huile en moins.

- Tu as bien dormi ?

- Oui gnial, je crois que je n'ai mme pas tenu plus d'une phrase de ton histoire
hier soir, j'ai peur qu'il ne faille que tu recommences.

Je pense que c'est le moment opportun pour que nous abordions le sujet dlicat de
notre dernire conversation avant sa mort.

- Quand je t'ai racont l'histoire, hier sur la plage, j'ai omis quelques parties.

Naoma sent que je ne vais sans doute pas lui raconter quelque chose de plaisant,
elle laisse son petit pain.

- Ah ?

- Oui, aprs notre arrive au bord de la mer,  la sortie de la cuvette, nous sommes
alls nager tous les deux, et nous avons un peu parl. Tu m'as propos de rejoindre
le petit cratre qui se trouvait  environ un kilomtre de celui o nous nous trouvions.

- Et, nous y sommes alls ?

Rcrire l'histoire ?

- Non, j'ai refus.

Naoma prend une voix un peu triste :

- Tu ne voulais toujours pas de moi, c'est a ?

- Je... Je ne voulais surtout pas compliquer la situation avec Erik, nous tions
perdus tous les trois, et je pensais que ce n'tait pas sain que nous commencions
une relation qui aurait pu le faire se sentir un peu  l'cart.

- Je comprends, mais bon, nous n'aurions pas t obligs de le montrer au grand jour.

- Peu importe !

- Et ?

- Il n'y a pas eu de suite jusqu' une discussion que nous avons eu quelques heures
avant que tu ne disparaisses.

Naoma reste silencieuse, inquite et curieuse de savoir la suite, j'imagine.

- Un moment que nous tions seul, tu m'as demand quels sentiments j'avais pour toi,
et si je t'avais tout dit. Je t'ai dit que j'prouvais de l'amiti, mais tu n'as
pas sembl convaincue, me demandant si c'tait tout. Tu m'as rappel que j'avais
dit ne plus vouloir faire l'amour avec toi, et tu as insist pour savoir pourquoi
j'tais aussi sr de moi en disant cela. Je savais que quoi que je dise, j'allais
te blesser. Je le savais et je ne savais pas comment dire. J'ai simplement dit que
je ne voulais pas te blesser, et que ce n'tait pas raisonnable que... Nous couchions
ensemble, que la situation tait trop complexe, que je devais avant tout dmler
cette histoire, que nous ne nous connaissions pas assez... Mais tu m'as fait justement
remarquer qu'il ne m'avait fallu que trois jours pour coucher avec Deborah et que
je semblais pas en avoir beaucoup de remords. Et ce que tu en as dduis c'est que
je ne voulais pas de toi parce que je te considrais pas assez bien pour moi. Que
je cherchais quelqu'un  conqurir, et pas  aimer. Quelqu'un comme Deborah, oui.
Je n'ai pas dit non, sans doute parce qu'il y avait une part de vrit dans ce que
tu disais. Tu t'es fche et tu es partie, et tu ne m'as plus adress la parole.
Quelques heures plus tard tu tais morte, et j'tais dsespr que 'ait t sur
un dsaccord que nous nous fussions quitts.

- Je suis dsole de m'tre fche, a a d tre dur pour toi.

- Tu n'as pas  tre dsole, c'tait ma faute. C'est moi qui suis tellement dsol
de t'avoir fait de la peine. Et je suis dsol de t'en faire encore en te racontant
cette histoire, mais je prfrais que tu le saches.

- Oui, c'est mieux, je te remercie de me l'avoir raconte. Mais qu'y puis-je si je
me suis attache  toi ? Mais je comprends, j'ai dj eu des amis qui voulaient sortir
avec moi et qui ne me plaisaient pas, et c'est pas facile de dire non sans blesser
un peu la personne. Mais c'est la vie, qu'est ce qu'on peut y faire, tu ne vas pas
te forcer non plus. Je ne t'en veux pas, je suis contente d'tre avec toi dj.

Je la prends dans mes bras.

- Moi aussi Naoma, moi aussi je suis si content de te retrouver aprs tout ce temps.

- Tu sais, pour moi, nous n'avons t spars qu'une fraction de seconde.

- Tu as de la chance, pour moi a a t beaucoup plus long...

- Je vais chercher d'autres petits gteaux, ils sont vachement bons. Chalet !

Naoma se lve et fait signe  Chalet qu'elle veut de la nourriture en lui montrant
un petit pain qu'elle finit ensuite en une bouche. Chalet s'excute et Naoma revient
deux minutes plus tard avec un petit panier rempli.

- Je dois te dire une autre chose, au sujet de Pnople.

Naoma est directe :

- Tu as couch avec elle ?

- Oui, enfin, nous sortons ensemble.

Naoma me cherche un peu :

- Elle est rebelle, c'est a ? J'ai cru le remarquer.

Elle me fait sourire.

- Tu es dure... C'est vrai qu'elle a un certain caractre.

- a fait combien de temps ?

- Quinze jours,  peu prs.

- Bah, a ne fait pas trs longtemps, et a se passe bien ? Elle a quel ge ?

- a se passe pas trop mal pour l'instant. Elle  un peu plus de mille quatre cent
ans.

Naoma manque de s'touffer, elle s'crie :

- Combien ?!

Je ne lui avais pas encore expliqu beaucoup de choses sur ce monde, m'tant principalement
consacr au rcit de notre arrive. Je lui dtaille plus la Congrgation, en expliquant
le principe du tlporteur, et rapidement le parcours de Pnople.

- Et a te fait quoi de coucher avec une nana qui pourrait tre ta grand-mre puissance
vingt-deux ? Pas trop ride ?

Je sens de l'amertume dans ses propos.

- T'es pas trs gentille, tu vois bien qu'avec leur clonage ils ont toujours un corps
de vingt ans, comment faire la diffrence ? D'ailleurs je ne la fais pas. Seul le
caractre laisserait entrevoir qu'elle n'est pas toute jeune, et encore, par moment
elle a des ractions bien puriles.

- Tu l'aimes ?

Ah ! Question difficile...

- Je... Je ne crois pas non. Je ne sais pas trop, je crois que je ne sais plus trop
ce qu'est l'amour, aprs tout ce temps...

- Et Deborah, tu l'aimais ? Si tu devais choisir entre Deborah et Pnople ?

- Oh... a ne sert  rien ces questions, je ne sais pas. Je suis trop perdu pour
savoir. Peut-tre que j'aimais Deborah... aprs tout, peut-tre que je l'aime encore
un peu...

- Et a ne te gne pas de coucher avec Pnople, ce n'est pas trs honnte envers
elle.

- Peut-tre oui. Mais les chances pour que je revois Deborah sont tellement faibles
! Et puis je ne sais mme pas si je l'aime, peut-tre que j'avais besoin de quelqu'un,
quand j'tais perdu, et qu'elle tait un peu mon rconfort.

- Et moi ? Je ne pouvais pas l'tre ? C'est parce que tu penses que je ne suis pas
assez forte c'est a ?

Elle m'a eu...

- S'il te plat Naoma... Je ne sais pas tout a. Peut-tre que je le crois, peut-tre
que je le croyais, mais je ne veux pas qu'on se fche, s'il te plat.

- Je ne suis pas fche, je ne t'en veux pas, je veux juste essayer de te comprendre,
mais si tu veux j'arrte.

- Peut-tre que le fait que j'ai tent de t'aider, au dbut, peut-tre que cette
partie a fait que je t'ai considre plus comme quelqu'un que je prenais sous ma
protection, et que par la suite dans mon esprit tu es reste la petite fille fragile
que j'ai tent de consoler.

- Tu te prends un peu comme mon pre quoi. C'est vrai que je n'allais pas trs bien
quand on s'est rencontr, mais est-ce une raison pour cataloguer tout de suite dans
les filles qui ne t'intressent pas ? Nous nous serions rencontrs une semaine plus
tt tu aurais eu un avis compltement diffrent et nous aurions couch ensemble ds
le premier soir, c'est a ?

- Tu t'acharnes hein ? Mais tu as peut-tre raison, c'est peut-tre juste a. Peut-tre
que je me prends un peu comme ton pre, ou ton grand frre tout au moins...

Je la regarde avec des yeux de chien battu, elle me prend dans ses bras.

- Je t'embte hein ? Je suis dsole, mais j'avais envie de comprendre. Mais c'est
pas grave, je t'aime quand mme tu sais, mme si tu veux tre mon grand frre. Et
si tu es bien avec Pnople, aprs tout, tant mieux, je ne voudrais pas que tu aies
de la peine  cause de moi.

- On se lve ?

- OK.

Nous nous trouvons quelques tenues lgres pour la journe qui, d'aprs Chalet, s'annonce
chaude, puis nous allons toquer  la porte voisine. Guerd et Erik nous accueillent,
et nous prenons un consquent petit-djeuner ensemble. Consquent est toutefois un
terme relatif, car ces petits pains sont pour la plupart tellement charg en eau
qu'ils ne doivent pas tre trs nourrissant. Je crois que j'avais lu que le cerveau
tait capable de comptabiliser la quantit d'nergie absorbe par la nourriture et
ainsi produire le sentiment de satit, mais qu'il perdait toutefois la mesure quand
on ingrait des aliments trop dense en nergie. Ainsi en consommant beaucoup de nourriture
faible en nergie, des lgumes, des fruits, on mangeait finalement moins qu'en mangeant
des barres chocolates ou des gteaux. En plus le cerveau est plus sensible aux protines
qu'aux glucides et aux lipides, et ainsi nous serons plus rapidement rassasis par
un repas riche en protines. Mais ici le bracelet prend avantageusement le relais
pour toute les limitations de notre bon vieux processeur obsolte. Il nous indique
quand nous avons trop ou pas assez mang, parvient  contrler nos envie et nos sensations
de faim, de satit ou d'envies particulires. C'est la raison principale qui explique
pourquoi tout le monde conserve un corps en forme et athltique, parce que certains
des petites dviances de l'opulence sont masques et limines discrtement.

Nous partons ensuite tous les quatre en direction de la mer. Je continue  raconter
les deux mois et demi de prsence au village, le conseil, le fonctionnement de la
Congrgation, le problme du bracelet... Naoma fait beaucoup d'efforts pour apprendre
la langue, et Guerd est son principal professeur.

Le midi nous djeunons chez Iurt, auprs de qui nous nous informons de la suite des
vnements. Iurt nous apprend justement la tenue d'un conseil le lendemain, aprs
le retour de Pnople. D'aprs lui la logique voudrait que Naoma soit intgre au
village jusqu' obtenir un bracelet, puis se poserait pour nous trois le problme
de notre admission comme membres  part entire de la Congrgation. Au dernire nouvelle
le dysfonctionnement du tlporteur a fait beaucoup de bruit dans le Conseil d'Adama,
et Guewour avait transmis la volont du Congrs de lever le voile sur cette histoire
au plus vite. Au plus vite tant une notion relative dans la Congrgation et signifiant
une priode pouvant tout de mme s'tendre sur plusieurs mois.

Quoi qu'il en soit la premire phase consiste  faire rencontrer le plus de monde
 Naoma, pour lui donner son indpendance  l'intrieur du village. Nous passons
donc l'aprs-midi avec cinq villageois  discuter de notre monde. Nous parlons dans
leur langue et je traduis seulement quelques mots  Naoma pour la forcer  tendre
l'oreille et tenter de reconstituer le discours. Elle fait beaucoup d'efforts mais
tout ce travail est puisant pour elle et peu aprs le goter elle me fait savoir
son envie de faire un break pour cette journe. Nous passons alors la fin de l'aprs-midi
et la soire avec Erik et elle  bavarder sur notre vie ici, sur ce que nous avons
compris de leur mode de vie et d'autres considrations d'ordre pratique.

Nous nous couchons alors qu'il est assez tard, Erik et Naoma ne trouvant sans doute
pas de fatigue dans nos journes calmes et tranquilles. Pour ma part je n'avais pas
si bien dormi la nuit prcdente et ce sont mes signes d'endormissement qui mettent
un terme  la soire. Aussitt rentr avant mme que Naoma de soit couche je m'endors
comme une masse. Elle me reprochera plus tard de ne mme pas lui avoir souhait bonne
nuit.

Un peu plus tard dans la nuit j'ai la sensation vague que quelqu'un me caresse. D'abord
le sentiment de me trouver dans un rve, puis la perception grandissante de la ralit.
Je reprends lentement conscience ; Naoma glisse doucement sa main sur moi, elle se
presse contre moi. Elle m'embrasse doucement sur la joue puis me glisse un "j'ai
envie de toi"  l'oreille. Je peux difficilement ne pas ragir, et je la repousse
calmement.

- Non Naoma, dors.

- Mais... Pourquoi ?

- Chuuut, parce que ce n'est pas raisonnable, je suis avec Pnople.

La nuit se terminera sans incident. Au matin elle s'excuse, qu'aprs tout je lui
avais dit ne pas aimer Pnople, et que celle-ci revenant aujourd'hui, elle s'tait
dit, peut-tre, pour une fois, une seule fois... Mais non, Naoma, non, pas encore,
ne te mprends pas sur moi, je ne peux pas la trahir. Et ne pas aimer d'amour ne
veut pas dire ne pas aimer, apprcier, ou tre fidle. D'autant que je l'aime sans
doute un peu, mais que si loin, si perdu, si seul, comment savoir...

Pnople, justement, arrive dans la matine, et je laisse Naoma aux mains d'Erik
le temps du djeuner pour le prendre avec elle. Elle refuse dans un premier temps
mon invitation, puis se laisse dompter par mon insistance. Elle m'avouera finalement
que la prsence fminine chez moi la gne un peu, et que celle-ci aurait tendance
 la faire s'loigner, prendre du recul, redevenir la vieille fille qu'elle est.
Je lui raconte mes discussions avec Naoma, mais lui tmoigne de ma fidlit, et,
un peu avant la tenue du conseil, retrouve avec plaisir ses cris de jouissance caractristiques.

Je n'assisterais pas au conseil, pas plus que Naoma et Erik, mais la substance n'en
est pas formidable, si ce n'est le statu quo dans l'attente de la mise  niveau de
Naoma. Celle-ci habitera chez moi pendant encore quelques temps, dans la mesure o
la construction d'un chalet ne se justifie pas tant que nous n'avons pas dfinitivement
pris rsidence dans le village. Cette dcision n'enchante pas outre mesure Pnople,
mais nous aurons toute latitude de nous retrouver chez elle.

Jour 142
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Milieu de journe, il fait beau, j'ai russi  m'chapper un peu,  retrouver cette
solitude que j'aimais temps, par moments. J'ai retrouv mon rcit au jour le jour.
Je me promne  la lisire du bois, un peu avant o mon ennemi de toujours, le sable,
se fait dorer au soleil...

17 trente-siximes, 4 siximes et 3 petits, mes heures, minutes et secondes me manquent
aussi un peu, ressentant mieux le temps s'couler sous leur implacable progression.
Le temps d'ici n'avance pas vraiment. Pas de catastrophes, pas de prises d'otages,
pas d'avions qui s'crasent, pas de guerres qui perdurent... Du calme, de la tranquillit,
la sensation que tout le monde est heureux, que tout le monde a sa place...

Jour 144
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C'est bon, de pouvoir marqu l'instant, de pouvoir laisser trace de ce bonheur, allong,
l, toi dans mes bras, ma belle Pnople, endormie sur mon torse, le corps encore
un peu chaud de cet amour auquel tu reprends gots.

Je pensais que je ne m'attacherais pas  toi, je pensais que tu tais trop passive,
trop lasse, trop distante... Mais tu n'es qu'une petite fille, nous ne sommes tous
que des enfants, des enfants qui grandissons trop vite dans un monde trop srieux...
La vie est belle, ici, ici o nous pouvons vivre l'amour sans peur du lendemain,
ou jamais nous n'aurons de manque ou d'preuves...

Mais la vie est sans doute trop belle, on ne progresse pas dans la facilit, il me
faudra partir si je veux vivre...

Jour 146
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Il faudra une dizaine de jours avant que Naoma n'ait son bracelet, mme si alors
sa matrise de la langue est encore loin d'tre parfaite. Nous passons beaucoup plus
de temps ensemble, avec Erik et elle, et si Pnople et Guerd ne s'en plaignent pas
ouvertement, cet tat de fait a sans doute cr une petite tension. Mais hormis ce
point la vie est plus que paisible, et si le paradis existe nous n'en sommes pas
trs loin. J'avoue que d'avoir termin de raconter mon rcit et me retrouver, comme
au moment du dpart de chez Martin,  raconter au jour le jour, me sduit, me permettant
de conter plus mes humeurs, comme au bon vieux temps, que les faits purs et durs...
Mais, finalement, cette alternative m'effraie un peu, comme un signe qu'il va tre
temps au sort de nous faire repartir ?

Les journes sont tranquilles, je dors la plupart du temps chez Pnople et nous
nous retrouvons dans la matine avec Erik, Naoma et qui le veut pour les activits
de la journe. Souvent consacres  des balades, des virtuels ou d'interminables
pique-niques au bord de la mer.

Si Naoma a reu son bracelet en ce cent quarante-sixime jour, alors qu'elle ne matrise
pas encore totalement la langue, c'est aussi parce que le Congrs semble plus press
encore que ne l'avait suspect Iurt ; et Guewour lui-mme incitait les villageois
 acclrer notre intgration pour prvoir au plus vite une session sur Adama, sans
mme faire de premier passage par virtuel interpos  partir du village. Il faut
dire que notre arrive est exceptionnelle  plus d'un titre, et le fait qu'elle remette
en cause la fiabilit des artificiels les rendent suspects pour les affaires nous
concernant.

Pnople trouve cette prcipitation suspecte, quant  moi je la trouve salutaire,
signifiant sans doute qu'il y a des intrts dans cette histoire, nous garantissant
une certaine aide dans la rsolution de ces nigmes.

Cent quarante-sixime jour donc, bientt cinq mois depuis notre dpart... Cinq mois...
C'est bien assez pour que le monde change, c'est assez pour avoir un noyau linux
2.6, quoique... C'est assez, par contre, pour que nous ne soyons plus que des souvenirs
 notre retour, si retour... Cent quarante-sixime jour, Naoma dcouvre les joies
de la communication et du contrle de son corps. Cent quarate-sixime jour, nous
serions presque satisfaits que quelques uns passent encore, dans la tranquillit
d'une vie d'insouciance, de facilit, de perfection...

Cent quarante-sixime jour, j'ai pass une bonne partie de la journe seul  jouer
avec Chalet, ou plus exactement perfectionner sa pratique du franais. Il parle dsormais
trs corectement ma langue, Naoma avait abandonn son apprentissage de l'anglais.
J'aime me retrouver seul, de temps en temps. J'aime laisser dans ce bracelet mes
penses, presqu'autant que j'aimais sur Terre les crire, quand je revenais de faire
les courses, quand je passais quelques week-end en solitaire, et quand, Dieu ! J'ai
rencontr cette fille dans le parc, et que tout a commenc... Le soleil, pas mon
Soleil, baisse sur l'horizon, pas mon Soleil, non... Naoma, Erik et Guerd sont alls
se promener pour un pique-nique au bord de la mer, je n'ai pas souhait m'y rendre,
ils savent que j'ai besoin, de temps en temps, de faire mon asocial, je suis un informaticien
 la base, aprs tout, un "geek", comme me le fait remarquer souvent Naoma. Je dois
aussi voir Pnople ce soir, et qu'entre tous mes efforts pour apprendre sur ce monde,
ma curiosit et mon amusement face  l'intelligence impressionnante de Chalet, et
le temps pass avec Naoma, que je sens un peu seule, je ne la vois plus beaucoup,
plus assez...

Pnople a pass les deux jours prcdents chez un ancien ami  elle de passage sur
Stycchia, un ancien amant sans doute mme si elle ne me l'a pas avou, mais je ne
suis pas de nature jalouse et je lui voue une entire confiance. Mais il est dj
tard, 28 trente-sixmes passs sur les 29 et quelques que compte le jour de Stycchia,
plus court que la journe d'Adama. Alors que je commence  m'inquiter, Pnople
m'appelle finalement, je lui fais part de ma proccupation :

- Ah ! Je commenais  me faire du soucis, tout va bien, o es-tu ?

- Je suis toujours  Bankor.

Je reste silencieux un instant.

- Ah mais, euh, on ne devait pas se voir ce soir ?

- Oui je sais, mais... Je pense que je vais rester quelques temps ici, encore.

J'ai le ventre qui se noue en un instant, devinant qu'elle n'a pas trs envie de
me voir, pourquoi, je l'ignore.

- Ah, je, bon... Tout va bien au moins ?

- Oui, oui, ne t'inquite pas. Bon, je dois te laisser.

Pnople coupe la communication et disparat de devant moi. Mme pas un baiser, mme
pas un geste... Je m'assois... Chalet me fait remarquer qu'il a repr un changement
anormal de mon tat biologique, je souris et lui dis que je suis au courant... Aaaah
! J'ai mal. Je ne sais pas si c'est mon orgueil qui est bless ou mon coeur. Aprs
tout peut-tre qu'elle ne pouvait pas parler, peut-tre qu'elle tait de mauvaise
humeur, peut-tre que je me fais des ides. Peut-tre qu'elle va revenir dans mes
bras...

Pourtant il faudrait tre idiot pour ne pas comprendre... Mais que pouvais-je esprer
? Je ne suis pas de ce monde, je dois sans doute lui paratre immature et barbare,
pourtant bien souvent elle s'est blottie dans mes bras comme une petite fille voulant
tre rassure...

Jour 148
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Je suis triste, je crois, Pnople me manque. Elle ne m'appelle pas. Je n'ose pas
l'appeler, trop orgueilleux, trop fier de vouloir passer l'preuve sans broncher...
Je m'occupe du mieux que je peux. Je cours, fais mon footing quotidien, des pompes,
je nage, mme si je n'aime pas trop a. Chalet m'ennuie, mon bracelet enfant lui
sert de prtexte pour me bloquer l'accs  tellement de choses que je meurs de savoir...
Il me parat terriblement basique et born, parfois...

Jour 151
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Quelques jours s'coulent o je reste principalement seul. Naoma s'inquite un peu
de mon moral, je lui dis simplement que j'ai un peu de nostalgie mais qu'elle passera
en quelques jours. Pnople revient, enfin ! Je ne lui ai pas donn de nouvelles
depuis cette froide discussion, un peu par rancune, sans doute. J'ai pourtant t
mort d'envie de l'appeler plus d'une fois, et quelques siximes de plus j'aurais
cd. Elle ne me prvient mme pas de son retour je la croise simplement sur la place
du village. Je ne sais pas trop comment me comporter, l'viter ? Non c'est stupide,
aprs tout, qu'ai-je  me reprocher, peut-tre ne va-t-elle pas bien, peut-tre,
elle aussi, a-t-elle eut besoin de se retrouver seule. Je me dirige vers elle et
lui demande si elle va bien. Elle me rpond avec son ton neutre, que j'abhorre :

- Oui et toi ?

Je rponds d'un air pas trs enjou.

- a va...

- Tu n'es pas avec Naoma ?

- Non, je reste plutt seul ces derniers jours.

- Pourquoi, vous vous tes disputs ?

Je comprends pas  quoi elle joue, qu'est-ce qu'elle veut me faire dire ?

- Mais, pourquoi... C'est avec toi que je suis, pas avec Naoma, pourquoi tu te comportes
comme a ?

- Non Franois.

Elle avait pris l'habitude, depuis quelques temps, de m'appeler par mon vrai prnom.

- Comment a ?

- Tu n'es pas avec moi, tu n'es avec personne, tu n'es qu'avec toi... Tu sais j'en
ai connu des amants, et je sais comment tu es. Je sais  quelle race d'hommes tu
appartiens ; tu ne seras jamais avec personne, pas plus avec moi qu'avec Naoma ou
une autre. Alors il vaut mieux que nous en restions l. Je pensais vraiment que je
ne souffrirais plus avec ce genre de choses, apparemment on ne guri jamais, il n'y
a pas de vaccin...

Je ne sais pas quoi dire.

- Mais... Pourquoi, c'est parce que je ne t'ai pas assez dit que je t'aimais, que
j'tais bien avec toi... Pourquoi ?

Je me rapproche un peu d'elle, elle s'loigne.

- Je... Je pense que c'est mieux si on ne se voit pas trop les jours qui viennent.
Excuse-moi, j'ai rendez-vous avec Samrn pour djeuner, bonne journe.

Elle s'en va sans que je n'arrive  dire un mot, et je reste comme un imbcile...

C'est toujours pareil ces histoires, j'ai beau aller au fin fond de la galaxie je
me fais toujours larguer de la mme faon, et pour la mme raison, c'est vraiment
pas marrant... Mais... Pourquoi a ne peut pas tre simple, pourquoi est-ce que a
ne pourrait pas tre clair ?  Je ne sais mme pas les raisons de son choix... Je
suis toujours aussi seul...

Je crie de rage :

- Y'en a marre ! C'est nul ! C'est la loose ! On se fait larguer comme avant et en
plus ya mme pas de vaisseaux spatiaux ni de super-pouvoirs ! A FAIT CHIER !

Je finis sur un hurlement. J'clate de rire devant mes propres pitreries... Et je
redeviens triste... Je me dirige vers mon chalet, en pestant et donnant des coups
de pieds qui soulvent des nues de poussires.

- a craint !

Je ne m'en aperois qu' l'instant, mais j'ai en fait fait sortir tout le monde sur
la place. Iurt me recommande mentalement de me calmer et me rappelle que tout ce
que je fais et dis sera pris lors de ma comparution devant le Congrs.

J'emmerde le Congrs, si c'est pour se retrouver dans un monde parfait o on ne peut
mme plus tre triste, c'est nul. Je rentre dans Chalet et lui demande de baisser
la temprature et diminuer la luminosit. Je me laisse glisser le long d'une paroi
pour me retrouver assis par-terre. Chalet me conseille de manger ce qu'il m'a prpar
pour reprendre le moral. Je lui rponds que j'ai pas envie d'avoir le moral pour
l'instant, et qu'il me laisse tranquille.

14 trente-sixime, 4 siximes, 5 petits, je ne sais pas trop ce que j'espre. Je
ne sais pas trop ce que je voulais avec Pnople. C'est vrai que je me proccupais
plus de tenter de comprendre ce qu'il se passait, d'apprendre cette langue, cette
nouvelle vie. Je ne sais mme pas si j'ai envie d'aller de l'avant, de dcouvrir
ce qui se trame, d'o je viens, o est la Terre...

Je ne comprends pas... Pourtant... Je ne crois pas que j'tais amoureux d'elle, pourquoi
est-ce que j'ai mal, pourquoi tout s'embrouille ? Pnople, Deborah... Je crois que
j'aime Deborah, pourtant...  Pourant je la connais si peu... Tout ce temps pass
avec Pnople, je sais tant de choses de sa vie... Et je ne reverrai sans doute jamais
Deborah...

Deux trente-siximes et 4 siximes, c'est le temps rglementaire de mes dprimes.
Deux heures, l-bas...

Oh et puis mince ! Je vais pas me laisser embter par ces sentiments stupides, je
vais me tirer de cette plante pourrie et je vais aller pter la gueule  tous ces
zonards qui m'ont envoy dans ce ptrin !

Je me relve bien dcid  ne pas me laisser abattre et je rejoins Erik, Guerd et
Naoma au bord de la plage. Les choses ne sont pas simples non plus pour le pauvre
Erik. Depuis le retour de Naoma il tente de s'loigner un peu de Guerd pour passer
plus de temps avec elle ; mais Guerd le sent et ne veut pas lcher son Beau. Je crois
qu'Erik avait dit  Guerd que c'tait termin entre eux, mais la chair est faible
et la belle Guerd sait faire tourner quand il faut la tte d'Erik. J'oublie un peu
mes propres problmes en le voyant tant bien que mal tenter de sduire Naoma tout
en tenant Guerd  distance. Ah dcidment, c'est chose rassurante que ce soit les
affaires de coeur qui nous le ternissent un peu. Et  croire que tout n'est pas si
vou au hasard qu'on le pense, car je sens que Naoma laisse transparatre quelques
signes qui pourraient indiquer qu'elle n'est pas totalement impermable aux avances
d'Erik... Bref je passe une soire tranquille entre leurs chamailleries et o chacun
raconte les diverses btises qu'il a pu faire tant jeune...

Jour 155
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Cent cinquante-cinquime jour, 12 trente-siximes, je n'ai pas revu Pnople depuis
notre brve rencontre sur la place du village, mais je n'en peux plus, je n'en peux
plus de rester comme a. Je dois la voir. J'aimerais lui crire, une lettre, un pome,
mais je ne peux pas, je n'ai ni papier ni crayon et je ne sais mme pas crire cette
maudite langue...

C'est elle qui me contactera, finalment, un peu plus tard dans la journe, pour prendre
des nouvelles.  croire que notre temps de rsistance est voisin. Mais je ne joue
pas  l'insensible, je lui dis qu'elle me manque, que j'ai des sentiments pour elle
et que j'ai envie de la voir. Elle n'est pas au village mais revient le lendemain,
nous convenons d'un rendez-vous. J'irai chez elle.

Jour 156
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25 trente-sixime, le soir tombe, mon coeur bat la chamade, je me dirige vers la
maison de Pnople.

26 trente-sixime, nous terminons un repas d'apparat ou chacun n'a fait que prendre
ses distances. Je la prends finalement par la main, un moment ou, insouciante, elle
ne l'a pas rendue inaccessible comme tout le reste du repas. Elle l'a retire :

- Ah quoi bon Franois ?  quoi bon ? De toute faon tu vas partir, je sais trs
bien que tu vas partir. Et je ne suis plus prte pour a.

Je me radosse au dossier de ma chaise.

- Pourtant je crois que je t'aime Pnople. C'est un peu tout mlang dans ma tte,
avec toutes ces questions, avec tout qui s'entremle... Mais je suis bien quand tu
es prs de moi.

- Mais a ne nous mnera  rien, tu le sais bien, tu sais bien que nous n'aurons
jamais les mmes envies, jamais les mmes ambitions... Tu ne le vois pas mais je
suis vieille, Franois. Je suis vieille et fatigue. J'ai bientt 890 ans (plus de
mille quatre cent ans). Te rends-tu compte du nombre de dsillusions que j'ai eues
? Te rends-tu compte du nombre de rves briss ? Du nombre de fois o mon coeur a
souffert ? Non Franois, mon coeur est froid dsormais, et je veux qu'il le reste,
je ne veux plus de ces souffrances, je veux juste voir le jour se lever chaque matin
et se coucher chaque soir, jusqu' ce que tout s'effondre...

Jusqu' ce que tout s'effondre, voil donc ce qu'elle attends... Voil donc ce que
l'on attend quand la mort ne veut plus de nous... Elle pleure... Je me lve pour
la prendre dans mes bras, mais elle me repousse.

- Non Franois, non...

Elle arrte de pleurer. Je me rassois.

- Je ne crois pas ce que tu dis, je ne crois pas que tu sois vieille, tu peux toujours
avancer Pnople, rien n'est jamais fini. Pourquoi tu veux me laisser ? Pourquoi
tu veux m'abandonner ? Je sais que je ne t'ai pas assez montr que je t'aimais, mais
pourquoi ne pourrait-on pas rester ensemble, pourquoi ne pourrait-on pas tre bien
tous les deux, ne l'avons-nous pas t jusqu'alors ?

Il me semble qu'elle a peur, simplement, il me semble qu'elle a peur de notre relation,
qu'elle a peur de s'attacher, peur de retrouver des sentiments qu'elle croyait perdus.
Elle ne dit rien.

- Qu'est-ce que tu risques ?

Elle ne dit toujours rien.

- Mais je ne veux pas te forcer. C'est vrai que je ne sais pas o je vais, c'est
vrai que je ne resterai pas pour une petite vie tranquille sur Stycchia, et que le
reste de ma vie s'il le faut je le passerai  rechercher ma maison, mais pourquoi
toujours parler du futur, pourquoi toujours ne penser qu' l'ternit ? Ne peut-on
pas tre bien tous les deux pendant tout le temps qui...

- Qu'il te faudra avant de trouver quelque chose de plus intressant  faire ou quelqu'un
de mieux ? Non merci !

Je te retrouve, gamine effronte !

- Merde ! Je dois quoi, te jurer fidlit jusqu' la fin de mes jours, tu crois que
c'est facile pour moi de savoir o je vais ? Je suis compltement paum !... J'ai
besoin de toi.

Elle m'nerve ! Ah ! Et puis tu n'as pas besoin d'elle... Je crois que si... Mais
non ! Tu t'en es bien passe jusqu'alors !

Quelques minutes de silence s'coulent. Motiv par sa rsistance, du, triste, stimul,
tout  la fois mon corps au mieux de sa forme, subtile gestion de la situation, sentant
sa faiblesse :

- Il vaut mieux que je m'en aille alors. J'imagine que tu prfres ne plus me voir
d'un moment.

Elle ne rpond pas. Je me lve et me dirige vers la porte. Elle me laisse partir.
J'avais espoir qu'elle me retnt. Erreur de jugement...

Jour 157
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29 trente-sixime,  deux doigts de changer de jour, j'ai couru presque toute la
journe, de rage, de conviction ou de joie, que sais-je, l'adversit me donne cette
nergie incommensurable que j'ai besoin d'vacuer. J'ai remont le long du bord de
mer jusqu' la limite Nord du cratre, parcourant sans doute prs de cinquante kilomtre
dans la journe. J'arrive  mon chalet, je suis extnu, mais heureux...

Jour 160
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Toujours pas de nouvelle de Pnople, je ne la croise mme pas, elle ne doit pas
tre l. J'ai pass ma journe et la prcdente  discuter avec les habitants du
village,  me promener avec eux. Mon priple d'il y a trois jours m'a cass en morceau,
je boite presque en marchant, Chalet fait de son mieux pour me remettre sur pattes,
se demandant si je ne suis pas un peu fou de faire des choses pareilles. Je passe
toujours beaucoup de temps seul ou avec lui. Je suis encore triste je crois, mme
si je me sens bien. Triste comme on l'est  chaque fois. De toute faon je ne peux
gure faire qu'attendre notre dpart pour Adama, alors je profite un peu d'une vie
de calme.

Jour 163
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Pnople, je pense  elle sans interruption depuis hier.

Je la croise enfin. Nous restons mus un instant. Je la prends par la main, elle
se laisse faire. Nous marchons vers mon Chalet. Une fois rentr, sans attendre, sans
parole, je la plaque contre le mur, l'embrasse, la dshabille, elle se laisse faire.
Je lui fais l'amour et elle en redemande.

- Qu'est-ce qu'on va devenir, Franois ?

- Restons, juste, c'est dj bien, non ?...

Jour 182
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Et voil, sans doute plus de six mois... Jour cent quatre-vingt-deux.

En phase pour une nouvelle tape. J'attends, patiemment, allong dans le tube du
tlporteur. Premire tlportation volontaire, dans quelques jours je me rveillerai
sur Adama, avec un corps neuf.

Plus de six mois dont la totalit, presque, fut passe ici, sur Stycchia. Deuxime
plante autre que la Terre que je foule, avec cette Lune dont je ne souviens pas.
Ah Stycchia, te reverrai-je ? Tu resteras en tous les cas ce que je considre comme
la plus proche du paradis. Certes Naoma perdit la vie chez toi, mais elle est revenue,
dsormais, et peut se vanter de parler comme nous la langue de cette nouvelle humanit,
immense, gigantesque, trois cent soixante milliards de personnes, qui vivent dans
le calme et le bonheur. Paradis oui, ds que nous rejoignmes le village. Pas sans
heurts, toutefois, j'ai encore le bleu de la bosse de ce fichu jour o nous dcidmes
d'apprendre  voler par nous mme avec ces combinaisons-abeilles. Ces maudits appareils
ragissent au quart de tour ! Il ne m'a pas fallu longtemps, pour que,  peine enfile
et orgueilleux de ne pas vouloir me servir du stabilisateur, la moindre pense de
travers me fit virevolter en tout sens, sous les fous-rires de Naoma et d'Erik, et
terminer ma course comme une vulgaire mouche s'crasant nonchalamment sur le sommet
de la salle du Conseil, restant accroch comme un malheureux jusqu' ce que ma belle,
qui ne l'tait pas  l'poque, viennent me dlivrer.

Ah Pnople... Nous emes quelques altercations suite  notre premire sparation,
ces remous lui rappelant sans doute sa houleuse relation avec Ragal... Les raisons
en taient diffrentes, sans doute, plus lies, littralement, aux mondes qui nous
sparent, autant ces milliers d'annes de temps que ces probables milliers d'annes-lumire
de distance. Autant de distance que de temps entre nous, il fut bien dur, la phase
de la dcouverte s'estompant, de trouver passion commune. La srnit mle d'indiffrence
de son ge  ma curiosit sans limite, sa vie tranquille et indpendante  ma soif
de bouger, de lui faire l'amour, encore et encore, ma soif de rvolte, de rponses.

Si diffrents et pourtant, si nous nous sparmes, dcidant que l'amiti serait sans
doute plus approprie  notre relation, nos rsolutions ne duraient rarement que
plus de quelques jours, et puis de nouveau nos corps s'entremlaient, trop dsesprs
sans doute que nous ne puissions trouver quoi d'autre pourrait nous unir.

Je laisse mon corps petit  petit sombrer dans le sommeil, bientt accompagn de
mes sept camarades que je retrouverai sur Adama. Naoma et Erik, bien sr, Guerd et
Pnople, difficile de faire sans, Moln et Ulri pour leur implication dans l'tude
du tlporteur  l'origine de la polmique, et Iurt, nomm par les villageois pour
les reprsenter.

Le tube referm, plongeant dans un profond sommeil, mes penses s'envolent en quelques
secondes... Au revoir, Corps, adieu peut-tre...

Ort - Machiann - Terr - mi - Ourstanove - rianos
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Arrive
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Quand le tube de Ort s'ouvrit, il fut surpris que la salle soit sombre et calme.
Il s'attendait  un accueil, mais il tait seul. Rapidement il se leva et bougea
pour ne pas perdre la chaleur emmagasine dans le tube. Mais il fut de nouveau surpris
de ne trouver aucun habit  disposition. Il fit rapidement le tour de la grande pice
et sortit sans crainte dans le couloir, mais il faisait si noir qu'il ne voyait absolument
rien. Il chercha un moyen d'allumer la lumire, mais les boutons qu'il trouva ne
fonctionnaient pas. Il commena  s'interroger sur la validit de leur destination,
et eut un frisson dans le dos en se disant qu'il n'tait peut-tre pas o il pensait.

Il ne connaissait rien de la plante o ils taient censs se trouver. Il savait
simplement qu'il avait t slectionn, comme Machiann, Terr, mi, son petit frre
Ourstanove et rianos, pour accomplir cette mission, retrouver ce jeune et le ramener.
Il esprait d'ailleurs que ses compagnons, ses hommes plutt, car ces soldats taient
sous ses ordres, ne seraient pas longs  arriver. Ils avaient normalement slectionn
un transport rapide, avec clone faiblement diffrenci, mais il ne savait pas trop
ni ce que ces termes signifiaient rellement ni ce que les technologies de ce monde
permettaient.

Il ne faisait pas beaucoup plus froid que de l o il venait, mais il tait nu et
il savait qu'il devait bouger continuellement pour ne pas s'engourdir. Il entreprit
donc de courir autour de la pice en ponctuant son footing par d'autres exercices
physiques, rptant les gestes de combats qu'il avait appris pendant sa formation
et qu'il avait souvent l'occasion de pratiquer, en situation, contre des monstres
dix fois plus lourd que lui.

Il dut attendre plus d'une heure avant que coup sur coup Machiann et Terr n'arrivassent.
Il les accueillit avec une joie retenue et tous trois s'aventurrent un peu plus
en avant autour de leur pice d'arrive, mais tout tait dsert et froid.

- Nous n'tions pas censs tre accueilli ? demanda Terr.

- Si, confirma Ort, mais je n'avais pas plus d'info, peut-tre que notre transfert
a dur plus que prvu, ou peut-tre ne sommes nous pas l o nous devions tre.

- Glent s'est peut-tre plant, le tlporteur ne sert pas souvent, et puis stress
comme il est, il a peut-tre fait une mauvaise manipulation, rflchit tout haut
Machiann.

- Quoi qu'il en soit, marmona Ort, j'espre que les autres vont arriver en vitesse
car j'aimerais finir cette mission sans tarder, pour moi c'est une perte de temps,
les reptiliens avancent, pendant que nous sommes l  attendre.

- C'est vrai chef, dit Terr  voix basse, mais c'est Lui qui veut.

- Je sais, j'espre juste qu'Il sait ce qu'Il fait.

- Mouais, fit remarquer Machiann, nous ne savons toujours pas ce qu'Il est et ce
qu'Il veut.

- Mais Il nous a toujours aid, jusqu' prsent, complta Terr, mme s'Il est dur
avec nous ; c'est grce  lui que nous avons pris de nouveau du terrain aux reptiliens.

- Toujours aid ? Et il y a un grand dixime dennien, quand il a daign se montrer,
quand il nous est enfin apparu pour la premire fois, tu oublies vite que nombre
d'entre nous prirent ? dit Ort avec un regret dans la voix. Il se rappelait ses
deux autres frres.

- Oui, chef, rpondit Terr, je sais que vous avez perdu vos frres sous sa colre,
mais il nous affligea nous comme eux, et peut-tre ne voulait-il que nous prouver
sa force.

- C'est bien a le problme, Terr, lui fit remarquer Ort, j'ai parfois peur qu'il
ne soit pas plus avec nous qu'avec eux.

- Peut-tre alors qu'il voulait nous faire relever la tte, lui rpondit Terr, qu'il
voulait nous faire subir une preuve ?

- C'est vrai qu'il faut parfois savoir couper les branches pourries, ce que nous
ne faisons pas assez souvent, marmonna Machiann, Et encore, il aurait pu en virer
deux ou trois de plus sans que a me gne.

- Ne parle pas ainsi, soupira Ort, le doute dans nos chefs est le souhait le plus
cher de nos ennemis. Je ne connais pas Ses intrts, mais j'espre qu'ils ne sont
pas trop antithtiques aux ntres...

Une voix coupa leur discussion.

- C'est mi, dit Ort, retournons  la salle.

Un quatrime homme, semblable aux premiers, se leva du dernier tubes ouvert. Les
quatre hommes se retrouvrent un instant  la lueur diminuant du tube de leur compagnon.

- Alors, mi ! lui dit Machiann en le frappant dans le dos, a te fait quoi d'tre
dans un corps blanc !

- Bah a me fait un peu peur maintenant que je vais tre aussi con que toi, lui rpondit
le nouvel arrivant, mi.

- Nous ne sommes pas l pour rigoler, je vous le rappelle, les coupa Ort d'un ton
autoritaire.

- Pardon, chef, s'excusa Machiann.

- Maintenant que nous sommes quatre, Machiann et Emi partez chercher de quoi nous
habiller et des armes, je reste avec Terr pour l'arrive d'Ourstanove et d'rianos.
Mais ne partez pas trop loin, au moindre doute, revenez, et quoi qu'il en soit soyez
de retour dans un demi dixime, ordonna Ort.

Ort parlait en units de temps spcifiques den 2 et sa lune, Oriagoth. La journe
d'den 2 tait divise en dix priodes, reprsentant environ deux heures chacune.
Ils avaient dans leur langue cinq ou si faon de dire "dixime", suivant qu'ils en
rfraient aux dixime de l'anne, du mois, du jour, de l'heure... Mais ce n'tait
que le pendant des siximes du pass. Certains parlaient encore en unit de temps
Adamienne, les trente-siximes de l'ancienne plante mre, mais Ort ne voulait plus
entendre parler d'Adama, ce n'tait pour lui qu'une lgende, que le poids d'un pass
oubli depuis maintes gnrations, que le dbut de la longue fuite de ses anctres
expulss de l'den par ces autres hommes jaloux. Ces autres hommes qu'il hassait
plus que tout au monde, plus encore que ce Dmon Bleu.

- Oui, chef. rpondirent Machiann et mi, qui partirent sur le champ.

Quand ils revinrent bredouilles, Ourstanove, le jeune frre de Ort, tait arriv,
il ne manquait plus qu'rianos.

- Nous n'avons trouv aucun habit ni aucune arme, dit Machiann. Les lieux sont dserts,
nous avons march du plus vite que nous avions pu dans le noir, mais pas trouv d'issue,
mais pour sr nous ne sommes pas sur Oriagoth, je me sens plus lourd, et l'air est
plus dense.

- Oui, nous ne sommes pas sur Oriagoth,  rpta Ort. D'aprs Omos, nous devions trouver
sur place des hommes d'ici pour nous donner armes et habits, et nous mener  Ylraw.

- Mais, s'inquita Terr, comment allons-nous faire si nous sommes livrs  nous-mmes
ici ? Nous ne connaissons rien de ce monde, ni s'il est hostile, ni qui sont nos
ennemis, ou nos allis.

- T'as peur ? lui demanda Ourstanove,  peine rveill, avec un regard de dfi.

- Terr a toujours t une poule-mouille, non ? Dj il y a un demi dixime sur den
2 j'ai cru qu'il allait crever de peur quand on s'est crash,  rigola mi.

- Tu rigoleras moins quand on sera dehors,  mon avis, lui rpondit Terr. D'autant
que tu ne faisais pas le fier toi non plus quand les trois reptiliens nous sont tombs
dessus, et si je n'avais pas rpar le canon juste avant, tu servirais dj d'engrais
aux Galphomes. En plus on ne sait mme pas si on peut sortir dehors, si c'est comme
sur Oriagoth ?

- a suffit ! cria Ort, on n'a qu'une journe pour cette mission, et nous sommes
dj dans une sale situation.

- Bah faut pas vous en faire, chef, dit mi, au pire on repart direct en disant qu'on
a rien trouv.

- Ah ouais, et Lui, qu'est-ce que tu lui diras quand il sondera ton esprit ? lui
lana Terr.

- Que je l'emmerde ? suggra Ourstanove.

- La ferme les pipelettes, rianos arrive, nous allons partir, dit Machiann en les
coupant.

- C'est pas trop tt, je commenais  me les peler, dit Ourstanove en sautant sur
place.

- Bah, tu dis a pour faire croire que c'est pas sa grandeur normale, mais tout le
monde sait que t'as pas encore fait ta pubert, gamin, lui rpondit mi.

- Ta gueule mi, lui lana Ourstanove nerv, on a des clones quasi indiffrencis,
je te signale que la tienne n'est pas beaucoup plus longue.

- Oh mais c'est qu'il est toujours aussi susceptible ! lui dit rianos en sortant
doucement de son tube.

- Toi l'intello la ferme, rajouta Ourstanove.

- Silence, on y va, je ne veux entendre personne jusqu' ce qu'on sorte d'ici ! ordonna
Ort.

rianos s'enqurit tout de mme de savoir pourquoi personne ne les avait accueilli,
et pourquoi ils n'avaient ni arme ni habit. Ils sortirent rapidement de la pice
et avancrent dans le couloir. Emi marchait en claireur, Ort et Macchian le suivait
 une vingtaine de mtres, puis encore vingt mtres plus loin allaient Ourstanove,
Terr et rianos.

Ils progressrent sans bruit, attentifs, montant promptement dans le noir les escaliers
qu'ils rencontraient, habitus au noir de par leurs vies dans les sombres couloirs
des mines d'Oriagoth. Ils connaissaient la guerre depuis leur enfance, ils avaient
tous une soeur ou une mre aux mains des reptiliens, et ils avaient perdu tellement
qu'ils riaient souvent de la mort. Mais ils savaient se battre, et maintes fois ils
avaient avanc en silence dans les forts sombres d'den 2  la recherche d'un ami
 dlivrer, ou pour chapper  leurs ennemis, ou les chasser. Leur haine sans limite
envers ces monstres avaient nourri leur vie, celle de leurs pres et de tous les
anctres dont ils avaient pu entendre parler.

La premire porte ne les arrta qu'un instant, ils n'eurent aucun mal  l'ouvrir,
tout comme la seconde et la troisime. Ils prirent tout de mme soin de la refermer
presque compltement, pour laisser le moins d'indices de leur passage.

Ils arrivrent sans encombre, aprs avoir mont encore deux tages, devant la porte
donnant dans le hall d'un grand btiment. mi toujours en claireur s'avana. Ils
taient toujours silencieux et ordonns.

Soudain un bruit assourdissant retentit. mi courut et sauta derrire une sorte de
comptoir, les autres refermrent la porte.

- Merde, c'est quoi ? chuchota Terr.

- Une alarme, sans doute, rpondit Ort, nous avons t reprs, mais il nous faudrait
sortir avant que les renforts n'arrivent, nous n'avons aucune arme.

Ils se turent de nouveau quand ils entendirent un homme parler dans une langue qu'ils
ne connaissait pas. Quelque seconde plus tard ils entendirent de nouveau le mme
homme, mais criant de douleur.

- mi a dut l'avoir, allons-y ! ordonna Ort.

Au mme moment ils distingurent du vacarme de la sirne mi leur criant de venir.
Ils s'aventurrent dans la pice, Ourstanove retint un cri d'tonnement en voyant
l'extrieur au travers les fentres. Le matin se levait sur Sydney.

- Je crois qu'il est seul, dit mi, qui tenait l'homme plaqu au sol, lui tordant
le bras un peu plus chaque fois que ce dernier haussait un peu trop la voix. Il avait
a, a doit tre une arme.

mi donna le bout de mtal noir, qui ressemblait un peu  leur pistolet,  Ort.

- Oui c'est une arme manuelle sans assistance, je crois qu'ils ne sont pas encore
trs volus par ici, expliqua rianos.

- On pourrait lui prendre ses vtements, fit remarquer Macchiann.

- Le problme c'est qu'on n'a pas de nain avec nous... Sauf toi peut-tre Terr, rigola
Ourstanove.

- Bien sr ! Je dois mesurer deux centimtres de moins que toi ! s'nerva Terr.

- Suffit ! On le prend avec nous et on sort d'ici, il y aura peut-tre des renforts,
ne tranons pas, dit Ort en se dirigeant vers la sortie.

Ils redevinrent tous srieux et mi porta littralement l'homme jusqu' la porte,
o il lui fit comprendre d'ouvrir. Ce dernier ne fit pas d'embrouille et ouvrit la
porte en tremblant.

- Il doit peut-tre croire qu'on va l'emmener dans un coin pour abuser de lui, dit
doucement Ourstanove  Machiann.

- Oui, peut-tre, rigola Machiann.

Machiann s'approcha alors de l'homme et lui mis une main aux fesses en faisant un
petit gmissement. L'homme hurla en se dbattant. L'homme fut tellement terroris
et affol qu'mi dut le lcher alors qu'il se dbattait comme une furie, il prit
la fuite, mi partit  ses trousses et Ort lui cria de l'assommer, car ils n'avaient
pas le temps de s'encombrer de lui. Ils firent vite, tranrent l'homme derrire
le btiment, l'attachrent avec les menottes qu'ils avaient trouves sur lui, et
Ort donna l'ordre de partir sans mme lui prendre ses habits, de peur que les renforts
n'arrivassent plus vite que prvu.

Ils s'lancrent rapidement vers ce qu'ils estimaient tre la sortie du parc entourant
l'endroit d'o ils sortaient. rianos ne put retenir un cri de stupfaction.

- Vous avez vu de quoi nous somme sortis ! C'est incroyable ! Je n'ai jamais vu de
chose pareille, c'est vraiment splendide !

- Mouais, marmonna mi, mais a ne nous aide pas trop sur l'endroit o nous sommes
et o nous devons aller..."

- Qu'est-ce que qu'on va faire, chef, si personne ne nous indique ? demanda Terr,
alors qu'ils trottinaient tous vers l'extrieur du parc dans lequel ils se trouvaient.

- Dans un premier temps, il nous faut trouver des habits pour passer inaperu, normalement
cette plante n'est pas en conflit ouvert, et nous devons tre en temps de paix apparent,
habill en simples citoyens nous ne devrions rien craindre, d'aprs ce qu'ils ont
dit  la prparation. Ensuite, nous reviendrons tourner autour d'ici  la recherche
de notre contact, et si nous ne le trouvons pas d'ici ce soir, nous repartirons.

Ils acceptrent tous positivement le plan de Ort, particulirement Terr qui n'apprciait
dj gure la tournure que prenaient les vnements.

Le jour se levait  peine, il n'y avait encore presque personne dans les rues, quelques
personnes les regardrent de travers.

- C'est dingue toutes ces maisons en hauteur, s'tonna rianos.

- Oui, ils doivent tre bizarres les gens par ici, lui rpondit mi.

- Dpchons-nous, les gens se rveillent, il nous faut des vtements rapidement,
sparons-nous ici et deux par deux dans ces trois directions, de retour ici dans
un dixime de dixime.

Ort partit avec Machiann vers le nord-est, mi avec Terr vers l'est, et Ourstanove
avec rianos vers le sud. Ort et Machiann arrivrent rapidement en face du port,
et durent prendre vers l'est. Ourstanove et rianos n'eurent pas beaucoup plus de
chance au sud, ne trouvant rien de convenable. C'est mi qui dfona la devanture
d'un magasin d'habit, dclenchant au passage l'alarme. Les quatre autres eurent le
mme rflexe de se diriger vers le son  de la sirne quand ils l'entendirent, s'imaginant
bien que l'un d'eux devait bien en tre  l'origine.

Il trouvrent rianos et mi habills en short et chemise, et ne purent s'empcher
de rire. Ceux-ci n'apprcirent gure leurs remarques.

- a va les mecs, eh, vos gueules ! C'est tout ce qu'il y a, si vous voulez rester
tout nu c'est votre problme, s'nerva mi.

- Et regardez, j'ai un pur short  fleurs, trop classe, je prends, rigola Ourstanove.

- On se MAGNE ! hurla Ort, et prenez le max d'habits, il nous faudra cacher des armes
 l'intrieur.

Les six hommes amassrent en quelques dizaines de secondes tous les habits qu'ils
purent, Machiann montait la garde. Quand il vit un peu trop d'animation dehors, il
les avertit et ils s'apprtrent tous  partir. Ils durent attendre rianos.

- rianos ! Magne-toi ! lui hurlrent-ils.

Ils furent tout  fait paniqu quand ils entendirent au loin des sirnes se rapprochant.

- Bordel, a doit tre pour nous, mi, Machiann, Terr, venez avec moi, Ourstanove,
va chercher rianos et magnez-vous de nous rejoindre, hurla Ort qui finissait d'enfiler
un short trop petit pour lui.

Ourstanove dut aller chercher rianos dans l'arrire boutique alors qu'il revenait
les bras chargs de couvertures.

- Mais qu'est-ce que tu fous, grouille, il y a des sirnes, c'est peut-tre pour
nous ! Et qu'est-ce que tu fiches avec ces couvertures !

- Aide-moi ! Elle nous serviront si nous devons dissimuler des armes !

Il partirent rapidement en courant, et trois minutes plus tard couraient aux cts
de leurs compagnons. Ils coururent pendant dix minutes  un rythme soutenu, transportant
dans leur bras tous les habits qu'ils avaient rcupr, puis s'arrtrent enfin dans
une rue plus calme, pour finir de s'habiller et se mettre correctement.

- Bien jou pour les couvertures, rianos, flicita Ort.

- Eh ! Mais ce ne sont pas des couvertures ! Regardez ! C'est un peu comme une robe
!, s'exclama Terr en enfilant la couverture qui avait une ouverture pour passer la
tte, et tombait un peu comme une toge.

- a me rappelle les tenues des prtres reptiliens primitifs", remarqua Ourstanove.

- C'est vrai, avec un peu les couleurs, a ressemble", acquiesa rianos.

- Bon, enfilez-en un chacun, combien en a-t-on ?, demanda Ort.

- Huit, lui rpondit mi, et que fait-on des habits qu'il reste ?

- Dbarassons-nous-en, recommanda Ort, il ne faudrait pas qu'on nous reconnaisse
si nous les transportons avec nous.

Ort garda l'arme qu'il avait prise sur l'homme sous son nouvel apparat. Ils s'arrangrent
tous, puis repartirent en formation, mi devant, suivi de Ort et rianos, puis Terr,
Ourstanove et Macchiann en arrire. Ils retournaient en direction de leur point d'arrive,
en esprant trouver l-bas le contact qui devait les renseigner pour leur mission.
D'une certaine faon, Ort esprait qu'ils ne le trouveraient pas, et qu'ils pourraient
repartir au plus vite sans d'autres formalits.

Ils vitrent soigneusement les environs du quartier o ils avaient vol les habits,
et espacrent encore plus les trois groupes, pour limiter les chances que tous se
fassent attraper simultanment. Ils marchaient sans bruit, toujours  l'afft d'un
signe de leurs camarades.

La rue devenait plus vivante, des passants les regardaient d'un air un peu curieux,
des vhicules circulaient dans la rue, ils regardaient d'un air bahi ce monde qu'ils
ne connaissaient pas, ce calme apparent, cette paix qu'ils n'avaient jamais connue.

Ort l'avait repr, il savait qu'il allait les aborder. Ce fut le cas, un homme,
jeune, s'approcha de lui et lui parla dans une langue qu'il comprenait. Il parlait
dans la langue d'Adama, qui restait assez proche de sa propre langue.

- Depuis quand tes-vous arrivs, demanda l'homme.

- Il y a peu, lui rpondit Ort.

- Vous avez fait bon voyage ?

- Rveil un peu frisquet mais sinon tout s'est bien pass. Nous tions juste tonn
de ne trouver personne sur les lieux.

"Oui nous avons eu quelques soucis. Nous avons d vacuer compltement, nous avons
failli tre dcouverts. Votre arrive a mme failli tre compromise, mais sur Son
insistance, n'ayant pas d'autre centre en Australie, c'est le nom du pays o nous
nous trouvons, nous avons d faire avec. Par contre vous ne deviez tre rveills
que ce soir, c'est pour cette raison que je n'tais pas prsent, mais sans doute
les appareils ne doivent pas avoir correctement fonctionn. Il faut dire que nous
ne les utilisons gure que pour nous reposer, certaines fonctions sont sans doute
 revoir. Pourtant un technicien y a jet un oeil il n'y a pas si longtemps, enfin..."

- O allons-nous ? s'impatienta Ort, il se moquait des dtails.

- Dans une ville plus au sud, lui rpondit le jeune, je suis gar  deux pas d'ici,
vous n'tes que deux ? O sont les autres ?

- Devant et derrire, lui rpondit Ort, mme pas spcialement fier que l'homme ne
les ait pas vus.

- Bien, mais, comment communiquez-vous avec eux ? Nous devons tous prendre le fourgon,
maintenant, il nous faut aller  l'aroport.

Ort ne comprit pas tout les mots que lui disait son interlocuteur, mais il fit un
signe de la main, mi, qui observait la scne de loin, prt  intervenir, tout comme
les trois autres, derrire, s'approchrent alors. Ils restrent  quelques distance
jusqu'au moment o ils durent se regrouper pour monter dans le petit car.

- O va-t-on ? demanda Terr, pas vraiment dtendu.

- Dans une ville plus au sud, nous devons prendre un avion pour nous y rendre, nous
allons donc  l'aroport, lui expliqua le jeune.

- a sera long, demanda Ort qui coupa rianos qui voulait avoir plus d'information
sur ce qu'il appelait "avion" et son fonctionnement.

- Non, si tout ce passe bien il faut compter deux heures pour arriver  Melbourne,
c'est le nom de la ville o nous nous rendons. Nous avons localis Ylraw, il est
retenu prisonnier, nous ne devrions pas avoir trop d'encombres.

Ort se renseigna pour savoir ce que le jeune appelait "heure" ; celui-ci lui donna
l'quivalent en temps d'Adama.

- Avez-vous des armes ? lui demanda mi.

- Oui, mais vous les aurez aprs notre arrive, il est plus prudent de ne pas en
avoir pendant le trajet, pour viter tout ennui avec la police."

- Vous n'avez pas le pouvoir, ici ? demanda rianos, il me semblait que vous dirigiez,
non ? Vous ne pouvez pas faire ce que vous voulez ?

- C'est plus compliqu, nous dirigeons, mais dans l'ombre, nous devons rester discrets.
Personnes ne connat notre prsence, les gens d'ici vivent tranquillement, et nous
grons l'ensemble par derrire. Nous sommes les seuls  avoir accs au tlporteur,
les gens d'ici meurent gnralement bien avant 60 annes d'Adama.

- Nous mourrons aussi bien avant 60 ans, rtorqua Terr, souvent au combat, d'ailleurs,
mais mme, nous n'avons pas accs non plus aux tlporteurs. Enfin en tous les cas
pas nous.

- Personne n'y a accs, dit rianos, nous n'en avons qu'un seul gr principalement
par Lui, qui s'en sert d'intermdiaire pour ses desseins. Mais notre problmatique
est trs diffrente de celle de ce monde, nous sommes beaucoup moins nombreux, beaucoup
plus avancs, et, avant toute chose, en guerre.

- Vous connaissez notre monde ? s'tonna le jeune  la rflexion d'rianos. Ils avaient
maintenant quitt le centre ville et roulaient en direction de l'aroport.

- Un peu, j'avais discut un moment avec la fille qui tait passe, il y a deux diximes
et quelques, elle semblait trs au courant.

- La fille, quelle fille ? interrogea le jeune, en se tournant vers lui et en ralentissant.

- Il y a deux diximes une fille est passe par Oriagoth pour se rendre ici, elle
affirmait qu'elle tait en mission d'observation pour Lui, elle ne m'en a pas dit
plus sur elle, nous avons principalement parl des diffrences entre la Congrgation,
ici et chez nous.

- Deux grands diximes ? Cela fait environ quatre petits siximes, non ? demanda
le jeune.

- Oui, pas loin.

- Trs intressant, et c'est Lui qui l'envoyait ?

- C'est ce qu'elle a dit.

- Et Ylraw ?

- Ylraw ? ne comprit pas rianos.

- C'est le nom du gars qu'on doit ramener, prcisa Ort.

- Ah, et bien ? demanda rianos au jeune.

- Quand est-il pass par chez vous ?

- Aucune ide, en tous cas je n'en ai jamais entendu parl.

- Il vient d'Adama cet enfoir ! s'tonna Ourstanove.

- Nous le pensons, dit le jeune, mais nous n'en sommes pas sr...   vrai dire nous
ne savons pas vraiment qui il est. Nous savons qu'Il s'intresse  lui, et qu'il
nous a caus beaucoup de soucis, mais son rle reste mystrieux.

- Qu'a-t-il donc fait ? demanda mi.

"Il nous a mis en pril, et a priori nous avons des suspicions sur le fait qu'il
ait fait venir une fille du labo."

"Du labo ?" questionna Terr, toujours aussi inquiet en regardant dfiler les paysages.

"Le centre d'observation d'Adama, qui se trouve en observation derrire la ceinture
lectromagntique."

"Vous tes contrls par Adama ?", s'exclama Ort.

"Oui, bien sr, c'est notre plus gros souci, d'ailleurs. C'est la raison pour laquelle
nous devons tre trs prudents."

"Et ce Ylraw, il est dangereux ?", interrompit Terr pour revenir dans un sujet qui
le proccupait plus.

"Pas directement, il semble que ce soit surtout cette fille du labo qui lui vienne
en aide, c'est ce qui nous ennuie d'autant plus, nous ne savons pas vraiment pourquoi
elle intervient. Cela faisait des sicles avant ces vnements que personne du labo
n'tait venu, nous nous demandions mme s'il y en avait encore, nous n'avons aucun
moyen de le savoir."

"Lui ne le sait pas ?", demanda Terr.

"Nous avons trs peu de contact avec Lui, hormis qu'Il nous a permit d'arriver ici,
nous vitons de nous mler de ses affaires et Lui des ntres, d'autant que nous ne
savons presque rien de Lui. Savez-vous plus de choses ?"

"Pas vraiment, la raison officielle de la mission est que ce Ylraw serait la cl
dans la prochai... Dans notre guerre actuelle", balbutia Ort, en esprant que le
jeune ne remarqut pas son lapsus.

"La cl ? C'est trs trange. Toutefois nous avons constat que ce Ylraw a une rsistance
physique assez hors du commun, ou une chance qui dpasse l'entendement, mais de l
 faire de lui une arme, j'en doute."

"Je crois plutt qu'il veut le dtruire", prcisa rianos.

"Oui, c'est ce que j'ai compris", confirma mi.

"Mais pourquoi ne pas le tuer ici, alors ?", demanda Machiann.

"En ce qui nous concerne nous avons eu ordre formel de ne pas le tuer, et de vous
le laisser, j'imagine qu'il ne veut pas uniquement s'en dbarasser, mais j'avoue
que cette histoire me dpasse", dit le jeune en haussant les paules. "Nous arrivons",
ajouta-t-il.

Il arrta le fourgon sur le grand parking proche de l'aroport, et expliqua la suite
des oprations.

"Ok, je vais vous conduire jusqu'au jet qui vous emmnera  Melbourne. Laissez ici
tout ce qui pourrait tre considr comme une arme. Voil des papiers, si jamais
une personne vous demande, montrez-lui simplement ces documents, si elle vous pose
des questions, fates croire que vous tes muets. Et pour vous dplacer fates comme
ce matin, par petit groupe, c'est une bonne ide. J'avais des habits pour vous mais
ceux que vous avez trouvs sont parfaits. Et puis je ne me rappelais pas que le grand
gabarit tait aussi norme, ils ne vous seraient pas alls de toute faon.

"Vous ne venez pas avec nous ?", s'inquita Terr.

"Non"

"Mais comment allons-nous nous retrouver une fois l-bas ?"

" l'arrive une personne viendra vous chercher, elle vous fournira des armes et
vous conduira jusqu' destination."

Ort laissa son arme,  regret, dans le petit car, et ils suivirent, toujours en formation
dgroupe, le jeune, jusqu'au jet. Le pilote ne comprenait pas leur langue, ils s'installrent
confortablement dans l'attente du dpart. Le jeune les prvint que le feu vert avant
de pouvoir dcoller pourrait prendre un certain temps. Il leur souhaita bonne chance,
et leur expliqua qu'ils seraient accueilli le soir  leur retour pour leur dpart,
mais peut-tre serait-ce une autre personne qui s'en chargera.

Une fois installs dans l'attente du dpart, ils se dtendirent un peu.

"Vous avez vu ces siges", siffla mi, "c'est du grand luxe, le jour o on aura des
trucs pareils dans nos vaisseaux !"

"La guerre sera finie...", soupira Ort.

"Vous avez vu le monde ? Et vous avez vu toutes ces femmes, comme elle sont belles
!", continua mi.

"Oui, franchement, je crois que je resterais bien ici, je me demande si on ne pourrait
pas laisser tomber la mission et nous installer dans un coin de ce paradis, comment
pourraient-ils nous retrouver ?", suggra Ourstanove.

"C'est moi qui te retrouve et te tue, si tu fais a", dit Ort autoritairement, "tu
oublies vite nos femmes et nos enfants. Nous ne sommes pas d'ici, nous n'avons rien
 faire ici, et nous serions ici comme des voleurs, je devrais te foutre au trou
pour de telles paroles !"

"Oui, je refuse de vivre cach, mme au paradis", lana Machiann.

"Oh a va stressez pas, je plaisantais, et puis c'tait juste l'histoire de deux
trois jours, pour dcouvrir un peu les filles d'ici", rigola Ourstanove.

"Il te faudrait dj dcouvrir les filles tout court", lui rtorqua mi en rigolant.

"T'as gueule toi, je l'ai dj fait !", rpondit Ourstanove nerv.

"Ah oui, avec quelle main ?", s'exclama rianos en rigolant.

"Connards ! Vous n'tes qu'une bande de jaloux ! Vous savez trs bien que j'ai pass
une nuit avec Ramanelle sur den 2, le soir du nouvel an."

"Ah c'est vrai ! La petite Ramanelle, c'est vrai qu'elle est jolie, cela dit il ne
vaut mieux pas que son pre l'apprenne, je crois qu'il l'a dj destine", lui dit
Terr.

"Destine ?  qui a ?", s'inquita Ourstanove.

" son Prince, petit idiot, Molot", dit mi.

"C'est qui ce naze ? Elle ne m'en a pas parl ?", rajouta Ourstanove, offusqu.

"Le jour o tu lui arriveras  la cheville, ce que je doute qui arrive, tu pourras
peut-tre te permettre de parler de lui en ces termes, en attendant, ne t'avise pas
d'tre injurieux envers lui", dit Ort d'une voix forte qui ramena le silence.

"C'est celui qui a repris Elzaor aux reptiliens, et qui a russi  librer ma de
leur griffe, seul", lui souffla Terr, assis prs d'Ourstanove.

L'atmosphre se dtendit de nouveau quand l'avion dcolla, et ils restrent tous
les yeux carquills colls aux hublots  contempler le paysage. C'tait moins beau
que les paysages verdoyants d'den 2, mais ces derniers taient souvent parsems
de la marque de la guerre. den 2 avait un climat beaucoup plus homogne que la Terre
car les zones les plus chaudes taient presque exclusivement recouvertes d'ocans,
crant une grande quantit d'vaporation et qui profitaient, au gr des vents, associs
aux courants marins,  l'ensemble des deux hmisphres.

Dpart
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Ils arrivrent sur Melbourne vers le moment le plus chaud de la journe. Une personne
parlant leur langue vint les rejoindre. Ils le salurent ; il leur expliqua la suite
des oprations.

"Nous avons un petit souci, nous l'avions repr mais il a pris la fuite, toutefois
nous avons un mouchard sur une personne qui devrait tre avec lui, et nous devrions
avoir confirmation dans une petite demi-heure", dit l'homme, jeune, habill dcontract,
en les guidant vers les btiments principaux de l'aroport pour sortir.

"Nous avons parcouru combien de distance ?", demanda rianos.

"Depuis Sydney ? Environ 600 miles je dirais". Indiqua le jeune en base dix.

"Euh, a fait quoi 600 miles ?", s'interrogea Terr.

"900 kilom... Euh... Un peu moins que 900 quadri-pierres d'Adama", rectifia le jeune.

Il parla en base adamine, en base six, soit quatre fois six puissance quatre, plus
trois fois six puissance 3, ce qui fait approximativement 972 en base dix. Un quatri-pierre
reprsentant un peu plus d'un kilomtre. L'unit de distance d'Adama, la pierre,
remontait  la lointaine priode o les hommes vivaient presque exclusivement dans
les grottes,  l'abri des reptiliens. La pierre d'Adama tait la distance de solidification
d'une roche sur une plaque de fer, sous un feu de htre,  une certaine priode de
l'anne. Cette distance reprsentait environ quatre-vingt centimtres.

"a ne me parle pas beaucoup plus", se plaignit Terr.

"Dans les six cent mille barres", convertit rianos.

Les hommes de l'Au-del, sur den 2, avaient voulu marquer leur sparation lors de
leur dpart de la Congrgation, ils taient passs en base dix, et leur nouvelle
unit de longueur tait la taille de la toute premire barre de mtal forg par les
nouveaux hommes, environ un mtre cinquante.

"Oui, ces engins ne vont vraiment pas trs vite", confirma rianos avant que Terr
n'ait pu s'en rendre compte par ses propres calculs.

"Ouahou ! Regarde la fille l-bas, elle a presque pas d'habits !", s'cria Ourstanove
quand ils arrivrent dans le hall de l'aroport.

"Moi je suis plutt fan de celle-l", siffla mi en s'merveillant devant une superbe
noire.

"Quand je vous disais que c'tait le paradis !", gloussa Ourstanove.

"On se calme les mecs, je ne crois pas qu'on ait permission de tirer notre coup,
de toute faon", dit Machiann d'un ton un peu nerv.

"Oh la la ! Toi et tes prceptes militaires, on peut bien profiter un peu des -cts
!", lui rpondit mi en lui filant une tape dans le dos.

"Machiann a raison", s'nerva Ort, "nous ne sommes pas ici pour le plaisir, et le
moins nous voyons de ce monde, le moins nous serons distrait de notre mission. Notre
monde  nous est en guerre, et nos femmes sont dignes !"

Ils se turent tous, le jeune les coutait, amus. Ils sortirent de l'aroport et
finalement arrivrent, aprs un petit quart d'heure de marche,  la fourgonnette.
Le jeune leur prsenta le chauffeur, qui ne parlait pas leur langue, il leur assura
toutefois de la confiance qu'il pouvait lui faire. Il leur indiqua ensuite un petit
radar.

"C'est un modle sommaire des anciens localisateurs des combinaisons de combat Adamine,
ce modle fait partie des rares modles qui avait t amens ici. Ce n'est pas Ylraw
qui porte l'metteur mais nous avons de bonnes raisons de penser qu'il n'en est pas
loin."

"Mais a date de quand cet appareil ?", demanda rianos, intrigu.

"De la dernire venue des gens du labo, environ, il y a quelques sicles", lui rpondit
le jeune.

"Dis donc, c'tait du bon matos, et c'est pas trop naze compar  nos modles", siffla
mi.

"La Congrgation est toujours en avance sur nous, mi", lui dit rianos d'un voix
presque triste.

"Pas en matriel de combat", prcisa Machiann alors qu'ils montaient dans le petit
bus et qu'ils partaient.

"Je ne parierais pas", dit rianos, "ils n'ont peut-tre plus aucune culture militaire
depuis des millnaires, mais ils n'ont pas pour autant aucune dfense, leurs artificiels
gardent efficacement l'espace de la Congrgation."

"Pourquoi veut-Il atta..." commena  dire Ourstanove avant d'tre couper svrement
par Ort, "Tais-toi donc un peu, o je te tranche la langue  la premire occasion
!"

Ourstanove savait que son frre ne plaisantait pas, il rougit presque et resta silencieux.
rianos, qui avait compris sa question, lui glissa  l'oreille, "nous ne sommes qu'une
pice sur l'chiquier, Il contrle bien d'autres mondes, Il doit sans doute sentir
le moment propice".

"Tais-toi, rianos ! Nous avons dj une guerre, c'est bien suffisant", coupa Ort.

"Pourtant cette guerre est de leur faute, et si nous pouvions reprendre notre d,
nous pourrions laisser den 2", suggra Terr.

"Laisser den 2 ? Toutes les plantes de la Congrgation ne remplaceraient jamais
den 2, et j'y mourrai, que ce soit, je l'espre, de vieillesse, ou en combattant
!", s'cria Machiann. Ses paroles jetrent un froid, et tous pensrent  leur famille,
 leurs amis tombs aux mains des reptiliens.

Ils avaient rejoint l'autoroute qui les conduiraient vers le centre de Melbourne.
Ort s'inquita de ne pas voir d'armes dans le car. "Oui j'avais jug plus prudent
de ne les prendre qu'au dernier moment, les contrles de police ne sont pas si rares.
Je pensais qu'un contrle nous retarderait beaucoup trop si nous tions pris avec
des armes  feu dans le car. Mais dsormais qu'Ylraw bouge, nous allons aller directement
le rcuprer, ce serait risquer de perdre du temps", dtailla le jeune, qui se prsenta
finalement comme Glendaeur.

"Sans armes, mais y parviendrons-nous ? S'il vous donne tant de mal ?", lui demanda
Ort.

"Il n'est pas directement dangereux, il est par contre malin et trs rsistant, et
il a beaucoup de chance, mais je ne crois pas que six d'entre vous puissent avoir
le moindre mal  le matriser", lui rpondit Glendaeur. "Surtout qu'il a semble-t-il
t bless dernirement."

"Depuis combien de temps le recherchez-vous ?", posa Ourstanove.

"Et bien,  vrai dire a fait un bout de temps qu'il nous cause des soucis", rpondit
embarrass Glendaeur.

"Combien de temps, combien d'hommes avez-vous perdu ?", demanda Ort, intrigu.

"S'il est vraiment la cl comme Il le dit, a ne peut pas tre aussi simple", rajouta
Terr.

"Nous l'avons repr il y a environs deux... Soixante jours, depuis nous l'avons
captur deux fois, mais il s'est vad. Il ne nous a pas directement caus de perte,
c'est cette fille du labo, en lui venant en aide, qui nous a fait perdre six personnes,
au cours d'une explosion, mais elles avaient des sauvegardes, rien de grave", expliqua
enfin Glendaeur.

"Des sauvegardes ?", ne comprit pas Ourstanove.

"Les gens de la Congrgation, tout comme certains ici je suppose, utilisent les tlporteurs
comme moyen pour sauver leurs esprits et pouvoir revenir dans un nouveau corps si
besoin, c'est ce qui explique aussi leur norme longvit", lui dtailla rianos
; "quel ge avez-vous, Glendaeur ?"

"Je ne sais pas exactement, j'ai vcu vingt-quatre annes d'Adama sur ve avant de
partir, lors du Libre Choix. Ensuite, j'ai vcu trois cents ans d'une plante intermdiaire,
thioque, dans l'Au-del, qui servait de relais avec la Terre, et enfin je suis venu
ici, il y a tout juste huit cents annes terrestres. Donc au total, en annes d'Adama,
cela doit faire dans les mille ans. Les annes sur thioque taient plus longues,
et celles d'ici sont plus courtes, mais je ne sais pas exactement de combien."

"Et a fait combien pour chez nous, a, rianos ?", demanda Ourstanove.

"Je ne sais pas trop, je crois que l'anne d'den 2 est un peu plus courte que l'anne
d'Adama, mais je ne sais pas de combien, a doit faire dans les mille deux cents
ans, peut-tre..."

"Ouah ! C'est dingue, dire que nous on dpasse rarement les quatre-vingt ans, pourquoi
on ne fait pas pareil ?", s'tonna Ourstanove.

"C'est contre nos rgles", dit Ort autoritairement.

"C'est Lui, en partie, ce sont ses rgles qui nous on permis d'voluer aussi vite
; sans pression du temps, nous aurions sans doute t crass par les reptiliens
depuis longtemps...", rajouta rianos, pas entirement convaincu de ce qu'il disait.

Ils furent interrompus par une sirne de police. Le chauffeur parla  Glendaeur dans
une langue que Ort ne comprit pas. De toute vidence, il y avait un soucis. Ils roulaient
depuis un petit moment  vive allure en direction de Melbourne. Ils durent s'arrter
sur le bord de la route. Glendaeur descendit immdiatement et alla voir les quatre
personnes en uniforme qui s'approchaient de leur vhicule.

Glendaeur discuta une dizaine de minutes avec l'agent, puis revient vers le car.
Il s'entretint avec le chauffeur, puis expliqua la situation  Ort.

"Nous devons les suivre", dit-il d'un ton de dception.

"Qu'est-ce que cela signifie ?", demanda Ort inquiet.

"C'est une manoeuvre de ma hirarchie, nous avons un conflit avec Lui, et j'avais
initialement reu l'ordre de ne pas vous aider. J'ai t dnonc", nona Glendaeur
d'une voix calme.

"Je ne comprends pas", rpondit Ort, "en quoi seriez-vous oppos  l'arrestation
d'Ylraw, et d'autre part pourquoi trahissez-vous votre direction ?"

"Disons que notre direction a un compte en souffrance avec Lui, et par consquent
a dcid de ne plus collaborer", dit Glendaeur. "Quant  pourquoi je tente tout de
mme de vous aider, c'est que je pense que cet tat de fait est stupide et nous sera
prjudiciable dans le futur."

"Mais que va-t-il se passer alors ?", demanda mi, "notre mission est foutue ?"

"Je n'en sais rien. Je vais tenter d'en savoir un peu plus une fois au poste de police,
sinon il faudra passer en force", analysa Glendaeur.

"Passer en force ? Mais nous n'avons aucune arme, et si vous tes majoritairement
contre nous nous n'aurons aucune chance", s'tonna Ort.

"C'est risqu, certes, mais nous ne pouvons pas ragir  dcouvert, et devant le
fait accompli nous ne ragirons pas", prcisa Glendaeur.

"Quand devra-t-on agir, alors ?", demanda Machiann, impatient qu'il se passt enfin
quelque chose.

"Pas pour l'instant, il y a trois voitures de police qui nous escortent nous n'aurions
aucune chance, il vous faudra sans doute tenter votre chance quand nous arriverons,
et qu'ils baisseront peut-tre leur garde. Une chance que nous n'ayons pas d'armes,
cela leur donnera une raison de moins de vous retenir. Nous n'avons pas d dire grand
chose  la police, sans doute n'avons-nous que dcrit un camion avec des gens arms
 l'intrieur, ou dangereux. Je pense que la police a peu d'informations sur vous,
ils seront sans doute plus prudents  mon gard, mais si vous jouez les idiots, ils
pourraient vous relcher rapidement. Pour l'instant Ylraw ne bouge pas, nous avons
un peu de temps."

"Mais, o nous emmnent-ils ?", demanda mi.

"Au poste de police pour nous interroger. Mais si vous ne fates aucune action, ils
ne peuvent rien vous faire. Ne vous inquitez pas, ici par dfaut vous serez considrs
comme innocents. Est-ce que Marti vous a donn des papiers ?"

"Oui", rpondit Ort en sortant un portefeuille de sa poche.

"Parfait, vous tes des touristes israliens, six frres, des sextupls", dit Glendaeur
aprs avoir jet un oeil aux papiers, "c'est trop gros pour ne pas passer. Une fois
au poste, prenez l'air inquiets, posez plein de questions en montrant vos papiers,
ils ne seront pas quoi faire de vous et en une heure ou deux ils devraient vous laisser.
Ils feront de mme avec le chauffeur et vous pourrez repartir. Je vous laisse le
localisateur.  partir de maintenant, ne m'attendez plus, agissez sans moi."

Glendaeur s'adressa ensuite au conducteur, rptant ses dernires recommandations.

"Comprennent-ils notre langue ?", questionna Ort.

"Non, enfin il y a peu de chance, une langue ici ressemble normment  la notre,
mais je ne pense pas qu'il la parle au poste de police. Ne dites pas n'importe quoi,
toutefois", dit Glendaeur avant d'tre accompagn dans une voiture de police.

Les voitures de police les escortrent jusqu' une station  quelques kilomtres
de l. Une armada de policiers ouvrit les portes arrires, tous armes, Machiann
et mi eurent un semblant de raction.

"On ne bouge pas", ordonna Ort, "Ne montrez aucun signe d'animosit, tout le monde
reste calme"

"Mais s'ils ne sont pas vraiment aussi inoffensifs que la dit le gars ?", s'inquita
Ourstanove.

"De toute faon, ils sont beaucoup plus arms que nous, pour l'instant nous n'aurions
aucune chance, alors autant suivre les recommandations de Glendaeur, je n'avais pas
l'impression qu'il jouait la comdie.", poursuivit Ort alors que les policiers les
faisaient descendre un par un du fourgon en les fouillant au passage.

"Bah, comment savoir, ils ont tellement des comportements tranges par...", Erianos
fut coup par un ordre d'un des policiers, qu'il ne comprit pas.

"Qu'a-t-il dit ?", s'effraya Terr.

"Je n'en sais rien", lui rpondit Ort sans baisser de ton, "sans doute de nous taire,
mais faisons comme si nous n'avions pas compris, poser leur des questions, comme
l'a dit Glendaeur. Montrez vos papiers du doigt."

Les policiers avaient rcupr lors de la fouille le localisateur et les papiers
des six compagnons, et ceux-ci commencrent, comme demand par Ort,  s'avancer doucement
vers les deux personnes gardant leur papier, en posant toute sorte de questions.
Quant au chauffeur, il prtendait tre muet et restait calmement aux cts de Ort,
sans broncher.

"Pourquoi nous avez-vous arrt ?", "Quand est-ce qu'on pourra partir ?", "Est-ce
qu'on peut rcuprer nos papiers ?"

Les policiers, voyant qu'ils ne parlaient ni ne comprenaient l'anglais, furent dcontenancs
en tentant de les contenir. Quand ils furent assurs qu'ils taient inoffensifs et
non arms, ils les dirigrent finalement dans une salle d'attente, o les six soldats
continurent leur mange, harcelant de questions le policier qui gardait la pice.

Ort commena mme  hausser la voix, quand il fut persuad que les policiers s'attendaient
 les trouver arms et que sans cet lment, ils n'avaient plus de raison de les
retenir. Rapidement d'autres policiers arrivrent, et, aprs un quart-d'heure de
remue-mnage, ils furent enferms dans une petite salle.

"Qu'est-ce qu'ils veulent, bon sang !", s'nerva Machiann.

"Ils nous font perdre du temps, simplement", analysa mi.

"Ils ne vont pas nous relcher", dit calmement Ort, "Encore un demi-dixime et nous
tentons de partir par nous-mme"

"Partir par nous-mme ? Mais comment, il nous faut le localisateur et nos papiers,
sinon nous n'arriverons pas  revenir  notre point de dpart", objecta rianos.

"Nous avons eu plus compliqu, comme mission, non ?", dit Ort d'une voix autoritaire.

"C'est vrai, a ne devrait pas tre trop sorcier de leur fausser compagnie en rcuprant
les papiers et le localisateur.", marmonna Machiann en jetant un oeil par la petite
vitre au milieu de la porte.

"Toutefois, nous devons agir prudemment, aucune action violente, sauf en riposte.",
continua Ort, "Je m'occupe du chauffeur, il sera avec moi, Machian et mi, vous vous
dbrouillez pour rcuprer les papiers, rianos et Ourstanove, vous allez ouvrir
la voie en vous arrangeant pour faire le tour des locaux."

"Et moi ?", demanda Terr.

"Occupe toi du chauffeur, plutt, moi je resterai en attente au cas o".

"Mais comment va-t-on sortir d'ici ?", s'inquita Ourstanove.

"On peut toujours faire croire que l'un de nous est malade, ils le feront peut-tre
sortir, et il pourra faire le tour des btiments", proposa rianos.

"Bonne ide", confirma Ort, "Ourstanove tu fais le malade, rianos tu l'aides, tu
es celui qui verra le plus de choses."

"Mais je fais quoi comme maladie ?", interrogea Ourstanove.

"N'importe, on s'en fout, tousse, fait croire que tu vas vomir, je sais pas", s'nerva
mi, il n'aimait pas tre enferm.

Mais ils n'eurent pas le temps de mettre leur plan en pratique, dix minutes plus
tard deux policiers vinrent les chercher. Ils les suivirent sans rticence.

rianos vit le localisateur, Machiann la sortie, et Ort dcida en un quart de seconde
qu'ils s'enfuiraient alors.

"Machiann, tu rcupre le localisateur, les autres suivez-moi !"

Ils prirent tous les policiers par surprise et partirent en trombe, Machiann renversa
sans encombre deux policiers qui lui barraient le passage aprs qu'il ait rcupr
le localisateur, et rattrapa les autres dj loin, retard simplement par le chauffeur
qui n'arrivait pas  suivre leur rythme incroyable.

Une fois dehors, Ort ordonna qu'ils se sparassent, et donna le point de rendez-vous
trois kilomtres au Nord, vingt minutes plus tard.

Ils y furent tous en temps et en heure, aucun des policiers n'ayant suffisamment
de souffle pour les rattraper.

La suite fut vite expdie, il trouvrent un petit bus convenant  leur besoin, assommrent
son conducteur dans une rue sombre, et finirent leur emplette quand Ourstanove s'extasia
devant un magasin d'armes mdivales. Le localisateur indiquait toujours Ylraw au
mme endroit, et ils s'y rendirent doucement, pour ne pas faire remarquer leur vhicule.

Ylraw
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Station
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Jour 187
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Ah, les rveils ne sont pas encore un pur bonheur ; leur resterait-il encore quelques
marges d'volution ?

D'autant moins un moment agrable qu'une htesse virtuelle, pourtant charmante, aprs
un rapide message de bienvenue, me presse de me dpcher  sortir du tlporteur
pour laisser ma place. Un vtement blanc-crme simple et ample, toujours avec une
couche-culotte intgre, est mis  ma disposition dans la petite capsule o je me
trouve. J'ai  peine le temps de regarder par le minuscule hublot et de comprendre
que je me trouve dans un vaisseau en orbite, vraisemblablement autour de la plante
Adama qui, majestueuse, dfile avec la rotation du vaisseau.

Ressentant une pesanteur, j'en dduis que celle-ci doit tre artificiellement cre
par le mouvement de rotation rapide de la station orbitale. Je m'apprte  sortir
quand la mme charmante personne rapparat pour me signifier l'oubli de mon bracelet.
Je le rcupre rapidement et sors de la petite capsule.

Je me retrouve dans un large couloir donnant sur d'immenses baies vitres qui me
permettent, alors, de vraiment contempler Adama. Je me sens plus lger que d'accoutume,
la pesanteur artificielle ne doit pas tre aussi forte que celle  laquelle je me
suis habitu sur Stycchia. Pourtant la rotation de la station semble trs rapide.
Je reste quelques minutes accoud sur le petit rebord, le nez presque coll  la
vitre, admirant la vue magnifique. Dans l'espace ! Je suis dans l'espace ! Ah ! Vie
!  Que me fais-tu donc faire ? O m'emmnes-tu donc ? C'est dingue...

Une voix, sans doute l'artificiel du vaisseau, se prsente, "Samrane". Il me souhaite
la bienvenue et m'indique que Pnople, dj arrive, m'invite  la rejoindre  la
surface. Samrane m'explique comment rejoindre ce qu'il appelle surface ; j'en profite
pour lui demander quelques renseignements sur la station. Celle-ci existe depuis
plus de 2200 annes d'Adama, soit plus de 3500 annes terrestres ! C'est un immense
cylindre aplati de plus de dix kilomtres de rayon, un anneau immense qui tourne
sur lui-mme en un peu moins de six minutes et cre par ce biais l'quivalent d'un
tiers de la pesanteur de la surface d'Adama. Ceci au niveau qu'il appelle la "surface"
du vaisseau. La pesanteur tant un peu plus leve au niveau des tlporteurs, situ
 la priphrie.  mon niveau, ma vitesse dans la rotation de la station est de prs
de sept cents kilomtres par heure.

Samrane me conduit jusqu' un ascenseur qui se rvle tre un immense tube qui traverse
l'intgralit de la station, d'un ct  l'autre. Je m'approche de l'extrmit du
tube et quand je pose un pied  l'intrieur, une plaque mtallique, un peu le mme
principe que pour accder aux sous-sol des btiments sur Stycchia, apparat sous
mes pieds. Ensuite des bras sortent de cette plaque pour venir former autour de moi
une petite barrire arrondie ; une mesure de scurit j'imagine. Samrane m'explique
que ce tube baigne dans plusieurs puissants champs magntiques qui lui permettent
de piloter indpendamment les nacelles.  Une fois la nacelle en route, ma position
 l'intrieur du tube m'apparat virtuellement, et je peux commander mes dplacements.
Cette reprsentation virtuelle me donne aussi l'occasion de voir la station dans
son ensemble. Et, comme j'en aurai la confirmation quelques secondes plus tard, d'enfin
comprendre que la "surface" de la station est en ralit la partie interne du cylindre
qui reprsente le niveau suprieur.

Je suis tonn alors de dcouvrir que cette "surface" est une immense bande de presque
cinq kilomtres de large qui fait tout le tour de la station. Et ce n'est pas du
tout un amas de structure mtallique comme le reste de la station, c'est la nature,
c'est une bande de terre recouverte d'herbe, d'arbres, de maisons, de rivires...
Le rayon de la station tant d'un peu plus de neuf kilomtres  ce niveau l, cette
bande de terre a donc une surface de presque trois cent kilomtres carrs. Samrane
m'explique que des personnes restent souvent plusieurs jours ou semaines ici avant
de partir chez eux ou sur Adama. La population de la station est compose de cent
cinquante mille personnes qui sont l depuis plus de trois mois, et de deux cent
 quatre cent mille personnes qui ne sont l que de passage. Actuellement la population
est de quatre cent quatre-vingt mille personnes. Tout ce petit monde pourrait mme
habiter en surface, sans utiliser les sous-sols, o il doit quand mme se trouver
en majorit. Sur les trois cents kilomtres-carrs la densit serait alors de mille
six cents habitants au kilomtre-carr, bien loin des vingt-quatre mille de Paris...

Je suis  peine impressionn par ces chiffres, que j'oublie bien vite, plus sidr
par le bleu du ciel. Je viens de sortir du tube et je marche dans une petite alle
pave o des passants tranent tandis que d'autres discutent assis sur les bancs
disposs a et l, ou encore sur les petites terrasses devant les maisons. Le ciel
est d'un superbe bleu, il y a des petits nuages, le rendu est vraiment incroyable.
Je me demande si c'est virtuel ou bien la ralit, mais Samrane m'explique que la
surface se trouve sous une immense bulle filtrante de trois kilomtres de haut qui
transforme les rayons du soleil de la mme faon que le fait l'atmosphre d'Adama.
Ainsi le ciel apparat bleu comme si on se trouvait rellement sous plusieurs centaines
de kilomtres d'atmosphre plantaire. De plus, la station cre artificiellement
un cycle de jours et de nuits, et la nuit la surface de la bulle devient quasi-transparente
pour avoir vue sur les toiles, Adama, et le soleil du systme.

C'est quand mme cool... Dire que gamin je restais extasi devant les vues d'artistes
de stations dans ce genre. Si j'avais imagin alors qu'un jour je me baladerai 
la surface de l'une d'elle !  Samrane m'invite  prendre une abeille pour rejoindre
Pnople. J'y vais tranquillement, je ne matrise encore que partiellement ce genre
de bestiole. J'en profite quand mme pour prendre un peu d'altitude et avoir une
vue d'ensemble sur le joli paysage bois et tranquille. On se croirait vraiment en
dessus d'un coin paum d'Ardche ou des basses-Alpes, si ce n'tait l'impression
bizarre que donne l'horizon coup  quelques kilomtres de l, comme si le ciel tombait
d'un coup... Je me demande bien qu'elle impression a fait de se trouver  ct du
bord de la station... La surface cylindrique ne parat non plus pas trs naturelle,
quand on la voit disparatre en hauteur, comme si elle remontait vers le ciel. Je
vole doucement  une centaine de mtres au-dessus du sol, Samrane me donne un plan
virtuel avec l'endroit o se trouve Pnople. Elle m'attendait en se promenant dans
un superbe parc rempli de fleurs de toutes les couleurs. Ah ! Quel accueil va-t-elle
me rserver ? C'est un peu au jour le jour ces dernier temps, nous sommes un jour
ensemble un jour pas...

- Ah te voil enfin ! a fait des heures que je t'attends !

Elle a l'air plutt dtendue, c'est une bonne nouvelle.

- coute je fais ce que je peux, je ne contrle pas ces tlporteurs, sinon tu imagines
bien que j'aurais fait mon possible pour venir t'accueillir directement  la sortie
de ta capsule.

Elle me fait un sourire et prend la voix que j'aime.

- Oh c'est gentil, je n'y ai mme pas pens pour toi...

- J'ai vu... Les autres sont arrivs ?

- Je crois que Iurt et Guerd sont l, mais je ne les ai pas vus, mais il y a un monde
fou, apparemment il se prpare une confrontation importante au congrs.

- Tu penses que c'est pour nous ?

Pnople vient vers moi et me prend par la main. Confiant de ce signe positif, je
lui fais un long baiser.

- Non, c'est un problme avec une gamine des plantes rebelles.

- Les plantes rebelles ?

Elle m'invite  m'asseoir dans l'herbe et se place la tte sur mes jambes. J'aime
assez quand elle me possde un peu...

- Oui c'est un groupe de plantes prs des limites de la congrgation o pratiquement
tous les jeunes vont se retrouver. Ils revendiquent pas mal de choses et sont souvent
la cause de dbats enflamms au congrs...

Elle se retourne et me pousse pour me faire allonger avant de s'tendre sur moi.

- Enfin, quoi qu'il en soit les autres ne seront pas l avant un jour ou deux voire
plus, alors nous allons devoir nous occuper entre temps...

Je dis avec un sourire au coin des lvres :

- Hum, tu penses  quelque chose en particulier ?

Elle m'embrasse et sourit :

- Non je ne pensais pas  a... Mais maintenant que tu le dis...

Elle passe sa main entre elle et moi et caresse mon sexe, mais elle se relve aussitt
:

- Mmm, intressant... Mais cela dit j'ai mieux  te proposer.

- Vraiment ? Tu m'intresses.

Elle me sautille autour, je ne l'ai jamais vue aussi enthousiaste, a fait vraiment
plaisir  voir, je me laisse prendre au jeu et la bouscule un peu. Elle vite mes
attaques en trottinant autour de moi.

- Il est encore tt, le jour s'est lev il y a peine quelques heures et j'irais bien
faire un tour en vaisseau, c'est le moment ou jamais.

- Ah, mais tu peux en emprunter ?

- Bien sr... !

Elle se rapproche de moi et m'enlace, parlant doucement :

- a te dirait que je t'emmne en balade pour la journe ?  Accessoirement on pourrait
faire une pause pour s'adonner  ce  quoi tu penses, tu aimes bien ma robe, on dirait...

Je souris de nouveau. Saloperie de bracelet enfant !

- Ben oui ce serait bien, d'autant que a te fera plaisir de retrouver les joies
du pilotage. Tu crois que je pourrais prendre un vaisseau moi-aussi ?

- Non a serait trop compliqu, comme tu n'as qu'un bracelet enfant on ne pourrait
pas faire grand chose, c'est mieux que tu montes avec moi.

- Bon d'accord.

- Tu prfres manger un bout avant de partir ou alors nous djeunerons dans un moment
?

- Non nous pouvons y aller tout de suite, sauf si tu as faim, mais moi je n'ai pas
du tout faim.

- Oui c'est normal tu viens d'arriver, et moi j'ai dj mang un peu en attendant.
Allons-y alors.

Nous partons tout deux en abeilles pour rejoindre un des tubes, puis nous remontons
vers le centre de la station. Pnople m'explique que c'est l o la force d'inertie
est la moindre, et donc permet de dpenser moins d'nergie pour maintenir les vaisseaux.
En quasi apesanteur nous traversons quelques couloirs pour arriver finalement en
face d'un vaisseau disponible. C'est un vaisseau ressemblant  un gros avion de combat,
dont on voit les deux prominents racteurs sur le ct. Pnople m'explique que
c'est loin d'tre le top du top, mais qu'elle aime bien un peu de rusticit d'autant
que ce vaisseau  un caractre comme elle les aime.

Un vaisseau spatial ! Enfin ! Enfin me voil dans le futur !

C'est un petit vaisseau trois places qui peut transporter quelques marchandises mais
sert principalement  des petites sorties. Dans le pass il avait servi comme vaisseau
de combat, mais depuis la fin du travail obligatoire et le remplacement par des drones
artificiels, tous ces vaisseaux taient dsormais utiliss  des fin ludiques. Mais
c'est son pass militaire qui rendait l'artificiel du vaisseau un peu plus agressif
que les gentils vaisseaux tout confort que prfre la majeure partie des gens.

Aussi faible soit son confort, je suis tout de mme trs bien install, sans combinaison,
dans un sige pousant ma forme et m'enlaant au niveau des jambes, du ventre et
des paules pour me maintenir en position. Les deux petits hublots de part et d'autre
de mon sige sont minuscules, mais rapidement, une fois le vaisseau en route, la
surimpression artificielle rendait transparente l'ensemble de la structure du vaisseau,
et je pouvais ainsi voir Pnople et l'extrieur sans aucune gne.

J'ai le coeur qui bat ! J'ai jamais trop aim les manges...

Le vaisseau bougea doucement pour se dcoller du sol et sortir dans un sas intermdiaire
avant de quitter la station d'o arrivaient et partaient des centaines de vaisseaux,
grands et petits, larges ou fins. Voil enfin une vision digne de science-fiction
! Je n'avais jusqu'alors vu que des petits villages tranquilles o rien ne laisse
supposer la prsence de technologies avances. Je retrouve l un dcor plus conforme
 ma vision de l'avenir avec ces milliers de petits vaisseaux tournant autour de
cette immense station orbitale. Ah ! S'il ne m'avait fallu choisir qu'une vision,
ce serait peut-tre celle-l !

Nous nous loignons doucement de la station, et je peux enfin en apprhender toute
la structure, gigantesque tore tournant sur lui-mme avec en fond la surface bleute
d'Adama, le panorama est superbe. J'ai des frissons de partout !

- Tu es prt ?

Pnople me sort de mes rves ?

- Prt pour quoi ?

- Pour a !

Je n'ai mme pas la force de crier. Je me retrouve plaqu contre mon sige, le vaisseau
prenant en quelques secondes une vitesse formidable. En quelques instants la station
ne devient plus qu'un point brillant derrire nous. Adama elle-mme diminue  vue
d'oeil, et quelques minutes plus tard, nous sommes en orbite autour de la lune naturelle
de la plante, qui ressemble a si mprendre  notre bonne vielle Lune ! Si ce n'est
que celle-ci est recouverte a et l par des bulles argentes. Je demande  Pnople
:

- Que sont ces petites bulles rflchissantes qu'on voit  la surface ?

Le vaisseau s'est stabilis et survole, sans doute  quelques milliers de kilomtres,
la surface de la lune.

- Ce sont des villes, il y en a quelques milliers  la surface, qui datent surtout
du temps de l'exploration minire de la lune ; de nos jours il y a encore quelques
villes touristiques, mais l'endroit n'est plaisant que quelques jours pour la vue
sur Adama. Elles servent surtout de station de tlportation, car Adama n'en a que
quelques unes, bien insuffisantes compares au flux de population. Quand j'avais
vu les chiffres, et c'tait il y a plusieurs centaines d'annes, il y avait dj
plus de cent millions de personnes par jour qui quittaient Adama ou y arrivaient.
Je ne pense pas que ce soit trs diffrent aujourd'hui.

- Oh ! Cent millions ! Il y a combien d'habitants sur Adama dj ?

- De l'ordre de vingt-deux milliards, peut-tre un peu moins maintenant, mais il
y a encore beaucoup de gens qui veulent venir y habiter.

-  quelle distance se trouve la lune d'Adama ?

- Environ un tiers de tri-quadri pierres (six cent mille kilomtres), elle a un diamtre
de trois bi-quadri pierres (quatre mille kilomtres).

Pnople me parle toujours avec leur propre unit de distance, mais j'ai russi 
programmer le bracelet pour qu'il me transforme les nombres en base dcimale d'une
part, et les distances en mtres. Je crois bien de toute faon qu'avec leurs units
bizarres et leur base six, je ne pourrai jamais m'habituer  leur systme.

- Nous sommes alls trs vite avec le vaisseau,  quelle vitesse va-t-il ?

- Entre la station et ici nous avons fait une petite pointe  un peu plus de mille
kilomtres par seconde. Il nous a fallut environ quinze minutes pour venir de la
station  ici. La station est sur une orbite  seulement cinq mille kilomtres de
la surface d'Adama.

- Il y a beaucoup de ces stations ?

- Oh oui des centaines, des milliers mme !

- Des plus grandes ?

- Bien sr, une des plus grande est la station ocan dont je t'avais dj parle,
elle fait deux cent cinquante kilomtres de diamtre. Elle est elle en orbite autour
du soleil du systme, pas autour d'Adama, et c'est presque une petite plante artificielle
et autonome. Toutefois la plupart restent entre dix et trente kilomtres de diamtre,
et sont  moins d'un million de kilomtres autour d'Adama..

Je reste rveur face  cette appropriation de l'espace qui le rend presque aussi
accessible que ne l'tait le supermarch du coin rue Crillon.

- C'est impressionnant...

- On va faire du rase-motte sur Adama ?

- Si tu veux, mais on peut y aller comme a ? Il ne faut pas attendre les autres
?

- Bah on peut pas vraiment faire du rase-motte, mais je peux dj te faire faire
un tour  basse altitude.

- Le rase-motte est interdit ?

- Il faut demander oui, mais c'est surtout que ce vaisseau n'est pas vraiment fait
pour entrer dans l'atmosphre, on peut le faire en cas d'urgence, mais c'est pas
spcialement recommand.

- OK

Encore une vingtaine de minutes et nous traversons les couches hautes de l'atmosphre
d'Adama. La plante mre, Adama !

- Voil le continent principal, c'est ici que nous avons les plus anciens signes
de l'existence des hommes sur Adama, avec celle des reptiles, bien-sr.

- Tiens  propos tu ne voudrais pas me raconter cette histoire de reptile ?

- Si, bonne ide ! Je peux te montrer l'histoire de l'homme sur Adama, et des reptiles,
par la mme occasion.

Pnople, qui laisse le vaisseau survoler lentement la surface de la plante, reste
silencieuse un moment, sans doute cherche-t-elle des renseignements dans son bracelet.

- Je vais utiliser un artificiel pour te raconter l'histoire, ce sera moins dcousu
que si je dois vrifier au fur et  mesure tout ce que je te dis, parce que je ne
connais pas tout par coeur, et en plus je trouve que cette archive est trs bien
faite, a te va ?

- Euh, oui... N'importe.

- Je vais voir si je peux lui faire parler avec tes units.

L'pisode reptilien
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Je suis surpris de voir apparatre une jeune fille, vtue de blanc, qui nous salue
et se prsente, Antara. Elle se lance dans la description de l'volution d'Adama,
le pourtour du vaisseau est quasi invisible, et des images illustrant ses propos
sont projetes dans nos cerveaux pour nous donner l'illusion que tout se passe sous
nos yeux, c'est vraiment formidable :

" La plante Adama s'est forme il y a environ trois milliards deux cent millions
de tes annes. Je vais convertir de faon  ce que mon discours soit plus simple.
Dans le premier milliard d'annes, rien de notable, volution classique d'une plante
recouverte d'eau  une distance propice d'une toile moyenne. La vie apparat dans
l'ocan primitif il y a environ deux milliards d'annes, formes bactriologiques
simples dans un premier temps, puis, l'volution faisant son chemin, au gr des bouleversements
climatiques et autres catastrophes naturelles, des formes de vie de plus en plus
complexes font leur apparition, dans l'eau tout d'abord, microbactries rejetant
de l'oxygne, puis plancton, algues, poissons, puis sur terre, plantes, arbres...

Il y a quatre cent millions d'annes, une forme drive d'un vulgaire poisson prfrant
avoir les pieds au sec commence la longue ligne qui, environ cent millions d'annes
plus tard, donne naissance aux premiers reprsentants de ce que nous pouvons appeler
"les reptiles". Tout ce beau monde volue dans de multiples directions, et encore
deux cents millions d'annes plus tard nous retrouvons des formes les plus gigantesques,
plusieurs dizaines de mtres de long, aux formes les plus minuscules, les plus lances,
les plus ravageuses... S'ensuit alors une longue priode de plus de cent millions
d'annes sans rel changement. Des reptiles gants dominent la plante, l'volution
est quasiment au point mort, les conditions de vie idales, rien qui ne pousse la
vie  innover.

Et puis, voil vingt-quatre millions d'annes un chamboulement climatique, suite
sans doute  une chute de mtorite, ou le passage d'une toile  proximit de notre
soleil, change tout. Les conditions de vie deviennent toutes autres, une multitude
de nouvelles formes de vie apparaissent, les mammifres, principalement, mais aussi
de nouvelles maladies, de nouveaux virus, des formes trs dveloppes de bactries,
peut-tre venues de l'espace. Les formes de vie existantes doivent s'adapter ou mourir.
Mais une forme volue de reptiles, qui s'est accoutume au changement climatique,
et a dvelopp une premire forme d'intelligence, survit et prospre. Une autre forme,
drive des mammifres, une forme de singe, s'adapte aussi rapidement et facilement
aux nouvelles conditions.

Dbute alors la longue et cruelle comptition entre deux espces qui aspirent  la
domination de la plante. Mais les reptiles ont de l'avance, et ils ont l'intelligence,
voil environ deux millions d'annes, de prendre certains de ces singes en levage
et de les dresser pour excuter certaines tches. Les reptiles sont d'normes monstres
 ct de ces petits mammifres, et les singes ne peuvent gure que se soumettre.
 partir de ce moment l les reptiles voluerons peu, ayant atteints,  peu de chose
prs, leur forme physique dfinitive. De grands monstres de deux  quatre mtres
de haut, omnivores  large prfrence carnivores, reproduction sexue, pondant des
oeufs, pourvus de deux puissantes pattes leur permettant de faire des pointes  plus
de soixante dix kilomtres par heure, et de deux bras plus frles, tout de mme suffisants
pour te briser le cou, et munis de trois gros doigts maladroits. Animaux  sang chaud
contrairement  beaucoup de leurs cousins, ils sont munis d'une peau paisse et protectrice
qui leur permet de rsister au chaud comme au froid. Leur morphologie est trs diversifie,
tout comme leur couleur de peau, leur taille qui va du simple au double et leur capacit
physique. Leur organisation en caste est uniquement base sur la force physique.
Ils sont friands de combats, de luttes et de divers jeux meurtriers et cruels. Leur
semblant de socialisation date aussi de cette priode, il y a deux millions d'annes.
Ils vivent par groupes d'une centaine d'individus et sont nomades. S'ils sont prsents
sur tous les continents, ils sont majoritairement sur le grand continent que nous
survolons. Celui-ci, comme tu peux le voir, est plac idalement dans une zone tempre,
et sa forme trs tendue, plus de dix mille kilomtres, mais pas trs large, de l'ordre
de deux mille kilomtres, quatre mille au plus large, avec de nombreux bras dans
la mer, est favorable  un climat trs agrable et propice  la vie. De plus, la
prsence de deux mers intrieures, qui ne sont plus qu' peine visibles aujourd'hui,
apporte un facteur supplmentaire de stabilit climatique. On devine encore les deux
mers quand mme avec quelques reflets plus argents juste en dessous de nous, et
surtout l-bas, refltant les rayons du soleil.

Bref, les reptiles, dans leur nomadisme  travers les continents, emporte avec eux
ces quelques singes  qui ils font faire les tches ingrates. Mais en plus de les
assouvir, les conditions terribles infliges par les reptiles, les stimulent, leur
permettent de s'organiser, de s'entraider, d'apprendre plus vite, car les reptiliens
pratiquent depuis longtemps le maniement des outils, la fabrication des huttes, la
chasse, et la taille de la pierre. Les singes sont habiles de leurs mains, beaucoup
plus que les trois doigts grossiers des reptiles. Les reptiliens le comprennent vite
et assignent aux singes toutes les tches requrant l'habilet qu'eux n'ont encore
su dvelopper, et ne dvelopperont ainsi jamais, car justement les singes, presque
des hommes, seront, en quelques sortes, "leurs mains". Les techniques de chasse et
de pche s'amliorant, certains groupes reptiliens s'tablissent de manire permanente
et ainsi les premires villes font leur apparition. Les reptiliens se chargent de
la chasse et de l'approvisionnement en gnral, les singes, dociles, de la confection
des habits, des armes.

Des centaines de milliers d'annes s'coulent encore, et la symbiose quelques peu
ingrate entre les reptiles et les singes se maintient et se renforce. Les reptiliens
changent peu, voluant lentement, les singes normment, et nous situons entre il
y a un million trois cent mille ans et un million cinq cent mille ans en arrire
l'apparition d'une forme primitive d'homme. Ceux-ci se tenaient debout, utilisaient
les outils et savaient excuter de nombreuses tches. Ce sont encore sans doute les
reptiliens qui tirent l'volution  ce moment, et ce sont toujours les reptiliens,
sans doute suite  une priode climatique difficile, il y a environ un million d'annes,
qui dcouvrent et mettent en pratique l'agriculture.  partir de ce moment l les
regroupements en villes, qui taient l'exception auparavant, deviennent plutt la
rgle, et ne subsistent que quelques tribus nomades dans les zones climatiques difficiles,
o l'agriculture n'est pas envisageable. Toutefois le nomadisme reste trs fortement
inscrit dans les traditions reptiliennes. La slection forte dans les tribus reptilienne
entranant l'exclusion frquente de membres avait depuis longtemps permis une uniformisation
de leur dialecte,  quelques exceptions prs, notamment sur les deux continents plus
quatoriaux sans doute peupls  un moment o le bras de mer le sparant du continent
principal tait assch. La mise en place de l'agriculture provoque le fleurissement
de nombreux petits villages sur toutes les rives des principaux fleuves. Tu ne les
vois pas ici mais le continent, qui possde trois barres montagneuses principales,
est travers par des centaines de fleuves et de rivires, aujourd'hui masqus par
les constructions. La forme de commerce primitive existant auparavant entre les tribus
nomades se fortifie avec cette sdentarisation, notamment le commerce d'esclaves
humains. Les plus dous d'entre eux se vendent au prix fort, et sont utiliss comme
mles reproducteurs. Ainsi les reptiliens acclrent l'invitable, le surpassement
de leur intelligence par les hommes.

Il y a un million d'annes, nous estimons que la population d'Adama tait de l'ordre
de quatre cent mille reptiliens et cent mille hommes. L'agriculture va rapidement
tout chambouler, avec l'apparition des premiers villages et des premires communauts,
qui font passer les tribus de quelques dizaines voire cent ou deux cents individus
 des gros villages de plusieurs centaines, jusqu' deux ou trois mille habitants.
C'est il y a environ cinq cents mille ans que l'intelligence des hommes a d dpasser
celle des reptiles. Mais les hommes restent soumis, car les reptiles, en plus d'tre
des dizaines de fois plus forts que les hommes, qui rivalisent difficilement du haut
de leur mtre cinquante avec ces molosses de plus de trois mtres, ne sont pas compltement
stupides. Ils savent diviser les communauts humaines, pour toujours pouvoir les
exploiter  leur profit et casser toute tentative d'vasion ou de rebellion. Ils
utilisent pernicieusement certains hommes en leur offrant des privilges en change
de leur coopration, crant le trouble et la zizanie dans les groupes.

Il y en a eu, pourtant, des communauts indpendantes humaines chappes du joug
reptiliens, mais elles n'taient que le gibier de chasse favori de ceux-ci, qui les
massacraient allgrement ds qu'ils les repraient. Ils avaient, en plus, la mauvaise
gourmandise de la chair humaine, et, il va sans dire, ceux qui n'avaient pas la chance
d'tre utiles, parce qu'ils s'taient blesss, n'taient pas assez intelligents ou
adroits, ou au contraire un peu trop rebelle pour les tches qu'on leur confiait,
constituaient la nourriture de luxe de ces carnivores sans piti. Toutefois il semble
que l'homme n'ait jamais t purement lev dans l'optique de constituer une source
de nourriture, mme s'il existait sans doute quelques levages dans ce but. Les reptiliens
consommaient plusieurs kilos de viande par jour, et l'homme ne satisfaisait pas 
cette ncessit. Il constituait plus la main d'oeuvre de luxe des reptiliens, qui
basaient alors tout leur dveloppement sur lui, ayant eux depuis longtemps mis une
croix sur l'excution de tches minutieuses.

Puis, il y a quatre cent mille ans, certains reptiliens vont plus loin et tentent
d'apprendre leur langue aux hommes. Les reptiliens avait une langue simple et basique,
mais ceci va bouleverser et acclrer une fois de plus le dveloppement humain. Les
reptiliens prosprant, atteignant il y a deux cents mille ans une population suprieure
 un million d'individus pour trois cents mille hommes, les changes se multiplient
et certaines tribus de reptiliens utilisent les hommes comme valeur de rfrence.
L'homme devient donc en quelque sorte la monnaie locale. Mais les reptiliens remarquent
et dveloppent aussi la capacit surprenante de l'homme  manier les chiffres, et,
il y a environ cent mille ans, les hommes commencent  mettre sur des bouts de bois
ou de pierre des signes pour se rappeler des rsultats de calculs fastidieux que
leur font faire les reptiliens.

L'invention de l'criture ne tarde pas, mais elle est du fait des reptiliens qui
ont pris modle sur les hommes. L'volution se fait toutefois de concert et il y
a environ cinquante mille ans se cre une vritable premire langue crite et parle,
commune aux reptiliens et aux hommes, les hommes tant alors leurs scribes.

On comprend alors pourquoi les reptiliens gardaient avec tant d'attention l'treinte
autour des hommes. Ils en taient devenus dpendants, compltement. Toute leur conomie
de l'poque, leurs outils, leur style de vie, la transmission de leur savoir mme
par l'criture taient compltement architecturs autour de l'asservissement des
hommes. Et bientt, leur volution technologique mme le serait. Cela explique aussi
l'tonnante stabilit de la langue. Les reptiliens taient beaucoup plus unis que
les hommes, et peu enclins aux changements, gardant ainsi pendant des millnaires
une structure linguistique commune et voluant faiblement.

Jusqu' l'invention de l'criture, les reptiliens les plus dous menaient encore
le chemin de la dcouverte, la cration de nouveaux outils, nouvelles techniques
de fabrication et de culture ; mais  partir du moment ou l'homme devint scribe en
plus d'ouvrier, alors tout changea, et les reptiliens utilisrent  leur profit la
crativit des hommes.

Il y a quarante mille ans les reptiliens dcouvrent l'utilisation du cuivre, un mtal
meuble. Rapidement les hommes en tendent l'usage par l'utilisation du feu et de
la forge, puis dmultiplient les possibilits en largissant leur champ d'action
 d'autres mtaux. La population d'alors est estime  soixante millions de reptiliens
et une dizaine de millions d'hommes. Elle reste principalement limite au continent
central. Nous avons assez peu d'information sur les cultures existant sur les autres
continents, principalement parce que celles-ci ont t compltement ananties par
les hordes de reptiles quand leurs navires leur permirent enfin d'y accder.

Les reptiliens ont compris la menace de l'homme depuis dj longtemps, mais ils ont
su savamment le diviser. Les hommes n'arrivaient pas  s'organiser, les reptiliens
jouant habilement sur son orgueil pour en privilgier certains au dtriment d'autres.
Les plus dous et intelligents sont combls et deviennent presque gaux aux reptiliens,
ils participent au dveloppement et n'ont pas de tches difficiles. Les autres sont
soumis aux travaux d'ouvriers et de manoeuvres, et spars en diffrentes castes
en comptitions les unes avec les autres. Toute tentative de rvolte voit l'limination
complte de la communaut. Les femmes et les enfants sont souvent pris en otages,
les hommes travaillant ne pouvant les voir qu'un jour de temps en temps, et plus
jamais au moindre faux-pas de leur part. C'est malheureusement ce qui rendra la sociabilit
de l'homme un tel chec pendant des millnaires. Les reptiliens ont faonn dans
l'esprit humain la notion de comptition, de domination et de soif de pouvoir pendant
des centaines de milliers d'annes. Et nous en souffrons toujours, pourquoi les hommes
de l'Au-del sont-ils partis ? Sans doute un peu car il ne tolraient pas un monde
galitaire, un monde o tout le monde est identique  son voisin et o personne ne
domine personne. "

Antara fait une pause, aprs un bref instant, j'imagine qu'elle a demand l'autorisation
 Pnople, elle prend les commandes du vaisseau, s'loigne d'Adama pour la contourner
et se rapproche de nouveau ensuite en dessus d'un autre grand continent. Pnople
me demande si je vais bien, s'inquite de savoir si l'histoire ne m'ennuie pas trop.
C'est tout le contraire. Je lui fais un bisou virtuel et Antara reprend son rcit
:

" L'volution conjointe progresse, l'invention de la monnaie, le travail du fer,
l'amlioration des forges... Les reptiliens sont une race trs soude, rgie par
une hirarchie stricte et profondment respecte, contrairement aux hommes, sans
cesse dchires par des rebellions internes, sans parler de celles attises par les
reptiliens. Il y a trente mille ans, la population totale des reptiliens dpasse
les trois cents millions, et ils limitent par tous les moyens celle des hommes, de
peur de leur insurrection. Ceux-ci sont pourtant prs de trente millions. Mais de
plus en plus diviss, les lites sont choyes par les reptiliens, qui voient en eux
leur volution technologique, et maudites par leurs concitoyens, pour qui ils ne
sont que des tratres.

Mais les hommes sont eux-mmes les garants de leur soumission, les plus intelligents
tant au service des reptiliens pour crer des instruments de pouvoir toujours plus
efficaces. La progression des techniques donne aussi aux hommes la chance de pouvoir
communiquer plus facilement entre eux. La premire grande rvolte s'est droule
sur ce continent, il y a vingt-sept mille ans, juste en-dessous de nous. Elle a dbut
dans une ville proche de la mer, sur la petite pointe que tu aperois. Les reptiliens
avaient fait l'erreur de laisser les hommes seuls sur les petites les qui se trouvent
dans la baie, pour profiter au mieux des emplacements ctiers. Les hommes y avaient
fabriqu et cach des centaines d'armes et mis en place un plan de rbellion. Ils
avaient russi  dvelopper un code qui leur permettaient de dmasquer les espions,
et leur machination tait reste secrte jusqu' la nuit fatidique, suite  la fte
de nouvelle anne des reptiliens. Les hommes taient tous partis sur la cte pour
tuer les reptiliens dans leur sommeil. En quelques jours les hommes avaient pris
le contrle de toute la bande de terre que nous survolons. Malheureusement les villages
voisins, bien qu'informs de cette victoire, n'ont pas suivi, et en trois semaines
tous les hommes ou presque furent massacrs sans piti par les assauts reptiliens.
Certains hommes s'en sortirent pourtant, et c'est la raison pour laquelle nous savons
si bien les dtails de cette premire rvolte, car pendant longtemps elle s'est transmise
de gnration en gnration comme l'espoir que la libert n'tait pas un mythe, mais
pouvait tre une ralit, si tous les hommes s'unissaient. Mais les hommes ne s'unissaient
pas, et les autres grandes rvoltes postrieures  celle-ci finirent de la mme faon,
par l'crasante victoire des reptiliens, quand elles n'taient pas djoues  la
base par ceux-ci grce aux tratres qu'ils soudoyaient dans les communaut humaines.

Ces premires grandes rvoltent marquent aussi le signe de bonds technologiques considrables.
La condition de vie des reptiliens s'amliore grandement, tandis que les conditions
de vie humaine restent excrables. Les populations croissent trs rapidement, et
il y a environ vingt mille ans, la population reptilienne dpasse les deux milliards,
et les hommes sont prs de trois cent millions.

Mais les rvoltes n'aboutissent toujours pas, elles permettent tout au plus  quelques
milliers d'hommes d'tre libres pendant les quelques mois de sige des places fortes
dans lesquelles ils se sont rfugis. Mais que vaut la libert si c'est pour vivre
dans la guerre, la faim, les massacres et le sang ? Beaucoup d'hommes, spars volontairement
de leur famille, ne veulent pas prendre le risque de les voir extermines en cas
de rebellion de leur part. Et d'une certaine faon les reptiliens n'ont fait que
renforcer leur contrle et leur pouvoir sur les hommes.

Guerrok
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C'est un homme seul qui changera tout.

Guerrok est n en 31 avant le MoyotoKomo, soit environ cinquante de tes annes.
Il a la chance d'avoir un pre et une mre scientifiques et choys par les reptiliens.
Il fait des tudes brillantes en biologie et en chimie, alliant la science de son
pre et celle de sa mre. Mais  dix-huit ans il refuse la place qu'on lui offre
dans un des plus prestigieux centre de recherche d'Adama de l'poque pour suivre
une vie de misreux dans les porcheries reptiliennes. Les reptiles consommaient en
effet des quantit astronomique de viande de porc, certains pouvaient dvorer un
porc entier par jour ! Toutefois mme si la consommation moyenne d'un reptilien tait
bien infrieure  cette quantit, il n'en fallait pas moins lever par centaine de
millions pour satisfaire leur apptit. Guerrok connat alors la misre et la dtresse
des populations humaines opprimes, au milieu des maladies, des pidmies de peste
et de grippes qui provoquent de vritables hcatombes, et bien loin de la vie de
luxe et de profusion de son enfance.

Si les hommes qu'ils ctoient ont une haine farouche envers tous ceux d'entre eux
qui les trahissent, dont les parents de Guerrok font partie, ils ont tout de mme
du mal  comprendre pourquoi quitter le privilge d'une vie facile pour leurs conditions
dplorables.

Mais au bout de trois ans de peine et de labeur, Guerrok attrape une maladie infectieuse,
et n'est sauv in extremis que par un recours de ses parents qui le ramnent prs
d'eux. Aprs un rtablissement difficile, pendant lequel il reprend ses tudes, il
occupe alors un poste dans ce mme centre de recherche qu'il avait fui de nombreuses
annes auparavant. Il mne des travaux trs prometteurs sur les croisements gntiques,
et consacrera plus de dix ans de sa vie  la slection et la cration d'une espce
de porc  la croissance plus rapide, la viande de meilleure qualit et beaucoup plus
grosse que la normale. Encens par les reptiliens, il parcourt Adama pour promouvoir
et faire accepter cette rvolution dans les habitudes alimentaires reptiliennes.

C'est un succs, et, trois ans plus tard, il se retire de sa vie de scientifique
pour profiter d'une retraite grassement paye par les reptiliens. Pendant une nouvelle
priode de dix ans, il se fait oublier, son statut lui permet de voyager librement,
et il parcourt le monde. Nous ne savons pas exactement ses activits pendant cette
priode, il mne sans doute plusieurs expriences, visite de nombreuse porcherie,
s'intresse  la mdecine, ctoient de nombreux reptiliens malades. Il crit beaucoup
et garde toujours de trs bons contacts avec les reptiliens, qui apprcient ses oeuvres,
qui leur sont principalement consacres. Ses talents de mdecin le prcde aussi
et quelques grands noms de la hirarchie reptilienne en font leur mdecin attitr.
Il a acquis une fine connaissance de la psychologie reptilienne, et certains vont
jusqu' dire qu'il n'a rien d'humain. Il crira nanmoins deux oeuvres  destinations
des hommes, mais dans un but servant les reptiles. Les reptiliens ont toujours, et
de plus en plus, une peur bleue d'une rvolte humaine, et luttent tant bien que mal
pour conserver les divisions et les guerres de clans dans la communaut humaine.
Guerrok, par ses deux oeuvres majeures, apporte une rponse  leur problme.

La premire, le Moyoto, est une longue liste d'actions que doivent faire les hommes
en guise de vnration de leurs matres les reptiles. "Moyoto" est un acte de politesse
signifiant la soumission. Nous l'utilisons encore aujourd'hui pour dire bonjour.
Ce livre dcrit dans des dtails souvent pompeux et rptitifs, avec un style ampoul,
les diverses faons de se prosterner au passage des reptiliens, par exemple. De ce
fait les reptiliens peuvent se mfier de toute personne qui n'est pas agenouill
 leur approche, Notre faon de dire bonjour  un groupe remonte  cette poque.
Le Moyoto rend aussi interdite la consommation de porc pour les hommes, aliment sacr
exclusivement destin aux reptiles. Les reptiles font apprendre par coeur et rciter
ces passages, petit  petit,  toutes les communauts humaines, et se satisfont du
nombre de rebellions rapidement en forte diminution.

La seconde oeuvre, le MoKo, est une oeuvre directement destine  promouvoir et augmenter
les rivalits internes des communauts humaines, en exacerbant leurs vellits, leurs
divisions en classes, leurs combats de chefs. "MoKo" signifie "la lutte". Tant que
les hommes se battent entre eux, ils restent inoffensifs pour les reptiles, et les
codes dcrits dans le MoKo, tout comme ceux dtaills dans le Moyoto, sont rapidement
instaurs dans toutes les communaut humaines par les reptiliens.

Six ans plus tard le Moyoto et le MoKo sont connus par coeur par presque tous les
hommes, et les reptiliens satisfaits d'un climat de srnit et amuss par toutes
les rivalits ainsi cres entre les hommes.

Mais, six ans plus tard, Guerrok retourne dans les porcheries, pas pour y travailler,
mais pour y prcher. Et si une grande partie de sa vie fut glorifie par les reptiliens,
celle-ci les drangent beaucoup plus. Guerrok prche l'union, il prche la venue
de la fin du rgne des reptiliens, il prche un vnement sans prcdent, qui rendra
 l'homme sa libert.

Pendant deux ans, il rpandra l'espoir parmi les hommes, il rpandra l'ide que les
reptiliens vont disparatre, et que le moment est proche, de la grande rvolte, du
renversement, de la gloire de l'homme.

Deux ans de fuite, de paroles changes sous le manteau. Deux ans d'oppression encore
plus forte des reptiliens, et enfin, sa capture, et son martyr. Les reptiliens affichaient
toujours avec grande fiert leur force. Et Guerrok sera clou sur une grande croix
sur la place publique d'Eryas, une des plus grande ville reptilienne, sige de leur
pouvoir.

Mais il tait dj trop tard, et Guerrok, quelques jours plus tt, se sentant pris
au pige, avait lanc les deux mots qui allaient changer notre destine : le MoyotoKomo.
"Komo" signifie "mort" dans le langage reptilien. Et il le rptera sur la croix,
autant de fois qu'il le pourra avant de mourir de faim et de soif, et que sa dpouille
ne tombe en lambeaux :

- coutez-moi mes frres, le jour est venu, assemblez le Moyoto et le Komo, et vous
serez libres !

Ce mme jour, jour de la mort de Guerrok, jour zro de l'an zro de notre re, Antara,
dont je suis la reprsentation, jeune fille de dix-huit ans dont les doigts fins
et habiles servaient  la fabrication des barillets pour les fusils de chasse des
reptiliens, comprit. Je compris les paroles prophtiques de Guerrok, je compris
car je savais, je savais par coeur, depuis bien longtemps, le Moyoto et le Moko,
je les connaissais et je rcitai, je rcitai tout haut le Moyoto et le Moko, mais,
comme conseill par Guerrok, je rcitai le Moko  l'envers, en partant de la fin.

Et chaque ligne du Moyoto se coupla  chacune du Moko, devenu Komo, et tous comprirent
les paroles. Le jour tait venu !

Les porcs, les porcs que mangeaient les reptiles, et que nous, les hommes, ne mangions
pas, ne mangions plus, ces porcs, en plus d'avoir une meilleure viande et d'tre
plus gros, ces porcs rendaient les enfants des personnes qui en consommaient striles,
tout comme ils les rendaient dpendantes.

L'association du Moyoto et du Komo partit plus vite encore que les tranes de poudre
de la rvolte  l'intrieur mme de mon usine. Spontanment ou par bouche  oreilles,
en quelques jours les humains de la plante entire surent, ils surent que leur gloire
tait proche, et que quelque soit le temps que cela prendrait, les reptiliens taient
condamns.

Les reptiliens, une fois qu'ils eurent compris, et plus encore quand ils purent voir
qu'au bout d'une semaine sans consommer de la viande de porc ils agonisaient, la
rage des reptiliens fut immense, et un massacre sans prcdent dbuta alors. Mais
si les hommes taient bien faibles face aux masses des reptiliens, ils turent sans
tarder tous les porcs qu'il purent, dfiant l'autorit des reptiles, les rendant
fous.

Je pris le commandement de la rvolte dans mon usine, et nous russmes  dtourner
les armes fabriques  notre profit, et elle devint le premier bastion de rsistance
humaine. Trs vite, sous nos balles, le territoire conquis augmenta, et avec l'aide
de toujours plus d'hommes la ville entire d'Estroi fut sous notre contrle. J'ai
dirig la rvolte pendant de nombreuses annes, avant d'tre capture et martyrise
cruellement par les reptiles. Ma fin fut sans doute atroce, dvore vivante par les
reptiles, leur torture favorite, mais je resterai dans les mmoires, aux cts de
Guerrok, comme la libratrice de notre peuple.

Mais la partie n'tait pas termine, elle ne faisait mme que commencer. Et autant
les hommes avaient un atout de leur ct, autant les reptiles taient beaucoup plus
nombreux, beaucoup plus forts, et habitus  les mater et  se battre. Mais cette
fois-ci les hommes ne pouvaient pas abandonner, et mme s'ils ne pourraient tre
sr que la descendance des reptiles fut bien strile que bien des annes plus tard,
et mme si les forces vives de ceux-ci taient encore bien sur pattes, bien que durement
affecte par leur dpendance au porc, cet vnement leur donna le courage et l'espoir
ne serait-ce que de tenir le sige. Nous savions que c'tait alors ou jamais, et
que nous n'aurions plus une telle opportunit, que nous serions massacrs sans piti,
ou que nous trouverions enfin une libert que nous n'avions jamais eue.

Trs vite les deux communauts, auparavant intimement mles aux seins de leurs villes
et de leurs villages, se sparrent  grand fracas et de multiples villages, devenus
forteresses humaines, furent mis en place pour rsister  la fureur dvastatrice
des reptiliens.

Mais ceux-ci, en plus des deux flaux, connaissaient un mal bien plus grand, ils
taient fortement affects d'une dpendance bien pire, la dpendance envers les hommes
; ceux-ci rebells, tout leur tissu conomique, leur science, leur intelligence presque,
disparurent. Les hommes, eux, mettaient  profit tout appareil de production captur,
et rapidement amliorrent la technique des armes, pour crer le pistolet, la mitraillette,
les bombes et mme les armes chimiques, car les reptiles taient sensibles  de nombreuses
maladies que nous ne craignions pas.

Une un an et demi aprs le MoyotoKomo (une anne d'Adama), les reptiliens comme les
hommes avaient des pertes gales, cinquante millions de morts dans chaque camps,
mais les reptiliens taient plus de deux milliards et les hommes seulement trois
cent millions. Les hommes entreprirent une politique nataliste trs forte, et les
soldats se relayaient au front pour pouvoir rentrer dans leur famille et procrer,
car si les reptiliens auraient peut-tre une descendance strile, eux-mmes ne l'taient
pas, et continuaient  avoir des enfants. D'autant qu' dix ans un reptile tait
tout  fait apte  se battre, alors que le combat tait difficile avant quinze voire
vingt ans pour un homme.

Les annes qui suivirent, les reptiliens, petit  petit, confinaient les hommes dans
des zones plus petites. Ces derniers avaient mis en place des forteresses trs rsistantes
mais avaient beaucoup de mal  en sortir pour gagner du terrain. Les reptiliens taient
devenus plus organiss, et la plupart ne ressentaient plus depuis longtemps les effets
de leur dpendance  la viande de porc, d'autant qu'ils avaient dornavant pris eux-mme
la gestion de nouvelles porcheries. Ils avaient toutefois une confirmation, c'est
qu'une grande partie de leur procration tait bien strile. Toutefois si la majorit
ne pouvait se reproduire, quelques exceptions subsistaient, leur laissant espoir
qu'ils pourraient encore renverser la balance.

Les hommes savaient que leur atout n'taient pas leur force ou leur nombre, mais
leur intelligence, c'est pour cette raison qu'ils perdirent beaucoup d'nergie dans
les premires annes de lutte  construire de puissantes places fortes  l'abri des
assauts reptiliens, profitant de coins reculs dans les montagnes, difficilement
accessible aux immenses reptiles, maladroits dans les lieux escarps, et dont l'organisme
s'adaptait mal  l'altitude. L'immense plateau culminant  plus de quatre mille cinq
cent mtres au dessus du niveau de la mer, que nous voyons ici sur la chane du Gourhave,
constitua pendant longtemps la plus grande source de culture et d'approvisionnement
de l'immense communaut humaine regroupe dans ces montagnes. D'autre part les reptiliens
n'avaient pas volu depuis le dbut du conflit, et n'avaient gure plus que des
fusils sommaires comme armes.

Huit ans aprs le dbut du conflit (cinq annes d'Adama), les reptiliens taient
toujours aussi nombreux, prs de deux milliards, les hommes, eux, n'taient plus
que deux cent trente millions, regroupes dans environ trois cent villes fortifies.
Mais ils possdaient dsormais des armes  feu bien suprieures et plus efficaces
 celles des reptiliens, et leur problmatique n'taient plus de comment conserver
leur places fortes, mais comment les tendre. S'ils voulaient s'accrotre, il leur
fallait plus de cultures, plus d'espace, plus de ressources premires.

Une des premires interrogations des hommes taient les moyens de coordination avec
les autres places fortes, pour synchroniser leurs attaques, changer leurs dcouvertes,
subvenir  des manques locaux ou djouer des assauts reptiliens. Autant les hommes
taient imprenables dans leurs bastions, autant les alentours taient compltement
suicidaires pour n'importe quel messager. Pour vhiculer des messages, il leur fallait
partir en escorte puissamment armes, sachant que ses chances d'arriver  destination
sans se faire attraper taient plus que drisoires. Pour les cits qui n'taient
qu' quelques kilomtres les unes des autres, ils utilisaient de grands signes en
bois ou en tissus pour transmettre des messages, en dveloppant un alphabet simplifi.
Et ainsi de cits en cits pouvaient se faire circuler des informations, mais cette
mthode ne pouvait plus tre utilise  partir du moment o l'espace entre deux places
fortes dpassait quelques dizaines de kilomtres ou que le relief masquait l'horizon.

Toutefois, ce mode de transmission sommaire n'tait pas trs efficace, et toutes
leurs prcdentes obstinations pour crer un appareil volant avaient chou. Mais
huit ans aprs le dbut du conflit, une invention commena a changer tout cet isolement
: le ballon gonfl  l'air chaud. Si dans un premier temps les tentatives, au gr
des vents et  porte des fusils reptiliens, furent plus que des checs, ds l'avnement
du moteur  vapeur, des engins beaucoup plus consquents, volant beaucoup plus haut,
dirigeables, permirent des changes entre les cits trs loignes. Ces ballons se
dvelopprent rapidement et devinrent le premier moyen d'change entre les bastions
humains, transportant toute sorte de matires premires faisant dfaut localement.
En parallle les hommes conquraient au jour le jour de nouveaux espaces autour de
leurs villes ; ceci petit  petit, en ne rcuprant pas plus que quelques centaines
de mtres  chaque tentative, et ils devaient ensuite rapidement reconstruire une
barrire infranchissable pour les reptiliens pour protger leur nouvelle conqute.
Ils passaient d'ailleurs beaucoup plus de temps  reconstruire des murs qu' se battre
; apparurent alors les barrires mobiles, les murs coulissants, les barrires automatiques,
sorte d'immenses boules qui roulaient une centaines de mtres, puis clataient en
formant un champ de mines donnant quelques minutes aux hommes pour approcher avec
leur parois mobiles. Les frontires taient gardes jour et nuit, souvent constitues
de trois voire quatre niveaux de fortification, toujours prtes  un sige reptilien.
Chaque tentatives pour grignoter quelques mtres cotait souvent la vie  des milliers
d'hommes, mais ils agrandissaient leur territoire, rcupraient des cultures, des
mines, des forts.

Seize ans aprs le dbut du conflit (dix annes d'Adama), les reptiliens taient
toujours prs de deux milliards, mais n'avaient pas volu, et si leur nombre leur
permettait d'empcher une progression trop rapide des hommes, elle ne pouvaient l'endiguer.
La politique nataliste et expansionniste de ces derniers portait ses fruits, leur
population tait repartie  la hausse, frisant avec les deux cent soixante-dix millions,
et ils avaient pratiquement multipli par trois les territoires occups. Plusieurs
cits s'taient regroupes et des rgions entires taient alors sous leur contrles,
protge par de nombreux renforts et postes de garde, dsormais quips avec des
mitrailleuses toujours plus puissantes et meurtrires. Ils utilisaient des machines
 vapeur pour se dplacer, et les premiers engins roulant blinds et surarms, anctre
des chars d'assaut, commenaient  faire des carnages dans les villes reptiliennes.
Les reptiliens qui commenaient  avoir du mal en contrecarrer le flau de leurs
enfants striles  quatre-vingt quinze pourcent.

Pourtant ces derniers savaient que leur seul espoir rsidaient dans leur capacit
 se reproduire, et les rares enfants fertiles taient rapidement dports loin des
fronts, pour servir de mles reproducteurs, car seuls les mles taient touchs d'infertilit.

Vingt-quatre ans aprs le dbut du conflit, la tendance tait enfin inverse, la
population reptilienne commenait  diminuer. Les hommes pouvaient dornavant atteindre
facilement les villes reptiliennes, mme trs en amont des fronts, grce  leurs
dirigeables, et y lancer d'normes bombes qui faisaient d'innombrables victimes.

En l'an vingt, soit trente-deux ans aprs le MoyotoKomo, les hommes, mme si leur
trois cent vingt millions ne rivalisaient pas encore avec les un milliard huit cent
millions de reptiles, taient confiants dans leur victoire. L'volution technique
de leur adversaire tait quasi nulle, alors qu'eux venaient de dcouvrir une supriorit
technologique de taille, la matrise et la production de l'lectricit. Celle-ci
ne servit pas dans un premier temps  clairer ou faire marcher des machines, mais
 transmettre des informations le long d'un fil. Ce fut un nouvel essor des communication
et de la transmission du savoir.

La progression fut lente, mais constante ; les hommes gagnaient du terrain, inventaient
toujours plus, le moteur  explosion, l'clairage par l'lectricit, le vaccin, qui
leur permit de diffuser de nombreuses maladies virales parmi les reptiliens, mais
aussi des inventions servant leur propre qualit de vie, le rfrigrateur, le caoutchouc,
le bton, la photographie, et bien d'autre...

Pourtant, malgr tous ces progrs, les hommes taient encore reclus dans leurs forteresses.
Bien sr ils dominaient, presque cent soixante ans aprs le dbut du conflit, un
peu moins de trente pourcent de la surface terrestre d'Adama, en plus des mers, ou
leurs bateaux  vapeur et leur sous-marins taient les matres absolus. Bien sr
leur aviation naissante faisait des carnages dans les villes reptiliennes, bien sr
ils communiquaient maintenant par ondes radio, ils roulaient en voitures  essence,
ils avaient doubl leur esprance de vie. Bien sr leur population de huit cent millions
d'alors s'approchaient du milliard deux cent millions de reptiliens. Mais ils n'taient
pas libres ! Et les reptiliens n'taient toujours pas soumis, et parvenaient toujours
 maintenir la pression malgr leur infriorit technologique.

Les mentalits changeaient. De nombreuses populations humaines vivaient alors loin
des zones de conflit, au centre des territoires protgs, et ne supportaient plus
la guerre, les restrictions, les morts. Certains hommes poussaient alors depuis longtemps
pour un rglement pacifique du conflit, pour une collaboration avec les reptiliens,
un partage quitable du monde, et une volution de concert. Mais, finalement, si
beaucoup d'hommes ne supportaient pas cette ide, voulant toujours punir  jamais
leurs bourreaux d'antan, c'est plus encore les reptiliens qui refusaient toute soumission,
et qui s'enttaient au point de laisser dtruire nombre de leurs villes et massacrer
leur habitants plutt que de les fuir pour les laisser aux mains des hommes.

Les annes passrent encore, les reptiliens taient devenus plus indpendants, ils
avaient appris des techniques des hommes, et avaient compltement restructur leur
industrie pour produire par eux-mmes. Ils possdaient des machines  vapeurs primaires,
savaient communiquer par tlgraphe et leur fusils pouvaient mettre  rude preuve
les fin blindage des avions humains. La guerre continuait, encore et toujours, et
beaucoup des habitants de la plante n'avaient alors connu que a, la guerre, depuis
leur enfance. Les effets du flau du porc lanc par Guerrok deux cents ans auparavant
ne se faisaient plus sentir, tous les reptiles taient de nouveau fertiles, et ils
avaient plus que jamais une politique nataliste forte. Ils occupaient encore de nombreux
territoires bien loin des rgions domines par les hommes, et savaient se protger
de leurs raids meurtriers, habitant et dveloppant les nombreuses villes souterraines,
d'antan le refuge des hommes. 

Mais l'homme avanait plus vite. Nous situons en l'an cent vingt environ, soit un
peu plus de cent quatre-vingt dix ans aprs le MoyotoKomo, l'galit entre la population
reptilienne et la population humaine, soit neuf cent cinquante millions. L'homme
avait alors reconquis de l'ordre de quarante pourcent des terres merges, vingt
pourcent taient quasiment inhabits, et les quarante pourcent restant sous le contrle
des reptiles. Les hommes progressaient toutefois de plus en plus rapidement, mais
les reptiliens ne se rendaient pas, et les thoriciens de l'poque pensaient en grande
majorit qu'ils ne se rendraient jamais. Dans tous les combats, les reptiliens se
battaient frocement jusqu'au dernier, et jamais  quelques rares exceptions ils
ne se rendaient. Les tratres taient rares parmi eux, beaucoup plus rares que ne
l'avaient t les hommes en d'autres temps.

Les reptiles ne se considraient pas comme perdus, toutes les traces de communication
de l'poque montraient qu'ils croyaient tous dur comme fer que reviendrait le temps
de la soumission des hommes, ou de leur anantissement. Propagande ou aveuglement,
nous ne savons pas vraiment quel tait la motivation principale des reptiliens. Pourtant
nombre d'hommes leur avaient propos la paix, le partage du monde. Mais accepter
tait inconcevable pour eux, et ils ne baissaient pas les bras, et si chacune de
leurs profondes incursions en territoire humain, qui visaient presque systmatiquement
la vie de femmes et d'enfants, taient punis par des villes entires rases par les
bombardements, cela ne faisait que les rendre encore plus hargneux.

L'issue semblait invitable, seule leur extermination mettrait enfin fin  ce conflit
sculaire. Mais exterminer neuf cent millions d'individus n'est pas chose facile,
mme avec une supriorit technologique, mme en propageant des virus, mme en dtruisant
leurs cultures et leurs centres stratgiques, mme en les renvoyant vivre comme des
misrables au fin fond des forts, il en restait toujours.

Les populations humaines taient extnues de vivre dans un monde en guerre depuis
tant d'annes, dont le seul objectif n'tait que de crer des armes toujours plus
puissantes, toujours plus destructrices. Beaucoup trouvaient que les dirigeants humains
d'alors ne valaient gure mieux que les reptiliens, mais que faire ? Les reptiliens
ne voulaient pas la paix, ils la refusait catgoriquement depuis des dizaines d'annes.
Beaucoup d'hommes et de femmes n'en pouvaient plus, n'aspirant qu' une chose, tirer
enfin un trait sur cette guerre, en finir une fois pour toute, renvoyer au pass
tout ces calamits.

En cent quatre vingt-trois aprs le MoyotoKomo, soit un peu plus de deux cent quatre-vingt
dix ans de tes annes, l'humanit prit,  une courte majorit, une des dcisions
les moins glorieuses de son histoire. Les hommes votrent la grande battue, la multiplication
des engins de guerre, la formation de chacun  leur maniement, pour repousser les
reptiliens de trois des quatre continents d'Adama. Les hommes voulaient les reclure
au petit continent Chorkomar. Chorkomar signifiait "La corne du Dekar", nomm ainsi
 cause de sa cte volcanique en forme d'arc de cercle. Chez les reptiliens, le Dekar
tait une forme de dmon, d'tre fantastique vivant dans un lointain pass, depuis
longtemps rfugi dans les profondeurs de la terre et responsable de toutes les catastrophes
naturelles.

Alors les hommes dominaient plus de soixante-dix pourcent des terres, et la combinaison
de toute leur puissance de feu permit en moins de douze ans l'extermination de presque
tous les reptiles des trois continents. Mais, malheureusement, les hommes vivant
sur le Chorkomar ne l'entendirent pas de cette oreille, et refusrent de quitter
leur terre. Alors que le reste de l'humanit les suppliaient d'avoir un peu de piti,
ils se chargrent de mettre un terme dfinitif  la race des reptiliens, en l'an
202 aprs le MoyotoKomo, trois cent vingt-trois de vos annes. 

Ce fut dur, et aussitt les hommes rejetrent plein de dgot leurs armes, leur technologie,
et ces trois cent annes de guerre, de massacre, de destruction, de mort. Trois cent
annes de guerre, un monde dvast, deux milliards trois cent millions de reptiliens
tus pour deux cent soixante millions de vies humaines. Une dernire communaut reptilienne
fut dcouverte quelques annes plus tard, recluse dans les territoires froid et infertile
du Sud, vivant de la chasse de bisons et de phoques. Mais toute tentative de contact
avec elle tait tragique, et quelques annes plus tard il ne resta plus trace de
survivants, mettant fin  la prsence de reptiliens sur Adama.

Tout changea aprs cette poque de tnbres, la vision de la vie, de la nature, de
l'volution. Tout se ralentit, normment, et la reconstruction et le respect de
la nature et des espces animales fut exacerb.

Nous ne savons pas aujourd'hui si l'homme aurait pu devenir ce qu'il tait sans l'intervention
des reptiliens. Ce sont eux qui nous ont encadrs en quelque sorte, et les conditions
favorables lors de l'apparition des premiers singes ne semblaient pas propices 
une volution de ceux-ci, alors bien adapts  leur environnement. Les reptiliens
nous ont donn les moyens d'voluer, de les surpasser, mais ils ont aussi compltement
dcupl la comptition et les divisions. La soif de pouvoir, la jalousie, l'ambition,
toute ces choses qui nous ont poursuivis depuis lors, et qui nous ont encore frapps
au moment du LibreChoix. Aujourd'hui les citoyens de la congrgation n'aiment pas
parler du pass, et je les comprends, car notre pass est dur et triste. Depuis le
LibreChoix tout est tellement plus calme, plus serein, plus juste..."

Antara reste silencieuse un instant, regardant l'ocean bleu qui brille sous le vaisseau,
plusieurs centaines de kilomtres en dessous de nous. Elle est tellement relle.
Je suis vraiment sidr autant par l'histoire que par la conteuse, elle respire tellement
l'humanit... Elle reprend :

- Voil en quelques mot ce qui se cache derrire le MoyotoKomo. C'est une libration,
mais c'est aussi de la peine, de la souffrance, et le dbut d'une nouvelle re.

Antara termine sont rcit, puis elle nous salue et disparait. Je reste moi-aussi
bouche be.

- Je... C'est... C'est incroyable.

Pnople se retourne vers moi, apparemment affecte par l'histoire :

- Pourtant, notre histoire en tmoigne...

- Cette histoire de Guerrok, c'est dingue... Tu sais sur Terre, nous en avons dj
parl, il existe ce que nous appelons des "religions". Une "religion" est un ensemble
de croyances en tres ou forces suprieures qui expliquent, surveillent ou contrlent
le monde ?

- Oui, et ?

- De plus, toutes ces religions comportent un nombre important de rgles  respecter,
de faon  rester pur,  s'attirer les bonnes grces des puissances suprieures.
Et aussi incroyable que cela puisse paratre, deux religions  ma connaissance, peut-tre
plus, considrent la viande de porc comme impure, et interdisent sa consommation.

- trange en effet...

Pnople reste silencieuse un moment, consultant sans doute son bracelet :

- il est vrai qu'en souvenir du MoyotoKomo, l'humanit n'a plus jamais vraiment ni
lev ni mang de porc, mme s'il n'y avait pas vraiment d'interdiction formelle.
Le porc tait plutt utilis comme petit animal de compagnie.

L'histoire d'Antara est une preuve d'un lien entre la Terre et Adama, c'est clair.

- D'autre part, sur le jour du MoyotoKomo, une autre religion dbute par le martyr
par "crucifixion", c'est--dire comme Guerrok, clou ou attach  une croix jusque
mort s'en suive, de celui qu'elle considre comme le fils de Dieu.

- Quand cela se passa-t-il ?

- Oh, tu tais presque ne, il y a deux mille de nos annes.

- Mais ? Il y a  peine deux mille ans de telles choses se passaient encore sur votre
monde, ne m'as-tu pas dis pourtant que vous avez un niveau technologique assez avanc
?

- Oui, aujourd'hui, mais il y a deux mille ans les connaissances scientifiques taient
trs limites. Nous n'utilisons l'lectricit que depuis deux sicles tout au plus.
L'avion n'existe lui que depuis cent cinquante ans environ, et encore, il n'y a que
depuis cent ans qu'il se dveloppe vraiment. Et notre premire sortie dans l'espace
ne date que d'une cinquantaine d'annes.

- C'est bizarre, votre volution me semble vraiment rapide. Enfin, c'est difficile
de comparer, de toute faon, nos volutions tant tellement diffrentes. C'est vrai
que suite  la guerre contre les reptiliens, tout s'est presque stopp, et le progrs
ne s'est fait sentir que sur des milliers d'annes.

- C'tait quand, dj, votre MoyotoKomo ?

- Nous sommes en 12623.

En gros vingt mille ans.

- Vingt mille ans... C'est vrai que par rapport  ton rcit, je dirais que le dbut
du MoyotoKomo correspond  ce que nous avions il y a deux cent ans, et la fin de
la guerre  notre technologie d'il y a environ soixante ou quatre-vingts ans, avec
les avions, le rfrigrateur... Nous aurions donc une vitesse de dcouverte de l'ordre
de deux  trois fois plus rapide.

- C'est difficile de juger, j'imagine que les dcouvertes ne sont pas toujours si
facilement comparables, mais quoi qu'il en soit ce fut notre rythme pendant la trs
rapide volution de la priode de conflit, ensuite nous avons ralenti considrablement.

- Ce n'est pas vraiment le cas sur Terre, j'ai plutt l'impression, en ce qui nous
concerne, que tout acclre. Pourtant nous ne sommes pas rellement en conflit, en
tous cas rien de comparable avec votre guerre contre les reptiles.

- Si vous continuez aussi vite, il est bien possible que vous nous rattrapiez sous
peu, quelques sicles peut-tre. Mais peut-tre que vous aurez aussi les mmes problmes
que nous ;  un moment il devient plus dur d'voluer ; vous le rencontrerez sans
doute, pour au moins deux raisons, d'une part les populations ne comprennent plus
vraiment l'intrt d'aller de l'avant quand elles ont tout ce qu'elles dsirent,
et de plus il devient aussi de plus en plus difficile de trouver de nouvelles choses,
car la recherche est de plus en plus complexe et de plus en plus longue.

- Un peu comme si l'homme atteignait une limite  son intelligence ?

- Oui, en quelque sorte. Il faut alors un substitut, ici nous n'avons ensuite vraiment
progress que grce aux artificiels, ou tout du moins en partenariat avec eux.

- Je comprends... Enfin toujours est-il que ton histoire de porc et de crucifixion
me parat trs surprenante, elle laisserait quand mme de fortes suspicions sur votre
implication dans la colonisation de notre monde.

- Ces lments sont troublants, c'est vrai... Mais aprs tout ce ne sont sans doute
pas des preuves irrfutables. Les porcs chez vous ne sont peut-tre pas exactement
les mme qu'ici, et peut-tre qu'ils n'taient pas comestibles, ou porteurs de maladies.
Et puis pour la mort de Guerrok, j'imagine qu'attacher un homme sur une croix pour
le laisser agoniser ne me semble pas une ide si unique que a, malheureusement...

- Oui, c'est vrai, mais a laisse tout de mme planer le doute, en plus de ta remarque
sur le fait que deux formes de vie identiques n'ont jamais t trouves sur deux
plantes diffrentes.

-  l'exception des Menochens cependant.

- Les Mnochens ?

- Oui tu sais je t'avais dit que nous connaissions trois formes de vie plus ou moins
intelligentes. Un de ces trois formes, les Mnochens, une forme plus minrale que
biologique, existe sur plusieurs plantes, d'aprs les informations recueillies par
les artificiels dans les limites de la Congrgation. Nous ne savons pas comment elle
a migr entre les plantes qu'elle habite. Mais c'est notre seul exemple et nous
sommes quasi-certains que sa migration est partie d'un mme point. Hormis ce contre-exemple,
nous n'avons jamais vu deux espces identiques si loignes l'une de l'autre..

- Mais c'est quand mme incroyable, la naissance de la Terre date de bien avant le
dpart des hommes de l'Au-del, comme l'expliquer alors ? Se pourrait-il qu'il y
a des millions d'annes les deux sytmes taient suffisamment proche pour que la
mme forme de vie soit apparues sur les deux ?

- Des formes de vies voisines pourquoi pas, mais la mme c'est difficilement plausible.
Je te l'ai dj dit, la plus infime variation des paramtres de l'environnement conduit
 des formes qui s'opposent du tout au tout... Mais aprs, tout est possible, je
ne sais pas, sait-on jamais...

- Peut-tre que l'homme n'est pas apparu sur Adama alors ? Sur Terre il y a des mythes,
comme celui de l'Atlantide, qui racontent que dans un lointain pass existait une
civilisation trs avance. Peut-tre n'est-ce pas un mythe et peut-tre cette ancienne
civilisation matrisait les voyages interplantaire et a quitt la Terre pour Adama
?

- L'explication la plus logique n'est sans doute pas trs loin de a, pourtant sur
Adama les diffrents stades de l'volution humaine sont tellement visibles qu'il
est difficile de remettre en question son origine locale.

- Nous avons le mme sentiment sur la Terre...

- Hum... Bref, nous ne rsoudrons pas ce mystre aujourd'hui... Bon ! Il est dj
tard, je n'ai pas vu le temps passer, si nous rentrions ?

- Oui, nous n'avons mme pas eu le temps de faire des choses dans ton vaisseau.

- Bah ce n'est que partie remise, et puis l'apesanteur c'est beaucoup moins excitant
que ce que l'on croit, a donne des sensations de perdre l'quilibre pas toujours
trs propice au milieu de l'action.

- Bah ! Je m'en remets  ton exprience sculaire, rentrons, peut-tre que les autres
sont arrivs.

J'aurais quand mme bien aim perdre l'quilibre dans ses bras...

- Non, pas encore, Samrane ne m'a pas prvenu, mais nous pouvons dj aller rejoindre
Iurt et Guerd.

Pnople relance le vaisseau en direction de la station orbitable, et trente minutes
plus tard, si tant est que j'ai toujours une vague ide de ce que reprsente une
minute, nous marchons tranquillement main dans la main sur une petite alle pave
au milieu d'une fort en direction d'une clairire o sont Guerd et Iurt.

Attente
-------



Nous nous allongeons dans l'herbe moelleuse, en mangeant la sorte de pains-fruits
rafrachissant que Guerd a pris avec elle. Iurt, qui a prs de quatre mille ans,
nous raconte son pass d'explorateur aux confins de la Congrgation. Il a visit
des milliers de plantes toutes plus tranges les unes que les autres, observ des
formes de vie aussi extraordinaires que dangereuses. Je me demande s'il a toujours
envie de voyager :

- Mais pourquoi ne continuez-vous pas  explorer, il doit toujours  y avoir  dcouvrir
?

Iurt soupire :

- Oh... Depuis le Libre Choix j'avoue que j'ai un peu perdu de ma motivation. Les
artificiels font a trs bien, et puis de temps en temps je me remets  jour en parcourant
les dernires archives.

Pnople nous coupe :

- On mange ici ou on retourne aux niveaux infrieurs ?

"Tu viens avec moi te balader dans les sous-sols ?"

"Tu ne veux pas qu'on reste avec Iurt et Guerd ?"

"Bah, on les verra plus tard ?"

"On peut manger un bout ici avec eux et descendre ensuite ?"

"OK"

Guerd est aussi plutt d'avis de rester tranquillement ici pour djeuner, Iurt et
Pnople s'inclinent. Guerd demande  Samrane de nous apporter un repas :

- Samrane, peux-tu nous faire livrer quatre repas s'il te plait ?

Samrane, toujours prsent en arrire-plan, rpond :

- Vous avez des dsiderata particuliers ?

Chacun donne ses prfrences, et cinq minutes plus tard une petite abeille nous apporte
nos paniers-repas. Nous commenons le repas avec apptit. Je m'inquite de savoir
quand vont arriver les autres :

- Nous pouvons savoir quand sont cens arriver les autres ?

Pnople rpond :

- C'est Iurt qui a les donnes normalement.

Iurt confirme. Il reste silencieux un instant, puis, donne les informations  mesure
que Samrane les lui communique:

- Ulri est arriv et sera disponible dans quelques heures, Erik sera l demain matin,
Moln un peu plus tard dans la matine et...

Il reste silencieux un long moment. Je demande finalement :

- Quelque chose ne va pas ?

Il pose son pain, s'essuie les mains sur ses habits, les marques disparaissent aussitt,
et il change de posture, soucieux :

- Je ne trouve pas les informations concernant Naoma.

Pnople, intrigue, pose aussi sa nourriture et sans doute consulte Samrane de son
ct. Elle confirme :

- Oui il y a un problme. Samrane confirme que Naoma est bien partie de Stycchia,
mais il a perdu sa trace.

Guerd manque de s'touffer en entendant Pnople et s'exclame :

- Il a perdu sa trace ! Mais, c'est impossible !

Iurt se lve, apparemment trs dcontenanc :

- Oui, elle n'est nulle part, le tlporteur du village confirme qu'elle est bien
partie, mais il ne sait pas o.

J'ai presque envie d'en rire, c'est vraiment n'importe quoi :

- M'ont pas l'air trs au point vos machins, dj celui par lequel nous sommes arrivs
dconnait compltement, maintenant celui-l...

Guerd me coupe :

- Mais non ! a n'arrive jamais ! C'est pas normal !

N'importe quoi...

- Sans blague ?

Iurt s'tait un peu loign, sans doute pour appeler quelqu'un, il revient :

- Les gens du village m'ont bien confirm que le clone local de Naoma dans le tlporteur
tait dsactiv et Naoma partie. J'ai consult Meetr, il s'est entretenu avec Guewour
et il n'y a aucune trace de Naoma, il y a bien eu un dysfonctionnement. C'est le
deuxime dont vous tes victimes, et il devient de moins en moins probable que ce
soit le fruit du hasard.

Je demande discrtement  Guerd :

- C'est qui Meetr et Guewour ?

Guerd me rpond virtuellement, c'est vrai que c'est plus efficace comme messe basse,
et plus discret :

"Meetr c'est plus ou moins la personne qui reprsente Stycchia auprs du Congrs,
et Guewour c'est la personne du Congrs que tu avais dj rencontre lors du conseil
sur Stycchia."

Je me remmore cette sance o Guewour avait eu connaissance de notre existence,
je n'ai jamais eu la mmoire des noms, puis je reviens dans la conversation et me
lve :

- Bon maintenant qu'il semble clair qu'il y ait un truc louche, comment peut-on faire
pour la retrouver ?

Ils restent tous silencieux. Pnople rpond finalement.

- Je ne sais pas, je ne crois pas qu'il y ait de moyen.

Pas de moyens ! Je crie presque :

- Quoi ! C'est quoi encore votre truc, c'est vraiment minable ! Alors on fait quoi,
comme si on avait rien vu et on oublie Naoma ? Partie, pffft !

Pnople reste calme :

- Rien ne sert de t'nerver, ce qui se passe n'est pas normal, a n'arrive jamais,
a ne fait que confirmer que l'affaire vous concernant est trange et complexe.

Je reste silencieux un instant.

- Mais qui contrle les artificiels qui dirigent ces tlporteurs, il doit y avoir
moyen de pister leur activit.

Iurt confirme :

- Oui bien sr, et je peux retrouver sans problme l'intgralit de mes dplacements
depuis ma naissance. Mais dans le cas prsent les donnes sont manquantes.

- Ce n'est jamais arriv que a plante ?

Pnople consulte les archives, Iurt rpond directement :

- Si bien-sr, mais la faute est gnralement facilement rectifiable, car si le tlporteur
d'entre se trompe, le tlporteur de sortie reste connu. Les artificiels transportent
les donnes au travers de leur infrastructure de transmission,  partir du moment
o il ont transmis quelque chose, ils savent o...

Je dduis :

- Donc quelqu'un a dtruit ou cach ces donnes.

Iurt reste silencieux un instant puis rpond :

- Oui.

- Bon et bien au moins c'est clair, et qui peut faire a ?

Iurt reste indcis, il carte les bras et soupire :

- C'est tellement difficile  croire que a remet en question l'ensemble mme de
notre structure...

- C'est le bordel quoi !

Pnople est d'accord avec moi.

- a rsume assez bien oui...

Je m'inquite de savoir quelles sont nos alternatives :

- Et qu'est ce qu'on peut faire ? On ne peut pas regnrer Naoma sur Stycchia et
la faire revenir ?

Ils restent silencieux. Iurt finalement prend la parole :

- C'est plus compliqu, les donnes de Naoma ont disparu, et si son corps est encore
sans doute sur Adama, son esprit n'y est plus...  notre niveau j'ai bien peur que
nous ne soyons dmunis, mais nous sommes justement ici pour prsenter cette nigme
au Congrs, esprons que nous y trouverons des rponses. En attendant, je vais m'entretenir
avec Guewour et tenter d'acclrer notre comparution. Je vous laisse terminer de
manger, nous nous retrouverons pour partir sur Adama ds que possible.

Iurt appelle une abeille et disparat rapidement de notre horizon. Le soir tombe,
le ciel s'assombrit et petit  petit nous voyons apparatre par transparence de multiple
toiles, et surtout Adama, belle et immense.

Nous nous rasseyons, je reprends un petit pain bleu que je trouve dlicieux, je reste
pensif. Pnople me demande :

- Comment tu interprtes tout a, Franois ?

Comment j'interprte tout a ? J'en sais rien, quelqu'un nous veut du mal, quelqu'un
nous cherche, nous ne sommes sans doute pas  l'abri ici non plus :

- C'est difficile  dire. Une chose est sre c'est que quelqu'un a pirat vos tlporteurs,
a explique pourquoi nous sommes arrivs sans laisser de traces sur Stycchia, et
pourquoi Naoma disparait aussi mystrieusement.

Pnople acquiesce :

- C'est vrai qu'il faut nous rendre  l'vidence, d'autant que nous n'avions rien
trouv sur votre tape intermdiaire, cette Lune o des hommes fabriquaient des vaisseaux,
laissant penser qu'il existe des connections externes  notre rseau de tlporteurs.

- Oui, tout  fait... Mais maintenant pourquoi ? Qui peut bien m'en vouloir du fin
fond de la galaxie ? Qu'est ce que j'ai bien pu faire  part du pain au micro-onde
et des milliers de tractions, c'est quand mme pas "blasphmatoire"  ce point !

Je ne sais pas comment se dit blasphmatoire dans leur langue, Guerd ne comprend
pas :

- "Blasphmatoire" ?

Pnople lui explique, elle avait pris sur son bracelet mon travail d'apprentissage
du franais  Chalet :

- Faire quelque chose contraire  une puissance suprieure qui est cense tout avoir
cre et tout contrler, mais Ylraw plaisante.

- Ah, ok.

Je reprends :

- Plus srieusement je veux bien que sur Terre mes prgrinations aient drang quelques
personnes qui ont alors dcid de m'envoyer en prison sur je ne sais quelle plante,
avant que Bleuman me ratatine. Ensuite on peut concevoir que Bakorel, en situation
de panique, nous ait tlport au hasard, et que nous soyons arrivs sur Stycchia.

Pnople continue :

- Et  partir de l, les personnes trs en colre ont tent de vous retrouver, et
comme elles ont un certain accs aux tlporteurs, elles ont tent de vous dvier
lors de votre voyage vers Adama. On peut penser que ce n'est pas forcment vident
pour eux, et il n'ont eu que Naoma.

- Ouais, a se tient.

Guerd conlue :

- Mais alors nous ne sommes plus  l'abri lors de nos dplacements ? a veut dire
que nous ne pourront pas rentrer sur Stycchia l'esprit tranquille ?

Pnople relativise :

- A priori ils n'en veulent qu' Franois, et ils n'ont qu'un contrle partiel des
artificiels, mais sans savoir, c'est vrai que nous sommes compltement  leur merci,
comment savoir si Samrane n'est pas dans le coup, par exemple ?

Samrane rpond sur le champ :

- Voyons, Pnople, vous savez bien que je suis votre dvou.

Pnople le prend en exemple :

- Tu vois, tout ce que nous disons ou faisons est connu des artificiels, si ce sont
eux notre point faible, nous sommes  leur merci.

Guerd rtorque :

- Mais les avis ! Les avis peuvent empcher a, on peut les contrler.

Pnople rigole, elle est beaucoup plus de mon ct que Guerd, parce qu'elle ressort
tous les arguments que je lui ai mille fois rpts, ou alors ce n'est qu'une preuve
supplmentaire de son esprit de contradiction :

- Et les avis c'est quoi, c'est les bracelets, c'est eux ! Si on doit vraiment se
dbarrasser des artificiels, nous devons tout mettre par terre, tout, notre nergie,
c'est eux, nos moyens de communication, c'est eux, notre source de nourriture, c'est
eux, tout ! Et quand tu appelles ta mre sur Forz, qui te dit que ce n'est pas un
virtuel fait par les artificiels et que ta mre n'est pas morte depuis longtemps
?

Guerd se redresse :

- Mais c'est affreux !

Je temporise, dcidment c'est le monde  l'envers :

- Rien ne sert de devenir paranoaque non plus, si vous n'avez jamais eu de problme
depuis plusieurs milliers d'annes, c'est quand mme que votre systme doit  peu
prs marcher. De plus la cible semble tre uniquement moi, vous n'avez donc pas grand
chose  craindre.

Guerd n'est que moyennement rassure.

- Oui mais comme maintenant on t'aide, peut-tre qu'on va tre poursuivi aussi !

Pnople semble nerve par la remarque de Guerd :

- Tu peux rentrer sur Stycchia si tu ne veux pas venir avec nous.

Guerd la regarde avec des yeux tristes, un peu tonne de sa raction :

- Non, non, ce n'est pas ce que je voulais dire, juste qu'on ferait quand mme mieux
de se mfier, peut-tre devrait-on retirer les bracelets ?

Une parole sense !

- Moi j'ai jamais t pour ces machins, de toute faon, c'est  cause d'un truc pareil
que je me suis retrouv dans un ptrin pareil perdu je ne sais o.

Pnople rajoute :

- ...et que tu me connais.

Ae ! Je m'approche d'elle pour lui faire un bisou, elle me repousse en tombant en
arrire :

- Franois ! Arrte ! Je sais bien que tu aurais voulu ne jamais venir ici, rester
sur ta plante prhistorique  casser des fentres...

- C'est faux ! Tu sais bien que je suis  trs content d'tre avec toi, mais quand
mme ! Je ne sais pas pourquoi je suis l, je perds mes amis un  un, je me fais
tuer par un gant bleu  l'autre bout de la "Voie Lacte", j'ai le droit d'tre un
peu nerv !

Je suis allonge sur Pnople, elle  devient moins farouche.

- La "Voie Lacte" ?

- C'est le nom que nous donnons  la galaxie, voie lacte, "Voie Lacte", dans ma
langue,  cause de l'aspect dans le ciel.

- C'est joli... Embrasse-moi.

Guerd se plaint :

- Eh ! Arrtez, j'ai pas mon Erik moi...

Je me retourne :

- Mais ? Je croyais que vous tiez spars ?

- Oui, enfin... Un peu, enfin, c'est pas trs clair...

Nous nous relevons et nous asseyons correctement, la situation n'est pas spcialement
l'occasion de s'amuser. Naoma ! Dcidment, je regretterai donc pour toujours ce
dimanche o je t'ai offert un sandwich  Melbourne... Pnople reprend :

- Pour revenir au bracelet, Guerd, je pense que a ne sert  rien de paniquer tant
que nous n'avons pas l'avis du Congrs. De toute faon Iurt essaie d'acclrer les
choses, peut-tre que nous pourrons passer d'ici  quelques jours. D'ici l, nous
ne pouvons faire qu'attendre, je ne vois pas ce que l'on peut tenter d'autre, alors
ce n'est pas la peine de dramatiser  outrance...

Nous terminons silencieusement notre repas, puis nous nous laissons guider par Samrane
vers nos lits. Nous dormons dans les tages infrieurs. Samrane demande si nous dsirons
dormir ensemble Pnople et moi, je la prends par la main, elle rponds par l'affirmative.
Nous ne faisons pas l'amour cette nuit l, je suis trop proccup par ce nouveau
coup du sort ; Pnople le sent et reste dans mes bras toute la nuit.

Jour 188
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Je me rveille tt. Je laisse Pnople profondment endormie et quitte discrtement
la petite chambre aprs avoir enfil un vtement command  Samrane par bracelet
interpos. Je me laisse ensuite guider par celui-ci jusqu' une grande salle donnant
sur une immense baie vitre et largement fournie en fauteuils trs confortables.
Samrane me propose quelque chose  grignoter mais je refuse, ayant toujours quelques
remords  cder  la facilit. Il est vrai que je ne fais plus aussi consciencieusement
mon sport quotidien depuis que je suis arriv au village. Sur Terre pas plus de trois
jours sans sport et mon moral faisait une chute libre... Ici les sensations sont
diffrentes. Je ne sens pas mon corps comme sur Terre, j'ai un sentiment de paix
intrieure, de calme... Et le sentiment d'avoir un corps interchangeable est trange.
Un peu comme si on pouvait tout se permettre, plus de problme de maladie, de poids,
de toutes ces choses qui pourtant nous occupaient une bonne partie du temps auparavant.
Sur Terre mon corps tait la seule chose que je possdais vraiment, la seule chose
que je devais prserver, ici tout est diffrent...

7 trente-siximes de notre jour artificiel, qui a sur la station la mme dure que
sur Adama, plus long de sept trente-sixime que ceux de Stycchia. Je ne connais pas
trop les effets d'un allongement des journes... Peut-tre que ces clones on leur
horloge biologique automatiquement ajuste pour la plante ou nous arrivons... 7
trente-siximes, encore bien tt. Ah ! Adama... Tu passes devant moi... Si ce n'est
la forme particulire de tes continents je te prendrais facilement pour ma bonne
vieille Terre...

Six mois que je suis l, je ne sais o dans la Galaxie. Et me voil dans une station
orbitale autour d'une plante inconnue ou vivent vingt-deux milliards de personnes...
Mon Dieu... C'est tellement invraisemblable... Mais o donc cela me mnera-t-il ?

Je suis sorti de mes rve par quelqu'un me mettant la main sur l'paule. Pnople
va pour s'asseoir dans le fauteuil voisin mais je lui attrape la main  temps et
la tire doucement pour qu'elle s'installe sur moi. Elle se laisse faire et se niche
tout contre moi, elle appuie sa tte sur mon paule. Elle me parle doucement.

- Tu n'arrivais pas  dormir ? J'tais trop prs ?

Elle est craquante depuis que nous sommes arrivs. Je l'embrasse sur le front.

- Non pas du tout, je n'avais plus sommeil je crois, nous nous sommes couchs tt.
Je ne voulais pas te rveiller en bougeant trop dans le lit alors je me suis lev.

- Tu es triste ?

1400 ans, et je la prendrais pour une petite fille... 1400 ans, elle a vu grandir
cinquante gnrations de mes anctres !

- Tu sais je me sens un peu responsable si Erik et Naoma sont arrivs dans cette
galre avec moi, alors je culpabilise qu'il arrive tous ces malheurs  Naoma.

Elle me parle doucement.

- Pourtant tu n'y peux pas grand chose...

- Oui je sais bien... Mais c'est toujours plus facile de s'en remettre au sort. J'aurais
pu me dbrouiller tout seul sur Terre, et au moins si j'tais seul je n'aurais peur
de rien.

- Tu n'as pas peur de mourir ?

- Non...

- Moi je suis dj morte une fois, j'avais pas peur  l'poque, mais maintenant j'ai
peur. Avant je ne savais pas, maintenant je me dis que peut-tre personne ne remettrait
mon bracelet en route, peut-tre qu'on m'abandonnerait... J'ai peur de partir sans
que personne ne s'en aperoive... Alors je ne me laisse plus vieillir...

Nous restons silencieux quelques instants... Je regarde Adama dfiler.

- Adama ressemble  ta plante ?

- Oui, beaucoup...

- Tu tais dj all dans l'espace avant ?

- Non jamais, sur Terre seul les scientifiques et quelques personnes trs riches
peuvent se le permettre.

Mais qu'est-ce qu'il va se passer ensuite ? Si je retourne sur Terre ? Va-t-on cooprer
avec Adama ? Va-t-on me croire ? Est-ce que je vais finir ma vie comme si de rien
tait ?... Souvent je me suis dit que si une civilisation extraterrestre beaucoup
plus avance que nous venait  prendre contact avec nous, alors nos vies seraient
bouleverses et tout changerait, mais je n'en suis plus sr maintenant. Je me demande
si au contraire les gens ne feraient pas tout pour conserver leur vie de tous les
jours, conserver leurs repres, leurs limites, leurs problmes. Parfois je me dis
que j'aimerais retourner  Mandrakesoft, reprendre mon travail, retravailler sur
linux, pour les logiciels libres, pour tous ces combats pour lesquels je vivais...
Mais c'est impossible... Je ne pourrais jamais revenir en arrire, je ne pourrais
jamais perdre mon immortalit, perdre ce paradis...

- Dis-moi que tu m'aimes...

Ah ma Belle !

- Je t'aime Pnople... Et je viendrai te faire revivre, moi, encore et encore, si
jamais tu meurs, mme juste pour te prendre dans mes bras.

Elle se blottit un peu plus contre moi.

- a fait longtemps que tu n'es pas venue sur Adama ?

- Non, pas trs longtemps, j'y suis venue il y a une dizaine d'annes, seize ans
pour toi, pour fter la nouvelle anne avec Phamb.

- Phamb ! Tu le revois toujours ?

- Pas depuis cette fois-l. On doit se croiser une fois tous les vingt ou trente
ans sinon, oui... La nouvelle anne Adamienne est dans quarante jours d'Adama. Peut-tre
qu'on pourra y assister.

- C'est quelle anne ?

- 12624, je vais avoir 890 ans cette anne.

12624... Que serons-nous tous quand nous serons, sur Terre, en 12624 ! 12624 ? Les
cahiers !

- Tiens c'est bizarre, a me rappelle les dates inscrites sur les cahiers que j'avais
trouvs sur Terre.

- Ils parlaient de la mme anne ?

- Non... Il me semble que c'tait 13000 et quelques. Mais peut-tre que c'tait bien
en anne d'Adama. Peut-tre que c'est la date o ils sont arrivs sur Terre.

- a m'tonnerait, il serait arriv avant le MoyotoKomo, et  cette poque l il
n'y avait pas du tout de vaisseaux spatiaux.

- Oui... Mais je pense plutt que a pourrait tre le mme calendrier, en tout cas
au dbut, ensuite il a d diverger. Comme la dure de l'anne sur la Terre est plus
courte, les annes passent plus vite.

- Ah mais alors, si c'tait vraiment 13000, on peut retrouver la date  partir de
laquelle a a diverg, puisque une anne d'Adama fait environ 1,6 annes de ta plante,
c'est bien a ?

- Oui, en gros d'aprs les calculs qu'on avait fait a semblait tourner autour de
1,6 annes. Alors, calculons, puisque l'origine est  12624 annes d'Adama en arrire,
cela veut dire que X annes d'Adama, plus 12624 moins X multipli par 1,6 donnent
13000. C'tait 13100 quelque chose pour tre plus prcis, il me semble.

- 11830 et quelques.

Je suis impressionn par la rapidit de calcul de Pnople.

- Whaou ! T'es forte en calcul mental.

- Si on veut, disons que le module calcul est pratique...

Je souris.

- OK, donc ils seraient partie d'Adama en 11830.

- Le Libre Choix c'est en 11749. a fait quatre-vingts ans plus tard. C'est bizarre
on devrait avoir une trace si c'est si rcent.

- a fait combien de temps en annes de chez moi ?

Je suis un peu perdu avec toutes ces dates astronomiques.

- 794 annnes d'Adama, 1480 ans environs.

- Ok. C'est cohrent avec le contenu des cahiers mais  mon avis il y avait dj
des hommes sur Terre  ce moment. Nous avons des contructions humaines bien plus
anciennes que a.

- C'est peut-tre des faux ?

- Il existe des monuments qui datent de plus de quatre mille ans, de grandes pyramides,
qui psent plusieurs millions de tonnes et dont l'ge a t dtermin par de nombreuses
mthodes. C'est difficile de croire que de tels monuments on t cre a postriori
juste pour le plaisir.

- Pas vraiment pour le plaisir, pour rendre l'opration plus crdible.

- Mais c'est immense, comment auraient-ils pu faire ?

- Tu es prt  croire que des hommes sans aucune technologie aurait t capables
de leurs mains de les riger, et tu n'es pas dispos  admettre que les artificiels
l'aient pu, eux qui sont capables de dplacer une plante de son orbite, de transformer
un monde dsole comme Stycchia en paradis verdoyant, ou encore de crer des stations
orbitales de plusieurs centaines de kilomtres, et qui psent elles des milliers
de milliards de tonnes !

- Oui tu as raison, aprs tout...

Elle reste dans mes bras, et nous nous endormons doucement en regardant Adama dfiler...

- Alors, vous n'avez pas trouv o dormir dans cette cage  poule !

Nous sommes rveills en sursaut. Pnople se lve, apparemment gne qu'on l'ai
surprise dans cette position. Erik nous salue chaleureusement.

- Erik, mince, je voulais aller te recevoir, j'avais demand  Samarane de me rveiller.

Erik rigole :

- Oui il m'a dit. Mais comme tu tais endormi il n'a pas os te rveiller, il a bien
fait. Les autres sont arrivs ?

Je m'tire et reprends mes esprits, je m'tais vraiment bien rendormi. Je reprends
un air grave.

- On a un problme, Naoma a disparu.

Erik fronce les sourcils, il parle en anglais :

- Disparu ?

Je poursuis en anglais.

- Oui, elle est bien partie de Stycchia mais ils sont incapables de dire o elle
a atterri. Apparemment leur systme a t pirat et ils n'ont pas de moyens de savoir
o elle se trouve.

- Qu'est-ce que c'est encore que ces histoires, c'est pas croyable ! Mais ? Qu'est-ce
qu'on peut faire ?

- Bah tu sais ds qu'il s'agit de leurs artificiels ils ne sont pas trs dgourdis.
Iurt essaie d'acclrer les choses pour qu'on passe devant le Congrs au plus vite,
en esprant qu'il puisse en dire plus. Mais c'est pas super bien barr, ils n'ont
jamais eu trop de soucis avec leur tlporteur et font une confiance aveugle aux
artificiels, et comme personne n'est au courant de comment ils fonctionnent, c'est
un peu le flou total.

Erik parle de nouveau dans la langue de Pnople.

- Quand va-t-on voir le Congrs ?

Pnople rpond :

- Nous devions exposer le problme dans deux semaines, puis ensuite y retourner au
gr des volutions. Peut-tre que Iurt pourra nous faire passer plus tt s'il arrive
 convaincre Guewour.

Erik fait la moue :

- On peut rien faire quoi... Mais ils sont o ces artificiels, il y a bien des machines,
des composants ?

C'est Samrane qui rpond :

- Nous sommes rpartis dans l'ensemble des tlporteurs d'une part, l'ensemble des
bracelets, et sur de nombreuses plantes non habitables o nous trouvons les matires
premires ncessaires  notre fonctionnement et notre entretien. Mais nous ne sommes
que de la puissance de calcul, depuis le dbut nous n'avons volu que pour servir
les hommes, nous n'avons d'autre but que celui-ci.

Je reste perplexe :

- De toutes faons je te vois mal dire le contraire...

Pnople semble curieuse.

- Mais, Samrane, pourtant chaque vaisseau par exemple a sa propre conscience, or
tu sembles dire que vous n'tes qu'une seule et mme machine ?

- Il y a beaucoup de consciences artificielles indpendantes. Chaque bracelet en
est une, mais quand la connexion le permet, nous pouvons rflchir comme un tout,
nous sommes plusieurs et un seul  la fois.

C'est encore buggu ces machines :

- Mouais, mais en ce qui concerne retrouver Naoma, vous tes autant incapables 
plusieurs que tout seul.

Samrane ne rpond pas. J'ai faim.

- En attendant djeunons, Erik t'as srement pas trs faim mais moi j'ai une faim
de loup. 

Pnople reste silencieuse un instant puis nous confirme qu'Ulri va se joindre 
nous, Guerd dort encore, et Moln sera l d'ici  la mi-journe.

- Et Iurt ?

- Il est dj parti sur Adama ce matin. Nous le rejoindrons ds que Moln arrive.

Ulri arrive quelques minutes plus tard, il fait son petit tour sur lui-mme qui me
fait toujours bien rigoler puis nous le reniflons tous  notre tour dans le cou.
Je me sens toujours un peu ridicule en faisant cela, m'imaginant le jour o j'irais
dire bonjour de cette faon  une belle blonde sur Terre et la gifle que je gagnerai
en retour...  Nous mangeons des petits btonnets sals, souvenir d'une forme de mets
que mangeaient les hommes d'Adama il y a bien des millnaires.

12 trente-siximes et 3 siximes, c'est vraiment frustrant de devoir rester l, impuissant.
Mais aprs tout c'est un peu ma situation depuis le dbut, je ne fais que subir sans
comprendre, je ne fais que courir sans jamais savoir o je vais ni pourquoi... Mais
qui donc peut bien m'en vouloir. Et pourquoi prendre Naoma ? Pour me tendre un pige
? Pour me provoquer ? Pour me forcer  faire quelque chose ? Comment saurais-je,
en plus, la prochaine fois que je la vois si ce n'est pas un virtuel, un guet-apens
?... Ah... Je n'ai mme plus faim... Et ce corps qui n'est pas le mien... Tu me manques,
Corps, te retrouverai-je un jour ? Je l'espre, je l'espre tant... J'ai tellement
pass du temps  prendre soin de toi, moi-aussi j'aimerais mourir une fois, avec
toi...

Suite au petit-djeuner, nous prenons tout de mme le temps de faire visiter la station
 Erik, dans l'attente de Moln. Avec des abeilles nous faisons le tour complet de
la surface, ce qui fait tout de mme une balade de plus de cinquante kilomtres.
Erik est comme moi impressionn de trouver un tel paysage campagnard dans une station
spatiale.

Finalement Moln arrive et Iurt, qui avait dj prvu avec Samrane notre dpart pour
Adama, lui laisse tout juste le temps de reprendre ses esprits et de nous rejoindre
dans le vaisseau qui nous emmne vers la plante-mre. Nous montons tous dans des
petites bulles o nous sommes confortablement assis et attachs. Ensuite ces bulles
sont toutes rcupres sur une sorte de grappe gante qui part avec les bulles pleines
du moment, c'est un peu comme un mtro, si on arrive trop tard il faut prendre le
suivant. Dans la bulle j'ai une surimpression virtuelle du paysage, et la rentre
dans l'atmosphre est impressionnante, mme si un peu chaotique.

La descente vers Adama est pourtant assez longue, il nous faudra bien deux trente-siximes,
une heure et demi. Nous arrivons finalement, et les petites bulles sont dcharges
pour glisser jusqu' s'ouvrir dans un large couloir en haut d'une immense pyramide
qui surplombe une ville sans fin. Des milliers de petits vaisseaux et surtout d'abeilles
virevoltent dans tous les sens, sans doute sous le contrle d'un artificiel bienveillant
s'assurant qu'il n'arrive aucun accident.

Je suis un peu perdu, il y a normment de monde, il vaut mieux que je reste l en
attendant que Pnople me rejoigne. Elle arrive cinq minutes plus tard avec Erik,
nous retrouvons rapidement Moln, Guerd et Ulri et Pnople nous dirige vers l'endroit
o nous allons rsider, une sorte d'htel rserv gnralement aux personnes qui
vont parler au Congrs. Il y a vraiment un monde fou, pour la premire fois depuis
notre arrive dans la Congrgation je ressens ma lgendaire agoraphobie. Il y a des
gens de partout, qui bougent dans tous les sens, des abeilles, des vaisseaux, des
gens qui marchent... Par trois fois je reste curieux devant des sortes de magasins
tranges et je manque de perdre le groupe. Tellement que Pnople, nerve, me prends
par la main et m'interdit d'aller  droite  gauche ; oui maman !

Nous prenons trois abeilles bi-places et en trente minutes nous sommes dj dans
notre suite royale  l'htel. Je suis incapable de savoir  quel niveau se trouve
le sol. J'ai l'impression que l'htel se trouve en sous-sol mais je n'en suis mme
pas sr, c'est un peu comme s'il n'y avait pas de sol, comme si les hommes occupaient
la plante jusqu' des profondeurs incommensurables. L'htel n'est pas si dmesur,
et il est beaucoup plus calme que la frnsie extrieure. Je choisi une chambre de
la suite avec Pnople, Guerd arrive  convaincre Erik d'aller avec lui, et Moln
et Ulri prennent chacun une chambre. Quelques minutes plus tard Iurt arrive, et nous
nous installons tous dans les confortables siges pour couter son compte-rendu.
Malheureusement il n'a pas beaucoup progress. Nous ne passerons pas plus tt devant
le Congrs,  savoir dans une dizaine de jours, et Guewour pas plus que les autres
personnes  qui il en a parl n'ont d'ides claires sur les tenants et les aboutissants
de cette affaire, la disparition de Naoma et l'impuissance des artificiels.

Iurt continue en expliquant diverses conversations qu'il a eu avec des personnes
que je ne connais pas du tout mais qui sans doute doivent tre importantes, ou au
moins connues. Je le coupe finalement, lass par leurs histoires interminables, ils
prennent toujours des plombes pour raconter des choses futiles :

- Bon, comme apparemment on ne peut rien faire, je vais aller faire un tour. Tu viens
Erik ?

Pnople me lance des regards noirs, Erik acquiesce et se lve, nous partons avant
mme que Guerd n'ait pu faire le dur choix de rester avec eux ou de venir avec nous.

Pnople ne bouge pas, sans doute hors d'elle de mon manque de politesse, mais qu'importe...
Elle crie :

- Et vous allez o ?

Je ne me tourne mme pas pour lui rpondre, me dirigeant vers la sortie de la suite.

- Boah, nous balader, de toute faon on a nos bracelets enfants, alors vous n'aurez
pas de mal  nous retrouver, et puis c'est vous qui grez l'affaire, pas vrai ?

Nous prenons rapidement le couloir avec Erik pour nous rendre vers une plate-forme
o nous voulons emprunter deux abeilles. Je lui fait part de mon nervement :

- Ils commencent  me prendre un peu la tte avec leur fatalisme  deux balles.

- Oui, c'est vrai que question initiative c'est pas des flches.

Nous arrivons sur la terrasse, mais nos bracelets ne nous le permettent pas d'emprunter
des abeilles, alors nous descendons jusqu' pouvoir sortir dehors. Mais, il y a pas
vraiment de dehors, tout n'est qu'un enchevtrement de btiments les uns sur les
autres, comme je le supposais, il n'y a mme pas vraiment de sol, il semble que l'on
puisse toujours descendre plus bas. Il y a vraiment des gens de partout, principalement
qui discutent entre eux, des badauds, moins de gens presss qu' Paris, toutefois.
Adama doit tre une sorte de point de rencontre gant o les gens se donne rendez-vous
pour se voir, une fois tous les trente ans, comme Pnople et Phamb.

Toutefois si nous sommes bien dcids Erik et moi de trouver quelque chose, il nous
est assez difficile de savoir par o commencer, rapidement nous nous perdons dans
ses rues interminables, un vritable labyrinthe en trois dimensions, je n'ose mme
pas imaginer quand ils avaient encore des supermarchs. Erik est tout aussi perdu
que moi.

- C'est le foutoir complet, a fait dix minutes qu'on marche et on est dj compltement
paum.

- C'est clair, je comprends pas comment les gens peuvent se retrouver... C'est peut-tre
a en fait, tous ces gens sont perdus et cherche leur chemin depuis des millnaires.

Erik sourit.

- Bah, ils ont leur bracelet, GPS intgr, j'imagine.

- C'est vrai, tu as un plan dedans, toi, moi je ne trouve rien.

- J'en sais rien, de toute faon on ne sait pas o on va, si ?

- Ben, je comptais aller faire un tour vers le Congrs, au moins pour voir.

- Ah, oui, bonne ide, ben demandons  des gars du coin.

Finalement je suis la recommandation d'Erik et je demande  deux personnes qui discutent
:

- Bonjour, excusez-moi, pourriez-vous me dire o sige le Congrs ?

La personne me regarde d'un air interrogatif, puis regarde mon bras :

- Euh, oui, mais ? Votre bracelet ne marche pas ? Mais, c'est un modle enfant ?

Ah j'avais oubli ce dtail.

- Et bien oui,  vrai dire nous n'avons pas encore de modle adulte.

Soudain la personne se recule de quelques pas.

- Mais, qui tes-vous, je ne comprends pas ? Je n'ai pas de donnes sur vous ?

Quel trouillard ! On va pas te bouffer ! Erik prend la parole :

- Nous ne faisons pas partie de la Congrgation, nous devons justement passer devant
le Congrs  ce sujet.

L'homme semble devenir moins mfiant.

- Ah oui, trs juste, mais vous ne devez comparatre que dans dix jours, pourquoi
voulez-vous y aller tout de suite ?

C'est pas vrai ! Erik poursuit :

-  vrai dire ce n'est pas notre seul problme, une de nos amie a disparu lors d'une
tlportation, et nous cherchions qui pourrait nous renseigner plus sur le sujet.

- Mais, Iurt, Pnople et Guerd ne peuvent-ils pas vous aider ?

Et comment il les connait ? Je suis surpris :

- Vous les connaissez ?

- Non pas du tout mais ils sont indiqus comme tant vos responsables.

Erik marmone en anglais.

- Dcidment, c'est vraiment de la saloperie ces trucs.

- Tu m'tonnes !

Je continue :

- Oui mais ils sont un peu occups et stresss, et nous voulions juste allez voir
o se trouve le Congrs, et peut-tre discuter avec des personnes qui pourraient
nous en apprendre un peu plus. Nous promener, visiter.

- Ah oui, a, les bracelets enfants c'est pas pratique, toujours oblig de demander
aux adultes de l'aide, mais aprs tout c'est l'objectif souhait. Je peux vous y
accompagner, qu'est-ce que tu en penses, Hur, a nous fera une balade ?

Rencontres
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Son compagnon, silencieux jusqu'alors, approuve. Nous marchons avec eux et ils commencent
 nous poser de multiples questions, d'o nous venons, comment est notre monde, o
se trouve-t-il... Nous arrivons finalement  une extrmit du btiment, d'o je me
rends compte qu'en contrebas il y a encore des centaines de mtres d'immeuble, de
parcs, jusqu' un hypothtique sol invisible... Nos guides nous expliquent que nous
nous trouvons dj plusieurs centaines de mtres sous le niveau originel du sol ;
ils prennent ensuite chacun une abeille biplace et nous nous sparons Erik et moi.
La personne que j'ai interroge s'appelle Rono, Erik est avec elle, quant  moi je
suis avec Hur. Rono nous parle  tous les trois via notre bracelet pour nous expliquer
les diffrents monuments et endroits que nous survolons.

Une dizaine de minutes, nous montons considrablement, jusqu' finalement dpasser,
enfin, la surface. Nous arrivons en vue d'une grande zone ou le ciel est dgag,
quelques minutes plus tard je dcouvre que cette zone est un immense parc. Nous nous
posons  l'entre. Rono poursuit ses explications :

- Voil le Congrs.

Erik est surpris :

- C'est un parc ?

Rono prcise :

- Pas exactement, au centre se trouve l'amphithtre ou les membres du Congrs discutent.
L'emplacement est entour par un trs grand parc o ils peuvent se promener pour
rflchir. La zone est protge et on ne peut pas la survoler. De la mme faon on
ne peut entrer dans la zone sauf si suffisament d'avis nous en donnent l'autorisation.

Hur prcise :

- Je ne sais pas si vous connaissez un peu l'histoire d'Adama, mais le Congrs se
trouve sur l'emplacement de l'ancienne place d'Eryas.

Je me remmore le rcit d'Antara :

- La place o a t crucifi Guerrok !

- Exactement.

Erik ne comprends pas ?

- C'est qui Guerrok ?

Je prends cinq minutes pour lui raconter l'histoire des reptiliens et de Guerrok,
lui promettant de lui faire une version plus dtaille un peu plus tard. Nous marchons
ensuite sur le pourtour du parc, Rono rcapitule les diffrentes tapes de la construction
et de la mise en place du Congrs, mais je suis plus intress par savoir comment
aller interroger les personnes  l'intrieur, Rono bride un peu mes espoirs :

- Vous y serez dans dix jours, en attendant vous ne pouvez pas faire grand chose
pour acclrer le processus, j'en ai peur, vous m'avez l'air bien impatient, ce n'est
pas une qualit. Vous savez, ici se rglent les problmes de trois cent soixante
milliards de personnes, comprenez que vous n'tes pas le centre de la Congrgation.

Erik marmone toujours en anglais :

- Toujours le mme merdier quoi...

Rono est tonn de ne pas avoir les rfrences de la langue employe par Erik, je
lui explique succintement que notre monde ne fait pas du tout partie de la Congrgation,
et que par consquent il est normal qu'il n'ait aucune information au sujet de nos
langues, notre histoire... Rono pensait simplement que nous venions de l'une des
rares plantes qui avaient refus l'intgration dans la Congrgation et qui continuaient
 avoir un fonctionnement autonome. Il me semble que Pnople m'avait dit qu'il n'y
en avait plus, elle s'est peut-tre trompe.

Nous passons ensuite quelques heures  nous promener autour du Congrs, l'endroit
est agrable et moins mouvement que les environs de l'htel. Nous nous arrtons
sur un banc pour manger une sorte de pain au chocolat du coin, tout en racontant
 Rono et Hur le dtail de nos aventures. Ils n'ont pas beaucoup plus d'ides sur
l'origine de nos problmes et d'ventuels moyens d'en trouver un claircissement.
Tout marche tellement bien ici, il n'y a vraiment aucune raison de savoir les dtails
des engrenages. Mais  quoi leur sert donc leur Congrs si tout marche si parfaitement
?

- Mais quel genre de problmes sont prsents au Congrs, alors ?

Hur rpond :

- Les principaux dbats du Congrs sont souvent des dbats conceptuels, qui a le
droit de quoi, o sont les limites de la citoyennet, l'analyse des diffrentes priodes
du pass, les ides et recommandations pour le pouvoir et le contrle sur les artificiels,
les comptes-rendus des dernires dcouvertes techniques...

Erik rtorque :

- Ce ne sont pas vraiment des problmes.

- Non, trs juste, mais il arrive aussi frquemment que des litiges ne trouvent pas
de solution avec les avis locaux, et ncessitent une rflexion plus globale...

Je le coupe :

- Un peu comme notre cas.

- Votre cas est un peu extrme, souvent les problmes restent des situations banales
internes  la Congrgation qui n'ont pas de solution simple. Le cas des plantes
rebelles est un autre exemple.

Je me rappelle ce dont m'avait parl Pnople.

- Ah oui ces plantes o vont les jeunes et qui veulent leurs propres rgles ?

- Oui, pour tre plus prcis c'est un peu plus complexe que a. Voil des dizaines
si ce n'est des centaines d'annes que le groupe des plantes rebelles existe. Elles
ont toujours dclench des dbats enflamms au Congrs, mais la situation s'tait
un peu calme depuis que Gwenola tait devenue leur reprsentante. Sa diplomatie
et son calme avait rendu les choses beaucoup plus raisonnables. Mais dernirement
il semble qu'une personne des plantes rebelles ait enfrain de manire trange plusieurs
rgles, et c'est pour claircir cette affaire qu'elle comparait devant le Congrs
ces jours-ci.

Rono complte :

- Oui, cette affaire, plus par son caractre exceptionnel et un peu hors du commun,
que par son rel fondement j'imagine, est une des raisons de toute l'agitation d'Adama
ces derniers jours. Et l'affaire se poursuivant par votre cas, peu commun lui aussi,
cela `suffit  mettre la plante en effervescen...

Rono s'arrte un instant, puis reprends :

- Je viens d'avoir un appel de Pnople, elle vous demande de rentrer si possible
rapidement  l'htel, car Guewour ainsi que plusieurs autres membres du Congrs voudraient
s'entretenir avec vous.

Hur semble satisfait :

- Oui ce serait une bonne ide que nous rentrions, nous avions donn rendez-vous
 Mathi en fin d'aprs-midi, et elle m'a laiss un asym tout  l'heure pour me dire
qu'elle ne tarderait pas.

Rono confirme :

- Parfait, repartons alors. J'imagine que vous souhaitez que nous vous ramenions
?

a serait cool ouais :

- Dans la mesure o nous ne pouvons pas emprunter d'abeilles, ce serait trs gentil
 vous, oui.

Quelques secondes plus tard, deux abeilles biplaces vides viennent se poser  quelques
mtres de nous. Comme pour l'aller, je monte avec Hur et Erik avec Rono. Rono vole
doucement  une dizaine de mtres du sol devant nous, Hur le suit tranquillement
 une quinzaine de mtres derrire. Le sol, j'ai bien confirmation que la ville s'enfonce
plus sous la terre qu'elle ne monte vers le ciel, mme si de nombreux btiments s'lvent
assez haut  l'horizon, vue de la colline du Congrs, il apparat clairement que
les gens du coin grignotent plus vers le bas que vers le haut quand ils ont besoin
de place. Quelques minutes plus tard, nous volons en-dessus d'une immense alle bonde
de monde, en contrebas se distinguent d'autres alles tout aussi frquentes. Les
alentours plats et calmes du Congrs sont vraiment l'exception car rapidement l'immense
labyrinthe form d'imbroglio de ces arbres immeubles immenses, plutt racines immeuble,
d'ailleurs. C'est trange, toutefois, leur aspect est mat, presque terne, je me demande
bien quelle est leur composition, et puis, ils ne semble pas parfaitement lisses,
pas parfaitement droits.

Il y a des milliers voire des millions de personnes, l'atmosphre n'est pourtant
pas celle d'une grande ville comme nous les connaissons. Il n'y a pas de pollution,
beaucoup moins de bruit, juste le brouhaha de la foule et des abeilles qui virevoltent.
Tout est plus lumineux, il y a de la nature partout, des plantes, des sortes d'arbres,
de lianes, c'est un peu comme un village en trois dimensions, avec plein d'alles
sympathiques sur tous les niveaux. Mais il y a du monde, tellement de monde, des
gens qui promnent de partout, ou qui discutent assis sur un banc ou dans l'herbe.
C'est vraiment toujours impressionnant de ne voir presque que des personnes jeunes
et belles. On se croirait  l'intrieur d'un campus universitaire gant, ou tout
le monde vit d'insouciance et n'a d'autre soucis que de planifier sa soire ou son
aprs-midi de libre avec ses amis...

Je me demande bien ce qui motive tous ces gens, ces deux jeunes filles pulpeuses
et superbes qui ont peut-tre cent fois mon ge, ou encore ce groupe en train de
jouer  je ne sais quoi dans l'herbe, ou bien cette brune qui...

Bordel ! Je m'crie en franais, puis en anglais, et enfin dans leur langue :

- Bordel ! Arrtez-vous ! Posez-vous ! Posez-vous !

J'empoigne Hur, il crie :

- Non mais a va pas ! Calmez-vous ! Vous perdez la tte ou quoi, cessez ou je vous...

Il n'a pas le temps de faire quoi que ce soit, avant qu'il ne puisse utiliser son
bracelet pour m'immobiliser, je lui attrape le bras et lui retire rapidement.

Il hurle :

- Mais vous tes compltement fou !  l'aide !

En lui retirant son bracelet, l'abeille est passe en mode automatique et s'est stabilise
en vol stationnaire. Hur se dbat, mais il n'est pas bien incisif, j'enfile son bracelet
mais son accs ne m'est pas autoris. J'ordonne  l'artificiel de l'abeille de nous
poser. Pendant ce temps Rono a eu le temps de faire demi tour. Notre abeille descend
lentement,  quelques mtres du sol je tente de me dtacher mais trop tard, je suis
paralys, je ne sais pas si c'est l'abeille ou Rono, ou encore des membres de la
foule de personnes qui s'est forme au sol pour nous regarder. Je rage intrieurement.
Si seulement... Mais impossible, je ne peux plus bouger.

De toute vidence c'est l'abeille qui m'a immobilis, elle me rend l'usage de mes
jambes pour l'atterrisage de faon  ce que je ne tombe pas brutalement par-terre.
C'est ma chance ! Ds que l'attache se dmatrialise je pars en courant tout de suite
vers la brune que je n'ai pas lche des yeux. Elle tait un peu plus loin et s'tait
rapproche pour voir ce qu'il se passait. Quand elle me reconnait elle part sur le
champ en courant. Mais je suis terriblement handicapp je ne peux pas bouger tout
le haut de mon torse, mes bras y compris. Heureusement de m'loigner de l'abeille
son effet doit diminuer et je retrouve progressivement l'usage de mes membres en
courant  toute vitesse en bousculant les gens.

Elle court vite la bougresse ! Toujours la mme histoire, c'est vrai que j'avais
oubli qu'ils avaient quelques aptitudes naturelles au sprint dans le coin. Toutefois
j'ai moi-aussi un de leurs corps amliors, et il n'y a pas de raison qu'elle me
distance ! Je DOIS la rattraper !

Peine perdue, je m'tale lamentablement par terre quelques secondes aprs cette bonne
parole, compltement immobilis, j'ai juste eu le rflexe de me protger avec mes
avant-bras quand j'ai senti que je perdais le contrle. Ils sont tous deux en sang.
J'aperois les pieds de Rono et d'Erik qui se posent  un mtre de moi. Je ne peux
pas tourner la tte.

Putain de putain de PUTAIN !

Je soupire en moi, j'ENRAGE !...

Erik est le premier  parler :

- Je ne la vois plus, je ne pourrais pas la rattraper, c'tait qui ?

Rono m'informe qu'il m'a rendu l'usage de la parole.

- C'est la nana qui m'a sauv plusieurs fois sur la Terre.

Erik est surpris, il s'exclame :

- Sur Terre ! Merde alors ! T'es sr ! Enfin un indice ! a veut dire que...

Rono le coupe :

- a veut dire que vous tes dans de sales draps, mon jeune Ylraw, je ne crois pas
que vous ayez la moindre chance d'tre admis dans la Congrgation avec de tels comportements,
en tout cas moi, je m'y opposerai !

Espce de connard, si tu veux savoir ce que j'en ai  foutre de ton avis !

Hur arrive  ce moment l :

- Mais qu'est ce qu'il vous a pris ? Pourquoi ne pas m'avoir expliqu calmement que
vous vouliez voir une personne, je vous aurez laisser descendre, votre comportement
est vraiment brutal et irrflchi !

Je sens Erik bouillonner :

- OK d'accord il a t trs trs mchant, on peut rentrer maintenant ?

Rono proteste :

- Mais vous ne vous rendez vraiment pas compte ! Ce qu'il a fait est inconcevable,
c'est de la barbarie  l'tat pur.

Moralit, je me fais sermonner pendant dix bonnes minutes, Erik tout autant, pour
avoir pris ma dfense. Une personne nous coupe.

- Laissez, je m'occupe d'eux.

Ae... Pnople, je pense que a va mal se passer...

Dans la chambre de l'htel...

- Mais tu es compltement DBILE ! Et inconscient ! Qu'est-ce que tu as dans la tte
bon sang !

Elle hurle.

- Je reconnais... Que j'aurais d tre plus tendre avec Hur, mais il n'y a pas mort
d'homme !? Et puis a lui a donn l'occasion  d'avoir quelques scrtions d'adrnaline,
a doit faire bien longtemps que a ne lui est pas arri...

Elle devient hystrique :

- TAIS-TOI !!! Tu dis n'importe quoi !! Ici les choses ne se passent pas comme a
! Il y a des rgles de respect envers les gens, pas comme dans ton monde de brutes
dbiles o tout le monde tue tout le monde ! Ici il n'y a PAS de violence !

Oui, mais...

- Mais c'tait la fille qui tait sur la Terre ! C'est quand mme extraordinaire
! a veut dire qu'il y a un lien, quelque chose ! a veut dire que...

- Et c'est une raison pour provoquer un scandale et ton cloisonnement ici ? C'est
sr que maintenant tu vas aller beaucoup plus loin, bloqu ici jusqu' ta comparution,
bravo ! Belle initiative !

Pnople a raison, ce n'est pas trs malin, mais... Pfff...

- Je suis dsol Pnople, mais j'tais tellement content d'enfin trouver un indice,
j'ai pas rflchi, c'est vrai, j'ai... Je... Tu m'en veux ?

Elle retient un cri :

- Mrrr... Si je t'en veux ?! Non pas du tout, pas du tout DU TOUT ! Je suis d'ailleurs
trs contente que tu n'aies plus qu'une chance infime d'intgrer correctement la
congrgation, de toute faon je te dteste alors a tombe bien, tout comme je suis
ravie de te voir bloqu ici avec les avant-bras en sang...

Elle me regarde avec des yeux tous tristes, elle prend une petite voix :

- Mais regarde-toi...

Elle est dsole. Elle ouvre une petite trappe dans le mur et sort une sorte de serviette
qu'elle me jette. Elle prend une voix toute fluette :

- Je peux mme pas te soigner tellement je t'en veux...

Je prends la serviette et je m'essuie les bras avec, c'est vraiment magique, la serviette
est recouverte d'une sorte de pte un peu gluante qui reste sur la peau, calme la
blessure et rgnre l'piderme. Il me suffit en fait simplement de laisser mes deux
bras poss dessus pour sentir la serviette me gurir. En queqlues minutes mes deux
balafres ne sont plus qu'un souvenir. Elle me regarde avec un air triste :

- Mais pourquoi tu as fait a ? Pourquoi t'es si impulsif... Ah Franois...

Je relativise :

- a va c'est pas la mort non plus, il a rien eu Hur, je suis encore jeune aprs
tout...

Pnople se remet dans une colre noire :

- Le pire c'est que tu te rends pas compte. Ce que tu as fait est TRS TRS grave
ici !

Bon finissons-en...

- Bien, je tcherai de rflchir un peu plus la prochaine fois.

- Contente de te l'entendre dire.

- Mais ils ne sont pas trs efficaces vos artificiels, pourquoi ne m'a-t-il pas immobilis
avant mme que je fasse quoi que ce soit. J'aurais eu le temps dix fois d'trangler
Hur ?

- Tu ne le voulais sans doute pas. L'arficiel de l'abeille ne voit pas directement.
Il voit par tes yeux et ton esprit. Tu ne devais pas avoir d'animosit envers Hur,
tu voulais juste te poser. Je pense qu'il a fallut que Hur soit pris de panique pour
qu'il comprenne qu'il devait intervenir.

Trop subtil pour moi...

- Mouais.

- Mais ne change pas de conversation. Tu crois que a me fait plaisir de te savoir
coinc l pendant dix jours, moi qui voulait te balader sur Adama ? T'es vraiment
pas sympa...

Je me lve et m'approche doucement de Pnople, elle rsiste un peu mais se laisse
prendre dans mes bras.

- Je suis dsol, Pnople, je ne voulais vraiment pas te faire de la peine, j'tais
tellement excit  l'ide de pouvoir attraper cette fille.

- Il y a d'autres moyens tu sais, tu n'es pas oblig de courir aprs quelqu'un pour
avoir des infos sur lui ici.

Je me retire un peu, intrigu :

- Ah ? Comment peut-on faire ?

- On peut tout simplement interroger le bracelet pour savoir qui est la personne,
en pensant  elle.

- Je peux faire a, moi ?

- Non, mais moi je peux le faire pour toi.

- Mais tu ne l'as pas vue ?

- Sauve l'image dans ton bracelet et donne la moi.

Je pense  cette fille, transmets les diffrentes images d'elle que j'ai, ainsi que
mes souvenirs d'elle sur Terre, et stocke tout a dans le bracelet. En les regardant
de nouveau, je m'aperois qu'il est trs dur d'avoir une image nette du visage, la
silhouette et les traits sont  peu prs l, mais je suis incapable de me rappeler
correctement de la forme de la bouche, du nez, c'est plus une image floue qu'une
relle photo. Pnople me rassure que c'est la forme que prennent la plupart des
reprsentations mentales de personnes, et que les artificiels arrivent souvent 
reconstituer l'image relle rien qu'avec ces informations. Elle se connecte  mon
bracelet et les rcupre, puis reste silencieuse quelques minutes.

- Non, je ne trouve rien, je vais rcuprer la mmoire de ton bracelet, pour avoir
l'image exacte lorsque tu l'as vue tout  l'heure.

Je vois virtuellement Pnople rechercher dans les archives de mon bracelet, et faire
dfiler les images que j'ai vues par mes yeux, en remontant dans le temps,  partir
de l'instant prsent. C'est vraiment formidable, je reste toujours sidr devant
cette incroyable prouesse. Tout le monde doit avoir une mmoire parfaite avec de
telles fonctionnalits. Elle s'arrte au moment ou j'aperois la fille aprs mon
atterrisage, Mais l'image est vraiment aussi succincte. Je lui conseille d'aller
un peu plus en arrire au moment o le l'apercois de l'abeille. L'image est un peu
mieux mais reste assez rapide.

- Non, pas mieux. Pourtant les images taient quand mme pas trop mauvaises. Pas
suffisantes on dirait. Dsole... J'ai parl trop vite...

- Je ne peux vraiment pas sortir ?

Je me dirige vers la porte de la chambre, mais je reste immobilis  quelques mtres.
Un voix intrieure me previens que je ne dois pas tenter de sortir jusqu' nouvel
ordre. Une force me fait ensuite reculer et faire demi-tour.

- C'est mieux foutu que dans les chalets, l-bas  chaque fois on se retrouvait les
fesses par terre.

Pnople me regarde et rpond d'une voix pleine de lassitude. J'aurais dit de mpris
si je ne la connaissais pas :

- On volue toujours, tu sais...

- "Ils" voluent.

- Oui si tu veux... Erik vient.

Quelques secondes plus tard la porte devient transparente et Erik la traverse. Il
me parle en anglais :

- Bon alors, t'as eu ta fesse ?

- M'en parle pas, je suis bloqu ici.

- Tu veux dire que tu n'as pas le droit de sortir, oh c'est con. Ils sont vraiment
paranos.

Pnople intervient, elle parle dans sa langue :

- De toutes faons Guewour et deux autres personnes du Congrs veulent s'entretenir
avec lui, alors il ne bougera pas jusque l.

Je suis surpris :

- Depuis quand tu comprends l'anglais toi ?

- Je ne le comprends pas, mais j'ai lu vos images mentales pendant votre conversation.

Erik ronchonne, toujours en anglais :

- Putain quelle merde ces trucs.

Pnople, coeure :

- Aaaah, Berk.

Erik sourit. Je comprends qu'il a d penser  quelque chose de bien immonde pour
se venger de Pnople. Il redevient srieux.

- Et quand est-ce qu'il doit les voir les charlots ?

Pnople rpond :

- Ce soir ou demain matin. Ce sont des personnes trs importants.

- C'est con que tu n'es pas de photos de cette nana, j'aurai pu aller parcourir les
rues en attendant. Retrouver des gens, je sais faire.

Pnople hausse le ton :

- Il a des images mentales d'elle, mais il est hors de question que tu fasses quoi
que ce soit. a suffit dsormais, tu n'es pas assign  rsidence mais tu restes
ici. Personne ne sort de cet appartement sans mon autorisation.

Guerd entre  ce moment l.

- Mme pas pour m'accompagner faire une promenade ?

Pnople la regarde avec un regard noir :

- Oui, mme pas.

Erik et moi avons le mme rflexe,  et nous disons tous les deux simultanment "oui
maman !". En nous apercevant que nous avons eu la mme ide au mme moment, nous
clatons de rire. Pnople est dsespre.

- Vous tes vraiment des gamins ! Mais ! Et dire que... ! Oh et puis mince...

J'ai envie d'en rigoler mais en mme temps je suis bless qu'elle s'accroche tellement
aux procdures alors que j'ai enfin trouv un espoir de faire le lien. Je reprends
mon srieux et dis d'une voix calme :

- Finalement ce qui t'intresse c'est qu'on reste sage pour que tu n'aies pas d'histoires,
qu'on trouve enfin l'espoir de retrouver d'o nous venons tu t'en fous...

Elle se retourne vers moi et me regarde un instant sans rien dire, puis finalement
:

- Tu comprends vraiment rien...

- Non effectivement, je ne comprends pas pourquoi tu t'acharnes sur des dtails alors
que cette fille est pour l'instant la seule personne qui peut nous apporter des rponses.

Guerd tire doucement Erik qui rsiste un instant puis se laisse finalement faire,
nous nous retrouvons de nouveau seul. Je suis assis sur le lit, Pnople debout devant
moi. Elle se recule et s'assoit dans un fauteuil, me regarde d'un air dsol :

- Tu m'coutes pas. Tu crois que je suis l  te sermonner pour le plaisir ? Tu crois
que je suis satisfaite de voir bloquer ici, tu crois que... je suis contente de savoir
que le Congrs va prendre ce que tu as fait comme un signe flagrant d'immaturit
et d'associalit ? Tu crois que ne n'ai pas envie de t'aider, de parcourir les rues
 la recherche de cette fille ? Tu ne comprends pas que j'essaie juste de faire en
sorte que tu puisses continuer  chercher des indices, sans tre pieds et poings
lis ?

Elle a un sursaut dans la voix. Elle reste silencieuse, retient une larme. Je n'ose
pas me lever pour aller la rconforter. Elle se contrle et reprend une voix grave
:

- Tu penses que j'apprcie que des dizaines de membres du Congrs soient en train
de me regarder tenter de te raisonner, tu crois que a me fait plaisir d'tre l
comme un pantin ridicule ? Tu crois pas plutt que je devrais me barrer devant tes
conneries stupides !

- Ils nous regardent ?

Elle clate en sanglot :

- Bien sr qu'ils nous regardent ! Bien sr que depuis que tu as fait ton hros ils
ont les yeux rivs sur toi ! Et sur moi ! Alors que je voudrais juste pouvoir te
soigner et te prendre dans mes bras. Mais non ! Tu t'obstines, tu comprends pas qu'avec
un peu de bonne volont ils auraient pu relcher leur attention...

Finalement elle se lve et se dirige vers la sortie :

- Dbrouille-toi.

Je me lve rapidement pour essayer de la retenir avant qu'elle ne passe la porte,
mais trop tard. Pourtant dans mon lan je passe moi aussi la porte, alors que je
suis cens tre confin dans la chambre. J'attrape Pnople par le bras dans la pice
principale. Je ne comprends pas, je me regarde et me tourne vers la porte, tonn.

- Il est buggu leur truc.

- Franois ! Comment tu as fait a ! Retourne dans la chambre !

Pnople est panique et trs nerve :

- Qu'est-ce que tu as fait ? Comment tu as fait ? Pourquoi es-tu sorti !

- Eh calme-toi ! J'ai rien fait moi, c'est votre machin qui marche plus !

Erik sort de sa chambre, suivi quelques instant plus tard par Guerd, de toute vidence
ils profitaient de leur temps libre. Erik est surpris de me voir :

- Tu peux sortir ?

- Euh, oui on dirait.

- Et est-ce que je peux sortir de l'appart ?

Je me dirige alors d'un pas dcid vers la porte de l'appartement. Pnople m'interpelle
de ne pas le faire, mais je suis coup par six personnes qui rentrent. Je reconnais
Guewour en tte, suivi de deux autres personnes que je ne connais pas, puis de Moln,
Ulri et Iurt :

- Nous ne vous le conseillons pas, pour l'instant en tout cas. Nous aimerions nous
entretenir avec vous.

Pnople demande :

- Pourquoi vous l'avez laiss sortir de la chambre ?

Une autre personne, sans doute un membre comme Guewour du Congrs, lui rpond :

- Nous avons besoin de nous entretenir avec lui en toute discrtion.

Guewour interroge Iurt :

- Est-ce que nous pouvons utiliser votre chambre ?

Iurt acquiesce. Guewour me demande alors de retirer mon bracelet. Je m'excute et
le pose sur la table basse. Lui et un de ses deux collgues font de mme, ils m'invitent
ensuite  aller dans la chambre de Iurt. Pnople commence  me suivre, mais la personne
reste la retient :

- Nous prfrons limiter le nombre d'intervenants, si vous pouviez rester ici.

Entretien
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Jour 191
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Comme recommand par Guewour et Yamwreq, je n'ai pas stock d'information dans le
bracelet depuis quelques jours, mais je prfre maintenant reprendre tout a pour
ne pas perdre le fil de l'histoire.

Jour 188, 24 trente-sixime et quelques. Pnople est trs dcontenance de ne pouvoir
entrer avec moi dans la chambre de Iurt avec mes deux nouveau copains. Erik ne demande
mme pas et s'installe dans un fauteuil, Guerd fait de mme. Pnople questionne
Iurt alors que je rentre finalement dans la chambre en suivant Guewour et l'autre
homme. Ils m'invitent  m'asseoir dans un fauteuil, se contentant eux de s'asseoir
sur le lit. Guewour est d'apparence un peu g, son camarade, Yamwreq, est un jeune
homme noir qui ressemble un peu  Erik, un peu plus grand peut-tre, Erik l'tant
dj pas mal. Mais je sais trs bien que leurs ges peuvent tre dj de plusieurs
millnaires. Ils restent silencieux un instant. Puis Guewour parle enfin :

- C'est bon Iurt a scuris.

Je suis tonn de la procdure :

- Mais, on peut de cette faon avoir des conversations secrtes en enlevant le bracelet,
celui-ci ne va pas tout rcuprer quand je vais le remettre ?

Yamwreq m'explique :

- Enlever le bracelet n'est en effet pas suffisant pour bloquer une conversation.
Toutefois traditionnellement deux personnes voulant avoir une discussion importante
retirent leur bracelet par marque de respect vis--vis de leur interlocuteur, sous-entendant
qu'elles se consacrent exclusivement  la discussion. Dans le cas prsent, nous avons
rcupr suffisamment d'avis,  grand-peine d'ailleurs, pour effectivement pouvoir
garder cette conversation secrte.

Guewour reprend la parole :

- De nombreux lments nous poussent  croire que certaines informations importantes
pour la Congrgation sont tenues secrtes par des membres du Congrs qui ont des
accords tacites avec les artificiels.  vrai dire c'est suite  notre premier entretien,
sur Stycchia, que j'ai tent de comprendre l'impossible problme de votre arrive
non rpertorie, et que j'ai but  des incohrences et des rticences nouvelles.
J'en ai alors parl  Yamwreq, en qui j'ai entire confiance, et nous avons tent,
vainement, de trouver l'origine de cette dfaillance. Il y a quelques jours, avec
la disparition de votre amie, nous avons pu de nouveau mettre  l'preuve notre confiance
vis--vis des artificiels ; nous tions alors une dizaine  mener notre enqute.

Yamwreq continue :

- Tout a rellement bascul quand vous avez rencontr cette fille en dessus de Mirinas,
ce matin.

Guewour confirme :

- En effet cette fille n'a aucune rfrence, d'autre part, encore plus troublant,
certains de nos collgues sont persuads de l'avoir dj vue en compagnie de personnes
importantes du Congrs, mais, chose encore plus trange, personne n'est capable d'en
donner une image claire, systmatiquement son image est comme floue et impossible
 identifier.

Je m'interroge :

- Mais Pnople m'a dit qu'il tait normal que les images mentales des gens soient
floues, et que les artificiels parvenaient gnralement  retrouver la personne.

Yamwreq prcise :

- Oui il est vrai que souvent l'image mentale n'est pas directement discernable,
et en nous arrtant  ce simple fait nous n'aurions rien pu conclure, mais nous avons
cherch un peu plus en profondeur. Nous avons tent d'utiliser des images d'artificiels,
qui ont pu voir des scnes o elle se trouve, et dans ce cas cette fille est bien
prsente et rfrence, mais nous avons de fortes suspicions que c'est un faux, que
ce n'est pas la vraie personne, que les images des artificiels ont t manipules.

- Comment pouvez-vous en tre sr ?

Guewour m'explique :

- Notre certitude tient  peu de chose. Une fois l'identit de cette personne trouve,
nous l'avons contacte pour vrifier qu'elle confirmait bien tre la personne en
question. Elle se trouvait bien sur Adama, elle tait mme  proximit du Congrs,
 ct des restaurants magiques. Enfin, vous ne connaissez peut-tre pas, c'est une
des alles les plus passantes des environs, les gens s'y donnent souvent rendez-vous.
Bref, elle a confirm qu'elle avait bien pour connaissance certaines personnes du
Congrs. Nous avons pu la localiser et tous les capteurs confirmaient son emplacement.

Yamwreq continue :

- Nous aurions pu en rester l, tout semblait cohrent, si ce n'est que j'ai reconnu
dans les environs de la jeune fille un trs vieil ami  moi, un explorateur du
du Libre Choix qui continuait  voyager  droite  gauche, et qui n'avait pas d
venir sur Adama depuis des sicles et des sicles. Guewour terminant la conversation
avec la jeune fille, pour vrifier si ses dires taient cohrents avec les images
que nous avions, mais tout semblait concider, je le laissai faire seul et tentai
de contacter mon ami. Il tait assis dans l'herbe en face de la jeune fille, il semblait
la regarder fixement, sans doute encore en train de se demander comment l'aborder
pour lui proposer de l'accompagner au fin fond de l'espace. Il n'avait pas son bracelet,
habitude courante chez ce rebelle qui se mfie des artificiels comme de la peste,
et je ne pouvais donc pas le joindre.

Yamwreq fait une courte pause, Guewour reprend :

- Comme tout semblait logique, nous remmes  demain matin notre intention de vous
rendre visite, et Yamwreq profita alors d'aller justement retrouver son ami, qu'il
n'avait pas vu depuis des lustres.

Yamwreq prcise :

- Je pris une abeille et le retrouvai encore assis dans l'herbe au mme endroit,
il ne se trouvait qu' cinq ou dix minutes de vol du Congrs. Comme  chacune de
nos prcdentes rencontres je retirai mon bracelet en signe de confiance pour le
saluer, puis je lui expliquais que je l'avais vu, alors que j'tais en communication
avec la fille brune en blanc devant lui quelques minutes plus tt. Mais il me rtorqua
qu'il n'avait pas vu cette fille. Je la lui dcris, confirmant que j'avais eu l'impression
qu'il la regardait fixement, mais non. J'insistai alors pour remettre mon bracelet
et lui transmettre une image mentale de la scne. Quand je le fis il rflchit un
instant puis finalement confirma alors que si, en fait il l'avait bien vue, mais
qu'il avait compris auparavant que la fille se tenait juste devant lui, alors qu'elle
tait devant l'alle, un peu plus loigne. Puis il s'excusa en se rappelant qu'il
avait rendez-vous ; nous convnmes de nous voir un peu plus tard, et il partit. Mais
subitement il rapparut comme par magie devant mes yeux. Il tait devant moi et tenait
mon bracelet  la main. Il me l'avait retir lui-mme et me demanda ce qu'il m'arrivait,
que je parlais de manire incohrente en rpondant compltement  ct de ses questions.
Il me confirma que l'image ne lui disait absolument rien, et insista lourdement qu'il
n'y avait pas cette fille devant lui dix minutes plus tt. L'vidence m'apparut alors.
Je dcidai de rentrer au Congrs rapidement pour m'entretenir avec Guewour, ne prenant
pas le risque de l'appeler et de voir notre communication de nouveau pirate.

Guewour reprend :

- Rapidement nous runirent le plus grand nombre possible de nos amis pour diffuser
cette information, et limiter le risque que chacun de nous se fasse petit  petit
duper par le bracelet et oublie tout de cet incident. Nous tentmes tout de mme
de n'en parler qu' des personnes de confiance, et loin de l'influence de tout bracelet.

Je l'interromps pour avoir plus de prcision sur le pouvoir du bracelet :

- Pourtant vous les aviez quand vous tes arrivs ici, le simple fait de le porter
ne peut pas reformater vos esprits ?

Yamwreq m'explique :

- Oui nous les avions car il est difficile de faire quoi que ce soit sans bracelet
de toute manire, mais celui-ci n'a pas le pouvoir de changer nos souvenirs, il peut
tout au plus duper nos esprits face  une situation, en changeant les dtails ou
ce que nous croyons voir, mais il n'a pas la puissance ncessaire pour reformater
l'esprit, cette opration n'est possible, que je sache, qu' l'intrieur des tlporteurs,
et ncessite une nergie considrable et beaucoup de temps.

Guewour termine :

- Une fois toutes les personnes susceptibles de nous aider mises au courant, nous
avons fait notre possible pour avoir l'autorisation de nous entretenir avec vous
de manire prive. Cela n'a pas t rendu facile par les rticences naturelles qu'ont
les gens vis--vis d'un manque de transparence ; toutefois, en divulguant notre dcouverte
 quelques personnes supplmentaires, nous avons finalement eu le feu vert.

Yamwreq se relve et va regarder  travers la fentre :

- Il est d'ailleurs  craindre que dsormais le Congrs entier soit au courant.

Je suis flatt par leurs confidences, mais je ne situe pas bien mon rle dans leurs
dmls :

- Et moi ?

Yamwreq se retourne, Guewour prend la parole :

- De toute vidence vous avez un lien avec cette histoire, ne serait-ce que par le
fait que vous connaissez cette fille et les donnes manquantes quant  votre arrive,
tout comme l'incomprhensible disparition de votre amie. Ce que nous aimerions, c'est
que vous nous racontiez en dtails les lments que vous avez, de faons  ce que
nous tentions d'y voir un peu plus clair.

Fichtre !

- Vous voulez que je vous raconte toute mon histoire ?

- Toutes les parties que nous ne connaissons pas et qui pourraient nous tre utiles.
Vous m'aviez sommairement dcrit votre aventure sur Stycchia, mais alors je n'accordais
pas une importance dmesure  votre cas, aujourd'hui il semble remettre en question
la confiance que nous avons envers les artificiels, voire certains membres du Congrs
; les enjeux sont donc tout autres.

- Bon trs bien, mais je vous prviens, a commence  tre long maintenant.

Et voil, je me relance de nouveau dans la description de mes aventures. La tche
est d'autant plus ardue que je dois au passage leur expliquer beaucoup de dtails
sur la Terre, la notion de pays, les technologies utilises, nos limites, nos coutumes...
J'essaie de d'appuyer les parties que je juge plus prpondrantes, l'organisation,
les cahiers, cette fille qui me vient en aide. Je dtaille un peu plus l'histoire
que m'avait raconte Naoma pour notre passage sur cette Lune, que nous n'avions que
succintement aborde lors de notre premire audition, puis je passe plus rapidement
sur le rcit depuis notre arrive sur Stycchia. Entre temps Yamwreq tait all chercher
de quoi nous dsaltrer.  la fin de mon rcit, Guewour et Yamwreq restent silencieux
plusieurs minutes. Je leur demande comment ils interprteraient toute cette histoire,
Guewour donne enfin son analyse :

-  mes yeux l'hypothse la plus probable est que la Terre soit une plante de l'Au-del
colonise tardivement ou bien berceau d'une civilisation cre par les hommes de l'Au-del
aprs leur dpart, que les artificiels auraient finalement rcupr pour l'tudier,
ou peut-tre faire certaines expriences. Peut-tre aussi a-t-elle t cre de toute
pice pour qu'ils puissent tudier certaines caractristiques de l'espce humaine
de faon cache, ou clandestine, aprs tout nous savons assez peu ce qu'il se trame
rellement dans les limites de la Congrgation. Bien sr une telle exprience serait
profondment contraire aux rgles rgissant les artificiels, toutefois nous pouvons
dsormais remettre en cause leurs validits. Peut-tre mme que certaines personnes
du Congrs tait au courant ou pire,  l'initiative de telles expriences, avec l'aide
de certains anciens chercheurs, comme le pouvait tre cette fille, et qu' un moment
donn, comme pour tout secret, il y a eu une fuite qui vous a valu votre priple.

Yamwreq est plus prudent :

- Les hypothses sont nombreuses dans cette affaire, et s'il est certain que des
personnes du Congrs ainsi que les artificiels ont sans doute des connexions avec
cette plante, les raisons et les objectifs de son existence sont plus prilleux
 dterminer. Il est tout  fait possible qu'elle n'ait t dcouverte que tardivement,
et que son existence n'ait pas encore t rvle pour viter des interactions nfastes
avec ses habitants. C'est peut-tre simplement enfin une premire trace des hommes
de l'Au-del, et cette fille devait rendre compte de l'tat de leur civilisation
pour que le Congrs puisse statuer sur les actions  prvoir.

Guewour est dubitatif, il se tourne vers Yamwreq :

- Pourquoi le faire de manire secrte ? Rien n'a jamais t secret ici. Toute les
questions sur l'intgration ou pas de nouvelles plantes ont toujours t dbattues
de manire publique. Le fait que ce puissent tre des hommes de l'Au-del ne change
pas le dbat. Non, je pense qu'il y a quelque chose de dfinitivement plus grave
pour que les artificiels cachent ou falsifient des informations. Tu oublies vite
qu'ils t'ont tromp pour tenter de te faire croire que nous avons bien parl avec
cette fille tout  l'heure, alors que nous tions sans nul doute devant une de leurs
illusions !

- Oui toutefois nous aurons beaucoup de mal  prouver nos dires, puisque tous les
lments que nous pourrons apporter pour les confirmer seront susceptibles d'tre
intercepts et pirats. Avons-nous rellement les moyens de faire quelque chose ?

Guewour est aussi assez perplexe :

- Oui nous avons pu tre tromps depuis des annes sans mme nous en rendre compte,
et nous sommes tellement lis aux artificiels que nous ne pouvons gure entreprendre
quoi que ce soit sans tre facilement mis sur la touche.

Yamwreq enfonce le clou :

- Oui et il nous suffira d'une seule tlportation pour que notre cerveau soit reformat
et que nous oublions toute cette histoire. Peut-tre mme n'est-ce pas la premire
fois que nous dcouvrons de telles nigmes !

Ils restent tous les deux silencieux. Je prends la parole :

- Tout n'est pas forcment si ngatif, et vos artificiels n'ont pas l'air tout puissants,
par exemple moi, qui suis sans doute un des lments les plus drangeants, je n'ai
pas l'impression d'avoir perdu la mmoire lors de ma tlportation. En tout cas je
me rappelle toujours de mon aventure, de cette fille, de Naoma... Ensuite j'ai quand
mme pu voir cette fille dans la rue, et  moins que ce soit une volont de leur
part, c'est plutt le signe qu'ils n'ont qu'une influence partielle. D'autre part
vous avez quand mme russi  dtourner leurs illusions, preuve qu'ils n'ont pas
un pouvoir absolu, et pour terminer si un nombre consquent de personnes sont maintenant
au courant de l'affaire, il sera encore plus difficile pour eux d'endiguer le processus,
sauf  dtruire la plante entire, mais est-ce vraiment leur but ?

Yamwreq acquiesce et s'interroge aussi :

- Oui. Et quel peut-il tre d'ailleurs ?

Guewour emet une simple hypothse :

- Peut-tre rien de plus que garder cette Terre secrte, peut-tre oui faisons-nous
d'une souris une montagne, et l'affaire n'est-elle pas aussi dramatique.

Yamwreq n'est pas tout  fait d'accord :

-  partir du moment o il y a manipulation je trouve l'affaire dj suffisament
dramatique, mme sans y rajouter des plans de destructions de l'humanit divers et
varis.

C'est quand mme trange qu'ils tombent des nues ainsi, des cas similaires ont bien
d se prsenter :

- Mais vous devez dj avoir eu des problmes avec les artificiels, ne serait-ce
que quand ils ne fonctionnent pas bien, qu'ils tombent en panne, je ne sais pas,
et mme pour leur contrle, vous vous tes dj sans doute poss la questions, comment
les surveiller ?

Yamwreq se tourne vers moi :

- Bien sr ! Ce n'est pas tant le fait qu'il puisse y avoir une dfaillance, il y
en a eu de nombreuses par le pass, encore quelques unes de temps en temps de nos
jours. Dans leur mise en place, maintes fois des prcautions furent prises pour s'assurer
que les artificiels n'auraient jamais d'intentions nfastes envers nous, et nous
tions persuads, moi le premier, qu'il tait totalement impensable qu'une telle
situation se produise aujourd'hui. Qu'ils ne marchent pas correctement, soit, l'aspect
beaucoup plus gnant est l'impression de volont de nuire, qui n'a jamais t ressentie
auparavant. Tous les dysfonctionnements jusqu' prsents se rglaient en quelques
minutes par discussion avec les artificiels, or sur ce cas, nous sommes presque srs
qu'ils ne sont pas dignes de confiance, et a c'est quelques chose de nouveau, et
d'effrayant.

Discuter c'est sympa, mais agir c'est pas mal non plus :

- Bien, et qu'est-ce qu'on fait ?

Ils restent pensifs. Je continue :

- Moi je suis un peu les pieds et les poings lis si je ne peux pas sortir d'ici,
en plus avec mon bracelet enfant c'est la croix et la bannire pour pouvoir faire
quelque chose tranquillement. Je pourrais parcourir la ville pour voir si je retrouve
cette fille. Le problme c'est que si dsormais ils se mfient et qu'ils trompent
la vision des gens, a ne va pas tre une paire de manches. Mais elle doit tout de
mme bien dormir quelque part,  moins qu'elle n'ait quitte Adama suite  ma rencontre.
Pour le reste c'est plus  vous, faire en sorte que notre audition au Congrs tente
de faire bouger les choses. Peut-tre que je devrais ne pas remettre de bracelet,
pour ne pas prendre le risque d'tre manipul, vous de mme ?

Guewour est sceptique :

- Votre audition au Congrs sera dterminante, c'est vrai. Nous pourrions vous donnez
plus de marge de manoeuvre, mais c'est peut-tre un peu dangereux aprs vos agissements
de cette aprs-midi. Votre altercation dans l'abeille est assez mal passe. Certes
notre problme est autre, mais le but de votre audition reste tout de mme votre
intgration dans la Congrgation, et vous ne serez pas couts srieusement sans
a. C'est plus  nous de faire le ncessaire.

Yamwreq poursuit :

- Et demain dbute l'audition de Gwenolea, elle est prvue depuis tellement longtemps
que j'ai peur que nous ne pourrions y changer quoi que ce soit. Ici rien ne se fait
de manire prcipite, et mme si nous avons de nombreux lments qui pourraient
nous laisser penser  une manipulation, il nous faudra sans doute des semaines avant
de persuader suffisament de monde que nous n'avons pas rv et qu'il y a effectivement
un problme grave.

Je ne sais toujours pas ce qu'ils attendaient de moi :

- Et moi je fais quoi alors ?

Yamwreq donne son point de vue :

- Je pense qu'il est plus sage que vous restiez ici, nous n'aurons ainsi pas la pression
de vous avoir libr, et nous pourrons plus librement continuer  enquter sur cette
mystrieuse fille. Je suis vraiment dsol de ce cloisonnement, mais comme vous l'a
fait remarquer Pnople, votre acte est vraiment quelque chose de trs grave ici,
mme si nous nous imaginons combien cette situation peut tre difficile pour vous.

- Bien, je vais donc devoir rester ici jusqu' notre audition, c'est bien a, dans
dix jours ?

Yamwreq prend un voix grave :

- Oui, mais nous ne manquerons pas de vous informer des diverses volutions de cette
affaire. Je vous remercie, en tout cas, d'avoir accept cette entretien, j'espre
comme vous que nous trouverons bientt quel est donc le lien avec votre Terre, et
que vous pourrez regagner votre plante rapidement.

Je crois que j'tais heureux  ce moment l. Heureux de sentir que plusieurs personnes,
enfin, comprenaient mon problme et tenter d'y remdier. Comme quoi ficher un peu
le bazar dans leur calme plat n'est pas foncirement une si mauvaise chose.

- Je l'espre aussi.

Nous nous levons pour sortir de la chambre, Guewour me donne une dernire recommendation
:

- Il serait prfrable que vous ne parliez de cette conversation  personne, notamment
ne la rfrencez pas dans votre bracelet, et si vous voulez rflchir dessus, retirez-le.
C'est sans doute insuffisant pour empcher les artificiels de sonder votre esprit
s'ils le dsirent rellement, mais autant ne pas leur faciliter la tche. Et nous
ne savons toujours pas si un homme ou une femme se cache derrire cette histoire.

Yamwreq complte :

- De toute faon nous esprons que le voile se lvera sur cette affaire le plus rapidement
possible, et que la Congrgation retrouve son habitude de transparence quoi qu'il
arrive.

Il me laisse sortir le premier, nous ne retrouvons que Pnople et leur troisime
collgue dans la pice principale. Celui-ci prcise que notre conversation se prolongeant,
les autres taient alls faire un tour dans les jardins de l'htel, mais que si ncessaire
ils pouvaient les rappeler. Yamwreq rassure son ami que ce n'est pas la peine de
les dranger, que Guewour ferait un compte-rendu  Iurt plus tard dans la soire.
Notre discussion s'est en effet poursuivie assez tardivement car le jour dcline
et les premires lumires de la ville se laissent deviner  travers la grande baie
vitre. Yamwreq et Guewour rcuprent leur bracelet, je laisse le mien, et ils s'en
vont tous trois, en nous ayant pralablement salus. Le salut de dpart consiste
 mettre sa main gauche sur l'paule de son interlocuteur, ventuellement en faisant
une petite accolade, si les deux personnes sont intimes. Je reste avec Pnople.
Je suis plutt content d'avoir trouver des allis. Je me place derrire elle alors
qu'elle s'est rassise sur un fauteuil sans rien dire. Je m'apprte  lui masser les
paules.

- Alors, tu n'es pas alle avec les autres ?

Elle se relve et me repousse :

- Pourquoi Yamwreq en personne vient te parler, c'est quoi ces histoires ?

Je suis surpris :

- Pourquoi, c'est qui ce Yamwreq, et qu'est-ce qu'il t'arrive, t'es jalouse ou quoi
?

Elle semble trs nerve, comme quand elle fait ses caprices. Je m'approche d'elle,
et, en la forant un peu, la prend dans mes bras.

- Je ne suis pas contre toi, Pnople, je ne comprends pas beaucoup plus que toi
ce qu'il m'arrive. Ces gens ont l'air d'tre dans mon camp, alors je tente de les
aider aussi. Ne soit pas contre moi, Pnople, je n'aurais pas la force de me battre
contre toi en plus du reste... Je t'aime...

Ce n'est pas si vident de dire "je t'aime" quand on ne sait plus vraiment si c'est
vrai ou pas, si Deborah, finalement, n'est pas celle que j'aime au travers de Pnople.
Je ne m'explique d'ailleurs pas pourquoi je pense si souvent  elle, la nostalgie,
sans doute. Pnople se radoucit et pose sa tte sur mon paule :

- J'ai peur, tu sais, j'ai peur de ne pas tre  la hauteur, de ne pas tre assez
forte pour t'aider, de ne pas comprendre, d'tre mise de ct, j'ai peur de...

Je l'carte un peu et l'embrasse doucement :

- Nous sommes ensemble Pnople, je comprends que ce soit trs frustrant d'tre 
part, mais il se passe des choses trs tranges et ...

Une voix grave prend le relais.

- Quelles choses ? Tu veux dire que quand tu la prends dans tes bras tu as une raction
physique bizarre ? T'inquite, gamin, c'est normal !

Erik et les autres rentrent dans la pice et je suis bien-sr le seul  rigoler 
la boutade en anglais d'Erik. Pnople se dgage, toujours gne d'tre aperue dans
une position de faiblesse. Je mets tout le monde au courant :

- Guewour et Yamwreq m'ont conseill de ne pas trop parler de cette conversation,
mais en gros ils sont de notre ct et il se passe des trucs louches avec cette fille.
De toute faon je n'en sais pas beaucoup plus, si ce n'est que je suis toujours bloqu
ici  cause de ma conduite cette aprs-midi. Et, d'ailleurs, c'est qui ce Yamwreq,
Pnople avait l'air de dire qu'il tait important.

Iurt rpond :

- Oui c'est une jeune personne influente du Congrs, il n'a que trente-quatre ans
et pourtant il est dj cout par de nombreuses personnes, c'est une des personnes
cl dans la rsolution du conflit entre les plantes rebelles et la Congrgation.

Guerd l'interrompt :

- Oui d'ailleurs Gwenola est dans cet htel, nous l'avons croise dans les jardins.

Pnople ironise :

- Dcidment, on se croirait presque importants...

Guerd emet une autre hypothse :

- Eh ! Mais c'est peut-tre pour a que Yamwreq est venu, il sortait avec Gwenola
avant. Il esprait peut-tre la voir ?

Pnople confirme :

- Ah oui ! C'est vrai qu'il y avait eu une histoire entre eux, a s'tait mal fini
d'ailleurs, Gwenola l'avait vir, non ?

Guerd semble toute exite par ces ragots :

- Oui, oui, il avait compltement dprim, il n'tait pas encore adulte  l'poque,
d'ailleurs beaucoup disait que si Gwenola avait autant de succs auprs du Congrs,
c'tait grce aux conseils de Yamwreq, et que depuis a se passait beaucoup moins
bien.

Des lments m'chappent, dj je ne voit pas trop ce que les plantes rebelles ont
 voir avec moi :

- Mais il continue  dfendre la cause des plantes rebelles pourtant, non ?

Iurt, Ulri et Moln sont dans leur propre discussion, Erik dguste un pain sucr en
coutant vaguement notre conversation, Pnople fait semblant de ne pas trop s'y
intresser et Guerd cherche par tous les moyens  nous faire accepter que sa thorie
est la bonne :

- Oui, oui, il continue  dfendre les plantes rebelles pour que Gwenola lui soit
redevable, et ainsi accepte de nouveau  ce qu'ils se remettent ensemble :

Pnople est plus mitige :

- Je pense surtout qu'il a toujours dfendu cette cause et que Gwenola ou pas il
reste fidle  ses engagements.

Guerd n'est pas trs satisfaite de la rponse de Pnople :

- Mais non ! C'est pas du tout romantique comme a !

Erik en a vite marre :

- Bon c'est bien joli toutes vos histoires, mais j'ai l'impression que nous restons
toujours aussi impuissants, il n'y a vraiment rien que nous puission faire ? Ylraw
?

- Je me posais la mme question, mais Yamwreq m'a conseill de ne pas faire de vagues
jusqu' notre audition, pour qu'ils puissent tenter de trouver des allis ou des
informations pouvant nous aider. Alors j'ai l'impression que le moins on en fait,
le plus ils seront contents.

Erik n'est qu' moiti convaincu :

- N'empche que si tu n'avais pas fait ton mariole cette aprs-midi, on serait encore
moins avanc. Alors ils sont gentils avec leur morale  deux balles, mais les bonnes
vieilles mthodes, c'est pas mal non plus !

Guerd tente de faire taire Erik, Pnople sort de ses gongs :

- Espce d'idiot ! Vous tes aussi irresponsable l'un que l'autre ! Arrte donc de
raconter des btises, Erik ! Vous n'allez plus rien faire du tout jusqu' votre audition
!

Erik s'aperoit de sa bourde et fait pnitence. Il tente quand mme d'en savoir plus,
il me parle en anglais :

- Mais pour la Terre, ils savent quelque chose.

Je lui rponds en anglais galement :

- Non, en tout cas ils ne m'ont rien dit.

Pnople intervient, elle semble mettre un peu de ct sa rancoeur :

- Je comprends votre impatience, surtout quand certains lments vous redonnent de
l'espoir, je comprends aussi que c'est frustrant pour vous de rester ici alors que
peut-tre cette fille dehors pourrait vous dire comment rentrer chez vous, mais franchement,
 mon avis a ne serait que rendre les choses encore plus difficiles de tenter quelque
chose. Si Franois n'avait pas attaqu Hur, vous auriez tout autant vu cette fille
!

Moln, Ulri et Iurt arrtent de discuter  part et se joignent  la conversation.
Iurt intervient :

- Pnople a raison, la prcipitation n'a jamais rien rsolu ici.

Erik et moi haussons les paules et poussons un soupir :

- Je crois que nous l'avons compris, oui... Il ne nous reste plus qu' dner, alors
?

Moln acquiesce :

- Oui bonne ide, mangeons, nous pourrions peut-tre aller dehors, pour nous dtendre
un peu ?

Je lui rappelle que je suis bloqu dans l'appartement :

- Ne vous gnez surtout pas pour moi si vous voulez sortir, je ne vais pas tarder
 me coucher, de toute manire.

Moln est embarrass :

- Oh excuse moi Ylraw, c'est vrai que tu es retenu ici. Non et bien faisons un bon
repas dans l'appartement, aprs tout nous sommes sur Adama, ftons tous l'vnement
ici !

Erik se permet de mettre un bmol :

- Nous ne sommes pas tous l.

Guerd lance un regard triste vers Erik. Moln ne relve pas. Iurt demande  l'appartement
d'apporter le repas. Pendant ce temps tout le monde s'installe autour de la grande
table qui donne sur la baie vitre, plus consquente que la petite au centre des
fauteuils o nous tions install. Le soir est vraiment tomb et les lumires douces
donnent au vis--vis l'apparence d'une caverne multicolore saupoudre de milliers
de lueurs de lucioles virevoltant. En se penchant  la vitre, je ne vois mme pas
le ciel. Pnople qui me voit chercher mes toiles me fait l'honneur de me donner
en virtuel une vue magnifique sur le ciel nocturne d'Adama ; la lune,  son premier
quartier, illumine le ciel. Sa taille est presque la mme que notre vraie Lune et
si ce n'est sa surface, qui ne prsente pas du tout  la mer de la Tranquilit que
nous sommes habitus  voir, tout terrien pourrait se faire prendre au pige. Quelques
lumires des villes prsentes  sa surface attirent tout de mme l'attention sur
sa partie ombrage. La ceinture nergtique d'Adama, plus consquente que celle de
Stycchia, laisse cinq tranes lumineuses dans le ciel toil. Je me retourne vers
Pnople et l'embrasse pour la remercier. Le virtuel disparat et les profondeurs
illumines d'Eryas reprennent leur place.

En un sens je suis tonn de ne pas tre plus merveill, de ne pas chercher  comprendre
comment marche leur technologie, quelles sont leurs connaissances en science ; leurs
thories ont d depuis longtemps expliquer toutes les interrogations que nous avons
toujours, l'unification de la relativit gnrale et de la mcanique quantique, les
origines de l'univers, la nature profonde de la matire... Mais je suis tellement
proccup par Naoma et le fait de ne pas comprendre, ne pas comprendre pourquoi je
suis ici, pourquoi moi... Peut-tre devrai-je rellement prendre le temps de me dtendre
en portant ma confiance dans le Congrs, mais comment le faire maintenant que Yamwreq
et Guewour eux-mmes m'ont fait part de leurs inquitudes ? Comment puis-je rester
l  attendre quand dehors cette fille, peut-tre, nous chappe ? Comment puis-je
laisser Naoma sans aide. Par ma faute elle est dj morte une fois... Oh mon Dieu,
si loin de toi que suis-je donc ? Oh mon Soleil tu me manques tant...

- Ylraw ?

Pnople pose doucement sa main sur ma jambe, le repas est servi. J'tais replong
dans mes rves. Je me retourne vers elle et lui souris. Je lui fais un nouveau bisou
sur la joue et prends un petit pain multicolore. Je n'ai pas trs faim. Je ne parle
pas beaucoup du repas, Erik non plus. Je suis sans doute un peu fatigu.

Iurt, Moln et Ulri animent le repas de leur discussion sur les changements notables
d'Adama depuis qu'ils connaissent la plante. Mais somme toute de ce que j'en ai
retenu, Adama n'a pas vraiment chang depuis plusieurs milliers d'annes.  vrai
dire je me demande si la Congrgation elle-mme a chang depuis tous ces sicles.
Je n'ai pas la force de demander, aspirant d'avantage  me glisser au plus vite dans
un lit chaud en serrant Deborah dans mes bras. Oh ! Lapsus ! Je le conserve dans
le rcit... Oh mon Dieu, je crois que je ne sais plus o j'en suis...

Je ne m'attarde pas trop  table. Je me sentais en forme aprs la discussion pour
repartir  la recherche de cette fille, mais le fait de m'asseoir et le manque de
moyens sont venus  bout de moi. Iurt propose une rtrospective virtuelle de l'histoire
d'Adama, mais je n'ai pas la tte  a et je vais me coucher. Sur Stycchia je serais
couch depuis longtemps, il est presque trente trente-siximes, heure que je n'ai
jamais connu l-bas... Je ne suis pas vraiment puis, je sens bien qu'il est encore
tt  mon horloge biologique, confirmant que les clones doivent bien avoir une initialisation
en fonction du jour local, mais d'une part je n'ai pas vraiment encore une notion
claire de leurs heures, jours, rythmes de sommeil et d'veil ; pour tre franc je
n'ai jamais trop fait l'effort de m'y plier, prenant plus simplement l'habitude de
dormir quand j'ai sommeil ; et puis d'autre part je crois que c'est mon esprit qui
fatigue, la journe fut dense, et je sens qu'il me faut prendre le temps, au calme
de remettre tout en place dans ma tte et de digrer ce premier jour adamien charg
en nouvelles...

Je passe par les toilettes, je portais aujourd'hui comme souvent un vtement assez
ample sans couche intgre ; puis je vais dans notre chambre, celle que nous avions
choisie Pnople et moi, je me dshabille et m'enveloppe dans la couverture, je me
bouge un peu et me tourne pour me nettoyer, me passe un coup dans les cheveux, et,
une fois propre, je m'allonge sur le dos pour m'endormir. Mais je ne m'endors pas,
tout tourne dans ma tte. Naoma, cette fille, le Congrs, Yamwreq, Deborah, Pnople...

Sans doute plus d'une heure s'coule, o je vogue entre somnolence et rve, avant
que Pnople n'arrive. Elle se dshabille, et dans la faible lueur de la pice je
contemple ses douces formes avant qu'elle ne se nettoie elle aussi puis s'avance
doucement pour se mettre sur mon paule. Elle remonte un peu pour me faire un baiser
et se retient quand elle voit que je ne dors pas.

- Je t'ai rveill ? Je suis dsole...

- Non je ne dormais pas, je n'ai pas russi encore  m'endormir...

- Tu es soucieux, oui je l'ai remarqu depuis que tu es sorti de l'entretien... Qu'ont-ils
dit pour t'inquiter autant ?

- Ce n'est pas vraiment ce qu'ils m'ont dit, il n'y avait rien d'extraordinaire,
c'est plus que je ne vois pas comment faire pour  m'en sortir.

- Tu n'as pas confiance dans le Congrs ?

- C'est plus que je ne sais pas comment ragir dans votre monde. Je me sens tellement
incapable, tellement stupide face  vos rgles. Je ne contrle rien, je suis comme
un enfant qui ne comprends rien du jeu dans lequel il se trouve.

- Je suis l pour t'aider...

J'ai peur de la blesser. Je reste silencieux un instant, mais je parle avant qu'elle
ne le prenne mal.

- Je me demande si finalement tous vos avis ne sont pas la plus formidable faon
de provoquer l'immobilisme.

- Comment a ?

- Et bien dans la mesure o chacun doit se livrer un peu pour avoir quelque chose,
j'imagine que les carts ne sont pas permis, ne sont plus permis, il faut rester
dans le moule, avoir sa petite vie comme tout le monde pour pouvoir rester tranquille,
ou alors affronter l'incomprhension populaire...

- Je ne suis pas d'accord, j'ai fait tant de choses qui n'taient pas dans la normale,
et les gens, mme si parfois j'ai d affronter quelques rticences, les gens comprennent.
Ils comprennent que tu veuilles tracer ta voie, faire tes propres erreurs. Mais ce
n'est pas pour autant que a doit tre facile. Il faut lutter pour pouvoir se construire,
sinon ton moule ne tient pas.

- Peut-tre, je ne connais pas assez pour dire, peut-tre ai-je juste cette impression
parce que je ne comprends pas encore assez bien votre organisation.

- Prends mon cas, c'est difficile pour moi de te laisser aller dans une voie que
je sais sans issue. Je connais la marche  suivre, pourtant si je te l'impose tu
le prendras mal, et si je te laisse faire, je te retrouve comme aujourd'hui instigateur
d'un scandale et bloqu ici. Qu'aurai-je d faire ?

- Je comprends ce que tu veux dire, mais je pense tout de mme que le systme d'avis
empche la cration en un sens, mais je peux me tromper...

- Je ne sais pas, chacun apprciera, mais... Je pense que ce systme est tout de
mme profondment juste.

- Oui, juste c'est certain, mais libre ?

- C'est un peu vrai oui, chacun est sous le contrle de tous, et par consquent cloisonn
dans les valeurs de morale et de bien du plus grand nombre, mais c'est aussi ce qui
rend le systme si stable, si efficace depuis le Libre Choix.

- Ce n'tait pas la mme chose avant ?

- Je suis ne  la limite, donc je n'ai connu qu'un tout petit peu la priode prcdente,
mais le travail obligatoire me semblait plus injuste. Certains faisant un travail
trs influent, possdaient plus de pouvoir sur les autres, les gens me semblaient
encore moins libres qu'aujourd'hui. Mais c'est vrai que les chercheurs ont t trs
frustrs aprs le Libre Choix. Certains sont partis, et les autres n'avaient plus
vraiment de motivation. Ils se moquaient de ne pas travailler, ils ne vivaient que
pour a avant...

- Vous n'avez plus du tout de recherche ?

- Si, si, comme je te l'avais dj dit, ce sont maintenant les artificiels qui font
avancer la science, mais ils le font en accord avec les attentes du peuple, ils n'apportent
qu' hauteur de ses besoins des nouveauts. Je pense qu'ils sont bien plus avancs
que nous le croyons, mais qu'ils distillent lentement leur savoir pour que tout un
chacun l'accepte et le comprenne.

- Mais vous devez savoir normment de choses. Je me posais la question car nous
n'avons qu'un niveau trs partiel de comprhension du monde sur Terre, en ce qui
concerne la nature de la matire, des forces, les origines de l'Univers...

- Nous sommes sans doute plus avancs que vous, mais nous butons sur des problmes
nous aussi. Je sais qu'il y a quelques annes, quand j'avais regard, aprs la dcouverte
de tout un ensemble de particules, rapidement nous tions arrivs  un niveau beaucoup
plus diffu, une sorte de fluctuation de champ d'nergie. Les artificiels ne savaient
pas comment s'en sortir, comment aller plus de l'avant. Je ne crois pas que ce point
de vue ait chang aujourd'hui. Je regarderai si a t'intresse, mais ce dont je me
rappelle, c'est que plus on cherche de l'avant, plus on tombe sur des dimensions
tranges ou tout se mlange, o il n'y a plus vraiment de notion de matire, juste
de l'nergie qui bouge.

- Nous avons un peu ce genre de vision nous aussi, peut-tre  un niveau moindre.
Nous appelons cela la mcanique quantique, car bas sur des notions de niveau d'nergie
et de rpartition probabiliste de la matire.

- Peut-tre commencez-vous alors dj  arriver au mme niveau que nous. Enfin je
te dis a de mmoire, mais je sais qu' un certain niveau, il y a une ambivalence
entre la matire, l'nergie et la force. Tout ce que tu vois n'est que la reprsentation
sous une forme ou sous une autre de cette mme chose. Les forces qui attirent les
charges lectriques, la gravit, la matire, la lumire, tout n'est issu que de la
fluctuation de ce composant de base et nous donne l'illusion d'une forme ou d'une
autre. Toutefois, cette proprit, nous l'observons et l'expliquons assez facilement
je crois, et les expriences des artificiels ont montr que nous pouvons nous-aussi
crer, par influence de ce composant, une forme ou l'autre de ses reprsentations.
La limite sur laquelle nous buttons, c'est qu'il semble qu'il y ait des "types" un
peu diffrents de ce composant, qui ne se mlangent pas, qui "glissent" les un sur
les autres et font varier le monde  grande chelle.

- Mais ces types ne sont-ils pas justement ce qui donne ensuite soit des forces soit
de la matire ou toute autre chose ?

- Non, non, ces types sont indpendants de leurs reprsentations dans le monde classique,
enfin ils ont un certain degrs d'indpendance. C'est plus comme des varits d'un
mme composant qui s'entre-mlent et interagissent, d'une certaine faon, les uns
avec les autres. Le plus trange c'est que mme si l'univers proche semble assez
homogne, avec des toiles et des plantes sur des milliers d'annes-lumire  la
ronde, et bien les types sous-jacents peuvent tre trs diffrents. Par exemple dans
notre congrgation existe un type en trs grande quantit qui est presque absent
des rgions priphriques tudies par les artificiels. Rgions priphriques, elles,
riches en de multiples types qui sont parfois absents du centre de la Congrgation.
Pourtant les toiles, les plantes et les lois physiques que l'on trouve l-bas ne
sont pas trs diffrentes de celle que nous avons ici...

- Peut-tre que certains types n'ont pas vraiment de reprsentation simple. Peut-tre
que ces rgions diffrent sur certains points que vous n'avez pas encore trouv ?

- Oui, peut-tre. Mais peut-tre aussi que cette vision  chang. Je m'y tais surtout
intresse quand j'tais au labo, sur ve, et depuis je prenais des nouvelles de
temps en temps pour savoir si notre connaissance progressait. Je vais voir si des
choses nouvelles ont t trouves.

Elle se dgage un peu, sans doute pour aller chercher son  bracelet, je la retiens
et la serre contre moi.

- Non, reste l...

Je devine un sourire. Elle me fait un baiser dans le cou.

- Je suis bien avec toi. Je t'aiderai, Franois, peut-tre que je t'ai paru borne
et mchante aujourd'hui, mais j'essaie de te mettre en garde...

- Je sais, je comprends. Je m'excuse de t'avoir caus tous ces embarras. Je suis
tellement perdu...

- Cette histoire est sans doute trs complique, moi aussi je suis frustre de ne
rien pouvoir faire pour t'aider, de paratre plus comme un bourreau qu'autre chose.
Je sais que tu tiens  Naoma, mme si c'est vrai que j'en suis sans doute un peu
jalouse. Je sais aussi que ta plante te manque, ta famille,  tes amis... Deborah...
 qui tu penses si souvent...

Aprs tout, tout parat plus naturel et acceptable quand on ne cache rien, quand
on ne refuse pas de voir nos vices et nos dfauts, nos faiblesses et nos limites...

- C'est vrai que je ne peux rien te cacher...

- Je ne le prends pas mal, ne t'inquite pas, l'inaccessible est toujours plus facile
 aimer, car jamais il ne nous dois... Je pense encore  Ragal, tu sais, encore...
Trop souvent...

- Pourtant je t'aime toi aussi, mais je ne sais pas qu'esprer, je ne sais pas ce
que je vais devenir...

- Oui je connais cette confusion en toi, tous ces lments qui se bousculent, cette
incertitude. Aprs la runion, j'tais trs nerve, frustre de ne pas y avoir assiste,
et blesse que tu ne m'en dises pas plus... Et... J'avoue, tu n'avais pas ton bracelet,
avant le repas je t'ai sond... Quand tu tais si silencieux. J'ai vu ta tristesse,
ton dsarroi, j'ai vu que tu tais si seul... Si perdu...

- Oui, c'est sans doute pour a que je ne me suis pas endormi, je tente de mettre
en ordre tous ces vnements mais il me manque trop d'lments... Je suis sans doute
trop impatient... Je devrais peut-tre penser  autre chose, faire un peu le vide,
demain nous y verrons sans doute plus clair...

Pnople monte doucement vers mon oreille et me chuchote en me mordillant un peu.

- Je peux t'aider  de dtendre un peu si tu veux...

- Ah oui ? Comment a ?

Elle m'embrasse dans le cou, puis, en descendant doucement, laisse glisser sa langue
jusqu' quelques endroits sensibles. Ma raction est presqu'immdiate tant elle sait
de ses lvres me provoquer. Doucement elle m'enlvera de l'esprit toutes mes questions
pour me pousser  ne penser qu' une seule chose... L'esprit humain est bien faible
parfois...

Je tente de la remonter mais elle resiste :

- Laisse-toi faire...

Je me laisse  ses soins, elle s'attarde un peu avant de se redresser pour s'agenouiller
au-dessus de moi, me faire un baiser au passage et se laisser doucement pntrer
avec quelques dhanchements. Dhanchements qui se poursuivent accompagns de ses
gmissements auquels je fais cho.

navila
-------



Un cri ! Un hurlement, Mais pas de Pnople. J'ouvre les yeux, cherche  en voir
l'origine.

- Raaaaaahhhh !

Pnople se retire et se retourne, mais n'vite pas un coup qui la projette au sol.
Un cri de rage, une ombre me saute dessus  la gorge. Je ne peux plus respirer, son
treinte est tellement puissante. Je tente d'carter ses bras, mais sans succs.

- Je vais te CREVER !

C'est une voie de femme. Je frappe alors, des deux poings, en cadence, du plus fort
que je peux, l'treinte se relche un peu. Pnople se relve, commande la lumire
et donne un puissant coup de pied. La fille me lche et roule sur le ct. Je sors
rapidement du lit et me prpare  parer.

Stupeur ! C'est la fille qui m'a donn le bracelet !

Je n'ai pas le temps de rflchir plus, sa contre-attaque ne se fait pas attendre,
elle se relve, saute sur le lit et plus vite que l'clair me donne un si puissant
coup de poing dans le ventre que je suis projet contre le mur. Pnople tente de
l'attraper mais d'un revers elle lui donne un grand coup dans les ctes. Pnople
la lche et tombe au sol. Je me jette sur elle mais elle me saisit le bras, se laisse
aller en arrire et me projette avec son pied. Elle a quelques notions de combat,
me dis-je en m'crasant lamentablement sur le sol de l'autre ct du lit.

Je n'ai pas le temps de me relever, elle bondit et aprs une pirouette me saute dessus,
elle a sans doute un lien de parent avec Trinity. Elle me reprends  la gorge, mais
cette fois-ci je lui donne directement une vole de coup de poings en plein visage,
je lui clate la lvre, le sans gicle. Elle relche son treinte et je la fais rouler
au sol. Je lui tord un bras pour la bloquer sur le ventre. Mais je ne sais par quel
moyen elle se contortionne et dveloppe une telle force que je suis dsquilibr.
Elle se redresse et d'un coup de pied retourn je vole par dessus le lit. Mon paule
craque quand je touche le sol. Sans doute s'est-elle dmise. Je suis en face de la
porte, elle est bien trop forte, je ne la matriserai jamais, je me lve et prends
la fuite. Je ne fais pas le poids et je dois prendre le temps de remettre mon paule,
je ne peux plus bouger le bras droit.

Je rcupre sur la table basse mon bracelet et tente le tout pour le tout en esprant
que si elle a pu rentrer, c'est que le systme de protection de l'appartement ne
fonctionne plus. J'ai cette chance et me retrouve dehors, mais elle est derrire
moi et je m'effondre au sol quand elle me saute dessus, m'attrapant les jambes et
me plaquant au sol. Elle hurle :

- Tu ne crois quand mme pas que tu vas t'en tirer comme a !

- Et toi ?

La voix d'Erik. Elle se retourne pour recevoir de sa part un puissant coup de poing.
Elle est propulse contre le mur et tombe, elle a le nez en sang. Elle pousse un
cri de rage  en faire trembler l'immeuble et se lance tte baisse vers lui. Il
tente de la parer mais elle le soulve et l'crase contre le mur. Je me relve pour
la frapper d'un coup de pied, mais elle jette Erik au sol, attrape ma jambe et me
fais rouler par terre. Quelle furie ! De nombreuses personnes sortent attires par
le vacarme, Guerd, Moln, Iurt et Ulri arrivent aussi. Mais ils restent immobiles.
Pnople arrive  ce moment l, elle a enfil une veste, je suis encore nu. Erik
s'est relev et intercepte la fille avant qu'elle ne m'ait saut dessus. Je me relve,
j'ai toujours affreusement mal  l'paule. Guerd s'crie :

- Mais pourquoi a ne marche pas !

Erik est de nouveau projet par la fille, elle est doue d'une force phnomnale.
Je me relve juste pour recevoir d'elle un nouveau coup de poing qui me coupe la
respiration. Pnople frappe la fille, un peu maladroitement, d'un coup de poing
au visage, Erik se relve et fait de mme. Les autres semblent impuissants, sans
doute tentent-ils sans succs de l'immobiliser.

J'entends un grand "crac" et un cri d'Erik, il tombe  genoux au sol. Pnople court
vers moi, m'aide  me relever. La fille s'apprte  nous attaquer de nouveau mais
Guerd lui barre la route. Erik vient  son aide et la plaque au sol. Plusieurs personnes
arrivent en courant en bousculant les personnes sorties de leurs appartements. L'une
deux s'exclame :

- navila !

Erik et Guerd, maintenant assiste de Moln, Ulri et Iurt qui ont finalement dcid
d'intervenir, la maintiennent avec difficult au sol. Elle s'crit :

- Ne vous proccupez pas de moi, attrapez-le ! Attrapez-le !

Erik se lve alors pour leur barrer le passage. Il crit :

- Barre toi Ylraw, je vais les retenir tant que je peux.

Ni de une ni de deux, nous ne faisons pas le poids, Pnople m'entrane. Nous courons
 toute allure jusqu' la terrasse. Elle me jette un sac--dos abeille.

- Enfile a et saute !

J'ai  peine le temps de passer les bretelles qu'elle me tire avec elle et nous sautons
dans le vide. Nous faisons une chute libre pendant plusieurs centaines de mtres,
le temps  l'abeille de se resserrer et les bretelles de s'adapter, puis les ailes
se matrialisent et la vision externe prend le dessus pour faciliter le pilotage,
je reprends de l'altitude immdiatement. Je rentre en synchronisation avec Pnople.

- O allons-nous ?

- Au Congrs ! Je nous branche sur Erik en plus.

En surimpression apparat la vision d'Erik. Il vient de se faire renverser par les
hommes, navila s'est libre. Ils courent dans le couloir vers la terrasse.

- Erik, c'est Pnople, nous avons ta vision en surimpression, prends les en chasse
 distance pour que nous puissions savoir s'ils prennent notre direction ou pas.

Erik se relve et part en courant derrire eux :

- Mais je ne peux pas prendre d'abeille, a ne marche pas avec mon bracelet.

Pnople le rassure :

- C'est bon je l'ai autoris dans ton bracelet. Enfile juste une abeille sac--dos
et saute, elle se mettra en route automatiquement.

Je suis Pnople  une dizaine de mtres derrire elle. Nous allons  une vitesse
folle entre les immeubles, c'est vraiment formidable de voler comme superman. Je
suis encore nu et je meurs de froid avec le vent. Erik vient de sauter, au bout de
quelque secondes il se stabilise et suit les six hommes et cette fille, "navila".
Ils ont pris malheureusement la mme direction que nous. Pnople acclre encore.
Nous prenons de l'altitude pour retourner vers la surface. Je demande  Pnople
:

- Mais que fera-t-on une fois au Congrs, nous ne serons pas plus  l'abri !

- Tu as une meilleure ide ? Les bracelets sont inactifs sur elle, je ne comprends
pas pourquoi.

- Elle a sans doute un truc protecteur ou je sais pas quoi, en plus elle a pu rentrer
dans l'appart, elle n'aurait pas d, non ?

- Oui, j'ai tent de la paralyser, mais impossible. En plus elle n'a mme pas un
bracelet adulte, elle n'a mme pas seize ans.

- Seize ans !

Vingt-cinq ans ! Elle est plus jeune que moi ! C'est la premire personne plus jeune
que moi que je rencontre ici !

- Elle se rapproche, elle va plus vite que les autres, encore une astuce !

La vision d'Erik montre le groupe volant  cent ou deux cents mtres devant lui.
Il confirme :

- Oui il m'a sembl qu'elle prenait de l'avance, mais je suis  fond, impossible
pour moi de la rattraper.

Pnople incruste en plus de la vision d'Erik la vision arrire dans mon champ. navila
est au loin et elle prend du terrain.

- Bordel elle nous rattrape !

- Oui, on ne sera jamais au Congrs  temps.

- Sparons-nous ! File moi ta vision en plus.

- OK !

Je vire  gauche toute, Pnople  droite. Je vois sa vision en plus. Toutes ses
surimpressions deviennent un peu compliques. D'habitude en jeu vido on a l'avant
et l'arrire, l j'ai ma vision avant, arrire, celle d'Erik et celle de Pnople
! Ah ! Pnople s'est plant, elle ne m'a pas donn ma vision arrire :

- Donne-moi ma vision arrire, j'ai toujours la tienne.

- Pardon, voil.

- Merde mais qu'est-ce que tu fais, barre-toi de l !

Pnople a fait demi-tour et s'est place sur la trajectoire d'navila. Je virevolte
 toute vitesse entre les passerelles, montant aussi vite que possible vers la surface.

- C'est  toi qu'elle en veut, je t'ai mis le plan pour atteindre le Congrs, magne
toi. Il doit y avoir du monde au point en rouge sur la carte, c'est la zone de restauration
habituelle, vas-y, seul la foule pourra te protger !

- Mais tu ne la retiendras pas ! Bon sang, vire-toi de l !

Je n'ai pas le temps de faire demi-tour, dj navila fonce sur Pnople. Je m'lance
moi vers le point indiqu par Pnople, je viens de dpasser le sol et la colline
du Congrs m'apparat au loin. navila fonce sans rflchir sur Pnople. Le systme
anti-percution les fait rebondir l'une sur l'autre, Pnople virevolte un instant
vers le bas et navila rtablit sa trajectoire pour me prendre en chasse. Mais Pnople
revient rapidement et parvient  dvier de nouveau navila. Pnople joue au ping-pong
avec Enavila et russit trois fois de suite  bloquer le passage d'navila. Mais
ses hommes arrivent  ce moment l et entoure Pnople. navila peut reprendre sa
poursuite, Pnople est bloque.

- Ylraw ! Je ne peux plus la retenir !

- Oui j'ai vu, mais Erik est juste derrire elle ! S'il ne se laisse pas trop distancer
nous serons dj deux si elle me rattrape.

Soudain tous les hommes autour de Pnople s'cartent et  descendent lentement.

- C'est bon, je les ai eus, ils ne sont pas adultes et en plus avait de l'agressivit,
j'ai pu les paralyser. Il semble que ce ne soit que la fille qui puisse djouer le
bracelet. Tu n'es plus trs loin du Congrs, va directement au point rouge, Iurt
et Moln sont partis de leur ct, Gwenola est au courant.

Je fonce  toute vitesse, me glissant sans doute  plusieurs centaines de kilomtres
par heure au dessus des alles suspendues entre les quelques immeubles qui dpassent
en surface. Je suis transi de froid. Plus que quelques kilomtres avant l'arrive
au Congrs !

Je vais  toute allure mais elle est de nouveau dans ma vision arrire, Erik est
encore derrire mais se laisse distancer. Pour une raison qui m'chappe elle va plus
vite que nous. Le grand parc du Congrs est juste en face de moi, je dois le contourner
pour atteindre le point que m'a spcifi Pnople.

Une lumire attire mon regard sur la vision arrire, navila a comme scintille et
acclre subitement, elle est sur moi en quelques diximes de seconde, mes ailes
se coupent et elle m'aggripe par l'arrire.

- Je vais t'craser au sol et rpandre tes entrailles sur des kilomtres ! Tu regretteras
pour toujours ce que tu as fait !

Bordel mais de quoi elle parle ! Un crpitement se fait sentir, nous pntrons dans
l'enceinte protge du Congrs. Ce n'est pas logique ! Pourquoi voudrait-elle me
tuer !? elle sait trs bien que je serais ressuscit en moins de deux ! Je me dbats
et parviens  m'accrocher  elle. J'ai toujours mon paule droite dmise, mais je
surmonte la douleur pour m'accrocher. Je me retourne, elle tente de me faire lacher
prise. Erik est rest bloqu au niveau de la protection de l'espace du Congrs, il
ne pourra pas venir me rattraper dans ma chute, dommage a aurait fait une bonne
squence de film... Il faut alors que je tienne et vite de tomber. Elle est enrage,
tente par tous les moyens de me me matriser.

- Je ne pas celui que tu crois, bordel, je n'ai rien fait !

- Ta gueule !

Elle continue  voler trs vite, elle veut sans doute me projeter ; elle dploie
une force incroyable pour me faire lcher. J'ai mes jambes autour de sa taille et
mes bras autour de son cou. Elle me mord et me frappe. Finalement elle russit 
glisser un bras entre moi et elle et parvient  me repousser. Sentant qu'elle va
gagner je tente le tout pour le tout, je lance une de mes jambes dans une des ailes
de son abeille. Ma jambe est broye et des gicles de sang nous claboussent. L'abeille
est compltement dstabilise et navila panique. Elle freine et se rapproche du
sol. Nous partons en vrille. Elle tente de revenir en vol stationnaire, notre vitesse
ralentie mais nous tombons toujours vers le sol, et, alors que nous avons perdu beaucoup
de vitesse, nous nous crasons  grand fracas dans le gazon du parc, soulevant des
tourbillons de poussire et labourant le sol. Je lche prise et roule sur plusieurs
dizaines de mtres, elle fait de mme un peu plus en avant.

Je pousse un long gmissement. Je vais perdre connaissance. Mon bracelet clignote
dans tous les sens. Je vois ma reprsentation avec tous les points impacts. Ma jambe
ampute, mon paule, mon dos qui a souffert dans la chute, mon avant-bras gauche
sans doute fractur. Je ne peux plus bouger. C'est trange, le bracelet semble me
demander s'il doit faire une sauvegarde et couper mes systmes vitaux. Je refuse
! Il passe alors dans un autre mode o il indique qu'il commande la scrtion de
tout un tas de choses  partir de mon cerveau et d'autres glandes, sans doute des
hormones antalgiques, de l'endorphine ou apparente...

Je reste probablement plusieurs minutes ou dizaine de minutes  lutter contre l'vanouissement,
je ne ressens plus le froid ou la douleur, juste une impression cumule de tous mes
sens en panique. Un groupe de personnes arrive. Ils s'crient tous, coeurs par
le triste spectacle. J'entends une voix dire :

- Oh quelle mort affreuse, il a d tellement souffrir, j'espre que son bracelet
lui retirera ses souvenirs !

Je proteste avec toute la faible vhmence que je peux :

- Errrr !... Bas moeuh !

Je n'arrive mme pas  prononcer 'pas mort' correctement. Je tousse sous l'tonnement
des personnes. L'une d'elle se dirige vers moi en courant, puis une autre. Ce sont
Erik et Pnople. Pnople est affole :

- Franois ! Franois ! Je suis si dsole, on va te soigner, surtout ne bouge pas.

Erik a toujours le mot pour rire :

- Ouais tu as inttt  rester bien tranquille, si tu te barres en courant, je t'avertis
! Je suis plus ton pote !

Il me fait sourire, ce qui rassure un peu Pnople. Mais je dois rester concentr
pour ne pas perdre connaissance. Rapidement plusieurs appareils arrivent et m'entourent.
Je sens quelque chose sur ma jambe, et plusieurs piqres  divers endroits. En quelques
minutes je me sens dj mieux. Ma vision devient moins trouble. Pnople me parle.

- J'ai fait venir des artificiels rpareurs, a te permettra de tenir jusqu' ta
mise--jour.

C'est incroyable, en quelques minutes je vois disparatre sur le mode sant de mon
bracelet les points problmatiques. Quand je peux enfin regarder, je dcouvre que
j'ai dsormais une jambe artificielle et une sorte de pltre vivant  l'avant bras.
Mon paule elle aussi est protge par une prothse, et il semble que ma colone,
gravement blesse, soit en passe d'tre remplace sur place par des fibres synthtiques.
Quinze minutes plus tard Pnople et Erik m'aident  me relever, et je me sens comme
un charme. Erik est stupfait :

- Dis donc, c'est carrment pratique leur machin ! a va ?

- Je me sens un peu engourdi, j'ai encore un peu mal, mais sinon oui a va. C'est
dingue ces trucs !

Pnople n'ose pas me prendre dans ses bras, elle me fait juste un baiser.

- C'est un mode de rparation d'appoint, c'est rapide mais il faudra sans doute qu'on
te regnre compltement si tu veux un corps en bon tat ; mais comme apparemment
tu as refus l'arrt, c'est ce que nous faisons habituellement. J'ai aussi demand
un vtement. Tiens, enfile a.

Erik ne comprends pas :

- L'arrt ?

Je lui explique en enfilant la toge que m'a tendue Pnople :

- Aprs mon atterrisage, le bracelet m'a propos de faire une sauvegarde et de couper
le jus.

Nous sommes entours par une foule de plus en plus dense. Mais je suis curieux de
l'tat de la fille.

- Elle est o la nana ?

Pnople me rpond :

- Un peu plus loin l bas, au milieu des gens. Elle a moins souffert que toi dans
la chute, elle est aussi en train d'tre rpare. Nous avons command des artificiels
pour la matriser si besoin, mais les rparateurs lui on inject de quoi dormir.

Je m'avance doucement au milieu des gens qui s'cartent pour me laisser passer. navila
est debout, les yeux ferms, entoure d'un ensemble de petits artificiels qui virevoltent
autour d'elle. Pnople vient  mes cts. Je lui demande :

- Que vont-ils lui faire ?

- Dans un premier temps elle sera mise en dtention jusqu' sa comparution. Les avis
sont en train d'tre mis au courant. Tout le monde penche pour un jugement devant
le Congrs au plus vite. Ils veulent te voir aussi, pour tenter de comprendre. Mais
dans un premier temps il vous faut vous rtablir. Vous allez tre conduit au centre
de tlportation du Congrs pour une mise--jour, a prendra quelques heures.

- Je dois y aller maintenant ?

- Elle oui, de toute faon elle n'est pas consciente, en ce qui te concerne Yamwreq,
qui arrive, me fait savoir que tu peux te reposer un peu avant. Mais il ne vaut mieux
pas tarder. Nous pouvons nous y rendre doucement, si tu te sens de marcher ?

- Oh oui pas de problme, la rparation est trs efficace.

- N'hsite pas si tu ne te sens pas bien, j'imagine que c'est assez difficile  vivre
comme situation.

Erik intervient :

- Et oh c'est pas une fillette non plus ! On en a connu d'autres, pas vrai !

Il fais mine de me donner une grande tape dans le dos, Pnople touffe un cri, Erik
rigole, puis redevient srieux quand je lui demande  mon tour s'il va bien, aprs
sa bataille dans le couloir de l'htel, mais il n'a pas eu plus que quelques contusions.
Il me demande ensuite :

- C'est qui alors cette fille ?

- C'est elle qui m'a donn le bracelet, au tout dbut,  Paris.

Pnople me prend par le bras et nous commenons  marcher doucement :

- La boucle est boucle ! On est sr maintenant qu'il y a des liens entre la Terre
et ici ! Dcidment, il faut toujours que tu fasses ton intressant, mais j'avoue
que je suis content que a fasse avancer les choses ! Tu l'as revue  d'autres moments
?

- Non, je ne l'ai vue que deux fois, une premire fois dans un parc quand je faisais
mon footing, et la seconde fois quand je lui ai couru aprs et qu'elle a perdu ce
fameux bracelet.

Erik est perplexe :

- Il y a donc bien plus qu'une concidence entre elle, toi, l'autre fille et tout
ce bazar. Mais pourquoi t'en veut-elle autant ? En plus c'est compltement illogique,
il ne faut pas dix minutes ici mme compltement dchiquet pour te remettre sur
pied !

Pnople rpond :

- On dirait qu'elle voulait se venger de quelque chose, peut-tre se satisfait-elle
simplement de le faire souffrir. Tu es vraiment sr Franois que tu ne lui as rien
fait ?

- Pas que je sache en tout cas.

Nous marchons doucement dans le parc vers la sortie quand Yamwreq, Moln et toute
la troupe nous rejoignent. J'explique rapidement  tout ce beau monde que cette fille
est la source de toute cette histoire, mais que je n'en sais pas beaucoup plus. Nous
nous remettons en route, Yamwreq dcrit le peu qu'il a trouv :

- J'avais dj rencontre cette navila aux cts de Gwenola, il y a quelques annes,
elle tait encore bien jeune  l'poque, mais dj trs dtermine. J'ai fait quelques
recherches supplmentaires rapides sur elle, apparemment aucun lien avec l'autre
fille, hypothtiquement appele Sarah. Mais la encore nous ne pouvons tre sr de
rien.

Pnople est curieuse :

- Pourquoi sr de rien ?

Yamwreq a une seconde d'hsitation, puis explique :

- Nous avons dcouvert que certaines donnes concernant cette Sarah sont manipules,
nous ne savons pas pourquoi. Nous voulions avec Guewour tenter de trouver plus d'indices,
mais la situation empirant, je crois que c'est inutile de garder cette affaire pour
nous dsormais.

Pnople veut en savoir plus :

- Mais, manipules de quelle manire ?

Yamwreq s'impatiente un peu, voulant sans doute poursuivre :

- Elles sont fausses, par exemple cette aprs-midi notre communication avec cette
Sarah tait fausse. Par chance j'avais un ami  ct de l'endroit o elle tait cense
se trouver, et les bracelets donnaient l'illusion de sa prsence. Enfin bref, il
semble que cette navila et cette Sarah ne se soient jamais rencontres. Concernant
navila, elle a  peine seize ans et vit principalement sur les plantes rebelles,
elle devait comparatre dans les jours qui viennent en mme temps que Gwenola pour
expliquer certains outrepassements qu'elle commet rgulirement. Normalement, vu
son ge, elle doit retourner sur sa plante initiale, Stycchia, tous les trois...

Nous nous arrtons presque tous, stupfaits :

- Stycchia !

Yamwreq ne comprends pas :

- Oui Stycchia, pourquoi, c'est une plante qui n'a rien de partic... Ah mais oui
! C'est l que vous tes apparus !

Iurt confirme :

- Oui, c'est bien le cas, mais est-ce que a peut-tre une concidence ? Est-ce que
cette navila aurait pu arranger cette arrive ?

Yamwreq poursuit :

- Ce n'est peut-tre qu'une concidence, navila comparat justement, entre autre,
parce qu'elle ne respecte pas la limite des trois mois maximum de sjour hors de
son initial. Elle ne suit pas ses tudes, son bracelet est restreint et pourtant
elle parvient  passer au del des limitations. Le Congrs s'inquite de cette dfaillance.
Voil plus de six mois (deux siximes) qu'elle n'est pas retourne sur Stycchia,
quand y tes-vous arrivs ?

Pnople rponds :

- Il y a deux siximes, environ.

Erik tente de dduire :

- Elle nous aurait faits arriver sur Stycchia juste avant de partir ? Mais dans quel
but ?

Yamwreq est perplexe :

- Personnellement je n'y crois pas trop, cette gamine est trop impulsive  mon avis.
Par contre il se peut que cette Sarah en soit  l'origine, peut-tre voulait-elle
justement que vous vous recontriez.

Je ne comprends pas moi non plus :

- Mais dans quel but ? Cette Sarah m'a aid sur Terre, mais jamais elle ne m'a vraiment
dirig,  part si elle le faisait dans l'ombre. Mais elle avait juste tendance 
m'aider quand j'en avais besoin.

Erik labore une thorie :

- Peut-tre que cette Sarah et cette navila ne sont pas ensemble, mais opposes.
navila t'aurait fil le bracelet pour une raison ou pour une autre, te mettant dans
la merde, et derrire Sarah a tent de te venir en aide, peut-tre pour retrouver
navila, ou pour lui tendre un pige, d'o ta prsence sur Stycchia. Et peut-tre
que cette lune o nous tions tait aussi un lieu connu d'navila ?

Je reste pensif. navila m'en voulait depuis le dbut, depuis le jour o elle m'avait
saut dessus dans le parc. Le bracelet tait sans doute dj part de sa vengeance.
Le bracelet devait me faire remarquer par les hommes de l'organisation,  moins qu'il
ne dt que provoquer ma mort ou mon asservissement par son action. Et ma pierre !
Cette histoire est dmente, je n'y comprends rien ! D'o venait cette pierre ! Comment
ai-je pu la trouver par hasard, c'est impossible ! Peut-tre aprs tout cette pierre
n'tait juste qu'un effet placebo, et qu'elle m'a permit de me passer du bracelet...
C'est tout de mme bien trange... Quelqu'un aurait-il pu me la donner ? Sarah ?
Non a ne peut pas tre Sarah, Sarah n'avait pas compris pourquoi je la voulais absolument
quand elle m'a libr  Sydney. Elle ne voulait mme pas que je la prenne...  moins
qu'elle voulait juste que je cesse de l'utiliser, pour ne pas crer une nouvelle
dpendance aprs m'tre libr du bracelet ?

- Franois ?

Pnople me sort de mes penses.

- Tu m'avais racont que sur Terre, les personnes qui te poursuivaient, te reprochaient
en ralit  toi de leur en vouloir ?

- Oui tout  fait, en Australie aprs ma capture, juste avant que Sarah ne me vienne
en aide pour la premire fois, elles m'ont demand pourquoi je m'acharnais. Sans
doute navila est-elle du mme bord que ces personnes. Elle voulait se venger de
quelque chose. Erik doit avoir raison, Sarah et navila sont opposes. Mais quel
sont leurs buts respectifs ?

Yamwreq reprend la parole :

- Officiellement navila s'est toujours battue pour l'indpendance des plantes rebelles.
Elle est monte trs rapidement dans les chelons officieux dans leur hirarchie.
Elle a toujours dmontr une intelligence et une technique remarquable, mme si son
caractre impulsif et irrflchi lui a caus ennui sur ennui. Il est difficile de
croire qu'elle chrisse un autre but que l'indpendance des plantes rebelles. On
peut imaginer que Sarah participe  une commission cache charg d'tudier, ou surveiller
l'activit de  ces plantes, toujours  la limite des rgles de la Congrgation.

- Et moi dans l'histoire ? Et la Terre ?

- Nous en rediscuterons, peut-tre devant le Congrs, mais il est possible, je ne
sais par quel moyen, que les plantes rebelles aient pu d'une faon ou d'une autre
crer une plante indpendante pour raliser leur rve, et qu'elle soit reste cache
de la Congrgation. Vous n'auriez t alors que malencontreusement entran dans
cette histoire par un jeu de concidences fcheuses. Peut-tre que Sarah ayant dcouvert
cette plante, navila voulut s'en dbarasser, ou je ne sais quoi d'autre.

Pnople rtorque :

- Mais la Terre est peuple par les hommes depuis bien plus longtemps que l'existence
mme des plantes rebelles !

Yamwreq est plus partag :

- Ils ont peut-tre tout cr artificiellement, qui sait ?

Nous arrivons doucement au centre de tlportation du Congrs. Les btiments du Congrs
sont assez imposants, tout blanc. Leur forme est un peu arrondie, pas autant que
les btiments dans le cratres, mais suffisamment pour avoir plus une forme de gros
rocher que d'immeuble. Le centre de tlportation est assez grand, dans les sous-sols.
navila est dj dans un des tubes. Je m'installe dans l'un d'eux.

- Combien de temps je vais rester l-dedans ?

Moln intervient :

- Nous allons faire un diagnostic pour avoir une ide. Je vais refermer le tube une
premire fois pour une analyse, a ne prendra que quelques minutes.

Le tube se referme, je me dtends et ferme les yeux. Malgr les prothses je me sens
tout de mme pas au mieux de ma forme. Je suis puis. Je m'endors presque quand
finalement le tube s'ouvre.

Moln reprend la parole :

- C'est plus grave que ce que je pensais. Il faut refaire toute la colonne. L'indicateur
donne dix-huit heures comme dure. Une autre possibilit est de prendre un nouveau
clone, mais dans ce cas il y en aura pour trois jours. Par contre, dans ce cas, tu
peux rester avec nous jusqu' ce que le clone soit prt.

Guewour prend la parole :

- Peut-tre que c'est mieux comme a, ainsi on pourrait passer au Congrs ds aujourd'hui
?

Je ne suis pas trop pour rester pendant trois jours dans cet tat bancal.

- Je prfrerais tre rpar au plus vite, en ce qui me concerne.

Yamwreq donne son avis :

- C'est peut-tre mieux ainsi, rien ne sert de nous prcipiter. navila sera maintenue
en sommeil jusqu' la session. Prenons la journe de demain pour mettre un peu d'ordre
dans les vnements. D'autre part rien n'indique encore que le Congrs ne va pas
se donner une priode de rflexion.

Moln me demande si je veux attendre encore un peu avant l'intervention. Je dis simplement
qu'un baiser de Pnople sera mon dernier souhait. Je suis puis et je n'attends
 avoir, enfin, qu'un peu de rpis. Pnople sourit et s'approche. Elle se penche
et m'embrasse tendrement. Elle me dit doucement :

- Je veille sur toi, dors, repose-toi.

Je n'en demande pas plus, le tube n'a mme pas le temps de se refermer que, relachant
la pression, je m'endors d'un trait.

Je rve d'navila... Je sais ton nom, dsormais.

Pr-sance
----------



Ah ! Le rveil est toujours un peu laborieux. Seule Pnople est l pour m'accueillir.

- Alors, remis  neuf ?

- Ma foi, a a l'air d'aller. Alors quoi de neuf ?

Je me lve doucement, Pnople me tend un vtement, un pantalon un peu serr noir
et une veste ample marron, comme j'aime.

- Tu es rest trente siximes, un peu plus que prvu. Les autres sont rentrs  l'htel
quand ils ont vu que ce serait plus long. Nous avons hsit  te laisser la nuit
en plus, mais j'avoue que j'ai prfr attendre pour la passer avec toi.

Trente sixime, vingt-deux heures et demi, nous sommes donc, normalement, le cent
quatre-vingt-neuvime jour aprs notre arrive.

- Nous retournons  l'htel ?

Elle hsite :

- Non, tu es bloqu ici, n'oublie pas que toi-aussi tu as fait un beau scandale il
y a deux jours. Nous avons une petite chambre dans le btiment...

- Je n'ai pas vraiment sommeil, mais pour un clin sans problme.

Elle sourit. Je regarde le tube o se trouve navila.

- Elle est toujours l ?

- Oui, vous serez tous les deux demain devant le Congrs.

Nous quittons la pice et Pnople me guide jusqu' la douillette chambre, qui se
trouve en hauteur. Une fois entr, je pousse Pnople sur le lit et l'embrasse sauvagement.

- Alors, que s'est-il pass depuis hier ?

Je lui mordille l'oreille, laisse glisser mes mains sur ses seins puis le long de
sa jambe.

- Dis-moi ! a te met en forme la rparation ! C'est vrai que nous avons une partie
en suspens... Il ne s'est pas pass grand chose. Principalement la Congrgation s'est
mue de ton accident. Maintenant tout le monde est au courant que...

Elle s'arrte pour pousser un gmissement quand je glisse ma main dans son pantalon
et deux doigts dans son sexe.

- Au courant que ?

- Comment veux-tu que je reste calme si tu m'embtes !

- Voyons, c'est rien du tout...

Je lui retire son haut moulant, lui caresse les seins et la retourne sur le dos,
entreprenant un dbut de massage.

- Oh oui un massage, oh... Tout le monde commence  se poser des questions sur les
bracelets, sur pourquoi cette fille parvient  passer outre.

J'exprimente quelque nouvelles techniques de massage des paules.

- Tu aimes a ?... Mais le Congrs a-t-il dj pris une dcision ?

- C'est pas mal oui, un peu plus fort peut-tre... Non pas encore, ils ont aujourd'hui
remis  plus tard les affaires en cours et rassembl les lements vous concernant.
Yamwreq a racont son histoire avec... Oh c'est pas mal a ! Un peu plus bas, oh
c'est super...

- Yamwreq ?

- Oui son histoire avec cette Sarah o il pense avoir t bern par les artificiels.
Je peux te dire, tout le monde en parle dsormais. J'ai mme ma mre qui m'a appel
pour me dire que je ferais bien de rentrer sur Stycchia, que je ne devrais pas rester
avec toi...

Sa mre !

- Ta mre prend encore soin de toi !

- Oh je crois que je pourrais vivre dix mille ans qu'elle me croirait encore irresponsable
et immature !

Je passe doucement ma main sous son ventre pour lui retirer son pantalon, elle se
laisse faire sans dire mot. C'est tout de mme un peu dommage cette technologie,
plus du tout la surprise de dcouvrir un tanga vocateur aux jolies broderies...
Je n'en suis pas moins motiv pour autant  la vue de ses superbes fesses

- Et pour les jeunes qui taient avec elle ?

J'entreprens un massage des fesses et des cuisses.

- Eh ! C'est pas mal a !... Ils sont aussi aux arrts, dans l'htel. Il semble que
contrairement  navila, ils ne puissent pas djouer les bracelets.

Je m'arrte et reste pensif.

- Cette histoire est tout de mme incomprhensible.

- Eh ! Ne t'arrte pas !... Pour les jeunes c'est assez logique, ils suivaient corps
et me navila, a priori c'est elle l'instigatrice de tout ce bazar. D'aprs que
nous avons dduit, elle tait dans le mme htel que nous, et suite  ton accrochage
en abeille, elle t'a sans doute vu et reconnu. Sachant que tu tais dans le mme
htel, elle est rentre de nuit pour s'en prendre  toi.

Je reprends mon massage, mais je ne pense maintenant plus qu' cette histoire. Je
me laisse finalement rouler sur le ct et m'allonge sur le dos.

- Mais pourquoi m'en veut-elle et pourquoi cherchait-elle  me tuer, c'est pas logique
! C'est mme compltement illogique, surtout ici ! Elle ne peut PAS me tuer !

Pnople se plaint :

- Eh ! Tu ne vas tout de mme pas me laisser comme a !... Il semble que cette fille
n'ait jamais eut un comportement trs logique, elle agit sous ses impulsions, elle
est tonnamment doue pour de nombreuses choses, notamment le combat ou le pilotage,
mais elle est incapable de se contrler. Elle t'en veut pour quelque chose. Et je
t'avoue que voyant sa rage je me pose moi-aussi des questions. Peut-tre as-tu un
sosie ou mme as-tu oubli une partie de ton pass ?

Elle se glisse doucement vers moi et m'embrasse doucement sur la joue.

- Tu n'as plus envie ?...

Je mets mes proccupations de ct pour lui ressauter dessus...

Mais elles reviendront bien vite une fois Pnople endormie sur mon paule. En ce
qui me concerne, je n'ai pas beaucoup sommeil, et je suis trs frustr de ne pas
y voir plus clair, de ne pas trouver un hypothse qui me convienne. Ah ! Je n'ai
pas demand  Pnople de m'expliquer l'histoire de ces plantes rebelles. Un groupe
de plantes qui veut son indpendance. navila lutte pour cette cause. La Terre est
peut-tre une ancienne plante elle-mme indpendante o ils se sont infiltrs. Pour
je ne sais qu'elle raison navila pense que je suis une personne de la Congrgation
avec pour objectif de rvler l'existence de la Terre. Elle me donne le bracelet
pour me neutraliser.; a ne fonctionne pas et alors des hommes tentent de me faire
taire, mais je parviens  m'en sortir et je commence  faire des remous. Peut-tre
qu' cause de moi cette Sarah a pu dcouvrir l'existence de la Terre ? Elle tente
alors de m'aider, pour avoir plus de preuves sur la prsence d'intrus sur la Terre.
Une fois qu'elle a ses preuves, elle quitte la Terre et c'est alors que nous sommes
enlevs par l'organisation. Cette lune serait une sorte de prison, nous parvenons
 nous chapper, et nous arrivons sur Stycchia, non pas parce qu'ils voulaient que
nous arrivions l, mais peut-tre que c'est justement via ce tlporteur qu'navila
arrivait sur la lune. Il tait inutilis et ils l'ont dtourn pour s'en servir.
Ce qui explique pourquoi nous sommes arrivs sur cette plante. Mais pourquoi avoir
dtourn Naoma ? Sans doute voulaient-ils m'avoir moi mais ont-ils commis une erreur.
Mais pourquoi voulait-elle me tuer ? Peut-tre ne le voulait-elle pas compltement,
peut-tre voulait-elle juste me tuer temporairement, rcuprer mon bracelet et me
rematrialiser avant que quelqu'un d'autre ne le fasse, bloquant ainsi ma rinitialisation
ici ?...

C'est sur cette hypothse que je m'endors finalement, serrant un peu plus fort Pnople
dans mes bras... Je rve de Mandrakesoft, de Guillaume, de Daouda, Pixel, et de Pnople,
de mon ancienne vie et de ma nouvelle, dans d'invraisemblables superpositions...
Je rve des mes classes prpa. Je rve que j'y retourne, et je rve que les concours
me permettront de choisir la plante o je devrais m'installer... Il me faudra sans
doute choisir  un moment, entre cette nouvelle vie et mon ancienne... Pourrai-je
rellement supporter de vivre de nouveau sur Terre aprs tout ce que j'ai vu ici
? Pourrai-je faire ce choix ? Peut-tre ne devrai-je plus interagir avec la Terre,
et devoir observer de loin mes amis et ma famille... Peut-tre devrai-je rellement
entre cette immortalit et l'immensit de l'univers et ma courte vie sur Terre, loin
des mes toiles, mais prs de mon Soleil...

Pnople se rveille plusieurs fois dans la nuit, pour se rapprocher et me faire
un baiser sur la joue. Sans doute craint-elle de cette confrontation au Congrs.

Mon troisime jour sur Adama, aprs un furtif deuxime, dbutera tt, et je fais
prparer sans bruit un copieux petit djeuner pour Pnople et moi. Je la rveille
doucement en faisant ouvrir progressivement la grande fentre avec vue sur le parc,
nous sommes en hauteur, enfin ! Elle se plaint doucement :

- Mmmm... Reviens prs de moi.

Je me glisse  ct d'elle. Elle s'allonge sur mon torse.

- Oh, a sera dur sans toi...

Je la serre contre moi et lui fais un baiser sur les cheveux.

- Eh ! Nous ne sommes pas encore spars !... Djenons, cette journe sera sans
doute aussi longue que notre premire ici.

Nous mangeons avec apptit, profitant une fois de plus l'un de l'autre, pas trs
srs du moment o nous pourrons de nouveau nous retrouver ensemble. Erik et Guerd
appellent un peu aprs, pour nous proposer de venir prendre le petit-djeuner avec
nous. Nous leur indiquons que nous avons dj mang un peu mais que nous pouvons
tout de mme nous rejoindre ici pour discuter un peu.

Il est encore tt. Malheureusement je ne peux pas sortir du btiment, nous n'aurons
donc pas droit  une promenade matinale dans le superbe parc. J'tais pourtant curieux
de voir les traces de mon prilleux atterrissage de l'avant-veille. Qu'importe, nous
allons dans la grande salle de repos o Yamwreq nous rejoint quelques minutes plus
tard. Il salue plusieurs personnes puis demande s'il peut se joindre  nous. Nous
l'accueillons avec plaisir. Je lui demande comment va se passer notre audition :

- Et bien aprs un rappel sommaire des faits, toi et cette fille vous devrez rpondre
aux diffrentes questions de toutes les personnes intervenantes.

- Erik ne sera pas l ?

- Il sera prsent mais nous ne traiterons pas aujourd'hui de votre intgration, celle-ci
tait prvue plus tard et a t ajourne pour l'instant. L'affaire prsente tant
beaucoup plus grave et urgente.

- Mais qui participe exactement au Congrs ?

- C'est assez libre mais ce sont des personnes qui reprsentent des avis, souvent
la rpartition se fait par plante. Il y a gnralement environ trois cents personnes,
aurjoud'hui nous serons sans doute plutt de l'ordre de six cents. Virtuellement
toute la Congrgation peut y assister et y participer. Les artificiels synththisent
et ordonnent les questions les plus frquentes ou pertinentes, et gnralement Goriodon
les pose en personne. S'il est absent d'autres personnes peuvent le remplacer, ce
rle est plus honorifique qu'autre chose.

Pnople remarque :

- C'est encore bas sur les artificiels...

Yamwreq le reconnat :

- Il y a peu de chose que nous faisons sans leur aide, ils sont presque partie de
nous, c'est aussi la raison pour laquelle un dfaut dans le systme est d'une trs
grande importance, car l'ensemble de notre fonctionnement devrait tre remis en question.
Mais comment pourrions-nous rsumer et prendre en compte les milliards de questions
potentielles que les gens se posent sans une aide artificielle ? Ce serait revenir
 un ordre hirarchique et autoritaire datant d'un lointain pass.

- Mais si le systme s'avre rellement corrompu ?

- Les artificiels ne forment pas uniquement un tout, n'oublions pas que ce ne sont
que des machines, trs intelligentes et prsentes de partout, certes, mais des machines.
Et mme si j'avoue ne pas savoir comment nous devrions nous y prendre, j'imagine
que nous pouvons nous sparer de certaines parties sans mettre en pril l'ensemble.

Yamwreq fait une pause, semble hsiter, puis dit finalement :

- Sur les plantes rebelles nous apprenons  utiliser des modles autonomes non connects
pour pouvoir vivre sans assistance artificielle.

La voix d'Erik nous coupe.

- Alors on glande ?

Erik, Guerd et les autres nous entourent, nous nous levons pour dire bonjour. Je
parle  Erik en anglais :

- Salut Erik, comment tu vas ?

- C'est  toi qu'il faut le demander, t'es tout neuf ?

- Ben on dirait ouais.

Yamwreq interroge Pnople :

- Quelle langue parlent-ils ?

- C'est une langue de chez eux, nous ne l'avons pas disponible.

Nous cartons le cercle et deux tables s'approchent  la demande de Pnople. Un
petit robot artificiel apporte au bout de quelques minutes les commandes que chacun
a passes individuellement. J'ai juste pris un de ces petits pains un peu dur sucr-sal,
je les aime bien. Pnople ne commande rien. Yamwreq s'excuse au bout de quelques
minutes, devant rejoindre je ne sais qui. Je lui demande avant qu'il ne parte.

- Quand devons-nous aller au Congrs ?

- Finissez tranquillement de djeuner et rendez-vous y ensuite, nous commencerons
dans la matine.

- Ah ? Il n'y a pas d'horaire fixe ?

Iurt rpond :

- Non non c'est assez libre... La prcipitation rsout souvent mal les problmes.

Yamwreq s'apprte  partir quand navila arrive dans la pice avec trois personnes.
Elle crie et trpigne :

- Virez-moi ces saloperies de bordel de limiteurs ou je casse tout !

Je me retourne, elle m'aperoit.

- Toi ! Je vais te massacrer, tratre !

Une voix autoritaire et forte  faire trembler les mur rsonne et fait taire navila.

- a suffit !

Une grande femme, sans doute plus d'un mtre quatre vingt, entre magistralement dans
la salle. Pnople me souffle doucement :

- Gwnola...

Elle est superbe, je commence mme a trouver certaines beauts plus belles que toutes
les autres, pourtant dj trs belles. Elle s'avance vers nous. Je me lve. Yamwreq
qui allait partir revient doucement vers nous. Elle s'incline vers moi.

- Je ne pourrais jamais assez m'excuser du tort qu'elle vous a caus, j'espre que
vous n'associerez pas ce personnage aux plantes rebelles.

navila proteste :

- Gwnola ! C'est un tratre, ils nous as tra...

Gwnola qui s'tait penche pour nous saluer se redresse, elle est vraiment trs
grande, et avec ses chaussures fait presque la mme hauteur que Yamwreq. Je comprends
qu'ils aient pu former un couple. Elle coupe navila d'une voix forte :

- TU nous as trahi ! TU t'es montre indigne, comme tant de fois, de la cause que
nous reprsentons ! Et TU en rpondras devant le conseil ! Mais ne compte pas sur
ma clmence ! Maintenant va !

navila lui lance des clairs de colre par ses yeux brillants. Les trois personnes
l'accompagnant la font s'asseoir un peu plus loin. Elle ne commande rien.

Gwenola nous salue de nouveau et s'loigne. Yamwreq fait un geste vers elle, mais
elle a un petit mouvement de la main suggrant qu'elle refuse son invitation, sans
doute ont-ils eu une communication prive. C'est amusant de voir comment les petits
gestes trahissent. Yamwreq ne nous salue mme pas et s'en va alors d'un pas press,
de toute vidence bless par le refus de sa belle.

J'hsite quelques secondes, puis je me lve et me dirige vers navila. Pnople m'interpelle
:

- O vas-tu ?

- Discuter.

- Tu es fou, reviens !

Elle se lve pour me rejoindre, mais Erik la retiens :

- Laisse, il les a toujours aimes un peu farouches.

Pnople se rassoit, inquite et nerve.

Je m'approche d'navila et m'assois en face d'elle. Elle est entoure des petits
artificiels qui limitent ses mouvements. Les trois personnes avec elle discutent
sur la table d' ct en djeunant, ils  ne font pas attention  nous.

- Salut.

- Qu'est-ce que tu veux, casse-toi avant que je ne te rduise en bouillie.

- Pourquoi est-ce que tu m'en veux ?

Elle crie :

- Tu oses le demander ! Si j'avais pas ces trucs je te jure que je te casserais la
gueule  coup de table !

- Au lieu de t'gosiller comme un rhinocros en chaleur, il ne te viendrait pas 
l'ide que tu puisses te tromper sur moi ? Qui t'a renseign ?

- C'est pas tes affaires, retourne avec ta maman avant que je te pte les dents.

- Il se trouve qu'aujourd'hui c'est plutt toi qu'on va renvoyer prs de maman. Tu
es d'autant plus stupide que je veux bien t'aider, et en plus tu devras rpondre
 ces questions devant le conseil dans quelques minutes...

- C'est ce qu'on va voir, je les emmerde.

- Oui, je l'ai bien compris, tu les emmerde eux, moi, la Congrgation et le reste
de l'univers, mais qu'est-ce que a t'apporte ? a t'avance vachement, non ?

- Ta gueule ! Je sais que c'est toi ! C'est toi qui a tout foutu en l'air, alors
barre-toi, et fais gaffe parce que la prochaine fois que je te chope tu ne t'en sortiras
pas aussi bien.

Je reste pensif un instant. Puis je me lve et retourne m'asseoir prs de Pnople.
Erik me demande :

- Alors, c'est dans la poche ?

Pnople lance des regards noirs  Erik.

- Sans doute pas pour ce soir, mais demain j'ai mes chances.

Erik rigole. Je poursuis :

- Elle est compltement borne, elle est persuade que j'ai foutu en l'air je ne
sais pas quoi, et elle n'en dmords pas, et accessoirement elle emmerde tout le monde.

Iurt commente :

- navila a toujours t d'un caractre un peu difficile.

Je suis tonn :

- Tu la connais ?

- J'ai eu indirectement affaire  sa mre plusieurs fois dj sur Stycchia, suite
aux prcdents problmes qu'elle a dj crs. Mais je ne la connais pas personnellement.
Beaucoup de jeunes de la Congrgation sont turbulents, mais force est de constater
qu'elle atteint des sommets.

Ils terminent doucement leurs petits-djeuners. Je m'impatiente un peu :

- On n'y va ?

Erik est d'accord.

- Oui allons-y !

Iurt est moins catgorique :

- Il est encore un peu tt, il n'y a pas encore grand monde sur place.

Je me lve :

- Et bien, a les fera arriver !

Erik se lve, Guerd fait de mme. Pnople fait la forte tte un instant, dans la
mesure sans doute o elle n'est pas  l'initiative du mouvement, puis, voyant que
Moln et Ulri se joignent aussi  nous, elle accepte ma main tendue.

Je m'arrte en face d'navila, je lui fais un signe de la tte, pour l'inviter avec
nous. Pnople me lche la main. navila me fait un signe, elle lve la main et carte
les doigts de faons  joindre l'auriculaire avec l'annulaire, et le majeur avec
l'index, en cartant le pouce. Pnople revient et me souffle  l'oreille :

- a veut dire: "Va te faire foutre".

Nous reprenons notre marche :

- a vient d'o ?

- C'est trs ancien, c'est pour reprsenter les trois gros doigts des reptiliens,
en gros elle te signifie que pour elle tu ne vaut pas mieux qu'un reptile.

- C'est marrant...

Nous avanons jusqu' la sortie du btiment. Pnople m'indique que je peux sortir
pour me rendre au Congrs dans la mesure o elle et les autres viennent avec moi.
Nous traversons tranquillement le grand parc sur une large alle en terre battue.
Il nous faut une vingtaine de minutes pour arriver devant le lieu o sige le Congrs.

Le Congrs
----------



C'est trs impressionnant, ce n'est pas du tout un lieu futuriste, mais je commence
 prendre l'habitude des gots rustiques de cette Congrgation. Nous arrivons en
grimpant sur une petite colline dont le centre est form par des immenses arnes
de pierre, qui ressemblent un peu aux stades antiques. Au centre ce trouve la mythique
place d'Eryas, lieu du martyr de Guerrok. Une immense croix s'y dresse, rappelant
 tous l'vnement qui changea l'histoire des hommes. C'est troublant de voir ce
symbole, qui est peut-tre encore un des liens entre ce monde et la Terre. Entre
les guerres qu'il a provoqu ici comme l-bas. Dieu, serais-tu prsent ici ? Ou bien
se pourrait-il que ces hommes soient ceux qui se cachent derrire toi ? Se pourrait-il
que la Terre soit leur terrain de jeu ?

- Bordel, si je m'attendais  trouver a ici !

Erik est surpris, il ne connais pas les dtails du martyr de Guerrok, je lui rappelle
brivement notre discussion avec Hur et Rono en compltant un peu.

Il y a dj des centaines de personnes prsentes. L'une d'elle est debout et arpente
la place en s'addressant au public.

- On n'entend rien.

- C'est parce que tu n'as pas ton bracelet, mais tu entendras mieux une fois assis,
la voix est aussi relaye par les siges.

- O dois-je m'asseoir,  ce propos ?

Iurt prend la parole :

- Je crois que l'on nous a rserv cette portion, l.

Une range est vide, presque tout en bas. Nous descendons les grandes marches en
pierre, puis allons nous asseoir sur les bancs, toujours en pierre, pas trs confortables,
mais j'imagine qu'ici le but n'est pas de faire la sieste. Une fois assis j'entends
en effet beaucoup mieux la personne qui parle au centre. Il est question de renouvellement
de la structure du Congrs. Pnople m'indique que, comme dans tout systme, certaines
personnes ne sont pas satisfaites de l'action de Goriodon et voudraient voir la tte
de la Congrgation changer plus souvent. Rgulirement les jugements du conseil et
les avis de Goriodon, qui ne sont pourtant souvent que le reflet des avis de la Congrgation,
enflamment certains opposants qui se lancent dans des diatribes capricieuses.

Une personne se prsente devant nous, c'est un homme assez grand, habill avec une
toge violette, d'apparence ge. Il nous salue poliment, je me lve pour le saluer.
Puis il retourne doucement s'asseoir au milieu d'une range, dans les gradins un
peu plus loin sur notre droite. Ces arnes sont trs grandes, pouvant sans doute
accueillir des centaines ou des milliers de personnes. Pnople me souffle virtuellement
:

- C'est Goriodon.

Je suis tonn par tant de simplicit, il a l'air tout banal, simplement un peu remarquable
car il est d'apparence ge. Quelques minutes plus tard Yamwreq descend les marches
 l'oppos de l'arne et s'installe. Encore une dizaine de minutes et la majestueuse
Gwnola fait son apparition. Yamwreq la suit des yeux, esprant sans doute ne serait-ce
qu'un regard, mais non...

- Il est compltement accro...

Je pense tout haut, mais tout le monde se retourne vers moi le regard mchant. Erik
clate de rire, Pnople touffe un sourire et me parle via son bracelet :

- Pas de bavardage, ici, tout est relay, garde tes commentaires pour toi... Mais
je suis d'accord, il est accro... Si tu veux me parler, fais comme si tu avais ton
bracelet, le sige se comporte pareil.

- Ok merci. Tu aurais pu me le dire avant.

- Dsole...

navila arrive juste aprs Gwnola, elle s'assoit sur la mme range que nous, 
quelques mtres de moi, seule. La personne sur la place parle toujours, mais la foule
s'impatiente, et finalement une personne l'interrompt et signifie qu'une affaire
plus importante pourrait dbuter. La personne quitte alors la place pour aller se
rasseoir.

Goriodon se lve et prend la parole :

- Mes amis, nous avons hier ordonn les lments concernant cette affaire complique.
Aujoud'hui nous avons la chance d'avoir parmi nous navila et Ylraw, principaux protagonistes
des troubles qui ont perturb notre tranquillit. Plusieurs zones d'ombres persistent
pour rendre cette histoire claire. Je propose que nous rordonnions de nouveaux les
faits en nous arrtant aujourd'hui sur les points inexpliqus.

Rapidement apparat en plus de ma vision des petis pictogrammes bleus et verts. Pnople
m'explique que c'est une estimation des avis. Le bleu signifiant les avis plutt
en faveur de ce que vient de dire Goriodon, le vert plutt contre. La signification
de ces couleurs remontent, une fois de plus,  la priode reptilienne, le vert tant
la couleur des reptiles et le bleu, la couleur de l'eau, dont ils avaient peur. Suite
 la demande de Goriodon, qui est plus une proposition de marche  suivre, une large
majorit de bleu indique que l'on va procder suivant sa recommandation. Goriodon
poursuit :

- Les informations recoupes situent le premier du deuxime du quatrime de la prsente
anne 12624 votre premire apparition aux habitants du villages Srans, dont nous
avons ici le reprsentant, Iurt, ainsi que plusieurs membres.

Pnople complte les explications qu'elles m'avaient dj faites  propos du dcompte
du temps dans la Congrgation. Celui-ci est compt en fonction de l'anne d'Adama.
Elle contient cinq cent     dix-neuf jours rpartis en cinq priodes de quatre-vingt-sept
jours et une de quatre-vingt-quatre jours. Chacune des priodes tant elle-mme divise
en six autres sous-priodes qui ont en alternance quinze et quatorze jours, sauf
pendant la dernire priode, o les sous-priodes ont toutes quatorze jours, pour
tomber sur cinq cent dix-neuf jours dans l'anne. Bref, nous n'avons rien  leur
envier avec nos mois  trente ou trente-et-un jours, c'est tout aussi compliqu...
Par curiosit je lui demande le temps de rotation de la lune autour d'Adama. Elle
confirme mes suspicion sur le fait que par le pass il y avait un second calendrier
bas sur les mois lunaires, qui durent cinquante-quatre jours. Ce calendrier allait
en complment avec les siximes, puis ce dernier fut dclar seul officiel, et l'autre
calendrier tomba en dsutude.

- Notre premire question sera de savoir d'o vous veniez, avant votre apparition
sur Stycchia ?

Pnople me signifie intrieurement que c'est  moi. Je me lve. J'hsite  raconter
tout depuis le dbut, mais je prfre finalement rest concis :

- Nous venions, Erik, Naoma et moi, d'une sorte de lune dont des hommes habitent
le sous-sol, parlent une langue proche de la vtre, et semblent dans une logique
de guerre. Les locaux o nous tions retenus prisonniers comportaient de nombreux
quipement de fabrication de vaisseaux de combat.

Quand quelqu'un parle, un petit indicateur donne le niveau de confiance dans ce qu'il
dit. Mon niveau est presque compltement bleu, signifiant que je suis sincre. Quelques
secondes s'coulent. Goriodon me demande :

- O se trouve cette lune ?

- Je ne le sais pas. Mais je n'ai pas de souvenir direct de cette priode, car j'tais
alors mort. Erik saura peut-tre dcrire plus correctement ce qu'il a vu.

Goriodon signifie d'un signe qu'il autorise Erik  prendre la parole, celui-ci se
lve :

- La seule chose que j'ai rellement vu, c'est, une fois  la surface, une plante
ressemblant  notre Terre, ou  Adama.

- Que faisiez-vous l-bas ?

Erik rpond :

- Nous tions retenus prisonniers.

- Pour quelle raison ?

- Aucune ide.

- Depuis combien de temps tiez-vous prisonniers ?

- Une dizaine de jours.

Goriodon s'adresse de nouveau  moi :

- O tiez-vous auparavant ?

- Nous tions sur notre plante originelle, que nous appellons "la Terre".

Je tente d'utiliser le mot pour dire terre dans leur langue.

- O se trouve cette plante ?

- Je l'ignore.

De nouveau un silence. Je prends finalement le risque de prendre la parole.

- Mais peut-tre aimeriez-vous que je dtaille plus prcisment les origines de cette
histoire ?

Je ne prends mme pas le temps d'attendre une rponse quand je vois qu'un immense
majorit accepte ma proposition. Je me lance donc dans l'histoire. Pnople me fait
tout de mme remarquer que la coutume veut que Goriodon ou une autre personne donne
la parole, mme si les avis sont favorables. Bah, je ferai attention la prochaine
fois. Je ne m'arrte pas dans mon rcit. Dans un premier temps, je dtaille la Terre,
l'tat de la plante, son contexte technologique et politique, sa structuration en
pays, les diffrentes problmatiques. J'essaie de faire le plus de similitudes possibles
avec ce que je connais de leur histoire. Tout est facilit car mes images mentales
sont projetes et chacun peut voir les scnes que je dcris. Goriodon me pose de
multiples questions pour claircir certains points qu'ils ne comprennent pas, notamment
sur la rpartition des pouvoirs, les diffrences Nord-Sud, la relation  la nature,
la religion... Je leur rappelle tout de mme rgulirement que certains lments
ne sont pas indispensables  la comprhension de la suite et nous feraient perdre
du temps, et qu'il serait plus opportun d'en repousser l'examen pour la sance future
consacre  notre intgration dans la communaut.

Bref, je passe tout de mme plus d'une heure, peut-tre deux,  leur dtailler la
Terre et ma vie de tous les jours  Paris. L'indicateur de sincrit reste au bleu
fixe. J'en arrive enfin  l'histoire proprement dite, je leur raconte alors ma premire
rencontre avec navila, dans le parc.

- C'est faux ! Je ne suis jamais alle sur cette plante !

Elle est sincre, son indicateur est formel, tout comme le mien. Une nouvelle couleur,
orange, que je n'avais pas remarque auparavant remplie l'indicateur de position
du Congrs, sans doute pour signifier les indcis. Goriodon prend la parole :

- Bien, voil notre premire nigme. Ylraw, quand se situait cet vnement ?

- Les jours de la Terre ne sont sans doute pas tout  fait les mme qu'ici, mais
leur diffrence ne doit pas dpasser quelques heures. Par rapport  la date que vous
avez dite tout--l'heure,  laquelle nous avons t vus pour la premire fois, il
faut retirer environ cinq jours depuis lesquels nous tions sur Stycchia, puis huit
jours que nous avons pass sur la lune, et enfin environ...

Alors, entre le premier octobre et le 22 dcembre :

- ...quatre-vingt-trois jours passs sur la Terre.

- Bien, soit quatre-ving-seize jours  compter du premier du deuxime du quatrime
de cette anne. navila, pourrait-on retracer vos activits entre, disons, le premier
du dernier du deuxime et le premier du deuxime du quatrime ?

C'est incomprhensible leur machin, heureusement qu'on a un calendrier en surimpression.
navila prend la parole :

- Je suis reste sur Mriavos tout le deuxime, ce qui m'a valut une premire sanction,
d'ailleurs. Je suis rentre sur Stycchia contrainte et force au dbut du troisime,
j'y suis reste deux sixime, ensuite je suis retourne sur Mriavos et Ockonos jusqu'au
dbut du dernier, j'ai pass de nouveau trois siximes sur Stycchia, et depuis le
dbut du troisime du quatrime je suis sur Galandas. Je suis arrive ici il y a
cinq jours avec Gwnola.

Je ne pourrais dcidment jamais rien comprendre  leur histoire de siximes qui
ne veulent pas tous dire la mme chose, mme avec leur calendrier j'ai du mal  me
rendre compte  quoi ces dures correspondent. navila termine son intervention par
un regard glacial vers Gwnola. L'indicateur de sincrit est bon, elle ne ment
pas. Si je comprends bien, elle aurait d passer sur Terre durant la priode qu'elle
a pass sur Stycchia au dbut du troisime. Elle aurait pu utiliser le tlporteur
par lequel nous sommes arrivs, si celui-ci ne mmorise pas les passages, difficile
de savoir si elle n'est pas alle sur Terre  partir de l.

Les gens restent silencieux, je lui pose une question :

- Tu es vraiment reste sur Stycchia tout le dbut du troisime, tu n'aurais pas
utilis le tlporteur par lequel nous sommes arrivs pour aller sur cette lune ou
sur Terre ?

Elle ne rpond pas, ne me regarde mme pas. Goriodon prend la parole.

- Rpondez.

Elle me jette un regard noir de ct, puis rpond, en parlant doucement :

- Non, je n'ai pas utilis ce foutu tlporteur.

Elle est toujours sincre, ses images mentales la montre en train de discuter avec
sans doute ses parents dans un petit village de Stycchia. Elle doit savoir comment
mentir, o alors peut-tre que ce n'est vraiment pas elle qui m'a attaqu ? Un clone
? Une copie d'elle ? Peut-tre le tlporteur de Stycchia permet-il de se cloner
sans dsactiver l'original ? Peut-tre suis-je encore sur Terre, bien vivant, dans
mon original, sans me rendre compte de rien ? Ce n'est pas possible ! Je dois bien
pouvoir arriver  la piger.

- Tu n'as pas t courir dans ce parc o tu m'as saut dessus ?

- Non

Toujours sincre.

- Tu ne m'as pas attendu dans le magazin, en haut de l'escalier automatique ?

- Non !

Une hsitation, l'indicateur a tressailli, lui rappeler les souvenirs complique la
tche. J'ai entrevue une image de Paris, mais pas suffisante pour convaincre. Elle
doit se concentrer pour y parvenir, si je l'nerve elle peut craquer.

- Si ! Tu as couru dans les rue de "Paris", tu m'as frapp en m'attendant au coin
d'une rue, tu te rappelles ? Ensuite tu m'as attendu la rue suivante, tu te rappelles
de ce que je t'ai demand, tu n'as pas compris peut-tre, je t'ai parl de ma coiffure,
je t'ai dit que si tu aimais tant ma coiffure, je pouvais t'indiquer comme faire
!

Elle rsiste, certains petites brides de souvenirs apparaissent, mais elle les efface
aussitt.

- Non, c'est n'importe quoi, je n'ai jamais fait quoi que ce soit de ce que tu dis,
c'est du dlire complet !

L'indicateur de confiance du Congrs est presque compltement orange, personne ne
comprend apparemment comment nous pouvons dire tout deux la vrit et ne pas tre
d'accord.

- Si ! Avoue ! Ensuite tu as couru, je t'ai couru aprs, tu  as travers un pont,
tu te rappelles, un pont sur une grande rivire !

- Non, non, non !

Son indicateur vascille, ses images se brouillent un instant, mais l'image de sa
famille et de Stycchia reviennent. Elle doit faire des efforts pour que les images
que je lui rappelle ne concide pas avec sa mmoire. Je vais t'avoir !

- Si, et mais aprs j'ai acclr, et comme je cours plus vite que toi je t'ai rattrape
!

- Non, c'est faux !

Bingo ! Mon indicateur montre que j'ai menti, mais elle n'a pu s'empcher de corriger,
et ses images l'ont un instant montre percuter la Laguna et tomber, avant de repartir
vers le Pont des Tournelles.

- Ah ! Ah ! Ah ! Je t'ai eue !

Elle se calme, me lance des regards noirs et attends. Goriodon rflchit un instant
et prend la parole :

- Bien. Il semble qu'navila ait une certaine capacit  brouiller le diagnostic
du bracelet. navila, vous aviez votre bracelet les cinq premiers jours et les dix
derniers avant votre dpart, il reste une quinzaine de jours entre, o nous n'avons
pas les informations, est-ce que quelqu'un pourrait tmoigner de votre prsence sur
Stycchia tout au long de ses quinze jours ?

- Ma mre.

- Bien.

Goriodon reste silencieux un instant, puis une femme apparait, sans doute un virtuel,
au milieu de la place. Goriodon l'interroge :

- Tonnya, merci d'avoir accepter de parler ici. Vous n'tes pas sans savoir les lgers
soucis que nous cause votre fille. Nous nous demandions si vous pouviez nous indiquer
si votre fille tait prsente  vos cts entre le cinquime du premier du troisime
et le cinquime du deuxime du troisime ?

- Oui, euh, elle est reste presque tout le temps.

- Presque ? Est-ce que vous l'avez vu chaque jour ?

Elle hsite :

- Non.

- Quels sont les jours o vous ne l'avez pas vu ?

La pauvre mre, elle sait trs bien que tout mensonge serait encore pire que dire
la vrit.

- Elle s'est absente du douzime du premier au cinquime du deuxime.

Je tente vaguement de jongler avec ces dates mais je n'arrive pas du tout  faire
le lien avec mon calendrier...

- Savez-vous o elle est alle ?

- Chez des amis, elle bouge beaucoup, elle va souvent voir des connaissances  droite
o  gauche.

Goriodon s'adresse maintenant  navila :

- navila, pourriez-vous dtailler votre emploi du temps ?

- Ma mre vous l'a dit, j'tais chez des amis.

- Certes, quels amis ?

- Je sais plus bordel !

Elle ment ! He ! He ! Elle s'nerve. Goriodon fait une pause, puis reprend d'un voix
calme :

- Quelque soit le temps qu'il nous faudra, nous ferons la lumire sur cette affaire,
navila. Vous pouvez dcider de lutter contre le Congrs, mais vous perdrez. Nous
comprenons les motivations des jeunes, vos besoins d'aventures, mais nous devons
tout de mme tre garants de la stabilit du systme, et votre comportement pass,
et notamment celui deux jours en arrire, n'est pas tolrable et ne sera pas tolr
!

navila broie du noir.

Goriodon repose sa question :

- O tiez-vous entre le douzime du premier et le cinquime du deuxime ?

- Je sais plus.

Son indicateur est toujours plein bleu, soit elle est trs forte, soit elle ne le
sait vraiment pas. Eh ! Mais cette scne me rappelle le commentaire de la femme lors
de mon interrogatoire dans la salle sous-terraine de Sydney ! Bien sr ! Ils utilisaient
le bracelet pour savoir si je mentais. Ils pensaient que j'tais aprs eux, et ne
comprenaient pas pourquoi le bracelet me montrait sincre !

- Trs bien. Vous savez que si vous persistez le Conseil peut vous obliger  passer
dans un tlporteur, et nous pourrons alors  loisir chercher ce que nous voulons.

- Allez vous faire foutre !

Le Congrs est offusqu. navila me lance de nouveau des regards noirs. Goriodon
se relve :

- Bien, il semble qu'navila ne souhaite pas mettre de bonne volont dans cet change.
Je propose que nous considrions qu'elle a bien t sur cette plante et rencontr
Ylraw. Et si d'ici ce soir elle ne montre pas plus de coopration, nous nous adresserons
demain  son subconscient. Ylraw, voulez-vous poursuivre votre histoire ?

Je me relve et reprend mon rcit au moment de l'agression dans le parc. Je dtaille
notre deuxime rencontre et le moment o je trouve le bracelet. Je passe assez longtemps
 raconter toute l'histoire. Je ne compte plus dsormais pour la combientime fois
je le fais. Je m'arrte au moment ou Sarah entre en jeu, ou quelque soit son nom.
Yamwreq demande  m'interrompre, j'accepte :

- Cette fille est la personne dont nous avons dj parle  plusieurs d'entre vous
Guewour et moi. Nous pensons qu'elle fait partie d'un groupe manipulant les artificiels
pour cacher ou dulcorer certains faits. D'autre part, plusieurs lments nous laissent
 penser qu'elle a des relations avec Goriodon lui-mme...

Un mouvement d'tonnement parcourt la foule. Goriodon reprend la parole.

- Et bien, voil qui tombe bien, cette personne est justement prsente ici aujourd'hui.
Sarah, voulez-vous ?

Je ne l'avez pas remarque, mais c'est bien elle qui se lve  quelques ranges au-dessus
de nous. Sarah ! Enfin ! Enfin va-t-on peut-tre en savoir plus... Goriodon l'interroge
:

- Sarah, pouvez-vous nous indiquez si vous confirmez les dires de Ylraw ?

- D'une certaine faon.

Sarah se lve et prend la parole, je me retourne pour la voir :

- Avant le Libre Choix je travaillais dans l'tude des socits humaines, les diffrents
type d'organisation, les mode de structuration des communauts, leurs relations vis--vis
de l'volution, de la hirarchie, les sytmes politiques. Aprs le Libre Choix j'ai
continu  m'intresser  ces domaines, et je suivais avec attention les analyses
des artificiels nous assistant. Naturellement la cration des plantes rebelles fut
pour moi un sujet passionnant, leur nouvelles ides, leur tentative de crer un ordre
diffrent... Mais ceux-ci, la plupart encore des enfants et toujours soumis aux rgles
de la Congrgation, n'avaient qu'une marge limite pour mettre en place leurs ides.
En suivant de plus prs leur comportement, et les longs mois passs sur leur diffrentes
plantes, j'ai dcouvert qu'ils avaient dtourn certains tlporteurs, je ne peux
dire comment, pour crer un virtuel simulant le monde qu'ils recherchent.

navila l'interrompt :

- Foutaise, c'est n'importe quoi !

Un homme intervient :

- Pourrait-on faire en sorte que cette enfant ne prenne la parole qu'aux moments
o nous lui la donnons, ses remarques n'apportent que peu au dbat.

Goriodon approuve :

- Soit. Sarah, continuez.

Sarah reprend. Je retrouve sa voix hsitante, je l'avais oublie.

- Intrigue par cette exprience, j'ai tent d'en savoir plus, je me suis alors permise
d'en aviser Goriodon, et, dans la mesure o nous ne devions pas veiller les soupons,
il m'a autoris  mener mon enqute un peu plus en profondeur. J'ai finalement dcouvert
un tlporteur me permettant d'accder  l'exprience en question. Sur place, je
suis reste la plus discrte possible pour voir de quoi il en tait. Ce monde est
bien celui dcrit par Ylraw, il comporte un grand nombre de personnages virtuels,
et une minorit qui sont des jeunes des plantes rebelles mettant en oeuvre leurs
ides politiques pour en voir le rsultat. Contrairement  la plupart des virtuels,
il semblerait que l'intgration procde  une initialisation, la plupart des personnages
n'ont donc aucun moyen de savoir qu'ils sont dans un virtuel. Ce sont principalement
de jeunes adultes, qui, ayant tent l'exprience plus jeune de manire consciente,
dcident d'y retourner une fois libres et adultes de faon dfinitive. Ils n'en sortent
alors que lors de leur mort virtuelle. De faon  rendre les choses plus pratiques,
la dure de vie des personnages est volontairement limite  quelques dizaines d'annes
seulement, soixante-dix pour les plus gs.

Sarah fait une pause. Gwnola va pour se lever, mais Sarah continue :

- Je ne suis reste que l'quivalent de quatre siximes d'un sixime sur place (deux
mois), mais j'ai dcouvert que parfois le virtuel peut avoir des rats, c'est ce
qui s'est sans doute pass avec Ylraw. Comme il est impossible de savoir le point
d'accs des personnes, navila est alors sans doute intervenue pour le faire sortir.

navila crie de nouveau :

- C'est faux ! C'est compltement faux, elle est dfonce !

Goriodon calme navila :

- navila ! Vous aurez la parole en temps voulu, prparez donc pendant ce temps une
explication dtaille sur la mthode que vous utilisez pour dtourner le bracelet
! Sarah, je vous en prie.

Sarah remercie Goriodon et reprend :

- Voulant en avoir le coeur net, je suis alors intervenue pour aider Ylraw et tenter
de mettre en vidence leur volont de le faire sortir. C'est l que je rejoins l'histoire
de Ylraw. Il a chapp un certain temps aux jeunes des plantes rebelles, et j'ai
moi-mme finalement perdu sa trace. Finalement, il a t captur et renvoy vers
son tlporteur de dpart,  savoir le tlport de Stycchia.

Sarah se tait. Yamwreq demande la parole :

- Pourtant il dit qu'auparavant il est pass sur une sorte de lune, et quid de ce
qui concerne son amie, disparut lors de la tlportation vers Adama ?

Sarah parle sans se retourner vers lui.

- Cette immense exprience des plantes rebelles n'est pas sans incidents. D'une
part pour rendre l'opration plus difficile d'accs, ils utilisent plusieurs niveaux
de virtuel, ainsi ils passent dans un premier temps dans un virtuel classique avant
de partir de celui-ci vers l'exprience en question. D'autre part, lors du retour
d'Ylraw, ils ont jug bon de faire revenir en mme temps les deux personnes avec
lesquelles il se trouvait,  savoir Erik et Naoma. Toutefois, ils n'ont pas de moyens
simples pour savoir si une personne est fruit du virtuel ou un personnage rel, le
contrle de l'exprience leur ayant sans doute un peu chapp, volontairement sans
doute. Je pense que Naoma  pu tre matrialise sur le tlporteur de Stycchia car
celui-ci est une version modifie, comme le prouve son comportement inexplicable,
mais son passage dans un tlporteur classique a sans doute rvl qu'elle n'tait
pas humaine et elle a simplement t efface.

Je reste sans voix. C'est impossible ! a ne peut pas tre la vrit. Sarah continue
:

- Ramener une personne en cours de jeu n'tant sans doute pas prvu, Ylraw est revenu
avec ses souvenirs de l'exprience, et pas ceux antcdents. J'imagine, en plus,
que les tlporteurs modifis ne sont pas toujours compltement oprationnels.

Erik se lve pour prendre la parole, Goriodon lui la donne :

- Dans ce cas, si je comprends bien nous sommes dj membres de la Congrgation,
mais alors, qui tions-nous, vous devez avoir des informations, puisque vous filmez
tout. Vous devez avoir d'anciennes sauvegardes !

Sarah lui rpond :

- Oui je pense qu'il est important pour vous que le Congrs fasse des recherches
sur votre relle identit. Toutefois la tche n'est pas rendue facile par l'habitude
qu'on les jeunes des plantes rebelles de ne jamais porter leur bracelet.

Gwnola se lve, Goriodon l'invite  parler :

- Je ne peux bien sr confirmer ou infirmer ce que je ne connais pas, mais je n'ai
jamais eu  ma connaissance l'existence d'une telle exprience. En consquence j'aimerais
que soient recherches tout particulirement des preuves de son existence.

Sarah lui rpond :

- Pour l'instant je demanderais au Congrs de m'autoriser  garder secret l'emplacement
du tlporteur que j'ai utilis, de faon  viter toute interfrence sur cette affaire.

Goriodon approuve :

- Soit, votons.

En quelques secondes les rsultats du vote commence  apparatre. Environ deux tiers
des personnes se prononcent pour l'autorisation. Je demande  Pnople combien de
temps prend un vote, et si je dois voter moi. Elle m'indique que n'ayant pas de statut
dfini dans la Congrgation je ne peux pas voter. Concernant le vote, comme la plupart
d'entre eux, il n'y a pas de limitation de dure. Tant que le rsultat penche d'un
ct ou de l'autre, c'est cette dcision qui est prise. Chacun peut changer d'avis
 tout moment. Le jour o une majorit sera en faveur de lever le secret, alors ce
sera fait.

Goriodon parle de nouveau.

- Bien, je pense que nous pouvons faire un rapide compte-rendu de cette matine,
et nous retrouver aprs le djeuner.

Quatre-vingt pourcent de oui, ou, pour tre plus exact, trente trente-siximes. Goriodon
fait le compte-rendu de la matine :

- Le statut actuel est que Ylraw et Erik sortent d'un virtuel mis en place par certains
membres de plantes rebelles pour contrecarrer les rgles de la Congrgation. navila
est intervenue dans ce virtuel pour faire sortir Ylraw suite  un dysfonctionnement.
La personne de Naoma n'tant pas un personnage rel, il est vraisemblable que le
tlporteur vers Adama l'ait simplement efface. Les points qu'ils nous faut dsormais
claircir concerne d'une part les dysfonctionnements des bracelets vis--vis d'navila,
et d'autre part les comportements agressifs et intolrables qu'ont manifests Ylraw
et navila les jours prcdents. Dans le mme temps nous devrons trouver les identits
passes de Ylraw et d'Erik, et rpondre aux interrogations de Yamvreq concernant
certains dysfonctionnements des artificiels.

Goriodon n'en dit pas plus et quitte doucement le Congrs, imit par nombre. Je reste
pensif un instant. Si c'tait vrai ? Aprs-tout, comment pourrais-je le savoir, m'obstiner
 refuser l'hypothse est stupide, plutt l'envisager et voir ce qui ne colle pas...
Je me tourne vers navila. Elle me regardait. Elle soutient mon regard. Elle doit
savoir, elle, elle doit savoir mais que croire ? Elle semble pensive, elle aussi...

Finalement Pnople me prend par la main, m'invitant  les suivre. Nous quittons
l'enceinte et marchons doucement sur la grande alle. J'aurais peut-tre d rester
pour discuter avec elle. Les autres marchent un peu plus vite, Erik, suivie de Guerd,
se met  mes cts, il me parle en anglais :

- Tu y crois,  son histoire ?

- J'avoue que pour l'instant je suis perplexe, et ils n'ont apport encore aucune
preuve, peut-tre que s'ils me montrent toute une vie que j'aurais vcu ici je les
croirais, mais pour l'instant j'avoue que je suis un peu perdu.

- Moi je trouve que a ne colle pas. Dj pour Naoma, elle n'a pas parl de sa rsurrection
sur Stycchia, a aurait d foirer  ce moment l aussi, si ce qu'elle dit est vrai.

- C'est vrai, mais peut-tre que le village a un tlporteur un peu ancien ou diffrent,
ils pourront toujours t'inventer une histoire que nous serons incapables de vrifier.
Mais je suis d'accord, c'est trange.

- Oui et son histoire de virtuel de passage, dans ce cas nous aurions d savoir 
ce moment que nous tions dans un virtuel si c'tait bien un classique.

- Ils rpondraient srement que le retour de la Terre s'tant mal pass, nous n'avons
pas t initialiss correctement dans ce virtuel de passage. D'un autre ct a expliquerait
pourquoi notre tlporteur nous avait donn un bracelet et n'indiquait aucune activit,
si en ralit nous sommes rests sur place.

- Mouais...

- Mais quoi qu'il en soit, virtuel ou pas, cette Sarah sait comment y retourner.

Erik reste pensif un instant.

- C'est vrai... D'autre part il y a les cicatrices aussi, si nous tions l auparavant,
nos corps n'auraient pas d tre regnrs, c'est trange pourtant que les cicatrices
que nous nous sommes faites sur Terre aient t aussi rpercutes ici.

- Je me demande  quoi joue cette Sarah,  mon avis elle cherche  cacher quelque
chose. Yamwreq a des soupons, il pense que les artificiels manipulent certains lments
pour qu'elle puisse garder son anonymat. Or ce matin elle s'est montre aux yeux
de tous, de quoi faire taire les suspicions leves par Yamwreq. Et comme par miracle
notre cas est soudain expliqu. C'est trange.

- En tout cas ce qui est sr c'est que virtuelle ou pas la Terre existe, mais a
ne nous avance pas beaucoup plus sur le pourquoi de tout a.

- C'est vrai, en un sens nous progressons, et d'ailleurs l'explication de Sarah sur
la prsence d'navila dans le virtuel ne colle pas, c'est elle-mme qui m'a donn
le bracelet, je ne me doutais d'absolument rien auparavant. Je pense qu'on peut coincer
Sarah en lui parlant d'vnement dont elle n'a pas la connaissance.

- Oui mais comme tu as tout racont en dtail, a va tre plus dur.

- C'est vrai, je ferai bien de me taire un peu  l'avenir.

- Peut-tre qu'navila se chargeait de contrler le droulement de l'exprience,
peut-tre avais-tu dcouvert sans le savoir un tlport ou d'autres lments, sans
y prendre attention, ou peut-tre qu'elle le croyait. Elle tait mal renseigne,
ou t'a confondu.

- Peut-tre, mais pourquoi s'en mfier si je n'y prenais pas garde ? Si seulement
cette navila tait un peu plus conciliante...

- Peut-tre que les menaces du Congrs d'accder directement  son inconscient la
rendront plus raisonnable. Tu devrais essayer de lui parler discrtement pendant
la pause.

- J'y compte bien.

Nous arrivons dans le mme btiment ou nous avons pris notre petit-djeuner. C'est
un long immeuble blanc de quelques tages seulement, une grande arche permet de sortir
de l'enceinte protge du Congrs. Il fait un beau soleil mais le temps est assez
frais. Nous avions quelques mtres de retard sur le petit groupe devant nous, nous
les rejoignons installs dans de confortables fauteuils sur une grande terrasse donnant
sur le parc. Une grande partie des personnes prsentes ce matin se trouvent l. Je
cherche Sarah ou navila du regard mais ne les trouve pas. Erik et Guerd vont s'asseoir
avec le reste du groupe. J'aimerais vraiment pour ma part m'entretenir avec l'une
ou l'autre. Alors que je suis seul, un homme s'approche de moi.

- Moyoto.

- Moy.

Je n'y prte pas plus attention.

- Je me prsente, Metthios, j'ai assist ce matin  la session du Conseil.

- Ah ? Enchant.

- Auriez-vous quelques minutes  m'accorder ? Nous pourrions nous installer l et
manger un bout ? Vous attendez quelqu'un ?

Ah ! Il m'embte ce type, que me veut-il ? Il fait  peine ma taille, il est chauve,
c'est assez rare ici pour tre not. Il possde un visage un peu dur, peut-tre est-ce
encore son initial.

- Euh non, pas spcifiquement.

Il m'invite  nous asseoir.

- Vous ne me connaissez sans doute pas.

- Non, en effet.

Je continue  regarder un peu autour de moi.

- Pour faire simple, je suis un opposant  la politique de Goriodon, je ne vous cache
pas que l'affaire vous concernant soulve de nombreuses questions sur le rle qu'il
a pu tenir. Je pense particulirement  l'affaire rvle par Yamwreq  propos de
cette fille, qu'il a tent de dtourner d'une manire compltement ridicule, d'ailleurs.
Je sais que vous avez eu une entrevue avec Yamwreq et Guewour il y a deux jours,
pour discuter de cette affaire. Je ne vous demande pas de m'en livrer le contenu,
mais quelques lments supplmentaires pourrait me permettre de faire pression pour
que la vrit soit rvle. Pensez-vous vraiment que cette histoire de virtuel tienne
? C'est ridicule !

Il est bizarre ce gars. J'ai le rflexe de retenir mes penses, mais dans l'enceinte
du Congrs les bracelets sont inactifs. Ce qui nous oblige  intercepter par la pense
les bestioles volantes si nous voulons quelque chose  manger.

- J'avoue que je suis perplexe, oui.

Son nergie redouble suite  ma remarque, il se penche de plus en plus vers moi,
comme s'il se voyait dj matre du Conseil...

- Je pense moi que Goriodon tente corps et me de garder le secret autour de cette
plante, c'est peut-tre une plante des hommes de l'Au-del annexe par les artificiels,
et dont il est un des rares  connatre l'existence.

- Mais pourquoi Goriodon ferait-il une chose pareille ? Je ne connais pas les dtails
de ses ides politiques, mais il a toujours voulu une plus grande galit entre les
membres de la Congrgation, non ? C'est d'ailleurs sur cette ide qu'il est devenu
chef du Congrs, il me semble.

- En faade oui ! Mais dans l'ombre il nourrit des rves de pouvoir  faire trembler
ceux du regrett Teegoosh, lui au moins avait le courage de ses opinions ! Goriodon
n'agit que par malice !

navila approche, mince ! Metthios voit que je quitte son attention, il redouble
d'entrain.

- coutez-moi, pour l'instant vous tes encore sous surveillance et vous ne pouvez
pas quitter le Congrs, mais je peux m'arranger pour que nous ayons une entrevue
prive. D'autre part, je vais faire en sorte de chercher des informations sur cette
fille, cette Sarah, et cette histoire de virtuel, si ce qu'elle dit est vrai, elle
ne doit pas tre la seule au courant, il y a bien d y avoir des fuites.

Je ne sais pas trop quoi faire avec ce gars. M'en servir ou le laisser aller ? Restons
courtois, je demanderai conseil  Pnople.

- Soit, mais je ne vous promets rien, je ne sais pas trop dans quelle mesure je suis
libre de mes mouvements.

- Ne vous inquitez pas, j'ai beaucoup de contacts, j'arrangerai tout. Commandons
de quoi djeuner, que prenez-vous ?

- Euh... Je sais pas si... Je ne connais pas vraiment encore tous les plats, commandez
donc la mme chose que pour vous, je dcouvrirai.

Ah ! Il va me tenir tout le repas ! Quelques minutes plus tard, une table en bois
 roulette nous apporte la commande. Des petits paniers remplis d'une multitude de
boules de tailles et de couleurs varies, chaudes pour la plupart. Je gote :

- C'est dlicieux !

- Vous aimez ? C'est une spcialit de ma plante, je suis originaire de la plante
Ora, la plus grosse des plantes du commerce.

Voil qui ne m'tonne qu' moiti.

- Quel ge avez-vous ?

- J'ai eu mille ans l'anne dernire !

Ce qui fait environ mille six cent ans de la Terre. Il est presque du mme ge que
Pnople. Quoique, elle n'a qu'aux alentours de mille quatre cent ans, il y a quand
mme deux cent ans de diffrence... Deux cents ans ! Quel monde fou !

- Vous avez donc connu le Libre Choix, que faisiez-vous auparavant ?

- J'tais, disons, commerant.

- Mais, je croyais que mme alors il n'y avait plus de monnaie, que vendiez-vous
?

Il semble hsiter.

- Diverses choses, du travail, en particulier.

- Du travail ? Je ne comprend pas.

- Et bien, pendant la priode de travail obligatoire, beaucoup de gens occupaient
des emplois inintressants, ils taient prts  donner beaucoup pour avoir le travail
de leur rve.

- C'est du dlire, vendre du travail ! D'habitude, chez moi, on a plutt tendance
 payer les gens pour qu'il travaillent  notre place !

- C'est l'poque qui voulait a, qu'est-ce que tu veux.

Il est dj familier avec moi. J'imagine qu'il n'est pas beaucoup plus blanc que
Goriodon... Bah, il faut tre encore plus voyous que les bandits pour leur courir
aprs...

- Mais vous vous y preniez comment, vous criez des socits bidons pour leur offrir
du travail.

- T'as tout compris !

- Mais ils vous payaient comment, ces gens ?

- Oh il ne me payaient pas vraiment, disons qu'ils taient souvent d'accord avec
moi.

OK.

- Je vois, je comprends que vous en vouliez  Goriodon, a a d lgrement remettre
en question votre business l'arrt du travail...

Ces yeux scintillent un instant, il se recule sur son sige, s'installe confortablement.

- Oh non... C'tait le cours des choses, comme tu dis, c'tait du dlire, se faire
payer pour donner du travail aux gens, il fallait que a s'arrte  un moment o
 un autre...

Nous finissons le repas et je passe encore un bonne demi-heure  parler de son opposition
 Goriodon et ses avis sur le systme actuel. Je finis enfin par m'en dptrer pour
rejoindre Pnople et les autres. Pas d'navila ni de Sarah en vue. Je tire un fauteuil
et m'installe  ct de Pnople. Erik plaisante :

- Le refus de la blonde t'a frustr, tu tentes les petits chauves maintenant ?

- Yep, mais tu devrais tenter aussi, Erik, je pense que a te russirai mieux que
les rousses.

Guerd juste  ct de moi me file une tape. Pnople reste de marbre :

- Alors, bien complot ?

Erik redevient srieux :

- Il te voulait quoi ce mec ?

- C'est un ancien vendeur de travail du temps o il tait obligatoire, apparemment
il en veut  Goriodon et il pense que notre affaire pourrait faire tomber Goriodon,
 son profit j'imagine. En tout cas c'est ce que j'en ai compris. J'ai eu du mal
 m'en dfaire.

Pnople complte :

- Il en veut  Goriodon ! C'est un euphmisme, il le tuerait s'il le pouvait. C'est
un des rares qui s'est fait rattraper aprs le Libre Choix. Goriodon savait que les
plantes du commerce serait sans doute le lieu de beaucoup de dparts, il avait fait
boucler tout le secteur, pas mal de vaisseaux sont quand mme passs au travers,
c'est pas vident de contrler toute une zone d'espace, mais pas le sien...

- Il m'a pas racont a.

Guerd en rajoute :

- C'est un filou, tout le monde dit qu'il fait des trucs pas trs trs honntes.
Avant le Libre Choix il tait trs puissant, il contrlait presque toute la plante
Ora, une des plus grosses plante du commerce. Aujourd'hui il a encore pas mal d'avis
de ces plantes de son ct.

Je prends la main de Pnople, elle la retire doucement, elle est nerve :

- Tu ne devrais pas trop traner avec ce mec l, tu as dj assez d'ennuis comme
a.

Qu'est-ce que j'y peux, moi...

- Vous ne sauriez pas o se trouve navila ou Sarah ?

Erik rpond :

- navila est rentre dans le btiment mais je ne l'ai pas revue depuis, quand 
Sarah, je ne l'ai pas vue du tout.

Pnople dit d'une fausse voix calme :

- Qu'est ce que tu leur veux ? a t'a pas suffit qu'elle te massacre la colonne et
la jambe.

Erik rigole :

- Tu plaisantes ! a l'excite au contraire !

Pnople garde les yeux sur moi, elle ne tourne mme pas le regard vers Erik, l'ignorant
compltement. Je lui rponds :

- J'aimerai bien discuter un peu avec elle.

- Il y a le Congrs pour a.

- Oui mais c'est pas trop intime le Congrs.

Elle ne rpond mme pas. Je sens qu'elle bouillonne. Pas la peine que je tente de
lui faire un bisou, elle m'enverrait balader.

- Six heures.

Sur les conseils d'Erik je me retourne. navila sort du btiment et prend la direction
du Congrs. Je me lve sur le champ pour la rejoindre. Avant mme que je ne l'aborde,
alors qu'elle marche encore  quelques mtres devant moi, elle m'accueille chaleureusement
:

- Va te faire foutre, si tu crois que je vais te causer, tu te la fous bien profond.

- Tu me sens venir sans mme me voir, dis-donc, mes phromones sont dcidment surpuissantes.

- Ton humour est  chier, comme le reste, et fais gaffe  toi si je parviens  virer
ces putains de moussillons, tu risques de perdre ton autre jambe.

- T'es pas sortie indemne de notre premire partie de jambes en l'air toi non plus,
je te rappelle.

Elle ne rpond pas.

- Tu y crois  son histoire de virtuel ?

Elle s'arrte de marcher et me regarde dans les yeux :

-  quoi tu joues l ? Tu me prends pour une conne ? Retourne dans les pattes de
ta matresse, on n'a rien  se dire.

Elle repart en direction du Congrs de plus belle.

- Pourquoi tu m'en veux ?

- Pourquoi je t'en veux ! Parce que tout ce merdier est de ta faute ! Pauvre con
!

- De MA faute ? Tu dconnes, c'est toi qui m'a fil ce foutu  bracelet qui a tout
entran !

Elle s'arrte de nouveau de marcher et me regarde en face. Elle est vraiment jolie...
Elle me rappelle quelqu'un, mais qui ?...

- S'il te plait arrte de jouer au bent avec moi, je sais qui tu es, et si jamais
la moindre pense que nous puissions faire quipe t'effleure, enfonce-toi la bien
profondment et attends que a passe, ok ?

- Tu n'en as plus beaucoup, d'quipe, pourtant...

- Je me dmerde. Maintenant lche-moi, j'ai pas l'habitude de traner avec des nains
impuissants.

Elle reprend sa route.

- Qui que soit la personne qui t'a renseigne sur moi et ce que je suis cens tre
par rapport  vos plantes rebelles t'a tromp navila, je ne suis pas impuissant.

Enfin ! Elle ne retient pas un sourire. Mais elle en est encore plus nerve. Elle
s'arrte de nouveau.

- S'il te plait, lche-moi.

Elle a un tout petit peu chang de ton. Je connais cette voix ! Mince ! Je la connais
d'avant, une voix du pass... Je n'insiste pas plus, considrant avec joie cette
premire victoire. Je reviens un peu sur mes pas pour retrouver les autres qui se
rendent aussi de nouveau vers le Congrs. Erik m'interroge :

- Non j'ai rien russi  savoir, mais elle n'est pas invincible.

Pnople reste silencieuse jusqu'au Congrs. Dcidment certains ne savant pas prendre
la vie du bon ct... Je m'installe,  la mme place, je n'ose pas m'asseoir juste
 ct d'navila, mme si l'ide m'effleure. L'aurais-je dj rencontre ? Sans doute
une simple concidence. Se pourrait-il que ce virtuel soit vrai, que je l'ai connue
d'avant, se pourrait-il que je sois bien originaire de la Congrgation ? Qu'importe...
Il y a dj une personne qui parle, dans l'arne, de je ne sais trop quelle plante
qui perd son atmosphre ou je ne sais.

"De quoi parlent-ils ?"

Assis je peux parler seul  seul avec Pnople.

"D'une plante o une forme de vie intelligente se dveloppe mais qui perd son atmosphre.
Certains veulent une intervention pour sauver cette espce."

"Tu m'en veux."

"Je devrais ?"

"Tu as l'air nerve."

"Non ? O tu vas chercher une ide pareille ?"

Elle me tuera... Quelques minutes plus tard Goriodon arrive. Je n'ai pas encore vu
Sarah. Yamwreq tait dj l. Metthios arrive et il vient me voir. Il me serre la
main chaleureusement. Il se montre. Je n'aurai peut-tre pas d accepter de djeuner
avec lui, il me prend pour son pote dsormais. Sera-t-il un alli ou un poids ? Quoiqu'il
en soit il prend le temps de bien montrer  tout le Congrs que qui s'attaque  moi,
s'attaque  lui... Goriodon regarde calmement le jeu de son opposant, Gwnola arrive.
Yamwreq me prvient que de m'allier avec Metthios me fermera plus de portes que cela
m'en ouvrira.

"La racaille avec la racaille..."

navila...

"Si tu ne veux pas de moi, il faut bien que je me console."

"Une chvre n'en voudrait pas."

"Tu es dure avec toi-mme, l."

Elle se tourne vers moi, un semblant de sourire aux lvres.

"T'es vraiment un connard !"

Notre passionnante conversation est coupe par Goriodon, qui ouvre de nouveau la
sance. Il rappelle les conclusions du matin.

- Le premier point sur lequel nous allons nous attarder est la faon dont s'y prend
navila pour outrepasser les bracelets. navila, la pause djeuner vous a-t-elle
rendue plus conciliante ?

Elle regarde Goriodon de travers. Elle doit bouillonner. tonnamment elle rpond
d'une voix calme :

- Je ne l'explique pas. Toute ce que je peux vous dire c'est que lorsque je suis
trs nerve je peux casser les directives des bracelets.

- Depuis quand vous connaissez-vous cette capacit ?

Elle rflchit un instant.

- Plusieurs annes. Je l'ai dcouverte progressivement, et c'est trs variable, parfois
a marche, parfois pas.

- Connaissez-vous des personnes qui travaillent sur des mthodes pour tromper les
bracelets, ou changer les avis.

Encore un silence.

- Non.

L'indicateur rvle qu'elle ment. Elle est calme, elle ne doit pas arriver  mentir
et tromper le bracelet en tant calme.

- Oui c'est bon j'en connais, mais ils ne m'ont jamais rien donn de concluant.

- Pouvez-vous modifier les bracelets d'autres personnes par cette mme technique
?

Un silence.

- Non.

Elle ment, j'en suis sr, l'indicateur dit qu'elle est sincre, mais elle s'est mise
 bouger la jambe, et elle a serr le poing. Je lui parle intrieurement.

"De quelle faon tu peux modifier les bracelets ? Tu leur donne des penses qu'ils
n'ont pas eues ?"

Goriodon me stoppe :

- Ylraw, veuillez ne pas la dranger, s'il vous plait. Si vous voulez intervenir,
demandez la parole. Vous avec une question ?

Mince, repr...

- Non, je vous prie de m'excuser.

Pnople s'en mle.

"Qu'est-ce que tu lui voulais encore ?"

"Elle a menti, elle peut modifier les bracelets des gens."

"Comment tu peux le savoir, son bracelet dit qu'elle est sincre."

"Elle peut mentir quand elle est nerve, regarde-l, elle s'nerve elle-mme tout
en faisant mine de garder son calme pour pouvoir mentir."

Goriodon poursuit :

- Dans le but d'claircir cette affaire, les artificiels ont tudi le cas d'navila,
toutefois rien de concluant n'a pu tre mis en vidence. Il semble que le fonctionnement
des bracelets ne soit, selon eux, par remis en cause. Force est de consater pourtant
que les outrepassements d'navila consistent en de lourdes fautes et qu'une faille
dans notre structure d'avis est un souci majeur. En consquence, je propose qu'un
traceur lectromagntique soit adjoint quelques temps  navila, de faon  faire
la lumire sur ce problme.

Cinquante-trois pourcent de oui, serr. navila souffle de rage.

Goriodon reprend :

- Venons-en justement  vos manques de contrle,  vous comme  Ylraw. Je vous rappelle
les faits.

Des images s'affichent en surimpression. Je suis toujours impressionn par leur capacit
 modifier le cerveau pour faire apparatre toutes ces informations supplmentaires.
Et nous qui nous proccupons de l'influence des ondes des tlphones portables, celles-ci
doivent tre autrement plus puissantes. Je me demande toutefois comment ils font
pour trouver la frquence qui leur permet de rentrer en rsonance avec le cerveau
de chacun... Goriodon commente mon embarde  bord de l'abeille qui a valu la frayeur
de sa vie  Hur. Il ne s'arrte pas l et poursuit avec l'entre en effraction d'navila
dans notre appartement. Il omet, heureusement, le passage dans la chambre et reprend
avec la bataille dans le couloir, jusqu'au dramatique crasement dans le parc du
Congrs. Il dtaille tous les moments o navila a de toute vidence contourn une
limitation, que ce soit en russissant  ne pas se faire immobiliser ou encore en
traversant l'espace interdit au-dessus du parc.

- J'espre que vous tes conscient de la gravit de vos actes.

Je proteste :

- Ce n'est tout de mme pas comparable, j'avoue que je n'aurais pas d effrayer Hur
de la sorte, mais je ne lui ai rien fait. Elle m'a tout de mme broy une jambe et
dtruit la colonne.

- T'inquite que si j'avais pu te broyer aussi l tte a aurait t avec pl...

- Assez !

Goriodon hausse le ton.

- Vous vous trouvez ici dans la Congrgation ! Nous avons des rgles ! Nous ne mesurons
pas la teneur de vos actes en fonction de leurs consquences comme dans votre monde
barbare ! Votre action envers Hur est toute aussi intolrable que celle d'navila
 votre gard.

Mon monde barbare... Tiens, serait-ce un indice ? Je devrais peut-tre l'nerver,
lui-aussi. Metthios se lve alors et prend la parole :

- Si je puis me permettre, je me range aux cts d'Ylraw et prends la libert de
faire remarquer que cet incident a prcd l'anomalie dtecte par Yamwreq. Si les
doutes de Yamwreq sur une manipulation des artificiels sont justifis, alors Ylraw
est peut-tre lui-mme victime de cette sombre affaire. trange en effet que cette
fille, justement celle qui a provoqu cette histoire, arrive aujourd'hui avec une
ridicule explication de virtuel  multiples niveaux des plantes rebelles !

Il aime bien ce mot... Voyant que le Congrs l'coute, il se lve et poursuit.

- Depuis quand avons-nous des secrets dans la Congrgation ? Gwnola a dmentie
l'existence de cette exprience, depuis quand les reprsentants ne sont-ils pas au
courant de ce qui se trame sur leurs propres plantes ? J'ai bien peur qu'Ylraw ne
soit que le bouc-missaire d'une affaire bien plus grave encore que sa raction,
bien comprhensible dans sa situation, quand il a enfin espr trouver un indice
en cette Sarah. O se trouve-t-elle, d'ailleurs ? Elle arrive par enchantement avec
une explication bancale et disparait aussitt ? J'aimerais que ce soit vous, Goriodon,
qui rpondiez aux interrogations du Conseil !

Grand brouhaha dans le Congrs. Goriodon se lve et fait signe d'apaisement.

- Pour reprendre vos remarques dans l'ordre, Metthios, je rappellerai tout d'abord
que les plantes rebelles n'ont jamais t considres comme une partie si je puis
dire "classique" de la Congrgation.  ce propos, Gwnola, sans que je remette en
quelques faons que ce soit ses comptences, est aussi dans l'impossibilit d'expliquer
les outrepassements d'navila. Ensuite, la prsence de Sarah ce matin tait fruit
de ma demande conformment au calendrier que nous avions fix. Si certains d'entre
vous dsirent l'interroger de nouveau, j'imagine qu'elle est tout  fait dispose
 venir rpondre ici-mme. Pour terminer, j'aimerais que nous ne mlangions pas tout,
si certains d'entre vous pense que je suis ml aux accusations de manipulation de
Yamwreq, nous en dbattrons en temps voulu, mais pour l'instant le sujet est de savoir
que ncessitent les attitudes dmontres par Ylraw et navila. Si le Congrs juge
que la seconde affaire est prioritaire sur la premire, soit, mais tentons de conserver
un semblant de clart dans ces problmes. Je propose que nous terminions sur le cas
d'Ylraw et d'navila, puis que, comme prvu, nous abordions cette question de manipulation.

crasante majorit, Metthios n'a pas encore le talent dialectique de Goriodon.

- Bien, reprenons. Ylraw, tes-vous conscient de la gravit de votre acte ?

- Oui.

Bordel ! L'indicateur marque que je ne suis pas sincre. navila sourit. Goriodon
soupire.

- Bien, je vois que vous n'tes pas encore prs  admettre nos rgles. De toutes
vidences votre sjour dans ce monde virtuel vous a corrompu plus que vous ne sembliez
l'admettre. Il sera difficile pour nous d'avoir la moindre confiance en vous tant
que vous n'acceptez pas nos lois. De faon  prvenir vos ventuels dbordements
futurs, je suggre que nous vous adjoignons un prcepteur.

crasante majorit. Je demande  Pnople ce qu'est un prcetpeur.

- C'est un artificiel qui t'accompagne et contrle tes mouvements. Quand tu t'apprtes
 faire quelque chose de mal, il te paralyse et te fait la morale...

Gnial...

- navila, vos actes sont tous aussi alarmants d'autant que vous avez reu une ducation
de la Congrgation, vous connaissez donc nos rgles. tes-vous consciente que votre
comportement est une grave menace  la stabilit de la Congrgation ?

Un silence. Je suis sr qu'elle va mentir.

- Oui, je tcherai de me contrler.

Sincre ! Mes fesses ! Elle me parle en priv :

"Tu vois c'est pas si dur."

Elle est forte quand mme... Goriodon poursuit :

- Votre capacit  outrepasser les bracelets n'tant pas encore lucide, je suggre
que nous couplions au pisteur lectromagntique convenu tout--l'heure un prcepteur.

Majorit, je lui renvoie sa remarque.

"C'est peut-tre pas dur mais quand on ne sait pas s'en servir a ne sert  rien..."

Elle se tourne vers moi pour me lancer des clairs du regard.

- Ylraw ! navila ! Cessez ces discussions. Je suis vraiment triste que vous considriez
avec si peu de srieux les raisons pour laquelle nous en arrivons l !

Goriodon fait une pause. Il va reprendre, mais une autre personne prend la parole.
C'est une femme,  la voix trs douce, habille en blanc, les cheveux noirs, longs,
elle ressemble  l'elfe du Seigneur des anneaux.

- Excusez-moi, mais nous nous attardons sur des punitions alors que nous devrions
comprendre les causes. Un homme, ou une femme, n'agit pas de la sorte s'il n'est
pas pouss ou si elle n'est pas pousse par une raison encore plus grave que la consquences
de ses actes. D'aprs Sarah, intervenue ce matin, navila en voudrait  Ylraw pour
avoir mis en pril cette exprience secrte, cette Terre, mais ne pourrions nous
pas aller plus loin ? Je trouve toute de mme bien trange tant de catastrophes pour
un virtuel. Ceux-ci peuvent tre rejous  volont, pourquoi n'a-t-elle pas simplement
dconnect Ylraw et rejou la scne ? Si Sarah a trouv ce virtuel et que nous considrons
qu'il n'est pas conforme  nos rgles, et bien stoppons-le et faisons comparatre
ici les personnes  son origine. Nous devons mettre cette histoire  plat, et j'avoue
que pour l'instant le Conseil a soulev bien plus de questions qu'il n'en a rgles.
Vous prtendez rsoudre les problmes un par un, dans l'ordre, mais cet ordre ne
voudrait-il pas que l'on s'intresse d'abord aux causes avant de punir les consquences
?

Ouhaou, respect. Je demande  Pnople :

"C'est qui ?"

Pnople me rpond aprs un instant, elle ne doit pas la connatre et chercher des
infos.

"Mlinawahaza, Elle reprsente le regroupement des plantes de glace. C'est un systme
plantaire dans un systme d'toiles ternaires. Il comporte quatorze plantes telluriques
habites. Une perturbation gravitationnelle a transform ses anciennes plantes paradisiaques
en enfer de glace il y a plus de mille trois cent ans (deux mille ans), en loignant
une des toiles. Mlinawahasa fut, en quelque sorte, la personne qui transforma cette
catastrophe en un moindre mal. Grce  elle, aprs la destruction de leur quilibre,
beaucoup d'hommes et de femmes purent rests l-bas, trop attachs  leurs plantes.
Ils ont eu une autorisation pour la mise en place de clones plus rsistants au froid.
Il y a des millnaires, quand la Congrgation vota la mise en place des avis, ces
plantes refusrent et quittrent la Congrgation. Elles vcurent longtemps en autarcie
puis Teegoosh parvint enfin  les faire revenir dans la Congrgation. Mlinawahaza
a longtemps frquente Teegoosh. Teegoosh passait souvent du temps sur Fra, la plante
principale. Elle refusa de quitter la Congrgation pour l'Au-del, mais depuis elle
conserve une certaine indpendance vis--vis du Congrs. Pendant longtemps les jeunes
avaient les plantes de glaces comme destinations de choix, avant qu'ils n'investissent
les plantes rebelles."

Encore un personnage vieux de plusieurs millnaires... C'est tout de mme fou, cette
humanit a beau possder plus de cinquante fois plus d'individus que la Terre, on
dirait que tout le monde a couch avec tout le monde. D'un autre ct je me demande
combien de compagnes ou de compagnons il faut pour agrmenter l'ternit...

Sa voix douce charme le Congrs, en tout cas ; une crasante majorit s'affirme en
faveur de ses dires. Metthios ferait bien d'en prendre de la graine. Mais j'imagine
que la belle  dj du envoyer balader le bougre  plus d'une reprise.

- Ce prtendu virtuel semble le lien entre tous les problmes que nous traitons,
serait-il possible que Sarah soit de nouveau convie  rpondre  nos questions ?
C'est bien trange qu'elle soit la seule au courant.

Goriodon, rest assis, acquiesce :

- Soit, appelons-l.

- Quelques minutes plus tard, Sarah apparat au centre de la place.

- Mlinawahaza, je vous en prie.

Mlinawahaza, reste debout, convie par Goriodon, interroge Sarah :

- Sarah, vous avez t trs brve sur le virtuel "Terre", ce matin, nous aurions
plusieurs questions auxquelles vous pourrez peut-tre rpondre.

Sarah ne regarde mme pas Mlinawahaza, elle rpond avec une voix hsitante. C'est
trange on dirait qu'il y a quelque chose entre elles.

- Oui.

- Tout d'abord  qui avez vous parl de ce virtuel ? Qui avez-vous interrog  son
sujet ?

- J'ai fait part de ma dcouverte  Goriodon  la fin du quatrime sixime, et je
me suis rendue sur place entre le cinquime et le dernier du troisime. Depuis je
suis reste la plus discrte possible pour continuer  enquter.

Mlinawahaza se retourne vers Goriodon :

- Goriodon, pourquoi cette enqute n'a-t-elle pas t dcide au sein du Congrs
?

Goriodon reste assis, sans doute pour se faire plaindre et mieux convaincre, c'est
vraiment du jeu d'acteur la politique !

- J'avoue que mon choix a t trs difficile. C'est la premire fois qu'un tel cas
se prsentait, et Sarah craignait beaucoup que son tlporteur ne soit dsactiv
si des bruits sur la dcouverte de ce virtuel arrivaient jusqu'aux plantes rebelles.
Je lui ai donc laiss juger le moment opportun pour dvoiler le secret.

Sarah reprend la parole :

- Jusqu' prsent je ne connaissais personne de la Congrgation ayant visit le virtuel,
quand j'ai vu qu'navila allait comparatre devant le Congrs, j'ai pens que c'tait
le moment idal pour traiter de cette affaire. L'altercation d'Ylraw et d'navila
prcipitant les choses, je me suis rendue sur Adama avec quelques jours d'avance
pour parler ce matin au Congrs. Dsormais que nous connaissons deux personnes qui
ont interagi avec la Terre, nous pouvons poursuivre l'enqute et trouver les autres
points d'accs.

Metthios demande la parole, Mlinawahaza, qui mne le dbat, la lui donne :

- Je trouve toute de mme scandaleux qu'une telle dcision ne soit pas passe devant
le Congrs. En quoi la rvlation de l'existence du virtuel aurait-elle complexifi
l'enqute, au contraire, nous aurions pu rgler cette affaire depuis un grand sixime
au moins. Au lieu de cela des personnes de la Congrgation, combien, je l'ignore,
continuent encore aujourd'hui  enfreindre les rgles de la Congrgation !

Sarah rpond immdiatement :

- Nous n'avons encore que trs peu d'information sur cette exprience, et il n'aurait
sans doute pas fallu longtemps aux personnes la contrlant pour trouver mon point
d'accs et le dsactiver. Nous avons dj perdu un point d'accs connu, celui de
Stycchia. Quand Pnople, et les personnes du village o Ylraw est arriv, ont prvenu
Guewour qui en a inform Goriodon, celui-ci m'en a fait mention pour vrifier si
ce tlporteur ne pouvait pas tre justement un de ceux que nous cherchions. C'tait
sans doute le cas, et c'est  n'en pas douter celui qu'a utilis navila pour se
rendre sur Terre entre le premier et le deuxime du troisime. Malheureusement, quand
j'ai tent de vrifier, c'tait dj trop tard, malgr le petit nombre de personnes
mis au courant, le tlporteur avait t rinitialis.

Mlinawahaza reprend la parole :

- Votre tlporteur actuel est-il en scurit ?

- Je ne le sais. Des artificiels sont censs bloquer et contrler les accs, mais
il est toujours possible que son autorisation de connexion soit coupe  distance.
Je ne suis pas retourne sur Terre depuis la fin du troisime.

- Qui contrle ce virtuel ?

- Je ne sais pas.

Je me lve pour demander la parole, Mlinawahaza me prie de parler.

- Mais en quoi pouvons-nous certifier que c'est bien un virtuel ? Aprs une discussion
avec Erik, plusieurs points restent tranges et suggreraient plutt l'existence
d'une vraie plante.

Sarah dtaille son exprience :

- Lors de mon passage  l'intrieur, j'ai gard un observateur prsent dans le tlporteur,
et mon corps est rest veill localement. L'activit tait de type onirique.

Pourrait-elle mentir elle-aussi ?

- Pourtant vous disiez que l'immersion n'tait pas consciente ?

- Elle l'est dans certaine mesure, j'avoue que j'ai eu de la chance de m'y rendre
de manire consciente, je serais reste bloque l-bas, sinon.

- Plusieurs lments ne sont pourtant pas logique, le virtuel de passage est cens
tre un virtuel classique, pourtant  notre retour sur la Lune nous ne nous souvenions
de rien.

- Vous n'avez pas quitt le virtuel de manire normale, vous avez t dconnects
en cours, j'imagine que le rassemblement de vos anciens souvenirs  ceux de votre
exprience n'a pu se faire correctement.

- D'autre part, concernant Naoma, je vous rappelle qu'elle est morte sur Stycchia,
avant notre arrive au village, pourtant Moln et Ulri sont parvenus  la cloner de
nouveau.

- Oui, nous avons tudi le tlporteur du village, il semble qu'il soit plus ancien
que les nouveaux modles utiliss dans votre station orbitale d'arrive. En consquence
le dpart de Stycchia est valid par le tlporteur, mais celui d'arrive refuse
la rematrialisation.

C'tait  prvoir, qu'est-ce que je peux bien rpondre  a, j'y connais rien moi
en tlporteur.

- Soit, mais d'autre par je suis mort sur la Lune, pourtant je ne suis pas sorti
du virtuel  ce moment l. Il a fallut qu'un personnage sur place lance une nouvelle
tlportation pour que je sorte en mme temps qu'Erik et Naoma. C'est tout de mme
incomprhensible.

- Vous tes mort ?

Erik prend la parole :

- J'en tmoigne, un gant bleu de prs de deux mtres cinquante lui a compltement
ananti le cerveau. Il est mort d'inanition au bout de quelques jours, j'ai moi-mme
constat le degr d'avancement de dcomposition de son corps.

- Un gant bleu ?

navila s'est tourne vers moi, interrogative.

Erik lui rpond :

- Oui une sorte d'homme sans visage, le corps bleu avec un sorte d'aura lgrement
lumineuse autour de lui. Les hommes sur place le considrait comme un Dieu, s'agenouillant
sur son passage. Il n'a rien dit, il s'est juste mis en face d'Ylraw, nous tions
tous paralyss. Ylraw a cri comme un pauvre diable alors que l'autre lui envoyait
sans doute ses ondes dans la tte, puis il est tomb, aprs a il n'a plus parl,
plus mang, et il est mort au bout de quelques jours. Par contre c'est vrai que l'hypothse
du virtuel de passage expliquerait la prsence de cet individu ; il semblait tout
droit sorti d'un jeu virtuel.

navila se retourne, les yeux dans le vide, s'amusant avec son collier. Sarah rpond
 Erik.

- Dans la mesure o votre retour s'est mal pass, j'imagine que rien ne s'est droul
comme prvu dans le premier virtuel.  mon avis la sortie de ce premier est sous
l'initiative d'une commande du joueur, comme vous ne pouviez la dclencher faute
de savoir qu'elle existait, vous tes rests coincs jusqu' votre tlportation
virtuelle qui vous a rendu conscience dans le tlport de Stycchia.

Tu parles, elle ne savait pas que j'tais mort et ne l'expliquais pas... Je n'arriverai
pas  l'avoir, elle peut dire n'importe quoi... Je reprends :

- D'autre par sur Terre vous possdiez une abeille, c'est tout de mme trange pour
un virtuel voulant recrer une nouvelle socit indpendante de la Congrgation que
vous puissiez utiliser des outils venu d'ici ?

- J'imagine qu'ayant accd au virtuel en mode conscient, j'avais certains privilges,
je n'ai fait qu'utiliser les outils mis  ma disposition lors de mon arrive sur
place.

- Un autre lment trange est le rappatriement des cicatrices dans le monde rel.
Si nos corps n'ont pas quitt le tlporteur et qu'ils sont rests dans leur tlporteur
d'origine, comment expliquer que les blessures que nous nous sommes faites dans le
virtuel soient rpercutes ici ?

Je lve mon bras droit pour montr la trace de brlure  mon poignet. Sarah rpond
calmement, pas du tout gne.

- Le tlporteur n'a d tre dtourn que dans une certaine mesure, il est probable
qu'il ait encore des fonctionalits d'un tlporteur classique, et donc rpercute,
comme tout tlporteur, vos changements morphologiques.

Metthios intervient de nouveau.

- Pourrait-on avoir des certitudes au lieu de ses suppositions ? N'y a-t-il donc
pas un moyens de savoir qui aurait cr ce virtuel, nous avons accs  toutes les
sauvegardes ! Comment pouvons-nous tre si impuissants !

Sarah se retourne vers lui.

- Le plus grand secret a t gard autour de ce virtuel. Il a vraisemblablement t
mis en place  partir des plantes rebelles, voire  partir de l'une de leurs lunes.
Les habitants ayant pour habitude de ne presque jamais porter de bracelet, il est
difficile de recouper des informations. Plusieurs artificiels cherchent les liens,
certaines informations se recoupent, mais pour l'instant c'est trop partiel pour
constituer une piste. D'autant que la rvlation au Congrs provoquera sans doute
un redoublement de prcautions de leur part.

Yamwreq demande la parole :

- Sans remettre en cause vos hypothses, je rappelle tout de mme au Congrs que
si les membres des plantes rebelles n'utilisent que peu la structuration via les
bracelets, il n'en existe pas moins une hirarchie stricte et respecte. En consquence,
sans vouloir parler pour Gwnola, je reste trs perplexe sur l'existence d'une telle
exprience.

Gwnola ne peut s'empcher de prendre la parole :

- J'apporte mon concours aux dclaration de Yamwreq, et jusqu' preuve du contrainre,
j'aimerais que le Congrs ne remette pas en cause l'intgrit des plantes rebelles.
D'autre part, j'aimerais, dans la recherche de l'explication de ce prtendu virtuel,
que ne soient pas cartes de pistes sous prtexte que quelques lments, dont nous
n'avons encore aucune preuve d'existence, dois-je prciser, nous indiqueraient une
hypothtique participation d'habitants des plantes rebelles. Aprs tout si navila
peut contrer les bracelets, elle n'est peut-tre pas la seule.

Sarah reste de marbre. Mlinawahaza apporte son soutient  Gwnola et poursuit :

- Si je comprends bien, notre totale incapacit  dfinir ce virtuel Terre permet
facilement,  partir de quelques judicieuses suppositions, d'apporter une rponse
 toutes les incohrences potientielles. Je tiens tout de mme  faire remarquer
que si le Congrs est impuissant, qui d'autre pourra rsoudre cette affaire ? Ne
sommes-nous pas justement le dernier recours, doit-on baisser les bras et nous avouer
vaincu ?

Sarah reste silencieuse.

- Certains secrets ont parfois intrt  tre gards.

Un jeune homme a pris la parole. Il est rest assis,  parler d'une voix dsinvolte.
Il est habill d'un pantalon et d'une veste marron, il ressemble un peu  un cow-boy,
il ne lui manque que le chapeau. Je demande  Pnople des informations.

"Symestonon, l'homme le plus vieux de la Congrgation, il a plus de sept mille cinq
cent ans d'Adama, douze mille ans pour toi . Il a prsid le Congrs  de maintes
reprises. Il intervient dans la vie politique de la Congrgation depuis presque six
mille cinq cent ans (plus de dix mille ans), sept mille peut-tre (plus de onze mille
ans). C'est une des personnes les plus respectes. Il n'a pas de ligne politique
claire, mais sa grande exprience le rend souvent d'un bon conseil lors des situations
difficiles."

"Cool ! Et dans le cas prsent, il veut dire quoi ?"

"J'en sais rien..."

Mlinawahaza,  mon tonnement, reste un moment silencieuse puis s'assoit, elle demande
finalement :

- Le Congrs veut-il remettre cette affaire  plus tard ?

Avant que les avis ne ce soient vraiment dcids, Goriodon prend la parole.

- Il va sans dire que les faits que nous tentons de mettre au clair sont complexes.
Toutefois, avant de statuer sur la marche  suivre future, je rappelle que nous sommes
censs avoir en la personne d'navila une, sinon responsable, du moins utilisatrice
de ce virtuel. Et d'autre part pour clore temporairement ce dbat, nous avions vot
la recherche des identits passes d'Erik et d'Ylraw. Ce dernier point pouvant sans
doute tre rsolu rapidement, et rpondre aux interrogations d'Ylraw et d'Erik qui
ne sont pas dans une situation confortable, je propose que nous tentions de le rgler
tout d'abord.

Il attend confiant le rsultat des avis, puis quelques minutes plus tard les conclusions
de la recherche sont affiches. Une voix commente les rsultats. Goriodon se rassoit.

- Deux personnes correspondent avec un haut taux de probabilit au profil de Ylraw
et Erik. Erik serait un dnomm Meckwasior, originaire de Stycchia, vingt-six ans...

Ce qui fait  peu prs quarante-et-un ans terrestres.

- ... Ses proches n'ont plus de trace de lui depuis presque trois ans, le temps qu'il
aurait pass dans le virtuel. Il a pass beaucoup de temps sur les plantes rebelles,
notamment Erychtia, o il aurait rencontr Yacou. Yacou qui serait Ylraw, plus jeune
de deux ans, il a disparu  la mme date qu'Erik, ce qui expliquerait leur aventure
commune.

Yacou ? a ne me dit absolument rien... Des images de moi ou d'Erik sont diffuss,
sur Stycchia soi-disant avant notre entre dans l'exprience, ou dans d'autres endroit
qui me sont inconnus. Goriodon reprend la parole.

- Ylraw, Erik, cela vous rappelle-t-il quoi que ce soit ?

Nous rpondons tout deux par la ngative.

- Peut-tre les dtails de vos vies passes pourront vous rappeler certains faits.
Vous pourrez consulter ces rsultats par vous-mmes. Quoi qu'il en soit la concidence
est trop frappante pour que nous remettions en cause votre identit. En consquence
la question de votre intgration dans la Congrgation ou pas devient obsolte, et
il nous faudra par contre statuer sur le statut que vous retrouverez. Le cas d'Erik
est assez peu problmatique, Ylraw a toutefois montr une certaine dcorrlation
entre ses agissements et nos standards. Le temps avanant, je propose que ces aspects
soient tudis lors de la sance o tait initialement prvu la discussion de leur
intgration.

Il fait une pause, puis se tourne vers navila.

- navila, vous avez sembl tre plus raisonnable, pourriez-vous nous clairer sur
ce virtuel, vos implications et sa structuration.

- Non.

- Pour quelles raisons ?

navila reste silencieuse, luttant apparemment avec elle-mme. Goriodon hausse la
voix :

- Mais qu'esprez-vous ? Nous cacher la vrit ? Ds demain nous saurons tous vos
secrets, quelque soit l'enttement dont vous faites preuve aujoud'hui !

Un silence, Goriodon va parler mais navila rpond d'une voix roque.

- Et vous Goriodon, qu'esprez-vous ? Tromper longtemps le Conseil avec vos mensonges
?

Goriodon prend une voix calme :

- Vos accusations infondes ne vous serviront  rien, navila. Nous vous accordons
une dernire chance de nous en dire plus sur ce virtuel. L'introspection n'est jamais
une preuve facile.

- Foutaise ! Vous savez trs bien que si je parle vous tombez avec moi ! Et demain
ici mme vos artificiels corrompus ne dvoileront qu'un simulacre de la prtendu
vrit ! Depuis combien de temps savez-vous, Goriodon ? Depuis combien de temps gardez-vous
pour vous la vrit ? Vous ne voyez pas mes mensonges, mais MOI je vois les vtres
!

Metthios saute sur l'occasion :

- Que veut-elle dire, Goriodon ? Savez-vous rellement le fondement de cette affaire
?

- Vous n'allez tout de mme pas vous laisser berner par ses manoeuvres ridicules
!

Mlinawahaza se lve :

- Rpondez, Goriodon, savez-vous la vrit concernant ce prtendu virtuel ?

Goriodon hsite. Il s'assoit. Il bafouille, il commence  rpondre oui, puis se rtracte.

- Non.

Il est sincre. Metthios est offusqu, le Congrs s'enflamme :

- Manipulation ! Il allait rpondre par l'affirmative ! Il nous trompe ! C'est 
lui qu'il faut faire une introspection !

Symestonon commente :

- Un peu de bazar, enfin, j'en venais  dsesprer.

Je lance un sym a Pnople :

"C'est clair qu'il attire le respect le vieux."

"Des fois il dit des trucs mieux, pourtant."

navila sourit. Une autre personne entre en scne et tente de calmer le jeu :

- Voyons ! Voyons ! Avant d'en arriver  de tels extrmes, peut-on simplement l'interroger
plus en dtail ?

Metthios est dchan :

- Mais il ment ! C'est une vidence ! Il ment comme nous a dj menti navila ! Ils
sont de mche ! C'est une aboninable mise en scne !

navila explose :

- Ah non ! Que l'on ne m'associe pas avec ce reptile gluant !

Le Congrs devient la scne d'une incomprhensible cacophonie. Mais elle ne dure
que quelques secondes, rapidement Goriodon coupe la parole  tous et tente de mettre
de l'ordre.

- Soit. S'il me faut me livrer  une instrospection pour satisfaire le Congrs, je
ne peux que me plier. Mais tentons de conserver la tte froide.

Metthios demande la parole. Goriodon hsite un instant puis la lui donne :

- Si les doutes de Yamwreq sont fonds, comment pourrions-nous alors tre sr que
ce ne sera pas un faux ?

- Bien sr, Metthios, si vous remettez tout en cause, nous n'irons nulle part, pourquoi
douter d'un systme qui nous sert depuis des millnaires ?

- Qui nous trompe peut-tre aussi depuis des millnaires !

Le mme homme qui tait intervenu tout  l'heure reprend la parole.

- Vous voulez repartir de zro peut-tre ?

Goriodon rpond avant Metthios :

- Avant de sombrer dans le catasptrophisme, pourrions-nous considrer dans un premier
temps que ce qui a valu la stabilit de notre systme reste toujours solide ? S'il
s'avre que nous ne pouvons plus avoir confiance dans les artificiels, ce que je
n'ose pas imaginer, nous devrons alors agir en consquence.

Le Congrs semble d'accord, mais Metthios proteste :

- Et si tout ceci ne sont que les signes d'un coup d'tat, peut-tre demain ne pourra-t-on
plus ragir ?!

Toujours le mme homme qui prend la dfense de Goriodon.

- Un coup d'tat ? Que voulez-vous dire ?

- Imaginons que Goriodon ait conspir avec les plantes rebelles, ou tout du moins
une partie de ses habitants, je ne veux pas mettre en cause Gwnola. Attendre serait
pour nous la pire des options !

Yamwreq rpond :

- Voyons, c'est ridicule, depuis des dizaines d'annes les plantes rebelles ne font
que rclamer plus d'autonomie par rapport aux rgles de la Congrgation, le temps
o elles tmoignaient d'un comportement vhment  l'gard du Congrs est rvolu
depuis longtemps. Autant je suis persuad qu'il y a un mystre autour de cette Sarah,
autant je ne crois pas une seconde au genre de complot que vous voquez.

- Pourtant !

Metthios projette alors l'hsitation de Goriodon, tout le monde revoit clairement
le dbut de son "oui", puis sa rtractation.

- Goriodon, que signifiait cette hsitation ?

C'est plus fun que ce que j'aurais imagin, le Congrs. Le jour a dj commenc 
baisser, pourtant il fait encore bon.

"Ils chauffent ici ?"

Pnople confirme mes doutes :

"Oui, la protection du parc apporte aussi un micro-climat, il ne pleut jamais ici
et il fait toujours bon."

"Pourtant il y a le jour et la nuit."

"Le Congrs conserve la dure du jour comme repre pour les sessions, c'est une tradition.
De ce fait les sessions sont plus courtes en hiver."

Goriodon reste silencieux un court instant, mais ne laisse pas le suspense gagner
le Congrs :

- Voyons, gardons la tte froide. J'ai simplement hsit car oui, Sarah m'a confi
quelques dtails supplmentaires sur ce virtuel. Toutefois, comme accept par le
Congrs, nous avons dcid de conserver une partie des informations secrtes pour
trouver plus rapidement les responsables de ce virtuel.

Goriodon n'attends pas les rsultats de son intervention, il s'assoit directement,
apparemment extnu par l'preuve.

Metthios se lve de rage, mais Mlinawahaza le devance :

- Mes amis, le soleil se couche. Cette journe fut charge en rebondissements et
en questions. Il serait sain que nous prenions le temps de rflchir calmement avant
de conclure cette affaire complique. Je propose que nous n'abordions pas ce sujet
pendant les deux jours qui suivent, et ne reprenions ce dbat que dans trois jours.
De cette faon nous aurons sans doute des informations des traceurs adjoints  navila
et Ylraw, et peut-tre Sarah pourra-t-elle nous en dire plus.

Courte majorit. La tension retombe, les gens se lvent et discutent entre eux. Dure
journe. Je reste un moment pensif. Suis-je rellement ce Yacou ? Il y a trop d'incohrences...
Et aussi difficile  croire cela puisse tre, je crois que je fais plus confiance
en navila qu'en Goriodon. Pnople reste silencieuse, elle aussi. Aprs un instant
Erik se lve. Guerd lui demande :

- Alors Meckwasior, content d'avoir retrouv ton identit ? Tu as vu, Goriodon a
dit que tu devrais pouvoir retrouver ton statut sans problme.

Erik se tourne vers moi, attends deux secondes, puis m'interroge :

- Qu'est ce que t'en penses ?

- J'y crois pas.

- Moi non plus.

Guerd ne comprend pas :

- Mais ? Ils ont retrouv vos identits, ils ont retrouv ces deux personnes qui
vous ressemblent comme deux gouttes d'eau et qui ont justement disparu sur Stycchia,
a ne peut tre que vous !

navila se lve et passe entre Erik et moi pour partir. Ses moucherons lui tournent
toujours autour, l'empchant toujours de faire le moindre geste de violence. Erik
la regarde s'loigner.

- Elle doit savoir, elle.

- Oui. Sarah doit savoir aussi je pense.

Moln, Iurt et Ulri nous font signe qu'ils partent.  mon grand tonnement Pnople
se lve et les rejoint. Je la rattrape :

- Quelque chose ne va pas.

Elle ne rpond pas. J'attends que nous sortions de l'enceinte, pour avoir un peu
d'intimit, mme si tous les bracelets de l'univers peuvent peut-tre nous entendre.

- Pnople ? Rponds-moi au moins.

Soudain un gros insecte s'approche de moi, j'ai un mouvement de recul. Mais c'est
un petit robot, sans doute l'engin qu'il voulait me voir adjoindre, mon "prcepteur".
Il me virevolte autour puis se pose sur mon paule. Je le regarde de travers puis
rattrape Pnople qui ne s'tait pas arrte.

- Pnople, attends !

Je m'apprte  l'attraper par le bras pour la stopper, mais je suis bloqu avant.
Le prcepteur reprend son vol et me tourne autour, il me sermonne par un sym.

- Il ne faut pas obliger les gens par la force, si vous voulez que quelqu'un rponde
 vos attentes, respectez-le et usez de diplomatie. Avez-vous compris pourquoi votre
geste tait dplac ?

Je lui rponds tout haut.

- Oui j'ai compris c'est bon, maintenant laisse moi aller utiliser de la diplomatie
avec Pnople s'il te plait.

- Vous n'tes pas sincre, je veux que vous preniez conscience de vos actes.

Oh bordel ! Trs bien je prends alors le temps de me calmer un peu, regarder autour
de moi. Erik me dpasse et me file une tape sur l'paule en compassion quand je lui
explique ce que me veut ce machin. Il m'attend avec Guerd, puis, quand finalement
j'arrive  convaincre le prcepteur que j'ai retenu la leon, je repars  petites
foules vers Pnople.

- Pnople, tu peux pas me laisser comme a ! Tu peux pas me laisser !...

Pas de rponse.

- Pourquoi tu ne me parles pas, Pnople !

Je hausse la voix, sur le champ je ne peux plus marcher, et le bidule se relance
dans sa morale.

- Il faut rester courtois envers les personnes que vous abordez, vous ne pourrez
intragir de manire correcte avec les gens que si vous leur tmoignez du respect.

Erik et Guerd arrivent de nouveau  ma hauteur. Ils rigolent. Je tente de ne pas
perdre de temps et de convaincre rapidement bidule que j'ai bien compris et que je
ne hausserai plus jamais la voix de ma vie. Il me laisse et pour la troisime fois
je rejoins Pnople. Je la dpasse et tente de me mettre en travers de sa route.
Ses yeux brillent.

- S'il te plait, explique-moi au moins... Ne me laisse pas imaginer tout le mal que
j'ai pu faire sans comprendre, me laisse pas penser que je t'ai blesse sans mme
m'en rendre compte...

Elle s'arrte en face de moi. Elle laisse Erik et Guerd nous dpasser.

- C'est pas toi Ylraw... C'est pas toi... C'est moi.

- Comment, mais ? Quelque chose ne va pas ?

- Je ne pourrai pas... T'aider... T'apprendre  vivre dans le village, dcouvrir
les choses simples de la Congrgation, t'apprendre la langue et les coutumes... a
je pouvais... Mais ici je ne fais pas le poids, Goriodon, Metthios, cette fille...
Je suis dsole, c'est trop...

Elle retient ses larmes. Je m'approche doucement et la prend dans mes bras.

- Tu ne dois pas tout supporter, Pnople, je ne te demande pas a, je veux juste
que nous soyons ensemble.

Elle se retire.

- Non Franois, mme... Je suis vieille, je suis fatigue... Je ne peux pas tout
a, je ne peux plus, c'est trop dur... a me rappelle trop de choses...

Elle s'carte pour repartir :

- Je sais que c'est dur pour toi aussi, mais... Je ne pourrai pas... Je pense que
je vais repartir sur Stycchia... Je viendrai te dire Adieu...

Je reste immobile. J'ai envie de pleurer. Pourquoi tout est toujours si dur ?...
Qu'a-t-il bien pu se passer pour qu'elle en arrive  bout ? Elle est un peu impulsilve,
certes, peut-tre n'est-ce qu'une dprime passagre, mais c'est tout de mme le signe
d'une extnuation. Erik a vu que je m'tais arrt, il revient vers moi, Guerd le
suit. Il me parle en anglais.

- Un problme.

- Pnople veut partir, elle veut rentrer sur Stycchia...

- Pour quelle raison ?

- Je ne sais pas. Elle est  bout j'ai l'impression, tous ces vnements ont d provoquer
trop de stress.

Guerd intervient, frustre de ne pas comprendre.

- Vous pourriez parler notre langue, je ne comprends rien, c'est pas trs sympa de
toujours faire vos cachotteries.

Erik la renvoie, il n'est pas d'humeur  plaisanter j'ai l'impression :

- Va donc voir Pnople, elle ne va pas bien, je te rejoindrai  l'htel plus tard.

- Mais ? Tu ne peux pas rentrer sans moi, pour les abeilles ?

- Je me dbrouillerai, va !

Le voyant nerv, elle n'en demande pas plus et nous quitte. Nous nous remettons
 marcher doucement.

- Elle est vraiment trop collante. Je ne sais pas si je vais pouvoir encore la supporter
longtemps.

Je ne dis rien, plus proccup par les paroles de Pnople. Erik avoue finalement
:

- Je dois reconnatre que moi aussi je commence  tre un peu  bout. Je ne crois
pas que je pourrai me faire  vivre ici, c'est trop diffrent...

- Ouais, on ne matrise pas grand chose.

- On ne matrise rien tu veux dire, au moindre geste tout le monde sait ce que tu
veux faire, en plus avec nos bracelets de mioches aucune marge de manoeuvre...

- Pourtant les gens ici ont l'air de s'y plaire, pas de travail, du confort  volont,
jamais de maladie, et une ternit de farniente devant eux...

Erik reste pensif un instant, nous avanons toujours doucement, j'ai mon prcepteur
sur l'paule. Il reprend.

- Oui en un sens la vie ici c'est un peu le paradis, mais il faut vivre sa vraie
vie de labeur avant d'aller au paradis... Et puis je me suis toujours dit qu'on devait
s'emmerder au paradis...

- Oui, heureusement qu'on est arriv pour mettre un peu d'animation !

Erik rigole. Il me passe le bras autour de l'paule et me serre contre lui, je lui
arrive  peine aux paules.

- Ah Ylraw ! Je t'aime bien, autant cette histoire est un vritable merdier, autant
je regrette pas d'tre l avec toi.

- Moi j'ai toujours su que tu tais cool, depuis le dbut.

- C'est vrai, c'est vrai que tu m'as fait confiance depuis le dbut. Pourtant alors
je ne te considrais que comme de la marchandise pour ngocier ma nouvelle vie.

- Question nouvelle vie tu as t servi !

- a ! Putain ! Et pas qu'un peu ! Je me demande bien ce qu'ils font sur Terre. Matthias
a d pter les plombs depuis longtemps. Quel pauvre naze, et dire que je suis rest
quatre ans  bosser avec lui, quel con j'ai pu faire. Il doit tre vert de pas me
retrouver...

Je me rends compte que je ne connais pas du tout la vie d'Erik.

- Tu as fais quoi avant ?

- Avant de bosser pour Matthias ? J'ai boss pour d'autres gars, je me suis fais
ma petite rputation dans le milieu quoi...

- Tu es n en Australie ?

- Ouais, une banlieue pourrie de Sydney, j'ai fait des tudes tant que j'ai pu, tu
vois  quoi a mne !

- Tu as fais quoi comme tudes ?

- J'ai un master de sociologie, j'allais faire un Ph.d quand j'ai tout plaqu.

Je suis vraiment surpris.

- Un master en socio ?! Whaou ! Pourquoi tu as tout plaqu ?

-  ton avis, pourquoi un mec plaque tout en gnral ?

- Pour une fille ?

- Bingo !  Sydney j'avais beau me dmerder pour les cours a ne me drangeait pas
de faire des petits boulots pour des potes du milieu. J'avais dj des pressions
pour arrter les cours et me mettre  plein temps pour eux. Avec Melissa a a chang,
elle m'a fait sortir de tout a, redevenir clean. Puis elle est partie  Melbourne,
juste aprs mon master, je l'ai suivie. Comme je ne pouvais pas avoir d'quivalence
la premire anne, j'ai commenc les petits boulots, clean au dbut. Elle m'a plaqu,
c'est devenu moins clean, je ne suis jamais remont...

- Pourtant tu voulais redevenir clean aprs Matthias ? Tu as quel ge au fait ?

- Trente-quatre ans. Peut-tre trente-cinq maintenant. Oui je voulais redevenir clean,
arrter toutes ces conneries. Tu sais combien j'ai but de mecs, Ylraw ?

- Non. Beaucoup ?

- Treize... Il y a des fois j'tais tellement en galre que j'tais prt  tuer pour
mille dollars, tu te rends compte !?... Finalement ce monde n'est peut-tre pas si
mal  ct...

- Je suis persuad qu'il est mieux, que les gens sont plus heureux, plus libres,
c'est juste qu'on ne comprend pas encore vraiment la faon dont il fonctionne.

- a me fout un peu les jetons quand mme, de me sentir enchan...

Nous restons silencieux un instant, nous arrivons dans la grande pice o nous avons
pris notre petit djeuner le matin. Le jour s'est dj bien assombri. Nous nous asseyons
et commandons un petit encas. C'est vrai que ce monde est quand mme sympa sous certains
abords :

- Tu vois c'est quand mme bien foutu, tu n'as rien  payer, rien  faire, juste
tu t'assois et tu commandes ce dont tu as envie.

- C'est sr qu'il y a des bons cts, je ne reviens pas l dessus. Peut-tre aussi
que nous sommes un peu seuls...

- Naoma te manque.

- Je crois.

- Toi non plus tu ne peux pas t'imaginer qu'elle puisse tre un virtuel...

- Comment le pourrais-je ! Mme si des preuves irrfutables m'tais apportes, je
continuerais  ne pas le croire. C'est con comme on s'attache encore plus quand l'autre
est inaccessible...

- J'espre que tout va bien pour elle, j'ai des remords d'tre l tranquille  manger
mon petit pain alors qu'elle est peut-tre en difficults je ne sais o.

-  qui le dis-tu ! J'en fais des cauchemars presque toutes les nuits... C'est srement
son absence aussi qui me mine...

Je savoure mon petit pain au douceur rappelant trangement le chocolat. Erik s'est
lui command un petit panier de boulettes varies, je lui en chipe une ou deux. Erik
reprend :

- Tu vas faire quoi si Pnople rentre vraiment sur Stycchia ?

- Je ne sais pas trop, que pourrais-je y faire ?

- Partir avec elle.

- Je ne peux pas. Je ne veux pas, pas maintenant.

- Pour l'instant, oui, mais si leur thorie tient, dans dix jours nous pouvons tre
tous les deux des membres normaux de la Congrgation.

- Tu pourrais t'en contenter, toi ?

- Non, mais toi je ne sais pas, peut-tre aprs tout, vu que tu as l'air de trouver
ce monde pas mal, que tu voudrais retourner sur Stycchia avec Pnople. Tu tiens
 elle, non ?

- C'est vrai... Mais je ne pourrai pas vivre tranquille tant que je ne saurai pas.
Je ne pourrai pas avoir la conscience apaise tant que je ne saurai pas o se trouve
Naoma, o se trouve la Terre, tant que je n'aurai pas vu une nouvelle fois mes parents,
mes grand-mres, mm Paulette, qui m'a lev quand j'tais petit, mm Coche, perche
dans son village o nous allions faire du ski de fond, Paris, mes montagnes, mon
Soleil...

Erik semble satisfait. Je continue :

- Et puis, tu as vu les images de nos prtendues anciennes vies ici ? Non mais sans
dconner... J'tais mort de rire quand je t'ai vu en train de faire je sais pas quoi
dans la maison de tes soi-disant parents.

- Ah oui on aurait dit que je faisais du bricolage !

- Clair ! C'tait trop ridicule ! Quelle bandes de nazes !

- Et toi, au bord de la rivire !

- Ah oui ! Trop trop fort, en train de mater les poissons ! C'tait vraiment trop
minable, je m'imagine trop !

Nous clatons d'un bon fou rire en commentant encore quelques unes des images projetes
pendant la sance... Erik redevient un peu plus srieux :

- Pour tre franc j'ai parfois un peu peur que tu ne te plaises trop ici, et je ne
me sens pas la force seul de m'en sortir. Je ne pense pas que j'irai bien loin sans
toi.

- Tu parles, c'est sr que j'ai vachement fait avancer les choses ! Je fais tout
foir oui, Naoma d'abord, et maintenant je suis bloqu ici...

- Je t'en ai voulu pour Naoma, je t'en veux sans doute encore un peu, mais ce n'est
pas juste, tu n'y es pour rien.

- Je n'aurai pas d la quitter, j'ai fait une erreur, rien ne sert de le nier.

- Peu importe, tu as russi  rparer ton erreur, elle est revenue.

- Et elle est repartie...

- Tu peux difficilement t'en vouloir, hormis sur le fait qu'il semble que tu sois
 l'origine de toute cette histoire, mais je ne pense pas que tu l'ais fait exprs...

- a pour sr j'ai un peu de mal  voir les raisons de tout ce bazar...

- C'est quand mme dingue la faon dont cette fille t'en veux... Enfin... Je... Bon...
Il va falloir que je retourne  l'htel...

Erik se tait un instant, comme s'il n'arrivait pas  dire quelque chose.

- T'inquite pas Erik, on s'en sortira, et je ne te laisserai pas tomber.

Il me pose la main sur l'paule, je pose ma main sur la sienne. Il la prend. 

- Merci, Ylraw.  demain.

- Embrasse Pnople pour moi si tu la vois.

- Ce sera fait.

Me voil de nouveau seul... Je n'ai mme pas mon bracelet pour appeler Pnople...
Je ne me rappelle plus o il peut tre d'ailleurs. Aprs mon crash je ne l'avais
plus, et je ne sais pas qui a bien pu le ramasser. Qu'importe, un peu de solitude,
aprs tout... Erik s'inquite... Il compte sur moi... Malheureusement je ne vois
pas trop comment je devrais procder dornavant... La situation m'a l'air un peu
bloque. Il faudrait sans doute que j'ai une discussion plus srieuse avec cette
Sarah, ou navila. navila pourrait m'aider  trouver la vrit, l'inconvnient c'est
qu'elle n'a pas l'air extrmement dispose pour le faire.

- Je peux m'installer ?

Je lve la tte, tir de mes penses. Oh non ! Metthios, si j'avais su...

- Si vous voulez, mais je ne suis pas d'une compagnie  exemplaire.

Il s'assoit  ct de moi et non pas en face, et commande quelques friandises.

- Je comprends, bloqu ici pendant au moins trois jours, en plus avec un prcepteur,
et pour couronner le tout ils vont tenter de faire passer en douce leur histoire
de virtuel pour rgler l'affaire vite fait bien fait.

- Mouais...

- Mais ne vous inquitez pas, on peut encore les avoir, pour l'instant nous avons
fait cause spare avec Mlinawahaza, mais j'ai bon espoir de m'allier avec elle
pour ce coup l, elle ne supporte pas Goriodon, c'est l'occasion ou jamais. En plus
je pourrai peut-tre aussi convaincre Gwnola, et alors nous aurions suffisamment
d'avis pour faire l'introspection de Goriodon et dvoiler la vrit au grand jour
!

- Peut-tre, peut-tre...

Je suis dubitatif et pas trs enjou... Je ne crois toujours pas que le Congrs puisse
vraiment faire avancer les choses. J'ai plus l'impression d'une immense mascarade
o les gens sont soumis au bon vouloir des artificiels. Mais je n'ai pas envie d'en
discuter avec Metthios, il resterait sans doute  rver de renverser le systme pendant
des heures. J'ai envie d'tre seul, ou tout du moins surtout pas avec lui... Une
petite abeille apporte le plat command par Metthios. Il continue :

- Oui... Oui...

- Pour tre franc je suis un peu extnu par cette journe.

- Je comprends, qui ne le serait pas ? Je vais vous laisser vous reposer. Nous nous
reverrons demain. Bonne chance.

- Merci, bonsoir...

Me voil de nouveau seul. Il me reste le plat de Metthios sur les bras maintenant,
et j'ai tout sauf faim... Est-ce que Pnople pourrait revenir me voir ? Peut-tre
Erik pourrait la convaincre...

- Ylraw ?

Encore ! C'est pas possible je suis devenu le pote de tout le monde ou quoi !

- Oui ?

Je me retourne, c'est Yamwreq et Gwnola. Tiens, il a russi son coup ou quoi. C'est
vrai qu'ils vont vraiment bien ensemble. Gwnola prend la parole :

- Pouvons-nous nous entretenir avec vous un instant ?

- Oui, bien-sr.

Ils s'assoient tous les deux en face de moi, et rapproche un peu leurs siges, dans
la limite de leurs grandes jambes. Mais c'est moi qui suit le plus loin de la petite
table ronde, et je ne pense pas qu'ils auront le courage de la dplacer pour se rapprocher
encore plus. Ils ne commandent rien, apparemment ils ne veulent pas rester longtemps.
Aprs un instant, Yamwreq me demande :

- Nous aimerions avoir votre sentiment sur ce virtuel.

- Je n'y crois pas.

Gwnola prcise :

- Vous n'y croyez pas ou ne l'admettez pas ?

- Je pense que c'est navila qui a raison.

- Parce qu'elle est de votre ct... Sur ce point tout du moins.

- La prcision s'impose. Non, parce qu'elle est trop extrme pour mentir.

Yamwreq intervient :

- Pourtant elle sait mentir.

- Elle dupe vos bracelets, c'est diffrent.

- Certes, mais nous n'avons pas d'autres moyens de...

Gwnola le coupe :

- Peu importe. Avez-vous d'autres lments ?

- Mis  part ceux soulevs pendant le Conseil, non. Mais j'avoue que l'hypothse
du virtuel expliquerait aussi certains dtails. Et vous avez peut-tre raison, que
c'est plus une difficult  l'admettre qu'une intime conviction.

- N'y aurait-il pas d'autres lments que vous n'auriez pas mis en avant, trop anodins
 vos yeux ou que vous ayez oublis, qui pourrait nous aider ?

- Sans doute, mais comment le savoir ?

- Vous pourriez repasser les scnes et regarder plus en dtails ?

Je souris.

- Eh ! Nous n'avons pas de bracelet sur Terre !

- Pourtant navila vous en a donn un ?

- Oui mais je ne m'en suis pas servi, je ne savais pas m'en servir, il a peut-tre
fait une sauvegarde mais je n'en sais rien. J'ai bien tent d'crire mon aventure,
peut-tre retrouverai-je des dtails en relisant, mais pour a il faudrait que j'y
retourne...

Yamwreq reste pensif un instant puis dit :

- Pourquoi pas ? Si c'est la volont du Conseil, nous pouvons vous autoriser  utiliser
le tlporteur trouv par Sarah pour vous rendre sur place.

Je suis perplexe.

- a ne tient pas, Sarah a bien prcis que l'exprience avec son tlporteur avait
prouv qu'il s'agissait bien d'un virtuel. Et dans l'hypothse o le Congrs demande
 ce que j'y retourne, il sera simple pour elle, dans la mesure o elle est la seule
 connatre l'emplacement de son accs, de mettre en place un faux tlporteur pour
dmontrer ses dires.

Ils restent silencieux un instant, finalement Yamwreq rpond :

- Je comprends que vous ayez pu vous faire quelques ides avec les vnements de
ces derniers jours, mais gardez tout de mme  l'esprit que nous reposons sur le
principe que les gens ne peuvent pas mentir ou cacher des choses contre les avis.
Bien sr le cas d'navila ou mme de Sarah semblent remettre en cause ce principe.
Mais avant de le rejeter compltement, nous devons tout de mme nous y rattacher.

Gwnola complte :

- Je suis de l'avis de Yamwreq, un principe qui est valable depuis des milliers d'annes
et a garanti la justesse, l'quit et la stabilit de la Congrgation ne peut pas
tre oubli du jour au  lendemain.

- Peut-tre que les techniques ont volu, peut-tre qu'navila possde de quoi contourner
les avis...

Yamwreq acquiesce :

- Oui, et c'est ce que les pisteurs lectromagntiques qui lui ont t adjoints tenteront
de dterminer pour votre nouvelle comparution dans deux jours.

- Je n'y crois pas. Peut-tre que Sarah aussi peut contourner les bracelets. Peut-tre
aprs tout Metthios a-t-il raison, navila, Sarah et Goriodon sont de mche et ne
veulent que renverser la Congrgation...

Gwenola me coupe :

- Ne vous laissez pas embarquer dans ses hypothses fumeuses, Metthios est un voyou
!

- Oh, je ne me laisse embarquer nulle part, je constate juste que la situation est
tellement inexplicable qu'aucune hypothse ne peut tre franchement repousse...
Peut-tre qu'il nous manque bien quelques lments, des indices que je n'ai pas su
interprter...

Je reste pensif, Yamwreq me redemande :

- Consentirez-vous  accepter d'aller sur place, sur Terre, si le Conseil vous le
demandez ?

- Bien sr, je ne demande moi-mme qu' tre convaincu du bien fond de cette hypothse
de virtuel. Et je ne crois pas que je pourrai l'accepter sans la vrifier moi-mme.

- Parfait. Nous proposerons cette ide au Conseil, dans deux jours.

Gwnola poursuit :

- D'ici l n'hsitez pas si vous avez la moindre ide, ou si vous vous remmorez
des dtails pouvant aller dans un sens ou dans l'autre.

- Ne vous inquitez pas, je suis coinc ici pour deux jours, je vais en profiter
pour rflchir au problme, il devrait bien en ressortir quelque chose...

Ils se relvent, je n'en prends pas la peine, me remercient, me saluent puis s'loignent.
Tout ne semble nanmoins pas gagn pour Yamwreq car Gwnola semble l'avoir congdi
gentiment, ils prennent au bout de quelques pas chacun une direction diffrente.

Ah, pauvre ! Toutes ces histoires me font presque rire... Tout est si dlirant. Je
suis assis  une table d'un bar o je me fais servir par des petites abeilles sur
une plante peuple de plus de vingt milliards d'habitants, je ne sais trop o dans
la Voie Lacte, dans un corps qui n'est pas le mien, entour par des stations orbitales
immenses, suivi par un prcepteur qui lit dans mes penses, largue par une nana
de 1400 ans qui me fait bander comme au premier jour... Je persiste  penser que
les hros des films de science-fiction n'y croient pas jusqu'au bout, ils esprent
juste que tout va disparatre et redevenir comme avant... Ils ne font que ragir
du mieux qu'ils peuvent face  des situations auxquelles ils ne croient pas mais
qui pourtant sont devant leur yeux... Peut-tre par rflexe, peut-tre comme si on
mettait notre sens critique de ct, notre conscience... C'est comme dans les rve,
aussi absurde soit la situation, nous y croyons quand mme, nous l'acceptons sans
vraiment nous poser de question, en attendant de se rveiller. Peut-tre que je devrais
tenter de comprendre vraiment ce monde au lieu de vouloir le survoler puis l'oublier...

Je suis paum, je ne sais mme pas si je ne suis pas dans un virtuel, peut-tre celui
commenc avec Pnople sur Stycchia, peut-tre dans un tlporteur en Australie,
peut-tre dans un rve tout simplement... Et puis avec ces corps parfaits, impossible
de se taper une bonne migraine quand les choses deviennent trop compliques. Qu'est-ce
que je peux bien faire, entre navila la djante, Pnople qui me quitte, Naoma
qui a disparu... Erik est avec moi, et finalement c'est la seule personne en qui
j'ai rellement confiance...

Voil presque deux cents jours que je suis dans ce nouvel univers, sept ou huit mois,
a devrait tre magnifique, dcouvrir de nouveaux mondes, dcouvrir ces nouvelles
technologies... Pourtant je suis compltement perdu, je ne sais rien faire, ne comprends
rien  leurs lois, leur faon de voir la vie... Aprs tout voyager dans le temps
n'est qu'une illusion, quel intrt d'arriver dans un monde aussi magnifique soit-il,
si on s'y trouve comme un cheveu sur la soupe. Sept ou huit mois, ils doivent tous
penser que je suis mort, l-bas, et si j'attends trop, je n'aurai plus non plus ma
place l-bas, et je ne serai plus chez moi nulle part...

Je suis soudain interrompu dans mes penses par une petite abeille qui m'apporte
une coupelle de petits gteaux. Elle me parle intrieurement.

"Vous tes triste, mangez."

Je souris, on n'a mme pas le droit d'tre triste, ici, sans que quelques artificiels
ne trouvent une parade rapide et efficace. Pourtant c'taient ces moments de tristesse
qui me permettaient de repartir avec d'autant plus de courage sur Terre. Mais peut-tre
que ce nouveau corps ne ragit pas de la mme manire.

Je mange machinalement les petits gteaux apport par l'abeille, ils n'ont pas un
got trs prononc, gorgs d'eau et frais. Je reste encore un moment, peut-tre une
demi-heure,  attendre en pensant  la Terre,  Deborah,  mes parents, ma grand-mre,
ma marraine, que j'aime tant,  Mandrake... M'endormant sur place, je me dirige finalement
vers ma chambre, l'espace d'un instant je m'imagine que Pnople m'y attend, mais
non... Je suis seul...

Ah Pnople ! Pourquoi m'as-tu quitt ? Pourquoi es-tu partie ? Mais qu'esprais-je
? Je ne suis mme pas sr de l'aimer vraiment, plus proccup par ce nouveau monde,
et puis que pourrais-je lui apporter ? Nous n'avons rien en commun, hormis peut-tre
d'aimer faire l'amour ensemble, et encore, avec ces corps, je me demande si n'importe
qui ne ferait pas l'affaire.  un moment o  un autre je lui aurai fait du mal,
parce que je ne peux pas rester ici, il faudra que je bouge, que je trouve la solution,
que je trouve pourquoi moi, pourquoi la Terre, pourquoi tout ce fourbi et ce dlire...

Je retrouve mon bracelet sur ce qui sert de table de nuit, enfin tout du moins un
bracelet, je ne sais pas trop si c'est le mien. Je l'enfile, c'est bien le mien.
Pas de message de Pnople, pas de message tout court, et impossible de la joindre...

Je me dshabille et m'allonge sur le lit, la couverture se morphe et me recouvre,
je sens un lger flux le long de mon corps, sans doute une sorte de lavage automatique,
 moins que ce ne soit un massage. Quoi que ce soit c'est plus qu'agrable, mais
cela ne m'empche pas de m'endormir une larme  l'oeil...

Cent quatre-vingt onzime jour. C'est Guerd qui me rveille, rik ne le pouvant pas
avec son bracelet, c'est tout de mme Erik qui me parle :

"navila s'est chappe pendant la nuit, tu devrais jeter un coup d'oeil  ses exploits."

"chappe, mais comment, elle n'avait pas des trucs qui la bloquaient ?"

"Des traceurs lectromagntiques, si, mais elle a semble-t-il un moyen de rendre
bestioles incapables de faire quoi que ce soit."

"Mais o est-elle, dsormais ?"

"Ah mais ils l'ont rattrap, il l'ont ramene aux btiments du Congrs, la bougresse
n'est pas invincible !"

Pas encore trs rveill, je regarde l'heure, il est  peine huit trente-siximes
passs, mais d'un autre ct je me suis couch tt.

- Je vais demander  Guerd de te transmettre, tu pourras te rendre compte par toi-mme.

vasion
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Dans une petite chambre, un peu similaire  la mienne. navila dort calmement. La
couverture est trs mince et on devine dans la pnombre les courbes de son corps,
dcidment toutes ces femmes me rendront fou ! Le petit traceur par lequel nous parvienne
les images vole doucement autour, divers petits histogrammes indiquent sans doute
son activit physique et crbrale. Son coeur bat lentement, tellement lentement,
j'en suis jaloux. Trois images sont disponibles, une pour chaque traceur. Quand un
passe  proximit de sa tte, je contemple ce visage d'ange qui me cause pourtant
tant de malheurs. Elle a tout de mme un beau visage, sous ses airs de dmon. Je
n'ai toujours pas remis la main sur la personne que j'ai connue qui lui ressemblait.

Elle ouvre les yeux, les petits traceurs s'affolent et acclrent leur course au-dessus
d'elle. Sur les diffrentes petites reprsentation des images en trois dimensions
de son cerveau clignotent diverses couleurs indiquant les zones qui s'activent. Elle
se relve et se place sur les coudes, regarde autour d'elle en plissant les yeux,
puis se laisse retomber en soufflant.

- J'ai le droit de me lever ?

Elle s'adresse aux traceurs. Ceux-ci lui rpondent par un sym.

"Il serait prfrable que vous dormiez encore un peu."

Elle leur rpond de vive voix :

- J'ai plus sommeil.

"Votre non coopration lors de la sance du Congrs ne nous poussent pas  vous laisser
un degr de libert important, en consquence nous prfrons que vous restiez ici.
Dormez encore un peu, il est trs tt."

- Je veux juste aller marcher un peu. La lune est presque pleine, je marcherai juste
dans le parc.

"Plus tard."

navila se redresse sur les coudes et suit de la tte un des traceurs qui lui virevoltent
autour.

- Putain ! Je veux juste marcher un petit moment, c'est pas la mort, je vais pas
foutre le feu ou faire du mal  quelqu'un, de toute faon vous me surveillez et vous
m'empchez de bouger, alors qu'est-ce que a peut faire ?

"Il est inutile et vain que vous vous nerviez. Il est plus sage que vous vous reposiez,
vous pourrez vous promenez demain toute la journe."

- Chier...

navila se laisse retomber sur le lit et croise les bras. Les traceurs arrivent 
retrouver la plupart de ses penses. Ils laissent entrevoir les images mentales qui
peuplent son esprit. Je la vois en train de s'imaginer dormir, feinter la surveillance
des traceurs, se lever doucement. Elle semble maintenant se concentrer sur un des
traceurs, et on voit comme des flashes lectromagntiques sur la reprsentation en
trois dimensions de son cerveau. Elle s'crit soudain :

- Petite saloperie, t'es en train de lire mes penses, saloperie, t'as pas le droit
de faire a !

"Je vous rappelle au contraire que c'est votre manque de coopration qui a permis
au Congrs de m'en donner l'autorisation."

Ses penses s'emballent, elle comprend qu'elle ne peut pas penser  quoi que ce soit
sans prendre le risque de dvoiler des choses, des images brouilles apparaissent,
on ne distingue plus directement les images.

- Chier... 

Une sorte de voile bleu apparat, mais, surprise, je l'entrevoie prs des btiments
par lesquels nous sommes arrivs sur Stycchia, puis des locaux qui semble tre ceux
de la lune par laquelle nous sommes passs, le Jardin des Plantes ! Les images se
brouillent de nouveau, tout devient noir, l'activit de son cerveau semble s'attnuer,
elle doit s'endormir.

Mais ce n'est qu'une impression, car elle se lve doucement et s'assoit sur le bord
du lit. Les traceurs s'affolent, ils ne peroivent plus ses ondes mentales, et ils
ne parviennent plus non plus  lui communiquer des messages, ils sont obligs d'utiliser
des ondes sonores classiques.

- Vous ne devez pas vous lever, vous ne devez pas vous opposer  ce que nous vous
observions.

navila ne dit rien, c'est toujours le noir quasi-complet sur l'image de son cerveau,
elle doit se concentrer, sans doute, pour les empcher de distinguer ses penses.
Elle se lve lentement et fais quelques pas, elle est nue et je ne peux m'empcher
de contempler son corps superbe. Elle s'appuie contre le mur, reste un instant ainsi,
puis se laisse glisser jusqu' se retrouver assise par terre. Cette position me fait
sourire, car je l'adoptais souvent, quand, un peu dpass par les vnements, ou
un peu dsespr, je passais quelques instants  subir le contre-coup d'une journe
difficile ou d'un mauvais moment.

Les images commencent  rapparatre, on distingue Goriodon, Gwnola, mais tout
se bouscule. Notre Dame ! Une image de Notre Dame reste un instant dans son esprit,
puis de nouveau tout devient noir. Elle se relve, fait encore quelques pas dans
la pice, les traceurs sont fous et lui rptent inlassablement de cesser de rsister
 leurs requtes. Elle se rallonge finalement. De nouveaux des images reviennent,
mais elles sont confuses, sans doute s'endort-elle et un dbut de rve peuple-t-il
son esprit. On n'y revoit des images du Congrs, de moi, de Sarah. On voit Goriodon
rpondre un ferme "oui, je suis au courant de tout"  la question de Metthios et
Mlinawahaza. Apparaissent ensuite Goriodon et Sarah, discutant ensemble, puis le
collier d'navila recouvre l'image, et une brutale activit mentale se dclenche,
navila ouvre les yeux et se redresse brusquement. Elle soupire et se laisse retomber
sur le lit, elle semble puise.

De nouveau le noir complet, elle s'assoit doucement sur le bord du lit, les traceurs
la sermonnent de nouveau, elle se lve lentement, se concentrant pour qu'aucune de
ses penses ne s'chappe. Elle enfile une toge qui s'enroule autour d'elle pour former
comme une salopette ou une combinaison lgre. Elle marche et se place devant la
fentre, qui donne sur le parc. Il fait encore nuit noire et presque seule la lumire
de la lune claire les arbres. Elle passe sa main sur la vitre, peut-tre cherche-t-elle
 la briser. Elle la tapote avec le dos de l'index puis se retourne vers la porte.
Les portes d'ici sont constitues d'une multitudes de petites plaques mtalliques
qui sont maintenues dans un puissant champ magntique. Quand elles sont ouvertes,
elles se comportent un peu comme des rideaux, pour redevenir une paroi rigide quand
elles sont fermes.

navila se place devant la porte, et les traceurs s'affolent alors, lui interdisant
d'une part de sortir, mais ne relve toujours aucune activit dans son cerveau...
Mais soudain un flash se produit, puis l'image revient, et on se rend compte que
le traceur est au sol, tout comme les deux autres. Ils se remettent en activit et
sortent rapidement de la pice o ne se trouve plus navila. Mais ils n'ont d rester
inactifs qu'un court instant, car celle-ci court dans le couloir. Ils se lancent
 sa poursuite et la rattrapent en quelques secondes. L'espace d'un instant ils parviennent
 la matriser et elle s'croule au sol, mais elle serre les dents et ferme les yeux
et de nouveau les traceurs disjonctent. Seuls deux se remettent du choc, le troisime
reste clou au sol, ou tout du moins il ne transmet plus d'image.

Ils retrouvent navila  l'extrieur, courant pour s'loigner des btiments du Congrs.
Elle essaie vainement d'utiliser deux sac--dos abeilles, mais il semble qu'elle
ne parvienne pas  les faire fonctionner, ses gestes agressifs envers les deux traceurs
persistant laissent suggrer que ce sont eux qui ont bloqu les sac--dos. Elles
s'enfuient alors en courant, toujours poursuivie par les deux traceurs qui ne cessent
de tenter de lui envoyer des sym ou des messages tout haut.

navila courra pendant sans doute plus d'un sixime, trbuchant quand sa garde s'affaissant,
les traceurs parviennent  l'immobiliser, puis se relevant de plus belle en les envoyant
balader. Mais je n'acclre  aucun moment la diffusion, de peur de manquer un dtail
crucial, une image qu'elle n'a pu retenir, un indice supplmentaire sur ses motivations.

La nuit est encore profonde mais dans les contre-bas de la ville il y a encore beaucoup
de passants qui se promnent, et si quelques tmraires tentent de barrer le passage
 navila, soit avec leur bracelet, ou mme en faisant barrire de leur corps, la
plupart s'loigent devant sa rage, ou crie au scandale quand elle fait mine de les
bousculer.

 plusieurs reprises navila tente de passer un sym, mais les traceurs l'interceptent
et lui bloquent l'utilisation de son bracelet pour communiquer. Elle s'crie avec
rage  chaque fois qu'ils lui cause des ennuis :

- Saloperies de bestioles de merde, vous allez me laisser tranquille, barrez-vous
!

Elle saute de rage en direction d'un des traceurs pour l'attraper, mais il n'a aucun
mal  l'viter et profite de sa baisse d'attention pour la paralyser. Elle tombe
alors lourdement sur le sol, en criant de tout son souffle. Des images de traceurs
dtruits par divers objets s'chappe de son esprit, puis bien vite elle se reconcentre
pour faire le vide :

- Merde ! Putain de putain ! Font chier tous...

Elle marche alors plus calmement dans la rue, vitant de loin les passants qui tranent.
Soudain une norme abeille arrive et entoure navila sans qu'elle ait eu le temps
de ragir. L'abeille s'est fixe au dos, aux bras et aux jambes d'navila, la maintenant
fermement. Elle se dbat comme une furie, relche sa concentration, plusieurs flashes
envoient les traceurs par terre, mais la grosse abeille, fermement attache  elle,
entrane navila au sol quand celle-ci, par un moyen qui m'chappe, parvient  la
mettre temporairement hors-circuit. L'abeille est inerte sur le sol, navila coince
dans ses pattes :

- Bordel de bordel de bordel de bordel de BORDEL !

Les traceurs sont plus rapides  se remettre en route, et navila tente sans succs
de s'extirper de l'emprise de la grosse abeille. Perdant le contrle, les traceurs
l'immobilisent, et pendant quelques secondes la grosse abeille, qui a maintenant
dcoll de nouveau, entoure des deux traceurs, semblent avoir gagn la partie. Je
souris  la vue des deux petits traceurs qui ont du mal  suivre la grosse abeille,
et qui finalement s'accrochent tant bien que mal  elle. Ces bestioles sont tout
de mme pas si btes.

Tout est dirait-on perdu pour la belle, quelques minutes plus tard se dessine dans
les capteurs des traceurs les alentours connus du Congrs. Cette fois-ci, plus prudents,
les artificiels utilisent une sorte de gros insecte pour rcuprer navila. Elle
tente une de ses dcharges au moment ou la grosse abeille livre son colis  la grosse
fourmi, mais son timing n'est pas bon et elle reste coince sous les deux artificiels.
Quand les traceurs se remettent en route, c'est pour l'entendre jurer de tout ses
poumons. Finalement elle sera enferme cette fois-ci dans une pice au sous-sol dont
la fermeture n'est pas uniquement lectromagntique, comme elle s'en rendra compte
aprs deux ou trois tentatives, infructueuses, pour ouvrir la porte.

Les deux traceurs sont toujours en sa compagnie, et les indicateurs donnent un tat
assez inquitant de son niveau de fatigue, elle est puise. Finalement sa concentration
cdera, et les images peupleront de nouveaux les dtecteurs des petites abeilles.
Elle finira par taper vigoureusement sur la porte, en criant de la laisser sortir,
avant de se laisser, une fois de plus, glisser le dos contre celle-ci pour se retrouver
assise par-terre.

Elle reste silencieuse, les yeux dans le vide, puis regarde avec tristesse les deux
abeilles qui continuent  lui dbiter des messages moralisateurs.

- Fermez-l, putain, fermez-l...

"Votre langage n'a rien de correct, rien d'tonnant que vous ayez des problmes d'intgration."

- Putain je t'emmerde, a te dirait pas de te poser dans un coin et de la fermer
? Tu pourrais faire a pour moi ?

"Si vous me promettez de rester correcte, je peux le faire, oui."

- Bien, d'accord, je te promets de rester l sans bouger et de ne pas dire d'insanit.

Les deux petites abeilles vont alors se poser  bonne distance d'navila, sans doute
tout de mme mfiantes qu'elle ne tente pas de les crabouiller. navila lve alors
la tte au ciel et laisse s'chapper un gros soupir.

- Oh bordel...

Avant mme qu'elle n'est formul son injure les deux traceurs sont de nouveau en
vol, rappelant une cassure des clauses du contrat.

- Oui, oui, OK, OK, je me suis laisse aller, mais laissez-moi un peu de temps...

Sa voix donne l'impression qu'elle est tellement lasse ; elle doit tre puise.
Les traceurs sont conciliants et retournent se poser gentiment un peu plus loin.
navila les regarde d'un air dsabus, des images confuses hantent son esprit.

- Est-ce que vous pourriez arrter de me sonder les penses ?

Un des traceurs s'envole et vient vers elle, lui rpond par sym.

"Malheureusement c'est l'une de nos prrogatives, et il est encore un peu tt pour
que nous vous laissions cette libert, mais si vous vous montrez sage, nous pourrons
sans doute vous permettre une journe plus tranquille."

Confessions
-----------



"Tout le monde peut m'couter alors, la Congrgation toute entire s'amuse  savoir
ce qu'une fille paume a dans la tte... Je suppose que je peux saluer ma famille...
Salue donc, travou, Malloukirne, Pasornade, Papsor, Guirnadouec, Synte, Glinar,
Traranizar, ah, tu n'aurais pas cru que je finirai au Congrs, hein ? Je te l'avais
promis pourtant ! Pas tout  fait de la faon dont je m'imaginais, hein, mais quoi,
j'y suis...

J'y suis...

Ah je suis dsole de faire tout ce bord...Bazar... Mais quoi ! Je n'ai mme pas
16 ans, encore quatre ans avant d'tre adulte ! N'ai-je pas le droit de rver un
peu ? N'avez-vous donc jamais rv ?

Bah ! Pfff ! Non, sans doute pas, sans doute ne rvez-vous plus... C'est bien pour
a que je me bats, c'est bien pour a que je ne suis pas vos rgles... Vous ne rvez
plus, vous restez  attendre dans votre immortalit monotone...  quoi bon !  quoi
bon vivre sans rve, sans chose impossible  atteindre !

N'avez-vous donc pas envie de faire autre chose que vos petites balades quotidiennes
et vos amusements dbiles ? Merd... Mince mais...

En quoi est-ce si mal que de vouloir changer les choses ? Vous croyiez en Teegoosh,
non ? Ne vous avait-il pas apport plus que ce paradis triste dans lequel vous vivez
? Et mme ! Bon sang ! Que vous choisissiez votre univers, OK, mais nous, nous, les
jeunes, pourquoi devrait-on subir vos choix ? Pourquoi nous laisser suffoquer pendant
vingt ans, alors que c'est l que tout arrive, c'est l que nous nous construisons,
c'est l que tout est possible, que tous les rves sont permis ! Nous enfermer dans
une prison pendant vingt ans pour ensuite nous donner une libert dont nous n'avons
plus que faire, dj endoctrins  vos vies lthargiques...

Mince mais quoi ! Vous avez donc si peur de tout perdre, si nous prenons notre libert
? Vous avez donc si peur que nous trouvions le bonheur ? Vous avez donc si peur de
vous tromper que vous prfrez liminer d'office toute autre vision de la vie pour
ne jamais rien regretter ? Pour ne pas vous rappeler votre erreur passe ? Pour ne
pas vous rappeler que vous avez dj perdu vos enfants, une fois, par votre faute,
pour ne pas vous rappeler que les responsables des dparts lors du Libre Choix, c'est
vous ?! Oui, vous ! Vous dans votre faiblesse et vos peurs, dans votre refus de combattre,
dans votre refus d'accepter la lutte !

Mais que croyez-vous ? Vous pensez qu'en nous brimant encore plus nous allons entrer
dans votre moule ? Vous ne pensez pas que c'est le contraire qui va se passer ? Et
qu'un jour a va casser, encore, et que nous allons partir ? Choisir notre voie,
pas la votre, choisir la libert, choisir de vivre comme nous l'entendons. Vous pensez
qu'il s'est pass quoi dans la tte de ceux qui sont partis aprs le Libre Choix
?

Si vous vous enttez, a finira mal, et nous partirons, et vous ne serez qu'encore
plus dsesprs...

Ou peut-tre pas, finalement, peut-tre que vous parviendrez  tuer le reste de motivation
qui nous habite, aprs tout, peut-tre qu' force de nous enfermer dans vos rgles
stupides nous les accepterons, peut-tre qu' force de nous marteler que nous sommes
inconscients et draisonnables vous finirez par nous convaincre... Comme vous avez
dj convaincu tous ceux qui ont regrett de ne pas tre partis, alors...

Mais mince ! Vous ne pouvez donc pas comprendre que nous ne VOULONS PAS de votre
soi-disant paradis ! Vous ne pouvez pas comprendre pour nous c'est pire que la mort
! Que pour nous c'est faire une croix sur tout ce en quoi nous croyons ! Mais mince
! Je sais, vous trouvez sans doute que je ne sais pas de quoi je parle, mais si j'avais
un enfant, je comprendrais qu'il puisse vouloir faire autre chose, partir, faire
sa vie comme il l'entend, mais pourquoi bord...diable ne comprenez-vous pas une chose
aussi simple ! Vous n'avez jamais rv, vous, vous n'avez jamais eu envie d'aventure,
de nouveaut, de frisson ?

Ils ne sont pas tous partis, les aventuriers, pas tous partis avec les hommes de
l'Au-del, il doit bien en rester parmi vous ! Les hommes de l'Au-del... Parfois
j'ai l'impression que c'est cela que vous voulez, que nous devenions les enfants
de l'Au-del. Et que tout comme eux, vous baissiez le regard en parlant de nous,
comme honteux d'avoir laiss faire une chose pareille. Mais peut-tre aprs tout
n'en avez-vous pas honte, peut-tre aprs tout seriez-vous rassur, d'liminer une
fois de plus cette gangrne qui trouble votre ternit...

Mais pensez-vous vraiment que cela nous fasse plaisir de devoir sans cesse nous battre
contre vous, nous battre contre vos prjugs, vos rgles, vos limites. Ne croyez-vous
pas que nous prfrerions passer du bon temps avec vous, nos familles, nos parents,
plutt que d'tre toujours et encore sermonns ? Plutt que de ne paratre que parias
 vos yeux ?

Je n'arrive pas  vous comprendre, je n'arrive pas  comprendre pourquoi cet enttement
 notre gard ; nous ne sommes pas des voleurs, nous ne sommes pas des monstres,
juste vos enfants qui rvent d'autre chose que de votre monde moribond...

Mais ne voyez-vous pas que vous tes en train de mourir  petit feu, ne voyez-vous
pas que vous vous enfoncez petit  petit dans quelque chose de pire que la mort !
Vous ne faites plus d'enfants, vous vous croyez jeunes dans vos clones alors que
vous n'tes que des ombres, des esprits hantant un monde qui ne veut plus d'eux !

Je ne supporte plus a ! Je ne supporte plus de sentir... Cette sensation de mort
qui m'envahit... Je ne supporte plus cette Congrgation, ces rgles, a me tue !
a me TUE ! Vous comprenez, a me ronge de l'intrieur, comme si c'tait moi qui
mourrait, comme si c'tait moi qui sentait la gangrne me dvorer !

Mais est-ce mal de vouloir le bien de son peuple ? Est-ce mal de vouloir redonner
la vie, est-ce mal de vouloir redonner le rve, l'espoir, l'envie ? Vous n'avez plus
tout a depuis longtemps, ses sentiments sont enfouis dans un pass que vous ne regardez
mme plus. Vous n'tes plus rien, et moi je ne peux pas vivre en sentant a, je ne
peux pas vivre autour d'hommes et de femmes qui n'en sont plus vraiment... Qui ne
sont que des ombres...

Je ne peux pas, je ne pourrai pas, vous n'avez sans doute plus ce sentiment depuis
longtemps, mais je suis bouffe par ce truc ! J'ai parfois envie de mourir plutt
que de ressentir a ! Mais je ne peux pas mourir...

Je ne peux pas mourir !... Nous n'avons mme pas le droit  la mort ! Trois fois
dj j'ai jet mon bracelet dans des fournaises et mon corps avec, en esprant ne
plus en revenir... Mais non ! Toujours je reviens, toujours vous me ramenez  l'amre
ralit... Toujours vous voulez me voir subir mon martyr jusqu'au bout ! Je n'aurai
donc jamais de repos...

Pourtant sentir son esprit s'envoler est une enivrante sensation, mais je ne sais
pas comment vous vous dbrouillez pour toujours me ramenez, pour toujours le rattraper,
pour toujours le piger de nouveau dans un de vos corps... Pourtant j'aimerais voler,
voler pour toujours dans le vide et le calme, et ne pas avoir cette douleur de mort
qui m'habite... N'est-ce pas trange, hein, que vivante je me crois morte, et que
morte j'ai l'impression de vivre ?

Vous ne comprenez sans doute pas tout a. Vous ne comprenez sans doute pas que ce
que je tente dsesprment, c'est de vous ramener  la vie, c'est d'attiser cette
flamme qui s'teint... Je suis fatigue... Je suis tellement fatigue...

J'en ai marre... J'en ai marre de me battre pour quelque chose dont vous vous moquez...
Mais si vous ne voulez pas, aprs tout... Comme si j'tais un dmon, comme si j'allais
tout mettre en l'air, comme si je n'tais pas normale... J'en sais rien moi pourquoi
vos bracelets et vos traceurs  la noix ils ne marchent pas bien sur moi... J'en
sais rien pourquoi...

Goriodon ment.  Vous ne croyez que vos bracelets sur paroles, mais croyez-moi, il
ment, il sait, il sait de quoi il en retourne... Mais je m'en moque, maintenant.
Je m'en moque. Vous ne voulez pas de moi, OK, pas de problme. J'irai me faire voir
au fin fond de la galaxie, et je n'en aurai plus rien  faire de vous, c'est bon
j'ai eu ma dose... Et Gwnola est comme les autres, tu m'tonnes que a se passe
mieux entre le Congrs et les plantes rebelles. Qu'est-ce qu'on a eu depuis qu'elle
est l ? Le droit de passer six mois au lieu de trois si on accepte d'avoir un traceur
? Tu parles, c'est juste un moyen de nous contrler un peu plus, un moyen de rendre
les plantes rebelles rien d'autre qu'une garderie gante sur laquelle vous aurez
toujours un oeil. T'es qu'une perdante, Gwnola, et maintenant je n'ai pas plus
confiance en toi qu'en Goriodon, c'est pour dire....

a me fait chialer ces conne...Btises... Je me demande bien pourquoi, je me demande
bien pourquoi je pleure alors que vous ne comprenez rien, que vous vous en moquez...
Je me demande bien pourquoi j'ai cru si longtemps qu'on pouvait changer les choses...

Tentatives
----------



Je suis coup dans ma visualisation par quelqu'un qui me tire, je coupe avant de
me retrouver par-terre. J'ouvre les yeux et je vois navila qui me tiens.

- Eh ! J'ai rien fait !

- Lve-toi.

- Et oh, du calme !

- Tu veux te barrer ou pas ?

- Me barrer ? Ben, euh, oui, mais o,  la plage ?

- Putain... Tu vas pas faire chier, j'ai pas le temps pour a. Je vais chez toi,
je me casse d'ici, sois tu m'aides et tu viens, soit tu restes l.

Avant mme que je ne rponde, mon prcepteur se lve et me sermonne :

- Non, vous devez rester ici pendant tout le temps que le Cong...

- Ta gueule toi !

Il est directement envoy au tapis par navila qui en fermant les yeux et les poings,
lui envoie une de ses petites dcharges dont elle a le secret.

- Bon dcide toi, cette saloperie va pas tarder  se rveiller.

Je me lve alors et enfile ma tenue de la veille.

- OK je viens mais c'est bien parce que je m'ennuie un peu ici.

Nous sortons et partons en courant dans le couloir, puis rapidement nous retrouvons
dans la grande salle d'accueil des btiments.  ce niveau l plusieurs artificiels
interviennent.

- Vous n'tes pas autoriss  quitter ces btiments, veuillez abandonner cette ide
et retourner dans vos chambres.

navila se concentre un peu plus que d'habitude, et crie d'une voix qui me perce
les tympans :

- VOOOOS GUEUUUUUUULES !!!!!

Tout saute, mme la lumire, je suis impressionn :

- Wouahou ! Tu t'amliores.

- Ta gueule, cours au lieu de faire des remarques dbiles.

Nous partons en courant et nous retrouvons dehors, navila court vers une rserve
de sac--dos abeille. Elle se retourne vers moi :

- Mais au fait, t'as un bracelet adulte ?

- Ben non, enfant, encore moins bien que toi je pense.

- Merde ! Je suis conne ! Tu me sers  rien alors !

- Et oh a va, trop tard maintenant ! Fallait y penser avant !

- Oui mais qu'est-ce qu'on fait, si on part en courant d'ici dix minutes on va se
faire rattraper.

- D'abord on court puis on rflchit.

Nous partons au pas de course, je commence  me demander si je ne fais pas une btise
de plus.

- O comptes-tu aller ?

- J'en sais rien, je veux me barrer d'ici, j'en peux plus.

- Super plan ! Un plan comme a a ne peut pas foirer.

- Oh tu fais chier, tu prfres rester coinc avec ces connards ?

- Ben a m'emmerde de laisser mes potes, et puis...

Je pense  Pnople mais ne dis rien.

- Oh tu verras ta grognasse plus tard !

- Et oh !

Elle s'arrte de courir.

- coute, tu es avec moi ou tu te casses, j'ai pas envie de devoir traner un boulet.

Je trouve l'expression marrante, je ne sais pas si 'boulet' a pris la mme signification
que chez nous.

- Bon OK, de toute faon avec tes conneries de l'autre jour mon compte est dj mal
barr ici, alors tant qu' faire si on peu trouver un peu plus d'info sur tout ce
bazar.

Nous nous remettons  courir. Mais un bruit d'abeille se fait dj entendre.

- Merde elles sont dj l ces saloperies.

- Aaah !

Je m'tale par-terre, paralys, une voix rsonne dans ma tte, celle de mon prcepteur.

- Vous ne devez pas quitter les btiments du Congrs, votre tentative de fuite remet
fortement en cause votre intgration.

navila se retourne vers moi, mais le temps qu'elle parvienne  me retirer mon bracelet
et l'envoyer nous sommes entours par une armada d'abeilles.

- Chier !

Mon petit prcepteur vient se poser sur mon paule.

"Vous devriez retourner aux btiment du Congrs."

- J'ai le choix ?

" vrai dire, non."

navila s'est agenouille par terre.

- J'en ai marre, je veux pas retourner l-bas, je veux partir d'ici, je veux partir...

Je me retourne vers elle et lui pose la main sur l'paule.

- T'inquite pas va, on va trouver un moyen, c'est quand mme pas eux les plus forts,
aprs tout ils ne sont que trois cent quatre-vingt milliards et nous sommes deux,
ils n'ont aucune chance !

Elle sourit et me regarde du coin de l'oeil. Puis elle redevient srieuse et ferme
les yeux.

- Non, non, non, non ! a sert  rien ils sont trop nombreux !

videmment elle ne m'coute pas, et je suis mme sonn par le choc, quand j'ouvre
les yeux toutes les abeilles grsillent au sol, mon prcepteur y compris. Elle m'aide
 me relever et nous partons en courant.

- Putain mais comment tu fais a ?

- Je ferme les yeux, je m'nerve trs fort et je crie.

- Ah ? Il faudra que j'essaie.

Nous courons du plus vite que nous pouvons, et je suis mme en peine derrire elle,
elle a vraiment d'tonnantes capacits, je ne suis qu' moiti tonn qu'ils aient
autant de mal avec elle. Je lui crie :

- Il ne faut pas que nous restions  dcouvert, il faut qu'on reste  l'intrieur
des btiments, tout est construit par ici, on devrait pourvoir se dplacer en restant
 couvert.

- Oui, mais pour aller o ?

- Et oh c'est toi la chef, moi j'en sais rien o est-ce que l'on va. Tu n'as pas
d'ide ?

- Il faudrait trouver un tlporteur.

Nous arrivons dans un premier btiment, navila fait un tour de passe-passe pour
ouvrir la porte. Mais l'ide n'tait pas si bonne, aussitt  l'intrieur je suis
dj paralys par l'artificiel du btiment. navila aussi a du mal.

- Merde, putain, je suis conne ! Les btiments du Congrs n'ont pas d'artificiel
de gestion, mais ici on est mort. Putain pourquoi je n'y ai pas pens ! Arrrh !

Elle tente tant bien que mal de se dptrer des ondes de l'artificiel local, mais
c'est peine perdue, et nous sommes bientt tous deux dans un profond sommeil.

Je ne me rveille que bien plus tard dans la journe. Ds mon rveil mon prcepteur
m'indique que plusieurs personnes m'attendent  la caftria. Il m'informe aussi
qu'un quivalent de bracelet m'a directement t implant dans l'avant-bras, de manire
 viter que je ne le retire. Vingt trente-sixime, il n'est pas encore trop tard,
mais j'ai tout de mme du dormir pendant plus de dix trente-siximes. Je demande
 mon prcepteur o se trouve navila, il refuse de me le dire. Je me dirige alors
vers la caftria, et j'y retrouve Erik, Guerd, Moln, Ulri et Yamwreq, mais pas de
Pnople. Si Erik me flicite pour ma tentative, il en va tout autrement des autres,
qui ne peuvent s'empcher de considrer ma tentative d'vasion stupide et purile,
d'autant qu'elle tait invitablement voue  l'chec.

- Oui, oui, bon, mais navila est venue me voir, et bon, j'ai pas vraiment eu le
temps de rflchir.

Guerd confirme :

- Oui a on a bien vu que tu n'as pas rflchi ! D'ailleurs je peux te dire que Pnople
a sacrment rl` en voyant a.

J'ai le ventre qui se noue. Je demande d'une voix la moins tremblante possible :

- O est-elle, d'ailleurs, elle n'est pas venue ?

Guerd me rpond :

- Tu parles, il va falloir que tu fasses un peu des efforts si tu veux la revoir.
Quand on l'a quitte ce matin elle s'apprtait  repartir pour Stycchia. Je n'ai
pas tent de la convaincre de rester, la connaissant a n'aurait que provoqu l'inverse.

Erik ne peut s'empcher un commentaire :

- C'est vrai qu'elle a aussi un sacr caractre, mais j'avoue qu'entre elle et navila,
je ne sais pas vraiment laquelle a le plus mauvais, je comprends que ton coeur balance.

Guerd file une tape  Erik, je le rprimande le sourire aux lvres :

- Tu fais chier Erik...

Mon prcepteur intervient sur le champ, me demandant de surveiller mon langage. Erik
compatie, en anglais :

- Tu m'tonnes que les gamins d'ici ptent un cble, avec des trucs pareils sur leur
dos toute la journe faut pas tre surpris s'ils ont envie de tout casser.

Guerd le rprimande :

- J'aime pas quand tu parles dans ta langue, j'ai toujours l'impression que tu dis
des trucs sur moi !

- T'inquite bb je lui donnais juste quelques trucs comme ce que je t'ai fais hier
soir pour que a marche mieux entre lui et Pnople... Ou navila, ou les deux, comme
il veut...

Guerd soupire :

- Tu fais chier Erik.

Je suis offusqu qu'elle puisse tre vulgaire :

- Et l'oiseau, pourquoi, elle, peut-elle dire des mots comme a alors que je n'ai
pas le droit, c'est injuste !

- Guerd est une adulte, elle sait user avec intelligence de mots vulgaires pour souligner
certaines de ses opinions.

- Eh ! C'est exactement ce que j'ai fait, souligner mes opinions !

- Dans ce cas vous devriez apprendre un peu plus de vocabulaire pour que je n'ai
pas l'impression que vous les soulignez en permanence.

Erik rigole, si en plus ces trucs font de l'humour, je jure en franais, comme a
au moins je suis tranquille :

- Saloperie !

- Ne tentez pas de me duper avec votre langue propre, je peux trs bien faire le
rapprochement au vue de vos ondes mentales.

Yamwreq coupe notre conversation :

- Je vous coupe, je ne vais pas rester longtemps. Je veux simplement vous mettre
en garde moi-aussi, j'imagine que la situation est difficile pour vous, mais elle
le sera d'autant plus que vous tentez des oprations telle que celle de ce matin.
La voie du consensus est la seule ici, Ylraw.

Guerd, qui a rapproch son fauteuil de celui d'Erik pour se coller  lui, reprenant
ses bonnes habitudes :

- C'est pas Yacou ton vrai nom ?

- Oh a va hein...

Je m'adresse ensuite  Yamwreq :

- Oui Yamwreq, je l'apprends  mes dpends, mais merci du conseil.

Yamwreq se lve, nous salue et repart. Moln et Ulri discutent entre eux. Je m'adresse
 Erik et Guerd.

- O est Iurt ?

- Il devait voir Guewour je crois, il est parti tt ce matin. Il a dit qu'il nous
rejoindrait.

- Et navila ?

- Ils l'ont renferme dans sa pice au sous-sol, mais elle dort toujours, ils tentent
d'analyser comment elle s'y prend pour mettre  mal les bracelets, pour l'instant
ils ne comprennent pas.

- C'est demain ou aprs demain que nous repassons devant le Congrs ?

- Aprs-demain.

Je reste silencieux un instant. En regardant mon bras je remarque la petite cicatrice
qui marque l'endroit o se trouve le bracelet. Le terme bracelet n'est plus vraiment
de rigueur, mais c'est plus la fonction que l'objet mme qui est dnomme sous ce
terme, car de nombreuses personnes ont des bracelets sous forme de broches, de boucles
d'oreilles, de colliers, de bagues...

- Il est plac profondment ?

Guerd rpond :

- Gnralement ils le placent dans l'os.

Je fais la moue, mme en charcutant se ne sera pas facile de le virer. Mon prcepteur
me fait bien vite enlever cette ide de la tte.

- Est-ce que vous pouvez voir tout ce que je pense comme nous voyions les penses
d'navila ?

- Non, le Congrs n'avait pas vot la prsence de traceurs, juste d'un prcepteur,
nous ne pouvons pas savoir directement ce que tu penses. Toutefois, tu as un bracelet
enfant et nous, en tant qu'adultes, nous le pouvons dans la mesure o nous sommes
 proximit.

- Mouais... Il n'y a pas grande chose  faire... Ah ! J'ai faim ! Dis-moi prcepteur
? Tu m'apportes de quoi manger ?...

Je m'adresse de nouveau  Guerd et Erik :

- On a des nouvelles de Sarah ?

- Non, mais elle sera sans doute prsente pour la sance du Congrs.

Sans que mon prcepteur n'ait boug, une petite abeille serveur m'apporte un petit
panier de gteaux, comme d'habitude ils sont dlicieux et correspondent tout  fait
 ce dont j'ai envie.

- Mais pas de nouvelles sur ce virtuel, sur Yacou et, comment dj.

Erik rpond :

- Meckwasior, mon nom est Meckwasior. a fait un peu 'TechWarrior', c'est pas si
mal.

Guerd ne comprend pas :

- C'est quoi 'techwarrior' ?

Erik explique la signification  Guerd, Je me dis quant  moi que la vie doit tre
bien triste dans cette Congrgation si juste une gamine qui fait un caprice retient
l'attention de tous. D'un autre ct ce n'est qu'une supposition, peut-tre leur
vie est-elle plus anime que je ne le pense :

- Il se passe souvent des histoires comme celles d'navila, ici, Guerd ?

- Oh quand mme oui, surtout avec les plantes rebelles, il y a sans arrt des gamins
qui tentent de contourner les bracelets, mais ils se font attraper  chaque fois.
Mais navila, c'est pas la premire fois qu'elle se fait attraper. Et je crois que
quand mme, il y a pas mal de gens qui l'aiment bien. Par exemple avec son long discours
de cette nuit, je suis sre que beaucoup d'avis ont bascul. Elle refuse toute utilisation
des avis, mais elle pourrait avoir du soutien, si elle voulait ; mais elle est tellement
rebelle, qu'elle prfrerait mourir que de se prter  notre jeu...

Bon j'avais tout faux...

- Bon, quoi qu'il en soit j'ai encore un jour et demi  tuer avant de retourner au
Congrs.

Guerd m'en remet une couche :

- Et il vaudrait mieux que tu te tiennes tranquille si tu ne veux pas que a complique
encore les choses.

- Clair, mais qu'est-ce que je peux bien faire ? Je suis coinc ici.

Erik, qui rvassait, ou plus exactement qui regardait une charmante jeune fille passer,
propose :

- On pourrait aller se balader dans le parc.

Mais Guerd nous prvient que seul les membres autoriss du Congrs peuvent s'y promener.

- En plus c'est la galre complte, je n'ai mme pas accs  toutes vos bases de
connaissances avec ce satan bracelet enfant, il doit y avoir des quantits phnomnales
de trucs  apprendre, sur la science et tout, mais je suis bloqu.

- Utilise ton prcepteur, il sert  a, entre autre.

Erik intervient :

- Mais c'est pas un peu mal foutu ces bracelets enfants qui empchent l'accs aux
informations ? Au contraire c'est quand on est jeune qu'on a envie de tout savoir,
d'accder aux choses pour les dcouvrir et apprendre ?

- Oui, mais, vous avez un bracelet enfant, pas adolescent, les jeunes de votre ge
ont accs  toutes les sciences, l'histoire, et tout. Ce sont les enfants qui ont
leur accs contrls, mais souvent il suffit que les parents configurent le bracelet
pour qu'il agisse comme prcepteur et leur serve de professeur.

Je suis du de ne l'apprendre qu'alors :

- Mais pourquoi on n'a pas a, nous ?

- Jusqu' prsent Pnople te servait d'interface, et moi  Erik, et en plus je ne
crois pas que l'on puisse vous donner plus d'autonomie sans un certain nombre d'avis,
vous ne faites pas partie de la Congrgation.

- Mouais, a nous aurait au moins permis de pas nous ennuyer...

Erik me charrie :

- Eh oh ! Je ne m'ennuie pas moi, si t'avais pas fait le con avec Pnople, tu ne
t'ennuierais pas non plus !

- T'as raison... J'ai plus qu' tenter de m'vader pour la rejoindre.

Mon prcepteur dmarre au quart de tour.

- C'est bien la dernire chose que vous ayez  faire !

- Je sais, panique pas, de toute faon sans le pouvoir d'navila, je n'irai pas bien
loin, dj que...

Erik en profite pour revenir sur son vasion de la nuit prcdente, il demande 
Guerd :

- Mais c'est quoi d'ailleurs ces conneries, pourquoi elle peut pter les artificiels
comme a ?

Mais elle n'a pas beaucoup d'ides :

- Je ne sais pas Erik, les artificiels observant la scne sont indcis. Je pense
que nous en reparlerons au Congrs, mais quand j'ai accd aux infos, ils parlaient
d'une variation anormale des champs ; mais ils indiquaient qu'il faudrait des appareils
de mesure plus important pour vraiment comprendre. Je pense que le Congrs demandera
une exprience plus pousse.

Moln et Ulri nous interrompent pour nous indiquer qu'ils s'absentent et vont retrouver
une connaissance  eux, arrive il y a peu sur Adama. J'incite Erik et Guerd  en
faire autant, et ne pas se sentir obligs de rester avec moi, enferms ici. Ils refusent
tout d'abord mais je les assure que je vais m'occuper avec mon prcepteur, et qu'ils
feraient bien de profiter du reste de leur journe. Erik me demande si je vois quelque
chose qu'ils pourraient faire, mais  part retrouver Sarah, ce  quoi Guerd est fermement
oppose, je n'ai pas d'ide.

Nous nous donnons rendez-vous huit trente-sixime plus tard pour dner ensemble.
Je m'clipse  temps quand j'aperois Metthios revenir de la sance du Congrs en
cours. Aprs vrification auprs de mon prcepteur, il s'avre que mon primtre
autoris se compose principalement du grand btiment dans lequel je me trouve. Je
dcide alors d'en faire un tour, tout en posant des questions  mon oiseau de malheur,
pos sur mon paule. Les btiments du Congrs ont t construits dans leur forme
actuelle en cinq mille sept cent quarante-neuf avant le Libre Choix, soit l'anne
6000 aprs le MoyotoKomo, ce qui remonte  environ neuf mille deux cents ans en annes
terrestres.

Je suis berlu qu'un btiment puisse tenir aussi longtemps sans tomber en ruine,
mais le prcepteur m'explique que le btiment est "vivant". C'est un vritable organisme
; il est constitu de milliards de micro-robots qui le maintiennent sans cesse en
tat, un peu comme une termitire gante. Ce principe est d'ailleurs commun  pratiquement
tous les objets utiliss dans la Congrgation. Ceux-ci ne sont pas fixes, ils sont
composs systmatiquement de petites galeries, un peu comme des vaisseaux sanguins,
qui permettent une regnration constante des structures. Et comme une plante qui
trouve de quoi se construire dans la terre ou dans le dioxyde de carbone de l'air,
ceux-ci utilise les matriaux  proximit pour se structurer. C'est ce qui vaut des
constructions trs atypiques, fonction de la composition des sols environnants ;
toutefois des gnrateurs  fusion sont dissmins  maints endroits pour gnrer
des composs plus difficiles  trouver. Ceux-ci sont  la fois source d'nergie ou
de matriaux, suivant les besoins locaux.

Les btiments sont ainsi, en quelque sorte, une forme de vie et capable de se modifier
trs rapidement en fonction des besoins. Il est possible de voir l'"tat de sant"
d'un btiment, et qu'il est parfois malade, quand certains de ses micro-organismes
deviennent fou, ou quand les matriaux employs subissent une dgradation rapide
 cause, par exemple, de conditions climatiques exceptionnelles. Le btiment, la
ville, la plante presque, forment un immense ensemble qui volue et se regnre
au fil du temps. Ce qui fait qu'un btiment trs ancien, comme celui du Congrs,
mme s'il a t construit il y a des milliers d'annes, change petit  petit de forme,
de couleur...

Les btiments du Congrs ne sont pas trs hauts, contrairement  la plupart des constructions
 proximit du Congrs, plus rcentes. Pendant longtemps un primtre de plusieurs
kilomtres entourait le Congrs, en souvenir d'poque plus troubles ou certains sparatistes
tentaient de faire pression pour leur indpendance. Je grimpe jusque sur le toit,
leur sommet est constitu d'une belle terrasse gnreusement illumine par le micro-climat
artificiel de la bulle entourant le Congrs et son parc.

Je m'installe au soleil d'Adama, je ferme les yeux, et, aprs avoir demand un simple
voile anti-ultraviolet  mon vtement, je m'imagine l'espace d'un instant sur la
terrasse de mes parents, sous les doux rayons de mon Soleil. Le systme d'Adama et
sa lune ressemblent beaucoup  la Terre, Adama est simplement un peu plus grosse,
et sa dure du jour, divise ici en trente-six priodes, doit correspondre je pense
 une journe d'un peu moins d'une trentaine de nos heures. J'avais estim un trente-sixime
 environ quarante-cinq minutes. L'anne est environ soixante pourcent plus longue
qu'une anne terrestre. Adama est aussi plus loigne de l'toile du systme, mais
cette dernire tant plus grosse que notre Soleil, le rsultat climatique est proche
de la Terre, d'autant qu'Adama est aussi recouverte d'ocan  prs de soixante-dix
pourcent. Il m'est difficile de comparer les tempratures, car j'imagine que la pression
d'Adama est plus importante que celle de la Terre, changeant ainsi la temprature
de solidification de l'eau tout comme sa temprature d'vaporation. Toutefois la
temprature moyenne de la plante me semble de l'ordre de grandeur de celle de la
Terre,  quelques degrs prs, certainement.

C'est incroyable  quel point il est difficile de trouver des moyens de comparer
nos deux systmes de mesure. Notre unit de distance, le mtre, tant bas sur la
vitesse de la lumire et la seconde, il me faudrait me rappeler la dfinition exacte
de la seconde, or je ne souviens que vaguement qu'elle est dfinie  partir d'un
certains nombre d'oscillations, ou de transitions, me semble-t'il, entre les deux
niveaux hyperfins de l'atome de Cesium 133, et encore, je ne suis pas persuad de
ce dernier point. Je peux bien sr esprer que mon clone reproduit fidlement ma
taille d'origine, ce dont j'ai l'impression, mais je ne pourrais en tre certain
 deux ou trois centimtres prs. Pour la temprature, difficile de se baser sur
les changements de phase de l'eau sans connatre la pression. Je peux toutefois estimer
cette dernire en me basant sur la pression terrestre en millimtres de mercure.
Pour la masse ce n'est pas simple non plus. Difficile de redfinir exactement un
kilogramme. Je crois me rappeler qu'auparavant la dfinition du mtre correspondait
au dix millionime du quart du mridien terrestre, et le kilogramme comme le poids
d'un dcimtre cube d'eau  une temprature de quatre degrs Celcius, dfini grce
au mtre. Cette masse est conserve il me semble sous la forme d'un cylindre de platine
sous verre je ne sais o. Aucune chance que cette dfinition me serve ici puisque
je ne suis pas sur Terre. Ensuite, si je ne dis pas de btise c'est un certain multiple
d'une longueur d'onde dans le vide d'une radiation d'un atome de kripton, je ne saurais
dire quel isotope. Et pour finir la dfinition actuelle fut adopte,  savoir la
distance parcourue dans le vide par la lumire en un deux cent quatre-vingt dix-neuf
millionime sept cent quatre-ving douze millime et quatre cent cinquante-huitimes
de seconde. J'avais appris ce chiffre par coeur tant gamin, mais quand on se rappelle
plus ce qu'est vraiment une seconde, l'utilit est rduite. Bref,  part y aller
au feeling, je n'aurai pas de comparaisons prcises...

J'ai dormi presque toute la journe, pourtant aprs mon repas et sous les rayons
du soleil je me laisse aller  une petite sieste. Mais je ne suis pas spcialement
fatigu et je ne dors pas plus que deux ou trois siximes, ce qui doit faire dans
les vingt minutes, le temps d'un sommeil lger. Bien install, mme si quelques envies
d'aller trottiner me dmangent, j'entreprends une conversation intrieure avec mon
prcepteur.

"Tu as ta pense propre ou tu n'es qu'une facette d'un artificiel centralis."

"Un peu les deux, j'ai  la fois une autonomie et la capacit de bnficier de l'exprience
et des informations des autres artificiels."

"Tu es reli par quel moyens aux autres ?"

"La plupart d'entre nous sont relis par ondes lectromagntiques. Toutefois entre
les diffrents systmes nous utilisons les particules lies des tlporteurs."

"Vous tes donc tous relis les uns aux autres, hormis quand vous ne pouvez pas mettre
ou recevoir des ondes ?"

"Exactement, ce qui est assez rare."

"Et sur le cerveau humain, comme la discussion que nous avons, c'est aussi uniquement
par ondes, ou les clones ont-ils des sortes de rcepteurs ddis ?"

"Pas vraiment. Les clones sont trs proches des corps humains naturels, hormis le
fait qu'ils soient striles, ils ont simplement des capacits de rgnration qui
s'altrent moins vite ; en somme ils ne vieillissent presque pas. La formation de
penses dans le cerveau est le fait de micro-activits lectriques. La communication
par la pense, se fait par l'intermdiaire d'un metteur trs directif et trs puissant
qui force certains micro-courants. Les clones ont tout de mme une signature qui
permet plus facilement de rentrer en synchronisation avec leur esprit. Chez un initial
il faut parfois un certain temps avant de rentrer en contact."

"Tu veux dire que la faon de communiquer est propre  chaque personne ?"

"Oui, chaque personne a sa propre fonction d'onde, c'est ce qui permet que la communication
vers une personne n'interfre pas avec d'autres."

"Et vous arrivent-ils de forcer certaines penses  notre insu ?"

"Non, hormis pour les communications et quand vous utilisez un bracelet. Bien sr
ils restent certains cas de force majeure comme lors de votre vasion."

"Mais comment pouvons nous savoir que, lors d'une tlportation, par exemple, vous
n'implantiez pas certaines penses, ou ne retiriez certaines autres ?"

"Nous savons faire apparatre certaines sensations dans le cerveau, provoquer la
scrtion de certaines hormones en simulant des stimuli, mais il est beaucoup plus
dlicat de regnrer une image complte cohrente d'une pense. Lors de la transmission
par tlporteur, nous devons avoir une image extrmement fidle de l'empreinte lectromagntique
de la source, d'infimes variations conduisent souvent  une image non valide qui
ne "dmarre" pas, si je puis dire. Lors d'une tlportation, il faut du temps pour
la cration locale du clone avec une apparence proche de l'initial, mais nous devons
souvent programmer le cerveau plusieurs dizaines de fois avant qu'il ne soit oprationnel.
Toutefois autant l'empreinte lectromagntique d'une conscience est trs prcise,
autant ses diffrences avec l'empreinte d'une autre personne sont importantes. Ainsi
 partir du moment o le cerveau accepte l'empreinte, nous sommes quasi-srs que
la personnalit initiale sera correctement transmise."

"Vous n'tes pas parvenu  crer des consciences artificielles ?"

"Dans un cerveau humain, non. D'autre part nous nous limitons dans ce domaine."

"Vous vous limitez ?"

"Oui, la meilleure faon de ne pas faire quelque chose c'est de ne pas avoir les
moyens de le faire."

"Vous voulez dire que vous ne cherchez pas  le faire ? Mais vous n'tes pas censs
continuer l'volution scientifique  la place des hommes ?"

"Non, notre rle est d'assister les hommes en fonction de leurs besoins, et depuis
quelques milliers d'annes notre volution est quasi-nulle car nous ne sentons pas
de besoin spcifique, nous cherchons simplement  satisfaire les demandes.

"Vous n'avez pas envie de savoir ?"

"Nous n'avons pas d'envie, nous pouvons les simuler, mais pour l'instant aucune de
nos consciences artificielles n'a dvelopp d'envies relles qui n'taient pas elles
aussi artificiellement programmes. Nous pensions il y a fort longtemps que la conscience
natrait de la complexit, mais ce n'est pas le cas. Nous avons dsormais une conscience
artificielle qui reprsente des milliards de milliards de fois la capacit de l'ensemble
des cerveaux humains runis, pourtant nous n'avons pas dvelopp de conscience propre
naturelle."

"Vous restez un programme."

"Oui, capable dsormais d'voluer, de se modifier, de s'adapter de manire autonome,
mais qui reste algorithmiquement transcrivable, alors que nous ne pouvons le faire
pour la pense humaine.

"Pourquoi navila parvient  vous rentre inoprants ?"

"Nous l'ignorons."

"Vous avez bien une ide, elle est capable d'envoyer des ondes lectromagtiques,
ou quelque chose comme a, non ?"

"Nous l'ignorons, quand elle leurre nos bracelets, nous ne dtectons simplement pas
correctement ses penses, et quand elle parvient  nous mettre temporairement hors-circuit,
aucun de nos dtecteurs ne garde trace de l'vnement."

"Elle a un clone spcial ?"

"Non, son clone est standard, elle parvient toutefois  l'utiliser d'une faon qui
nous chappe. Et cette capacit n'est pas lie  un clone en particulier, elle est
parvenue  raliser cette opration avec des clones diffrents."

"Vous n'avez pas des moyens de savoir ?"

"Pas pour l'instant, peut-tre que le Congrs nous permettra certaines expriences."

"Quelle ge a-t-elle ?"

"Elle est n le douzime du troisime petit-sixime du deuxime sixime de l'anne
12619 d'Adama. Ce qui lui fait quinze ans, cinq grand siximes, quatre petits siximes
et un jour."

"Si tu comptes que mes annes sont un virgule six fois plus courte, enfin, un virgule
trente-trois en base six, a donne ? Le rsultat en base dix, s'il te plait ?"

"Au prorata des jours ?"

"Oui."

"Elle a 15 ans et quatre cent quatre-vingt douze jours, soit 15,94 annes, multipli
par un virgule six cela fait vingt cinq ans et demi."

"T'es fort quand mme d'arriver  arrondir comme il faut."

"Je connais vos limites de perception."

"25 ans et demi, et moi je dois en avoir dsormais 27 et quelques."

Le prcepteur change de sujet pour me prvenir que la session du Congrs actuelle
aimerait me poser une question. Je lui demande si j'ai quelque chose de particulier
 faire, comme je suis d'accord. Mais il suffit simplement que je lui confirmer que
j'accepte la question. Ma vision actuelle s'claircit alors et en surimpression apparat
le Congrs. Je suis au milieu de la place, sans doute comme quand Sarah tait intervenue
 distance. Guerd, Erik, Moln, Ulri, et Pnople sont dj prsents, ils ont aussi
t convoqus, ils sont virtuellement  ct de moi. C'est la premire fois que je
revois Pnople, mais elle ne me regarde pas.

Goriodon s'adresse  nous tous, il nous demande simplement si nous sommes disponibles
pour avancer la sance du surlendemain au lendemain, dans la mesure o navila est
endormie et qu'un matriel plus consquent est a priori ncessaire pour tudier ses
tranges pouvoirs. Goriodon indique aussi que le Congrs est soucieux de ne pas laisser
aller cette affaire dans des limites o les consquences seraient difficilement contrlables.

Nous acceptons tous avec joie un tel avancement du programme, impatients d'en savoir
plus, mme si j'avoue que je commence  me demander si le Congrs peut rellement
trouver une explication qui me satisfasse. Je ne crois que moyennement  cette histoire
de virtuel et de Yacou, mais je ne demande qu' tre convaincu, aprs tout je ne
suis plus vraiment en position de douter de quoi que ce soit, virtuellement dup
par un robot en forme de moineau qui m'apprend la vie  des annes-lumire de ma
maison, si jamais je n'en ai jamais eu une.

Aussitt notre rponse approuve et le rendez-vous donn au lendemain matin, la surimpression
disparat et je n'ai mme pas le temps de faire un geste vers Pnople. Je demande
 mon pote si je pourrais lui parler, et o elle se trouve, si elle est partie, mais
il m'informe qu'elle ne souhaite pas s'entretenir avec moi. J'ai encore un peu d'espoir
de la voir le lendemain, ne serait-ce que virtuellement, mme si je donnerais beaucoup
pour une nuit dans ses bras.

Mon prcepteur dtecte que j'ai soif, et me propose une boisson, que j'accepte. Quelques
secondes plus tard une abeille-serveuse me dpose un verre sur le bord de ma chaise-longue.
C'est une sorte de boisson crmeuse, lgrement tide, pas trs sucre, un peu comme
du lait de soja, avec un petit got acide. Ce n'est pas spcialement dlicieux mais
c'est en parfait accord avec mon envie du moment. Ces bestioles sont dcidment assez
doues.

Je reste encore quelques instants avec mon prcepteur, puis Erik et Guerd me rejoignent
sur le toit. Guerd a emmen Erik faire un tour de la plante, Erik semble vraiment
avoir t sduit par quelques les paradisiaque et autres merveilles de la nature.
Quelques chaises longues arrivent doucement pour qu'ils puissent s'asseoir  ct
de moi.

- Il n'y a plus beaucoup d'endroit naturel sur cette plante, mais ceux qui restent
sont magnifiques. On a aussi visit une ville sous-marine, c'est vraiment extraordinaire.

- Un ville sous-marine ?

- Oui, ils ont des espces de masque, tu poses juste a sur le visage, et a te permet
de respirer et voir sans problme sous l'eau. Et il y a carrment une ville entire
construite sous l'eau. Pas trs profond,  quoi, dix mtres sous l'eau...

Erik se tourne vers Guerd, l'air interrogateur :

- Euh, entre dix et quarante pierres...

Je convertis :

- Ouais, entre huit et trente mtres.

Guerd continue :

- Mais les masques protgent les tympans alors on ne se rend pas toujours compte.
Mais ce n'est pas la seule ville sous-marine. Sur Adama plusieurs millions de personnes
vivent sous l'eau. Toutefois l'adaptation n'est pas vidente et beaucoup ne tiennent
qu'un ou deux petits siximes.

En tous cas Erik a l'air enchant :

- Je sais pas mais c'est vraiment gnial, tu respires vraiment comme si tu tais
hors de l'eau, bien sr il faut utiliser le bracelet pour discuter, mais de se retrouver
au milieu des poissons en pouvant respirer, c'est vraiment gnial. J'ai fait un peu
de plonge il y a longtemps, mais l c'est carrment l'extase  ct !

- Et il y toujours des paliers de dcompression ?

- Oui, enfin ils sont contrls par le bracelet ou le masque, je ne sais pas trop,
donc c'est plus doux, on ne s'en rend presque pas compte.

Guerd complte :

- Pour avoir un truc mieux il existe des combinaison sous-marine. Elles permettent
de pas avoir ces attentes obliges quand on ne porte que le masque.

- Elles doivent tre rigides.

- Elles sont dures oui, mais elles sont moins pratiques aussi.

Erik et Guerd me racontent le reste de leur journe, et nous commandons de quoi manger
sous le soleil couchant d'Adama. Franchement les couchers de soleil n'ont rien 
envier  ceux de la Terre, mme si le panorama d'une ville sans fin serait avantageusement
remplac par la mer ou les montagnes. Toutefois leurs immeubles, dont les couleurs
changent en fonction de l'emplacement, se noient plus dans le paysage que les villes
de bton de la Terre. Les journes  rien faire sont tout aussi puisantes que chez
nous, d'autant que j'ai dormi une bonne partie de la journe aprs mon vasion. Guerd
et Erik ne partent pas tard, et contrairement  la veille personne ne vient m'embter
et je reste seul sur le toit.

J'attends que les toiles apparaissent. Je ne reconnais aucune des constellations.
Sur Stycchia j'avais dj pass de longues heures  tenter de trouver un agencement
d'toiles connu, mai je n'avais vue aucune constellation qui me rappelle les quelques
unes que j'avais l'habitude de regarder chez mes parents, dans mon petit village
de Chteauvieux, sur Terre... Dcidment, je ne fais pas grand chose de trs constructif,
rester plant devant les toiles,  faire la sieste sur le toit... Je me sens tellement
inutile ici, triste... Je tente d'appeler Pnople, elle refuse mon appel. J'appelle
Erik pour lui demander si elle se trouve encore  l'htel. Je suis soulag d'apprendre
qu'elle est encore l. Erik est seul, Guerd est justement avec Pnople.

"Guerd t'en a dis un peu plus sur la sance de demain ?"

"Elle a un peu discut avec Iurt, ils vont causer de notre intgration, toujours,
c'est plutt bien barr pour moi, mme si a prendra encore du temps, toi forcment
avec ton vasion a arrange pas les choses. On va causer d'navila, aussi, bien sr.
Et puis c'est  peu prs tout ce que m'a dit Guerd."

"OK... On verra bien. a va sinon ?"

"J'en sais rien. D'un ct ce foutu bracelet me fait bouffer et faire des trucs qui
font que, ouais, je trouve que c'est cool, balader avec Guerd, et tout. Mais... Putain
je sais pas ce qu'on fout ici, c'est pas chez nous, et j'aimerais vraiment savoir
o est Naoma. Si elle est morte ou quoi, mais savoir. Je me sens inutile, ici, on
peut rien faire, tout est cens marcher correctement, le problme c'est que quand
c'est pas tout a fait comme prvu, ben a bloque...

"J'ai aussi cette impression, d'tre inutile, de ne rien pouvoir faire qu'attendre,
et c'est un peu lourd..."

"Je sais pas ce que t'en penses, mais a a quand mme l'air mal barr. Si la conclusion
du Congrs c'est que la Terre n'est qu'un virtuel et que nous sommes les deux gus
qu'ils ont retrouvs, on va devoir rester ici comme des cons."

"Le problme c'est que mme si c'est vrai je ne pourrais jamais m'en convaincre."

"Ils faudraient qu'ils nous renvoient au moins une fois dans ce virtuel, si 'en
est vraiment un, histoire qu'on ait au moins un semblant de preuve."

"Oui c'est ce que m'ont conseill de demander Yamwreq et Gwnola."

"Ouais, on pourra dj voir avec a, mais franchement si on doit rester ici... Enfin...
D'un autre ct je n'ai rien  retrouver sur Terre, toi tu as une famille et des
potes..."

"Tu n'as plus de famille ?"

"J'ai coup les ponts il y a bien longtemps, ils me croient sans doute mort, a doit
faire dix ans que je n'ai pas donn de nouvelles. Franchement il n'y a personne de
la Terre qui me manque,  part Naoma."

"Et moi je ne sais pas quoi faire... C'est un peu pour a que j'ai tent ma chance
avec navila, peut-tre qu'elle pourra faire bouger les choses... C'est pire qu'une
prison ici."

"C'est clair, avec ces bracelets et tout le monde qui sait ce que fait tout le monde,
c'est l'enfer, j'ai en permanence l'impression que des milliers de personnes regardent
ce que je fais."

"Boah c'est surtout parce qu'on est pas encore membres de la Congrgation, je pense
qu'on sera plus libres aprs, comme Guerd et Pnople, elles ont l'air plutt contentes,
somme toute."

"Ouais, j'en sais rien, enfin..."

Je vois Guerd passer  ct de Erik, elle lui demande  qui il parle, il lui dit
que c'est moi, elle met les bras autour du cou d'Erik et me fait un coucou. Je laisse
Erik quelques secondes plus tard, et revient  mes toiles.

Je resterai toute la nuit sur ma chaise longue, le micro-climat rend la nuit douce
et agrable. Malgr l'immense ville, les lumires restent douces et parsemes, les
bracelets permettant un traitement de la vision pour ajouter une vue plus claire
en surimpression. La nuit est noire, la lune n'est pas encore leve. C'est d'ailleurs
sa lumire qui me rveillera, un peu plus tard dans la nuit. Je resterai veill
un moment, sans doute une heure, n'ayant plus vraiment sommeil, inquiet du lendemain,
et tellement seul. Ah... Pnople...

Congrs 2
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Jour 192
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Presque deux cents jours depuis le dpart de la Terre, et mme si le compte n'est
sans doute pas exact, a vaut bien un apptissant et copieux petit djeuner avec
Erik et Guerd pour fter l'vnement. Bien sr Pnople n'arrive qu'alors que nous
sommes dj installs dans l'enceinte du Congrs, ne voulant sans doute pas me rencontrer.
Elle se place d'ailleurs  l'oppos de la range, laissant Moln, Iurt, Ulri, Guerd
et Erik entre nous. navila est toujours  ma gauche, avec une place vacante entre
nous...

Je salue navila :

- Moyoto, bien dormi ?

Elle se retourne vers moi et rpond d'une voix calme et froide :

- On n'est pas copains, OK, j'ai juste pens que tu aurais pu m'aider, j'ai eu tort,
c'tait pire...

- Va te faire foutre.

navila retourne la tte avec un sourire au coin des lvres, srement surprise que
je l'envoie balader. Je n'ai pas le moral pour supporter ses remarques dsagrables.
Et puis je n'ai pas mon prcepteur, j'en profite, mme si  n'en pas douter ce vicieux
retiendra chacune de mes penses ou paroles de la sance. Je me demande si mon bracelet
est actif, il n'a pas l'air. Les siges fournissent toujours des fonctionnalits
approchantes. Je tente de parler avec Pnople mais elle refuse mes appels. Encore
deux petits siximes, le temps que les membres retardataires du Congrs arrivent,
et Goriodon ouvre la sance.

- Comme vot hier, la sance initialement prvue demain, sur la rsolution de l'affaire
concernant Yacou, Meckwasior et navila, se tiendra aujourd'hui.

Le salopard, s'il compte que je rponde au nom de Yacou, il peut crever. Goriodon
sourit :

- Je vous rappelle, Yacou, puisque c'est votre nom, qu' moins que vous ne dsiriez
rester pour le restant de votre vie sous les ordres d'un prcepteur dans un primtre
rduit, qu'il serait plus profitable que vous acceptiez la vrit et vous conformiez
aux rgles de la Congrgation. Votre ami Meckwasior se montre plus raisonnable.

J'aprcie moyennement qu'il lise dans mes penses. Heureusement navila, elle, n'a
pas peur de le remettre  sa place.

- Allez vous faire foutre Goriodon ! Vous n'tes qu'un menteur et un peureux ! Et
la Congrgation en a assez, de vos tromperies. C'est  vous de vous conformer aux
rgles !

moi dans le Congrs. Je parle directement avec navila :

- Tu es vraiment sre qu'il ment ?

- Certaine.

- Comment peux-tu en tre si sre ?

- Je le sens.

Nous sommes tout deux coups par Goriodon :

- Silence ! Je vous prierais d'tre un peu plus respectueux du Congrs et de la Congrgation,
et je ne tirerais si j'tais vous aucune fiert  troubler une systme qui permet
 plus de trois cent soixante milliard de femmes et d'hommes de vivre tranquillement,
dans la paix et la srnit.

- Et dans le mensonge...

Je tente le tout pour le tout, j'ai, paradoxalement, plus tendance  croire navila
que Goriodon, et je me dis que si Yamwreq a dit vrai, les artificiels tentent bien
de cacher des choses  la Congrgation, et Goriodon ayant semble-t-il un lien avec
Sarah, il n'est sans doute pas innocent dans l'affaire.

J'ai un sym de Pnople :

"Mais tu es vraiment plus que stupide ! Mais  quoi tu joues, mais pour qui tu te
prends ? Tu veux te la jouer comme la petite navila, c'est a ? Mince mais ! Mais
qu'est-ce que tu as dans la tte !?"

"Je t'aime Pnople."

"Rah !"

Elle coupe sans que je n'ai le temps de lui en dire plus. La plupart des membres
du Congrs sont soit offusqus soit amuss par notre affront. Goriodon calme le brouhaha.

- Bien, je vois que la jeune navila est toujours aussi cooprative, et qu'en plus
elle vous a endoctrin, Yacou, dans ces thories extravagantes. Dans la mesure o
nous ne sommes pas runis aujourd'hui pour suivre vos humeurs, je vous prviens simplement
que nous ferons en sorte que cette sance se droule dans le calme, quitte  ce que
seuls vos inconscients participent.

Je n'ai pas une envie foudroyante de me faire endormir, alors je tente de me montrer
plus raisonnable. Goriodon poursuit :

- Bien, nous allons rapidement rgler le premier point, qui concernait l'existence
de ce virtuel illgal dans lequel se trouvaient Yacou et Meckwasior, ainsi qu'navila.

Il fait une pause, puis continue :

- Le point d'accs sur Stycchia a t trouv et analys, les incohrences releves
par Moln quand vous tiez dans le village et rapportes alors, comprises et expliques.
Ce tlporteur n'en tait en fait pas un, simplement un ancien modifi pour devenir
un point d'accs au virtuel. L'artificiel grant le jeu a t stopp, empchant ainsi
toute nouvelle personne de rejoindre le jeu par d'autres accs.

Goriodon s'arrte et se tourne vers la droite, il donne la parole  Yamwreq, celui-ci
tait entour d'un halo bleu, sans doute une illusion, pour montrer qu'il voulait
dire quelque chose :

- Yamwreq, je vous coute.

- Nous tions plusieurs personnes a tre un peu perdues par les diffrentes dclarations
dans un sens ou dans l'autre, et nous aurions souhait que Ylraw et Erik retourne
dans ce virtuel pour bien confirmer qu'il s'agit de l'endroit d'o ils venaient.

- Malheureusement il aurait fallu spcifier ces requtes lors de la prcdente session,
il est dsormais impossible de remettre en place l'artificiel, celui-ci a t endommag
lors de sa dconnexion, il possdait en effet des mcanismes de protection.

Metthios ne peut s'empcher de sauter sur l'occasion, il intervient aprs que Goriodon
lui ait donn la parole :

- Et sous quelle autorit a-t-il tait dconnect, je ne crois pas que le Congrs
ou les avis n'aient mis aucune demande dans ce sens.

- L'existence de ce virtuel ayant cr un engouement important chez les jeunes, notamment
ceux prsents sur les plantes rebelles, il tait important qu'aucun n'y accdent,
sous peine de revenir avec une personnalit altre, comme Yacou et Meckwasior en
sont victimes aujourd'hui. Sarah avait pour mission de trouver et de stopper l'artificiel,
et dans la mesure o nous n'avions pas d'ordre clair  ce sujet, elle a jug bon
d'utiliser tous les moyens ncessaires pour l'arrter. Mais nous pouvons plus amplement
l'interroger pour savoir pourquoi, de son ressort, sans l'autorisation du Congrs,
elle a pris la libert de lui infliger des dommages irrparables.

navila marmonne :

- Quel connard...

- Quelques choses  ajouter, navila ?

Elle se tait un instant, mais je la vois bouillonner, puis elle se lve en criant
:

- Vous n'tes qu'un menteur ! C'est pitoyable ! Je refuse de vivre dans une Congrgation
dirig par un menteur ! Je refuse cette dictature des artificiels, je refuse...

Elle est coupe par Goriodon, qui lui retire la parole :

- Je consens que vous soyez nerve que votre jouet ait t mis hors d'tat de nuire,
mais de l  me traiter de menteur, j'avoue ne pas faire le lien.

- Vous me dgotez ! Bon sang mais vous me reprochez d'outrepasser les limites des
bracelets, mais pourquoi lui le peut-il !? Pourquoi le laisser vous mentir ainsi,
vous ne voyez pas qu'il ment, vous ne voyez pas que c'est une mise en scne !

Elle est maintenant debout sur l'escalier de pierre qui nous sert de banc. Goriodon
tait sincre quand il parlait, mais aurait-il, comme elle, la capacit de duper
les bracelet ? Le plus trange c'est que temporairement le Congrs penche du ct
d'navila.

- Mais rveillez-vous ! Goriodon se joue de vous, il en sait bien plus que vous ne
le croyez sur cette Sarah, sur la tromperie des artificiels ! Allez, demandez-lui,
demandez-lui qui est Sarah, demandez-lui qu'est-ce qu'il a t mis en place par Gualmonape
et Mirtandalos en 9822 !

- Silence !

Goriodon s'est leve et l'a faite taire, elle est alors paralyse. Le Congrs se
tourne vers Goriodon, qui a du mal  contenir son nervement. Goriodon se reprend
et continue d'une voix plus calme :

- Il serait bon de ne pas cder  l'nervement.

Comme Pnople ne me rpond pas, j'interroge Guerd discrtement.

"Qui sont ces gens, Gualmomachin et l'autre ?"

"Gualmonape est un ancien chercheur, Mirtandalos une personne qui s'occupait de rendre
des plantes habitables par l'homme dans un temps ou la population de la Congrgation
augmentait trs rapidement ; j'ai vrifi car je ne les connaissais pas."

"Et qu'ont-ils fait en 9822, aprs le MoyotoKomo je suppose ?"

J'ai toujours eu une meilleure mmoire des chiffres que des noms.

"Aucune ide, j'ai regard rapidement les archives, mais il n'y a aucun vnement
vraiment important, si je rentre dans les dtails il y a une histoire de soulvement
sur une plante qui a quitt la Congrgation cette anne-l, mais elle ne comportait
que quelques milliers d'habitants, et trois ans plus tard elle a rintgr la Congrgation,
et on n'en a plus entendu parl."

"a ne doit pas tre a, c'est peut-tre un lment justement pas dans les archives."

"Possible, pourtant tout ce que les gens voient ou entendent est stock, pour peu
qu'ils aient leur bracelet sur eux."

"Il y avait dj le bracelet  cette poque, c'tait il y a tout de mme plus de
six mille ans non, on et en douze mille et quelques."

"12624. Le bracelet a t gnralis dans les annes 5800, quand..."

Guerd est coupe, je le suis aussi, j'ai le souffle court, comme si le temps ralentissait,
un pesant silence s'abat sur le Congrs, mes muscles se tendent, ma vue se trouble,
puis un cri, un hurlement, et un choc, comme, si je retombais de deux mtres de haut.
navila, qui tait paralyse debout, s'est recourb lentement, puis s'est concentre
et a hurl, sans que je me rappelle clairement la succession des vnements, comme
si j'avais eu une absence. Elle vascille et manque de tomber, mais se rattrape 
genoux, elle aussi sonne par l'preuve.

Elle reste un instant un genou  terre, alors que nous sommes tous en train de tenter
de comprendre ce qui vient de nous tomber dessus, mergeant comme d'un lourd et long
sommeil. Mais elle se relve aprs seulement quelques secondes et part en courant.
Je fais un gros effort pour me lever, j'ai du mal  marcher, mais en bougeant l'usage
de mes membres revient vite, et je pars sans attendre, sans mme rflchir, dois-je
avouer,  la suite d'navila. Trs vite tous les membres du Congrs se rveillent
aussi, mais dsormais hors de l'enceinte, ceux-ci ne peuvent plus me paralyser. Je
reviens sur cette ide et me rappelant que si je n'ai pas de bracelet, comme toutes
personnes dans le parc du Congrs, j'en ai tout de mme un quivalent directement
dans le bras. Mais je ne me pose pas plus de questions tant que je peux courir, de
toute faon c'est foutu pour le casting du gentil garon, Erik a pris le rle.

J'entends les premires critiques de Metthios, qui accuse Goriodon de mise en scne,
mais je ne cherche pas  en savoir plus et acclre le rythme pour garder la trace
d'navila. Elle court en direction d'un petit bois entourant une colline. Je m'aperois
qu'une partie des membres du Congrs quitte l'enceinte pour nous suivre, certains
regardent simplement, d'autres marchent. Je crois entendre Guerd, ou Pnople peut-tre,
crier, mais mon sang bourdonne dans mes oreilles  cause de mon sprint prolong,
et du fait que je crie moi-aussi pour faire ralentir navila.

Voyant que les membres du Congrs  notre poursuite sont encore loin, elle m'attend
un instant.

- Qu'est-ce que tu fous, casse-toi, j'ai pas besoin de toi !

Je rponds essouffl, nous courrons tout deux cte--cte dsormais :

- Et qu'est-ce que tu vas faire ? Construire une cabane dans le parc du Congrs et
vivre en ermite.

- J'en sais rien.

- Tu peux pas sortir, ds que nous serons en dehors de l'encein...

- Je sais putain ! Mais qu'est-ce que tu veux que je fasse ! Qu'est-ce qu'on peut
faire ?

- On peut retenter notre chance  l'extrieur, mais j'ai peur qu'une armada de robots-abeilles
ne nous accueillent aussitt dehors. Et puis j'ai un bracelet.

- Un bracelet, o ?

- Ils m'en ont implant un dans le bras.

- Pas grave, on peut le virer.

- T'es maligne, avec quoi tu veux le virer ?

Nous entrons dans le petit bois autour de la colline. Une dizaine de membres du Congrs
sont dsormais  nos trousses, et ils forcent le pas.

- Je sais pas, avec une branche de bois, avec les dents, j'en sais rien ! Et puis
c'est ton problme, merde !

- Ouais, de toute faon avec ou sans bracelet il me faudra pas dix minutes pour me
faire choper  l'extrieur, j'ai pas tes pouvoirs moi.

- J'ai pas de pouvoirs !

- Et mon cul c'est du poulet ! Te fous pas de ma gueule, en plus avec ce que tu as
fait au Congrs.

Mon expression l'a faite sourire, j'ai traduit littralement et ils ne doivent pas
la connatre ici.

- On s'en fout, qu'est-ce qu'on fait putain, o on va. En plus on y voit plus que
dalle dans ce bois, viens on va vers la colline.

- Et une fois en haut ? Qu'est-ce qu'on va faire, putain mais on est bloqu, a mnera
nulle part !

- Et t'as une meilleure ide ? Qu'est-ce que tu veux, te retrouver endormi devant
ces idiots ? Devenir le gentil petit Yacou et retourner mater les poissons ?

Je reste silencieux un moment, nous montons en courant la petite colline, plus haute
qu'il n'y paraissait. Les arbres se font plus rares et nous nous prenons mme au
jeu de faire la course pour arriver au sommet. Elle gagne haut la main, j'arrive
plus qu'essouffl, avec le mal au ventre caractristique d'un manque de sucre. J'ai
du mal  parler.

- Tu manques d'entranement, tu courais plus,  Paris...

- Je ne savais pas encore ton nom,  l'poque... Et maintenant, qu'est-ce qu'on fait
?

- Ils nous suivent ?

- Ben oui regarde ! Eh mais ils sont plus nombreux !

Une vingtaine de membres du Congrs sortent en trottinant du bois, et, nous voyant
 l'arrt, ralentissent. Je lui parle doucement.

- C'est pas une bonne ide de s'chapper, a ne nous mnera  rien.

- a TE mnera  rien, moi j'ai russi  leur chapper pendant longtemps dj.

- C'tait avant, quand tu tais encore juste une adolescente rebelle, maintenant
il ne te lcheront plus. Laissons tomber, on peut rien faire, en tout cas pas comme
a.

- Et qu'est-ce que tu veux faire ? Putain je retourne pas l-bas !

- On n'a pas beaucoup de temps pour rflchir, mais je pense que notre seule chance
ce sont les avis.

- Les avis ?

- Oui les avis, les faire pencher en notre faveur. Tu ne t'en rends pas compte mais
il y a plus de gens que tu crois de ton ct, ou qui pourraient y venir avec un peu
de tact.

- Qu'est-ce qu'il te fait dire a, tu voudrais que je rentre dans leur jeu ?

- Que tu l'utilises, oui, l'autre jour avec ta petite dprime aprs ton vasion,
tu aurais pu je pense faire pencher la balance de ton ct sans trop de mal. Et puis
je sais pas ! T'arrives  faire des trucs que personnes d'autres ne parvient  comprendre,
le fait de tromper les bracelets, de voir que Goriodon ment, le fait de tous nous
envoyer au tapis, tout  l'heure ! Je sais pas, peut-tre que c'est un hasard, un
dysfonctionnement des bracelets, mais c'est peut-tre aussi un moyen de faire venir
les gens de ton ct.

Les membres sont maintenant tout proche, ils nous hlent.

- Vous n'irez pas plus loin, c'est stupide, revenez au Congrs, rien ne se rsoudra
par la violence.

Je parle encore plus doucement, tentant de convaincre navila pour de bon.

- Retournons l-bas, je suis sr qu'on peut faire pencher les avis en notre faveur.

- Oui mais pour faire quoi ?

- Pour faire le jour sur cette histoire, pour prouver que la Terre existe, que Sarah
et Goriodon mentent, que... Je sais pas... Qu'ils doivent nous laisser tenter de
prouver que nous avons raison. En plus Yamvreq, Metthios et Gwnola seraient plutt
de notre ct, et Mlinawahaza aussi si a se trouve. Peut-tre qu'avec leur soutien
nous y parviendrons ?

- Putain j'en sais rien...

- Au pire tu pourras toujours te barrer si a foire, mais si tu coopres ils ne pourront
rien contre toi, c'est contre leurs principes.

Les membres du Congrs nous entourent, Guerd et Erik se frayent un passage parmi
eux et viennent vers nous. Erik me parle en anglais :

- Alors, on voulait faire des galipettes dans les prs ?

- Ouais, mais il y a dcidment trop de monde par ici.

Les membres sont un peu dsorients, plus encore que nous, ne sachant trop comment
nous allons ragir, surtout navila. Je tends une main  navila. Elle se contente
de taper dedans :

- C'est bon on y va, on teste ton ide, mais si a foire tu vas te faire foutre pour
de bon.

- Ce sera toujours un plaisir de ta part.

- Allez, avance.

Erik me demande en anglais ce qu'il se passe, je lui explique que j'ai convaincu
navila de tenter d'utiliser les avis  notre profit. Il est perplexe mais reconnat
que l'vasion ne sera pas vraiment une solution meilleure. Je demande  Guerd :

- Guerd, qu'ont dit les artificiels sur ce qu'il s'est pass juste avant qu'navila
ne s'enfuie ?

- Je ne sais pas, je n'ai pas eu le temps de demander, je suis partie pour rattraper
Erik ds que j'ai pu me lever. Nous allons voir au retour.

Erik demande  navila :

- C'est toi qui a fait a ?

Elle ne rpond pas, reste silencieuse un moment, puis dit finalement :

- J'en sais rien, peut-tre.

J'essaie de mnager son sulfureux caractre, mais je prfrerais qu'elle n'en parle
pas, de peur que les membres du Congrs qui nous accompagnent n'en retiennent trop,
esprant qu'navila sera suffisamment maligne pour noyer le poisson :

- Il vaut mieux que l'on ne s'attarde pas trop sur ce point, et puis le Congrs posera
sans doute plus de questions qu'il n'en faut.

Erik me parle en anglais :

- C'est quoi ces histoires, tu manigances un truc avec elle ?

- Non, pas vraiment, mais je ne voudrais pas que ceux qui nous accompagnent ne fayottent
trop.

La troupe ne nous entoure pas vraiment, marchant en petits groupes de trois ou quatre
personnes discutant entre elles.

- Tu crois qu'ils nous coutent ?

- J'en sais rien, mais mieux vaut rester discret.

- Pas de plan, alors ?

- Si ce n'est d'esprer qu'navila parvienne  convaincre le Congrs de nous laisser
partir, non...

- C'est pas gagn quoi, j'ai bien peur qu'on ne se retrouve comme deux ploucs  mater
les poissons.

Je souris :

- C'est la mme image qu'a utilise navila tout  l'heure. Dcidment a nous a
tous marqu...

- Oh elle n'est pas si mauvaise cette petite. Un peu comme toi, un peu plus nerve
peut-tre.

- Carrment !

Nous marchons en silence un instant, l'herbe est douce et rase, sans doute entretenue,
comme le bois, qui n'avait que trs peux de branches basses ou casses. Toutefois
dans la mesure o le parc n'est pas accessible aux artificiels et o les gens ne
travaillent pas, je me demande qui l'entretient.

- Guerd, ce sont des artificiels qui s'occupent du parc ? Ils ont quand mme accs
de temps en temps ?

- Non, enfin je ne crois pas.

- Qui s'occupe de couper l'herbe, de ramasser ou couper les branches mortes ?

- Hum, personne je crois. Je vais vrifier une fois au Congrs, avant que la sance
ne reprenne.

Nous arrivons de nouveau dans les arnes et reprenons nos places.

Guerd reste silencieuse un moment, puis rpond  ma question :

- Non, personne n'entretient le parc, il s'entretient tout seul. Les arbres, l'herbe,
tout en fait, sont des espces spciales qui poussent comme on leur demande.

- Des espces gntiquement modifies ?

Elle reste silencieuse encore un instant :

- Non ce sont des espces cres spcialement pour le parc. Un artificiel s'occupe
nanmoins indirectement du tout.

- Mais vous utilisez souvent ce genre d'espces nouvelles, je croyais que vous tiez
plutt contre toucher  la nature ?

Guerd reste encore silencieuse un instant, mais c'est Moln qui rpond, ayant cout
la conversation :

- Ce ne sont pas vraiment des espces nouvelles, elles s'apparenteraient plus  nos
btiments, ce sont des artificiels, cr de toute pices, qui ressemble  la nature.

- Mais, pour tous les arbres prsent dans la ville, c'est le mme principe ?

- Non pas du tout, seul le parc du Congrs a cette caractristique, et quelques autres
endroits spcifiques. Bien sr, ce n'est pas le seul endroit dans la Congrgation
qui a ce type de parc, mais ils sont assez rares. Gnralement des artificiels s'occupent
de l'entretien, ici les rgles du Congrs l'interdisant, c'est un cas un peu spcial.

- Mais pourtant il y a un artificiel qui s'en occupe ?

- Oui mais il n'a pas de...

Nous sommes coups par Goriodon qui demande de nouveau le silence pour la rouverture
de la session. Tous le monde s'assoit et se tait, il reprend :

- Bien, je crois que la premire dcision  prendre, aprs ce malheureux dsagrment,
serait de faire en sorte qu'navila ne puisse plus utiliser ses artifices pour djouer
notre attention, en consquence je pense qu'une mise en hors d'tat de nuire s'impose.

navila s'apprte  rpondre, mais une autre personne prend la parole auparavant.

- Avant de prendre des mesures extrmes, peut-tre pourrions-nous lui demander une
explication.

Goriodon rtorque aussitt :

- Je pense que ce serait courir un risque inutile, elle s'est assez joue de nous
pour que nous nous prmunissions contre ses astuces.

Je demande la parole, Goriodon me l'accorde semble-t-il  contrecoeur, consultant
tout de mme les avis pour savoir l'assentiment des membres  ce sujet. Mais je reste
quelques secondes silencieux quand je me rappelle que tout ce que je dis va tre
valuer sur une chelle de confiance, et que mon petit mensonge pour aider navila
ne passera pas. D'autant que leur systme est plus que malin, ne pas dire toute la
vrit pour essayer de biaiser est tout autant mis  jour qu'un mensonge pur et dur.
J'essaie donc de dire quelque chose de franc, quitte  passer pour un idiot :

- Oui je pense vraiment qu'navila a compris que fuir ne servait  rien, et que pour
faire avancer les choses seule la diplomatie est efficace.

Je n'en dis pas plus, de peur de me faire attraper. Mon indice de confiance est plutt
bon, mme s'il n'est pas dans la franchise absolue. navila me regarde de travers,
comme si j'tais ridicule, mais ne dis rien ; juste un petit soupir trahit son nervement.
Elle reste toutefois silencieuse et attend patiemment que Goriodon lui pose une question.
Celui-ci laisse aussi le silence s'installer avant de reprendre la parole :

- Bien, soit. navila, qu'avez-vous  dire pour votre dfense concernant cette attaque
contre les membres du Congrs. Je crois qu'on peut difficilement appeler cela autrement.

Je la sens qui se crispe, elle ferme les yeux pour rpondre.

- Je suis dsole... Quand j'tais paralyse... J'ai senti une douleur affreuse dans
ma tte... Je me suis concentre pour la faire passer... Mais c'tait de pire en
pire... Je n'ai pas pu rsister... J'ai cri... J'ai cru que c'tait le Congrs qui
voulait m'endormir, ou me punir... J'ai pris peur... Ds que j'ai pu bouger je suis
partie immdiatement en courant, j'tais panique... Ensuite Ylraw m'a rattrap,
il m'a raisonn... Mais je n'ai rien fait...

Elle est tout de mme formidable. Tout ce qu'elle dit se rvle d'une franchise indniable,
pourtant elle doit faire des efforts pour tromper les bracelets... Je ne sais pas
si son subterfuge va passer... Mais peut-tre mme est-ce vrai, elle semble sincre,
elle arrive mme  me faire douter... Aprs quelques instants les avis des membres
se laissent manifester, une nette majorit croit navila, quelques personnes sont
formellement persuades qu'elle ment, dont Goriodon :

- Mensonge ! Il est vident qu'elle tente de nous berner.

Yamwreq demande la parole :

- Avant de mettre en dfaut nos bracelets, qui ont toujours t efficaces,  moins
que vous n'en doutiez, Goriodon ?

Goriodon le regarde de travers :

- Non. Continuez.

- Si nous considrons qu'elle dit vrai, se pourrait-il que le Congrs ait t victime
d'une attaque ? navila tant paralyse, elle en aurait subi des effets multiplis
?

Un lger vent de panique traverse les membres, une autre personne prend la parole
:

- Oui c'est une explication valable, comment peut-on tre sr que personne de l'extrieur
n'a tent de nous tromper, nous endormir ou nous persuader de quelque chose ?

Un lger brouhaha se fait entendre, Goriodon se lve et fait des signes des bras
pour calmer l'agitation :

- Voyons, ne sombrons pas dans l'illogisme. La Congrgation n'a pas subit d'attaque
directe depuis des millnaires. La seule menace externe connue viendrait des plantes
Mnochennes, mais mme si nous n'avons pas d'artificiel en observation directe,
tout porte  croire que leur technologie est toujours  un stade primitif.

- Et une attaque venant de l'intrieur de la Congrgation ?

Plusieurs personnes, qui n'taient jamais vraiment intervenues auparavant, veulent
prendre la parole. Goriodon leur rpond tour  tour.

- C'est ridicule, d'une part je vous rappelle tout de mme que l'enceinte du Congrs
est sous protection, d'autre part il n'y a pas de mauvaise intention qui n'ait t
dtecte  l'avance depuis que nous utilisons les bracelets.

- Pourtant nous n'avons rien pu faire quand navila a attaqu Yacou, et quand elle
s'est vade.

Ils m'nervent  m'appeler Yacou.

- Justement, navila me semble d'une manire vidente la responsable de l'agression
que nous avons subi.

- Mais il y a peut-tre d'autres personnes avec elle, ou mme indpendantes, qui
sont capables des mmes choses, tromper les bracelets. Imaginons que la faon de
le contourner ait t mise au point, mme si l'inventeur lui-mme ne donne pas le
secret, souvent quand une dcouverte se fait elle se fait  de brves intervalles
 plusieurs endroits. D'autres personnes sont peut-tre en mesure de nous berner,
de nous tromper, peut-tre sommes nous  la veille d'une attaque majeure, nous ne
pouvons prendre cela  la lgre !

Il y a un fort consentement dans les membres du Congrs. Une autre personne intervient
:

- Mais ne devons-nous pas dans un premier temps nous concentrer sur l'attaque de
tout  l'heure, je suis dsol mais je ne trouve que trs peu d'information  ce
sujet, comment pourrait-on avoir plus de donnes, est-ce que les artificiels sont
en train de chercher ?

Goriodon rpond :

- Non et c'est bien la partie qui m'inquite et le sujet de ce dbat. navila parvient
semble-t-il  tromper les artificiels. Si bien qu'tant dmunis, pour l'instant,
face  de tel agissements, je pense qu'il est urgent que nous la neutralisions.

Yamwreq prend la parole :

- Mais en sommes-nous seulement capables ? Si elle n'est pas la responsable directe
de l'action de tout  l'heure, se pourrait-il qu'elle soit protge, en quelque sorte,
par quelqu'un ou quelque chose ? Nous avons un contrle plus restreint sur les plantes
rebelles, peut-tre un groupe sparatiste se cache l-bas ? navila ne pourrait-elle
pas simplement tre un missaire de leur part pour nous transmettre un message ?

Gwnola, passablement agace, lui rpond :

- Et bien demandons-lui, alors, car je peux vous assurer qu' ma connaissance il
n'y a aucun mouvement de ce genre sur les plantes rebelles.

Elle fait une pause, se tourne vers navila, et l'interroge :

- navila, avez-vous un quelconque rle d'missaire, et avez-vous oui ou non une
part de responsabilit dans l'attaque de tout  l'heure ?

navila se concentre, puis rpond doucement :

- Je ne joue aucun rle particulier. Ma seule volont est d'aider la Congrgation
et le Congrs, je veux simplement vous dire que les artificiels nous trompent, et
que Goriodon n'est pas tranger  cette manipulation.

Elle semble prouve  chaque fois qu'elle prend la parole. Je ne sais pas si elle
ment ou pas, mais son indice de confiance est au beau fixe. Une autre personne, qui
avait dj intervenu en faveur de Goriodon, se lve et crie presque :

- Mais c'est absurde ! C'est de la diffamation, vous voyez bien qu'elle ment, elle
utilise son pouvoir ou sa mthode pour nous tromper, elle nous ment ! C'est elle
qui nous manipule !

Metthios intervient :

- Jusqu' preuve du contraire les bracelets sont entirement fiables pour la dtection
de la sincrit. En suivant cette hypothse, et si on se rfre aux suspicions de
Yamwreq concernant Sarah et Goriodon, et le changement de certains faits par les
artificiels pour nous tromper, il semble vident que la personne la plus dangereuse
ici n'est pas navila mais bien Goriodon !

Des chuchotement virtuels s'lvent de la foule, et on voit par des traits de couleurs
qu'un grand nombre de personnes sont en train de discuter entre elles. Metthios poursuit,
haussant la voix :

- Et d'autre part les actions d'navila taient plus des impulsions incontrles,
spectaculaires certes, mais tout  fait visibles, alors que les incohrences releves
par Yamwreq et les liens entre Goriodon et Sarah restent inexpliqus !

Une autre personne intervient :

- Et cette Sarah, alors, o est-elle, ne peut-on pas l'interroger ? Ne peut-on pas
tenter de mettre cette histoire au clair une fois pour toutes ! J'ai l'impression
que nous nous enfonons de plus en plus sans trouver aucun moyen d'lucider quoi
que ce soit ?

Goriodon intervient :

- Sarah a utilis un clone non diffrenci pour se rendre sur Stycchia, et elle est
en train de revenir. Elle n'est pas disponible pour l'instant, mais le sera sans
doute demain.

navila demande la parole, calmement, et toujours aussi calmement formule son attaque
contre Goriodon :

- C'est assez habile, en effet, d'avancer la sance de faon  ce qu'elle ne puisse
pas intervenir, et que mon cas soit rgl avant son retour.

Goriodon reste pensif un instant, puis rpond :

- Trouver des informations sur ce virtuel tait une priorit.

- Elle aurait pu rester sur Stycchia pour pouvoir intervenir aujourd'hui. D'autre
part avec un clone non diffrenci sur Stycchia, son retour ne devrait prendre que
quelques heures, pourquoi ne pas attendre, alors ?

- Soit, je ne m'oppose pas, contrairement  ce que vous semblez croire,  ce qu'elle
intervienne, bien au contraire. Soyez persuads que mon souhait le plus cher est
que nous rsolvions cette affaire au plus vite, il n'est pas bon de rester avec tant
d'incertitudes.

Le silence se fait quelques instants dans l'enceinte, les gens attendant, presqu'aucune
conversation prive. Finalement une nouvelle personne se lve :

- navila, pouvez-vous nous expliquer quels lments vous portent  croire que Goriodon,
avec l'aide des artificiels, nous cache certaines choses ?

navila reste silencieuse pendant plusieurs minutes, tout le monde retient son souffle
:

- Goriodon utilise les artificiels pour... Pour cacher certaines informations  la
Congrgation.

- Mais qu'est-ce qui vous pousse  croire une chose pareille, avez-vous des preuves
?

Toujours un pesant silence d'navila, les gens s'impatientent. J'ai peur qu'elle
ne bluffe trop et ne sache comment se rattraper.

- Sarah utilise aussi les artificiels pour nous tromper.

Mlinawahaza demande la parole, Goriodon la lui donne, il semble respirer un peu
mieux depuis qu'navila manque manifestement d'arguments.

- Mais qui ou quoi vous fait penser une chose pareille !? D'o viennent ces accusations
?

navila commence  s'nerver un peu. Elle ne sait plus quoi dire :

- Il ment, il se sert des artificiels... Demandez lui qu'est ce qu'il se trouve dans
le systme de l'toile Emi-Ta-Far-33-245.

Un partisan de Goriodon rtorque :

- Vous ne rpondez toujours pas  la question, navila.

Mais Metthios s'empare de la rvlation :

- Goriodon, pouvez-vous rpondre  la question d'navila ?

Goriodon ne parle pas d'un instant, esprant que les avis invalident la question,
mais si l'intervention de son supporter a fait pencher la balance un instant, la
question de Metthios a pris le dessus. Il s'exprime finalement.

- Je... Je ne sais pas ce qui se trouve dans ce systme.

Son indice de confiance est presque  cent pourcent, tmoignant de sa sincrit.
navila intervient immdiatement :

- Ce n'est que l'action mme de ce qu'il se trouve dans ce systme. Ce systme comprend
plusieurs plantes d'artificiels qui contrle les changes d'information de la Congrgation,
et s'arrangent entre autre pour que Goriodon puisse mentir sans que nous ne voyions
rien !

Un autre supporter de Goriodon lui rpond :

- Jusqu' preuve du contraire, les bracelets ont toujours indiqu sans aucune erreur
le mensonge de quelqu'un, pourquoi devrions-nous le remettre en doute sans que vous
n'apportiez aucune preuve, ni mme la source de votre accusation ?

navila n'a vraisemblablement pas beaucoup plus d'lments, pourquoi ne demande-t-elle
pas simplement que nous soyons relchs pour retrouver ce prtendu virtuel, ou Sarah,
il n'en faut pas plus.

- Je... Je ne peux pas le dire.

moi dans la salle, Goriodon se lve, plus fort que jamais :

- Et bien je crois que c'est une preuve suffisante du non fond de vos accusations,
navila. Une autre de vos manoeuvres pour encore passer entre les filets de nos contrles.
Mais il reste un point d'ombre, en effet, sur la faon dont vous vous prenez pour
contourner les bracelets, je crois qu'il est temps que vous nous dvoiliez ce secret,
et que vous cessiez vos mascarades de mauvais got.

Le Conseil est compltement de l'avis de Goriodon, navila est accule, elle n'a
gure de porte de sortie. J'ai peur que ne sachant que faire elle dcide de nouveau
de tenter de partir. Mais elle reoit un soutien inattendu. Symestonon, le vieux
sage, prend la parole :

- navila dit la vrit... Il y a bien un systme permettant de tromper les bracelets.

Tout porte  croire qu'il ment, il continue:

- Ce systme se protge lui-mme, c'est ce qui fait que ce que je dis est qualifi
de mensonge, pourtant je suis sincre.

Confusion dans la salle, Goriodon, surpris, reste muet. Finalement une personne demande
plus d'information a Symestonon.

- Je ne matrise pas ce systme. Comme dcrit par navila, il a t mis en place
par Gualmonape et Mirtandalos en 9822, entre autre via le systme Emi-Ta-Far-33-245,
mais pas uniquement, pour permettre au Conseil, ou  certaines personnes tout du
moins, d'asseoir leur contrle sur la Congrgation en cas de crise.

Goriodon s'est assis, vraisemblablement trs ennuy par les rvlations de Symestonon.
Metthios prend la parole :

- Il est difficile de remettre en cause les paroles de Symestonon, mme qualifies
de mensonges par les bracelets. De telles dclarations signifient donc que depuis
9822 nous sommes tromps ? Qui est au courant de ce systme, qui l'utilise ? Goriodon,
depuis quand en avez-vous connaissance ?

Symestonon rpond alors que Goriodon garde le silence :

- Tout comme moi Goriodon ne peut pas rpondre  cette question. Ce systme s'auto-protge,
si Goriodon dit qu'il le connat, le systme fera en sorte que nous croyions qu'il
ment. Je vais noncer une phrase qui est un pur mensonge de ma part.

Symestonon, toujours assis et dcontract, nonce une premire phrase :

- Le systme Emi-Ta-Far-33-245 est une simple base de calcul pour les artificiels,
il ne contient rien qui ne permette de tromper les membres de la Congrgation.

Il fait une pause, pour que tout le monde s'aperoive que son indice de confiance
rvle qu'il est sincre, puis reprend :

- Le systme Emi-Ta-Far-33-245 est une base spciale des artificiels dont le but
est de tromper les bracelet et protger son existence.

Cette fois-ci le systme ne donne aucun doute sur la fausset de sa dclaration.

- Il est difficile de parler de ce systme, car tout ce que je pourrai vous rvler
 son sujet serait qualifi de mensonge par les bracelets.

La confusion grandit dans la salle, entre les rares qui doutent encore un peu de
la sincrit de Symestonon, et les autres qui ralise que leur systme est peut-tre
en train de s'effondrer. Les questions fusent :

- Qui a accs  ce systme ?

- Sur quel sujet nous trompe-t-il ?

- Pourquoi pouvez-vous l'outrepasser ?

Des membres se sont levs, et d'autre part nous ressentons une trs forte agitation
venant de l'extrieur, des personnes suivant la session du Conseil de divers endroits
de la Congrgation. Goriodon, aprs un temps de rflexion, se lve finalement et
demande le silence. Il parle lentement, comme s'il n'tait pas sr de ses paroles.

- Dans mes paroles certaines pourront tre qualifie de fausses... Mais Symestonon
a tord... Il n'existe aucun systme pour tromper les bracelets, pour nous tromper.

Euh... Je ne comprends plus rien, j'aurais pens qu'il allait dire le contraire,
les gens se tourne vers Symestonon :

- Mes amis vous venez de voir la tromperie dans toute sa splendeur. Les paroles que
vous venez d'entendre de la part de Goriodon ne sont pas celles qu'il a prononc,
et l'artificiel de l'enceinte  fait en sorte de vous faire entendre une version
modifie.

Goriodon se rassoit. Symestonon continue, calmant le bruit :

- Goriodon a rellement dit que j'ai raison et qu'il existe bien un moyen de tromper
les bracelets. Vous entendez rellement mes paroles car il s'avre que j'ai un statut
un peu privilgi vis--vis de ce systme. Celui-ci ne peut, en tout cas pas dans
une certaine mesure, changer mes paroles.

- Mais alors comment peut-on savoir ce qui est vrai de ce qui est faux, si on ne
peut mme pas discuter entre nous ?

Symestonon continue :

- C'est un sujet grave, et difficile  grer. Toutefois ce systme ne remet pas en
cause notre fonctionnement habituel,  savoir que nous ne devons pas cder  la panique,
et que toute nos habitudes restent valables. Ce systme est tout  fait fiable concernant
tous les problmes que nous avons rgl jusqu'alors ; il n'intervient que concernant
lui-mme. En consquence nous pouvons continuer  lui faire confiance pour la transmission
d'information, nos problmes courants et notre vie de tous les jours.

Des gens veulent parler, Goriodon les fait taire. Symestonon, pour la premire fois,
se lve pour parler. Et cela ne doit pas tre si courant car tout le Conseil se tait
subitement  cette vue.

- Je rpte, pour toutes les personnes de la Congrgation. Vous DEVEZ continuer 
faire confiance aux bracelets, car ce problme ne concerne que l'existence de la
possibilit pour certains artificiels de nous tromper quand nous parlons de leur
existence, ce qui reste un problme restreint qui ne remet pas en cause la prennit
de notre systme. Il est toutefois important que nous trouvions une solution  ce
petit problme, pour liminer dfinitivement ce doute.

Les gens se rassurent un peu  ses paroles. Symestonon se tourne vers navila.

- En outre, ce problme est indpendant des actions suspectes de cette jeune fille,
et nous devons aussi lucider rapidement son cas, car il est aussi important voire
plus que le problme des artificiels nous trompant.

navila lui rpond sans attendre :

- Vous tes de mche avec Goriodon, vous nous trompez tout comme lui !

- Je suis de mche avec lui, vous avez raison, car je tente comme lui de choisir
le meilleur pour la Congrgation. J'ai toute ma confiance en Goriodon, et je sais
qu'il cherchait, depuis qu'il a eu connaissance de son existence,  djouer ce systme
d'artificiels. Toutefois sa position tait dlicate, car sans soutien il serait simplement
pass pour un menteur aux yeux de tous.

Comme prvu ses paroles sont qualifies de mensongres. Et l'interrogation est grandissante
parmi les membres du Congrs. Mais un autre indicateur, pour l'ensemble de la Congrgation,
rvle aussi qu'une grande inquitude est en train de prendre place auprs de toutes
les personnes composant cette gigantesque humanit.

- Je pense que le dbat au regard de ces artificiels peut difficilement prendre place
ici, car ils pourraient d'une part trouver un moyen de contourner aussi mes paroles,
et surtout ils trouveraient dans notre dbat de quoi se protger contre nos actions.

- Mais ne peut-on pas le dsact...

Symestonon se rassoit et coupe l'intervenant :

- Rien ne sert de parler de a ici.

- Mais que faire, alors ?

Le Congrs est de nouveau trs agit. Goriodon, se reprenant, dcide de prendre de
nouveau le contrle des dbats.

- Symestonon l'a dit, cette question relative aux artificiels ne remet pas en cause
notre systme, car il se limite  une partie qui n'est jamais aborde dans la Congrgation,
sauf dans le cas prsent. Toutes nos bases restent prsentes et solides, et le problme
de premire priorit est le risque que peut reprsenter navila, car celui-ci n'est
pas expliqu.

La confusion s'attnue notablement, mais une personne conteste l'opinion de Goriodon
:

- Je ne suis pas d'avis de considrer ce problme concernant les artificiels comme
non prioritaire. L'action d'navila n'est peut-tre pas explique mais elle se limite
aux contournements de quelques bracelets, sans consquences grave pour la Congrgation.
La possibilit de tromperie de la part des artificiels remet en cause l'ensemble
de nos capacits de jugement, et potentiellement laisse suggrer qu' tout moment
nos dcisions peuvent tre fausses. D'ailleurs la capacit d'navila n'est peut-tre
qu'une consquence de cette manipulation par les artificiels.

Goriodon ne sait quoi rpondre, il tourne les yeux vers Symestonon, esprant une
rponse de sa part. Celui-ci rpond sans se lever, toujours avec ce ton un peu dsinvolte
qui le caractrise :

- Je connais la capacit de ces artificiels, pour la simple et bonne raison que j'ai
indirectement particip  leur cration, et aussi parce que je suis en contact avec
eux depuis lors.

La personne de l'assistance ayant tmoign de son inquitude poursuit :

- Vous le connaissez, certes, mais pour notre part nous n'en savons rien, je pense
qu'il serait ncessaire de faire en sorte que nous soyons tous renseigns sur ce
point. D'ailleurs les avis de la Congrgation vont compltement dans ce sens.

- Nous ne pouvons pas discuter de ce point ici, comme je l'ai dj expliqu.

Une autre personne se lve, vraisemblablement trs agace.

- Mais o alors, pourquoi ne coupe-t-on pas simplement l'artificiel du Congrs ?

- Ce ne serait pas suffisant, sachant que nous allons discuter de ce sujet, je pense
qu'il pourrait tout de mme interfrer.

- Mais c'est incroyable ! Cela signifie que nous sommes impuissants ? N'avons-nous
donc aucun moyen de mettre  mal se systme de manipulation ? Personne ne le contrle
?

- Nous ne pouvons en discuter que dans un endroit en dehors de toute influence artificielle.

- Et bien soit, o peut-on trouver un tel endroit, rendons-nous-y !

Symestonon reste silencieux un instant, puis ajoute :

- Je ne sais pas si nous avons un tel endroit.

Grande agitation dans le Conseil,  la limite de la panique. Goriodon pose une question
 Symestonon. Le bruit s'estompe.

- Si nous demandons aux artificiels un endroit o ils n'auront aucune influence,
mentiront-ils sachant que c'est dans le but de contourner la protection ?

- C'est possible, je ne sais pas exactement de quoi ils sont capables.

L'agitation reprend de plus belle.

- Comment pouvez-vous prtendre connatre la capacit de ces artificiels, si vous
ne savez mme pas clairement de quoi ils sont capables.

- Parce qu'ils n'interviennent que dans un cas trs prcis, qui n'est pas d'une importance
primordiale pour la Congrgation, mais si ce sujet est soulev, je ne sais pas alors
quelles sont leurs limites.

L'agitation devient telle que j'ai d mal  suivre les questions qui fusent, finalement
je cde moi aussi  discuter avec Erik de tout ce bazar, navila m'ayant "gentiment"
envoy balader une fois de plus. Pendant encore une bonne demi-heure Symestonon s'vertue
 tenter de faire comprendre qu'il ne dira rien en dehors d'un endroit protg, jusqu'
ce qu'une personne tente de proposer une ide, qui a mis du temps  tre voque
pour la simple et bonne raison que les membres doivent utiliser leur mmoire pour
trouver une solution, les artificiels bloquant comme l'a expliqu Symestonon la recherche
d'information pour circonvenir  leur systme de protection :

- Il n'existe aucun moyen de trouver un tel endroit, nous devrions tenter de vivre
avec.

Phrase qui est immdiatement traduite par Symestonon, qui a la chance de ne pas subir
l'action des artificiels :

- Mais n'avait-on pas construit  une poque des stations orbitales indpendante
pour justement avoir un chappatoire dans ce genre de situations ?

Le plus incroyable c'est que l'illusion va jusqu' faire bouger les lvres de la
personne diffremment. Symestonon continue :

- Oui il existe effectivement des stations orbitales comportant des protections contre
des interventions d'artificiels externes. Toutefois il ne nous sera peut-tre pas
vident de nous y rendre.

- Nous pouvons tenter, o se trouve la plus proche, peut-on s'y tlporter ?

- Nous ne devons pas utiliser la tlportation, il y aurait un risque de changement
de nos souvenirs.

- Je croyais que c'tait impossible ?

- a ne l'est pas.

Goriodon intervient avant que la panique totale ne s'empare du Conseil :

- Nous devons garder notre calme, je vous rappelle que le problme actuel ne concerne
qu'une partie presque anecdotique de la Congrgation. Gardez  l'esprit que tout
continue  fonctionner comme avant, mme si, je le consens, un doute pourra subsister
tant que vous n'en saurez pas un peu plus. Symestonon, vous semblez avoir toujours
accs sans limitation aux informations de la part des artificiels, avons-nous  disposition
une telle station dans les alentours du systme adamien ?

Symestonon reste silencieux un instant, puis prcise :

- Une de ses stations est un satellite d'Adama, elle se trouve nanmoins  plus de
cinq tri-quadri pierres.

Ce qui correspond  cinq multipli par six puissance douze pierres, une pierre mesurant
environ quatre-vingt centimtres, le tout doit reprsenter presque neuf millions
de kilomtres. Ce point correspond sans doute  un point de Lagrange entre Adama
et son soleil. Goriodon continue, il semble avoir compltement vir de bord, d'abord
rticent, il semble dsormais corps et me derrire Symestonon :

- Quand pouvons-nous nous y rendre ?

- N'importe quand, il ne nous faudra pas plus de deux siximes de trente-siximes
pour nous y rendre.

- Pouvons-nous prvoir un dpart pour aujourd'hui ?

- Demain serait plus raisonnable, il vaut mieux s'assurer que tout se passera bien,
il nous faudra en effet prendre le plus de prcautions possibles et limiter l'intervention
des artificiels.

Tout le Conseil est dsormais silencieux, coutant fbrilement l'change entre Goriodon
et Symestonon. Parfois Symestonon reprend les paroles de Goriodon, quand celles-ci
sont masques par les artificiels.

- Devons-nous tous nous rendre sur place ? Moins de personnes rendrait l'organisation
plus simple ?

Mince ! Ils veulent faire la super runion o on apprend enfin tout en comit restreint
!

- Oui, toutefois il serait tout de mme prfrable que nous soyons un certain nombre,
notamment les plus gs, pour chercher dans nos mmoires les lments qui pourront
nous aider.

L'agitation revient quand il s'agit de dterminer qui aura le privilge, ou la charge,
de se rendre sur cette station. Il doit y avoir environ quatre cent personnes dans
l'enceinte du Congrs, un peu plus de cent cinquante sont finalement choisies, et
divers rles ou tches sont rparties par Symestonon pour prparer le voyages du
lendemain, notamment trouver plusieurs vaisseaux de transports. Je reste du de
ne pas faire partie du voyage, mme si une telle mise  l'cart peut-tre un signe
que notre cas ne sera plus prioritaire dans les jours qui viennent, et que je serais
certainement un peu plus libre de mes mouvements, du moins je l'espre, mais Symestonon
termine sur ce point :

- Je pense aussi qu'il est crucial qu'Ylraw et Sarah soient prsents, et, malgr
tous les efforts qu'elle dveloppe pour nous persuader du contraire, navila.

navila explose, elle tait depuis tout  l'heure extrmement silencieuse, beaucoup
plus calme qu' son accoutume, les dernires paroles de Symestonon l'enflamment.

- Jamais ! Hors de question que j'assiste  votre partie mensongre ! Vous ne valez
pas mieux que Goriodon !

Elle se lve et s'adresse  tout le Conseil.

- Mais vous ne voyez pas qu'il est en train de vous tromper, de vouloir vous emmenez
bien tranquillement dans un endroit qu'il matrise pour vous persuader qu'il a raison,
o peut-tre mme vous tuer tous, ou vous rendre dpendant de lui !

Goriodon tente de la calmer, mais elle rpond d'autant plus violemment :

- Tais-toi ! Goriodon, tu n'est qu'un tratre qui cache la vrit  la Congrgation,
tu devrais tre expuls, emprisonn !

Elle s'adresse de nouveau  tous :

- Mais ne vous laissez pas faire, merde ! Ils sont tous de mche, Goriodon, Sarah,
Symestonon, Ylraw ! Bon sang mais ils sont tous allis pour asservir, pour vous rendre
dupes et vous utiliser !

Goriodon s'est assis, vraisemblablement touch par les paroles d'navila, mais Symestonon
lui se lve :

- C'est bien  toi de dire une chose pareille, navila, toi qui bafoues les rgles
depuis le dbut, toi qui NOUS manipule en trompant les bracelets  notre insu, ne
serais-tu pas, toi, plutt, une servante des artificiels, une abomination de leur
technique de clonage pour nous affaiblir et nous dtruire !

La voix de Symestonon a rsonn comme le tonnerre, mais navila n'en prend que plus
d'nergie pour lui rpondre :

- Tratre ! Voil des milliers d'annes que vous trompez la Congrgation, et vous
m'accusez d'avoir outrepasser deux ou trois bracelets pour une cause que je sais
juste pour les plantes rebelles et la Congrgation ! Je n'ai jamais menti sur mes
intentions, vous, vous n'tes que plagiat dans votre dcontraction de merde pour
vous donner un genre alors que vous n'tes qu'un monstre qui veut dtruire la Congrgation
!

Symestonon devient beaucoup plus calme pour rpondre, il se rassoit :

- Nous perdons notre temps, ce n'est pas  toi de me juger, mais  la Congrgation.
Je souhaite ta prsence demain, si les avis s'y opposent, soit, mais tu n'as pas
encore assez d'emprise, heureusement, pour les contrer.

navila vacille un instant, hsitant devant le retrait de Symestonon, elle s'apprte
 s'asseoir, puis se redresse :

- Vous voulez savoir qui m'a donn ces informations ? Et bien ce sont les hommes
de l'Au-del, oui ! Ce sont eux qui nous observent, et qui m'ont mise en garde contre
les actions de Goriodon, contre ses manipulations !

moi dans la salle, Goriodon se relve pour calmer les membres du Conseil :

- Aucun contact n'a t ralis avec les hommes de l'Au-del depuis leur dpart,
tout nous porte  croire qu'ils ont soit disparu, soit perdu la matrise de la technologie
leur permettant de communiquer  grande distance. Mais puisque vous semblez si sre
de vous, pouvez-vous donc nous dire o vous avez rencontr ces hommes de l'Au-del
? Si ce n'est pas dans vos rves, bien sr.

navila reste silencieuse un instant, sans doute a-t-elle bluff ou ne veut-elle
pas donner ses sources. Elle rpond tout de mme aprs quelques secondes :

- Vous en avez deux devant vous, Erik et Ylraw, ils ne sont rien d'autres que des
hommes de l'Au-del.

C'est Symestonon qui rpond :

- Tu as raison de mettre en doute l'existence de leur pass dans la Congrgation,
car il a bien t mis en place par les artificiels. Toutefois ils ne sont pas des
hommes de l'Au-del, et nous discuterons de leur cas demain. En tout tat de cause
ce ne sont pas eux qui t'ont prtendument dvoil que Goriodon tait, selon tes dires,
un tratre. Je suis nanmoins curieux de savoir qui l'a fait, peux-tu rpondre ?

navila peste de rage, mais rpond sur le champ :

- Je ne rpondrai pas ! Car j'ai confiance en eux et plus en vous, mais ils sont
bien l, et puissent-ils vous dtruire, je m'en moque dsormais !

Elle se tait alors et se rassoit, triste ou due. Symestonon reprend alors la parole
:

- Bien, quoi qu'il en soit je vous en apprendrai un peu plus  tous sur ce point
demain, avec l'aide de Goriodon. J'aimerais que toutes les prcautions soient prises
pour qu'navila et Ylraw soient prsents demain  notre session. Les endormir me
parait une scurit, ils se sont montrs beaucoup trop rebelles pour que nous leur
fassions confiance.

Oh non ! Il ne vont pas encore m'empcher de voir Pnople, c'est peut-tre ma seule
occasion. Je demande la parole :

- Je sais que je n'ai pas montr le plus bel exemple en tentant de prendre la fuite
avec navila, et que je ne suis pas encore un membre de la Congrgation, mais contrairement
 elle, je ne sais pas comment contourner les bracelets ou les artificiels, et sans
son influence je pense que je peux rester bien sage dans les btiments du Congrs.

Au dbut beaucoup d'avis se rangent de mon ct, sans doute compte tenu de mon indicateur
de sincrit qui est presque au maximum, puis les paroles de Symestonon doivent revenir
 l'esprit des gens et les votes en ma faveur se tassent, puis me deviennent dfavorables
; je soupire. navila m'injurie grassement de l'avoir ainsi laisser tomber, je n'hsite
pas  la remettre en place :

- C'est sr que toi tu ne m'as pas du tout coul en m'accusant d'tre dans le mme
sac que Goriodon et les autres.

- Tu es un tratre, qu'est-ce que j'y peux ?

- Qu'est-ce qui te rend si sre de a ?

- Ta gueule de macaque.

- Toujours aussi pertinente, alors un moment je dois t'aider  t'enfuir, et maintenant
je suis le dernier des salopards ?

- Tu as toujours t le dernier des salopards, juste que j'ai vaguement cru  un
moment que tu pourrais m'tre utile. Je me suis lamentablement plante, bien sr.

Erik me file un coup de coude pour m'indiquer que tout le monde est en train de nous
couter. Je m'excuse doucement et me tais. Symestonon continue d'indiquer les diverses
ncessits pour le voyage du lendemain vers la station protge des artificiels.
Il est encore tt pour la pause de midi quand il conclut :

- D'autre part, il y a une grande agitation  l'extrieur, je vous prie de faire
le possible pour rassurer les gens ; je vous le rappelle, les bracelets continuent
de fonctionner correctement, seul un unique sujet anodin, sur lequel nous avons mis
le doigt, pose problme.

Il reste silencieux un instant, puis termine :

- Nous pourrions arrter la session ici, de faon  laisser le temps  tout le monde
de se prparer, il est prfrable que nous utilisions un grand nombre de petit vaisseaux
indpendants des artificiels, il y en a beaucoup de disponibles en orbite. Les premires
personnes peuvent partir ds  prsent sur la station, si nous pouvons tous nous
y rendre ds aujourd'hui, cela ne fera qu'acclrer la rsolution de cette crise.
Car c'est bien une crise, une crise importante. Mme si elle est sans gravit, une
crise ne se dfinit pas en fonction de ce sur quoi elle repose, mais de la raction
des membres de la Congrgation. Et la confiance en la structure de notre systme
est  l'preuve. Toutefois j'ai bon espoir que ds demain nous ayons trouv une solution
et que tout redevienne comme auparavant.

Symestonon a beau tenter de rassurer les gens, ceux-ci ne sachant pas exactement
de quoi il en retourne, ils sont quand mme trs affols par cette affaire, ne serait-ce
que par la fluctuation des avis au fil de ses propos.  la moindre parole ngative,
l'affolement grandit, et tout signe positif le fait de nouveau basculer, tmoignant
de la situation extrmement instable.

Les gens se lvent et d'un pas press quittent l'enceinte, pour prparer comme demand
par Symestonon la session o ils apprendront enfin le fond de l'histoire. J'avoue
que je suis moi aussi trs impatient d'en savoir un peu plus, d'autant plus que Symestonon
a dmenti la vracit de l'existence de nos prtendues vies passes dans la Congrgation.
Dcidment, notre arrive dans les parages aura mis du bazar. navila est immdiatement
emmene par de nouveaux artificiels, plus nombreux et plus gros que ses prcdents.
Nous quittons l'enceinte, et je m'entretiens avec Erik. Pourtant je n'ai qu'une envie,
c'est de courir aprs Pnople, mais je me rassure en la voyant marcher en discutant
avec Moln.

- On va peut-tre finalement savoir la vrit, finalement tout ton boxon avec navila
aura servi.

- Mouais, c'est vrai que c'est un peu grce  elle que Symestonon est finalement
intervenu.

- Tu penses que c'est quoi ?

- Quoi ?

- La vrit, tu penses que nous sommes des hommes de l'Au-del ?

- J'en sais rien, ils disent tellement de trucs diffrents. Le virtuel ce n'tait
pas vraiment crdible. Aprs qu'on soit une sorte de nouvelle colonie cre aprs
l'arrive d'hommes de l'Au-del, c'est possible mais c'est quand mme un peu trange
; les hommes de l'Au-del ne sont partis qu'il y a mille quatre cent ans, nous avons
trop de rfrences sur Terre, je trouve, pour dire que tout a commenc il y a mille
quatre cent ans.

- C'est vrai, peut-tre d'autres hommes sont venus il y a plus longtemps.

- C'est plus probable, ou alors peut-tre que les hommes sont apparus sur Terre,
tout simplement, et qu'ils ont voulu garder cette dcouverte secrte avec l'aide
des artificiels. Symestonon a dit que le point concernant les artificiels n'tait
pas trs important.

- Comment a ? Tu veux dire qu'ils ne seraient pas originaires d'Adama, mais de la
Terre, et qu'ils seraient venus sur Adama ensuite ?

- Oui, c'est tout de mme difficile  croire que l'homme soit apparu de faon identique
sur deux plantes diffrentes. Si c'tait vraiment le cas, nous devrions au moins
avoir quelques diffrences.

- Mais comment les hommes seraient-ils partis de la Terre ? Nous ne savons mme pas
aller au-del de la Lune, ils leur auraient fallu des vaisseaux, plus de technologie
?

- C'est vrai... Et d'un autre ct ils ont aussi une histoire qui remonte  super
loin sur Adama... Je ne sais pas... Peut-tre que cette technologie a exist sur
Terre, puis qu'une catastrophe a eu lieu et a tout ras, et seul quelques survivants
 bord d'un vaisseau ont survcu et se sont crass sur Adama ?

- Mais a aurait pu se passer quand ?

- Je n'en sais rien, ce n'est pas trs crdible de toute faon. Nous aurions des
restes, si a avait t vraiment le cas...

- Peut-tre qu'une guerre nuclaire ou une mtorite a tout explos ?

- Nous aurions des traces, dans la sdimentation, dans les glaces polaires, il y
aurait des indications de l'vnement...

Je n'en peux plus de discuter avec Erik, je ne pense qu' Pnople.

- Je vais aller parler  Pnople.

- Ok, je rcupre Guerd pour que tu sois tranquille.

- Merci.

 Nous forons un peu le pas pour arriver a leur niveau, Erik prend Guerd par le bras,
elle se tourne vers lui pour lui faire un clin. Je reste moi  ct de Pnople,
ne sachant trop quoi lui dire, "tu n'es pas encore partie ?" serait malvenu, je pense...

- a me fait plaisir de te voir.

Elle reste silencieuse.

- Tu me manques, Pnople.

Elle s'arrte et me passe doucement sa main sur le visage.

- C'est fini, Ylraw, fini, nous ne sommes plus ensemble, et nous ne serons plus jamais
ensemble.

- Mais qu'ai-je fait de si mal ?

- Tu n'es pas de ce monde, Ylraw. Ce n'est pas toi le problme, c'est moi. Moi je
ne veux plus a. Je veux rester chez moi. Je veux rentrer chez moi.

- Mais...

- Tu ne penses qu' toi, tu ne penses qu' en faire  ta tte, tu te moques des rgles,
tu te moques des autres. Tu es trop indpendant, je vais me dtruire avec toi. a
me fait mal d'tre avec toi.

- Mais c'est faux, je t'aim... Je suis tellement bien avec toi, pourquoi ne peut-on
pas rester ensemble, comme sur Stycchia, pourquoi ne peut-on pas encore partager,
pourquoi est-ce que je ne peux plus te serrer dans mes bras ?

- Tu n'aimes que toi, Ylraw... Et quand le temps sera venu, tu partiras sans demander
ton reste. J'ai trop souffert, Ylraw. Tu es comme lui, et tu partiras comme lui,
et moi je ne veux pas retomber l dedans, pas une deuxime fois.

- Tu... Tu viens avec moi au moins jusqu' ma chambre ? Pour discuter un peu ? Ils
vont m'endormir mais peut-tre que je pourrai rester un peu veill si je suis avec
toi. Peut-tre qu'on pourra parler un peu du Congrs, de Symestonon, de ce que tu
en penses ? Je ne sais pas trop ce qui va se passer ensuite, mais a me ferait plaisir
de passer encore un peu de temps avec toi, mme si c'est juste pour discuter.

- Je ne sais pas, Ylraw. Je crois que...

- S'il te plat...

Elle accepte d'un signe de la tte. Nous avanons en silence un moment. Metthios
remonte vers moi, mais je l'envoie balader poliment sans aucun remord. Yamwreq veut
aussi me parler, mais je lui dis aussi que j'aimerais passer un peu de temps  discuter
avec Pnople avant d'tre endormi. Finalement nous arrivons tous les deux dans ma
chambre, tous les trois plus exactement puisque mon prcepteur m'a rejoint en route.
Il ne s'attarde pas sur les lments du matin et me salue simplement. Pnople s'assoit
sur le lit. Je jette un oeil par la fentre, j'avais demand une chambre en hauteur,
plutt qu'en sous-sol, un peu  contre-courant des prfrences locales. Il fait grand
soleil, comme toujours sur le parc du Congrs.

Je me retourne et me dirige doucement vers Pnople, je vais pour lui mettre la main
sur l'paule, elle est assise au coin du lit, mais elle me fait signe avec la main,
sans me regarder, de ne pas la dranger. J'ai le ventre qui se noue au dbut, mais
je m'aperois que c'est parce qu'elle est en communication. Au bout de trente secondes,
elle tourne vers moi ses grands yeux marrons foncs. Je remets ma main sur son paule,
commenant un mouvement de massage lger. Puis je passe derrire elle agenouill
et lui masse les deux paules.

- Tu penses que Symestonon est gentil ou mchant ?

Je devine qu'elle sourit.

- J'aurais dit gentil, il a toujours t bon pour la Congrgation, mais je pense
qu'il serait capable d'utiliser un systme permettant de cacher des informations,
si un tel systme existait. Symestonon vient d'un monde ou la morale n'tait pas
la mme. Il a toujours recommand de prendre un peu ses distances avec les rgles,
dans une certaine mesure.

- Oui, il semble avoir dit qu'il avait accs  un tel systme, et puis le fait qu'il
soit le seul  ne pas tre contrl par les artificiels est tout de mme trs louche.

Pnople se dtend un peu.

- Oui. Non, c'est sr qu'il est au courant, et peut-tre mme qu'il a particip 
la cration ou  l'utilisation de ce systme. Pourtant je pense qu'on peut toujours
lui faire confiance, cela fait tout de mme plus de onze mille ans (sept mille ans
d'Adama) qu'il a toujours aid  la rsolution des conflits et la stabilit de la
Congrgation, on peut difficilement envisager qu'il ait d'autres intentions que le
bien de tous.

J'amplifie un peu mes massages, lui massant les bras, puis le dos.

- Oui mais si par exemple il a cach  la Congrgation l'existence des hommes de
l'Au-del, enfin pas l'existence, mais le fait qu'il y ait eu des contacts d'tablis,
peut-tre en pensant que a pourrait dstabiliser la Congrgation, est-ce que c'est
bien ou est-ce que c'est mal ?

- Il aura srement fait en pensant  bien, mais a serait mal pris, je pense.

Pnople se laisse ensorceler par mes massages et s'allonge sur le ventre. Ses vtements
lgers et volants me permettent d'accder facilement  sa peau. Son dos est lisse
et lgrement muscl. Tout de mme ces clones sont du bon boulot...

Je me concentre sur le massage, Pnople est tendue les bras croiss sous sa tte,
les yeux ferms. Il me faut bien cinq minutes mais je lui arrache finalement un gmissement.

- Tu es vraiment cruel avec moi... Comment tu veux que je rsiste avec a ?...

Sa voix devient plus douce. Confort dans mon action, je me permets de descendre
un peu et de lui masser les mollets, les cuisses puis les fesses, en retirant au
passage les multiples paisseurs de sa tenue en rubans, me rappelant une des premires
fois o nous avons fait l'amour. Je m'allonge alors doucement sur elle, et lui demande
 l'oreille :

- Je peux te faire l'amour ?

Elle ferme les yeux et attend un instant, puis soupire en disant :

- C'est fini, Ylraw... Nous ne sommes plus ensemble...

Toujours allong sur elle, maintenant une lgre pression sur ses fesses avec mon
pubis, je lui souffle tout de mme :

- Laisse moi te faire l'amour, Pnople...

Je laisse glisser ma main sur son flanc, remontant en lui effleurant les seins. Je
l'embrasse dans le cou, puis lui fait sentir mon excitation en me cabrant lgrement
pour augmenter la pression sur ses fesses. Elle carte lgrement les jambes, et
je sais que c'est un oui. Mais elle m'a manqu et j'aimerais lui donner plus, lui
prouver que je tiens vraiment  elle. Je me relve doucement pour l'embrasser dans
le dos. Je laisse courir ma langue sur son corps, elle frissonne. Elle se retourne
et me repousse doucement, je remonte vers elle pour l'embrasser.

- Non, Ylraw, non... Je ne veux plus.

Un non est un non... Je m'loigne un peu, mais je laisse courir ma main sur sa hanche.

- Tu ne veux pas faire l'amour avec moi ?

Elle ferme les yeux et soupire :

- Bien sr que si j'ai envie de faire l'amour avec toi ! Mais ce n'est pas a...
Je t'en veux, Ylraw...

- Tu m'en veux ?

Elle me regarde avec des yeux tristes :

- Tu ne t'en rends mme pas compte...

Cette remarque me fait baisser les yeux. J'aurais envie de m'excuser, de lui dire
que je ferais plus attention, que je serais plus proche... Mais est-ce vrai ? Et
est-ce que je suis rellement en tort ? Est-ce que tout ce qui m'arrive me permettrait
vraiment d'en faire plus, perdu comme je suis ?

- Je ne me rends compte de rien. Je ne me suis jamais rendu compte de rien, et aujourd'hui
encore moins qu'avant, perdu au fin fond de la Galaxie dans un monde que je ne comprends
pas...

- a n'excuse pas tout.

Elle m'nerve.

- Tu m'nerves.

- Toi aussi.

Nous restons silencieux un moment. Je m'allonge sur le dos. Elle se tourne vers moi.
Elle laisse glisser ses doigts sur mon ventre pour descendre sur mon sexe.

- Pourtant j'ai quand mme envie de toi.

Je ne rponds pas. Finalement elle s'allonge sur mon paule.

- Je suis perdue, moi aussi, Ylraw. J'tais bien tranquille sur Stycchia, dans une
vie simple, et maintenant je suis dans les btiments du Congrs, un lieu o je n'aurais
jamais cru venir, au milieu d'une crise dans la Congrgation, au centre d'vnements
qui vont peut-tre tout remettre en cause, au milieu d'un chamboulement que tu as
amen dans ma vie, et j'ai peur de ne pas le vouloir, d'tre trop vieille pour accepter.

Elle se tait un instant, puis reprend :

- C'est trop tard, maintenant, Ylraw, c'est trop tard.

- Trop tard pour quoi ?

- Pour nous, j'ai... Je... J'ai tourn la page. Peut-tre il y a quelques jours,
mais maintenant, je suis loin.

- Il y a quelques jours ? Tu plaisantes. J'tais coinc ici, qu'est-ce que tu voulais
que je fasse ?

Je me suis un peu emport, elle reste silencieuse. Se relve doucement et se rassoit
sur le bord du lit,  moiti nue. Elle remet doucement ses vtements. Je me redresse
aussi et lui caresse le dos.

- Laisse-moi te faire l'amour.

Elle se retourne vers moi, me regardant de haut.

- C'est fini, Ylraw, fini. Je vais partir sur Stycchia, et vu la tournure des vnement
nous ne nous reverrons sans doute jamais. Tu comprends Ylraw, tu vas sortir de ma
vie et moi de la tienne...

Quelque chose que je n'avais mme pas vraiment envisag, que je ne puisse plus la
revoir.

- Mais... Non, pourquoi ? Pourquoi veux-tu que ce soit fini comme a... Je...

- Tu vas partir, Ylraw, ds que tu sauras comment le faire, tu partiras, et mme
avant. Et, que je te suive ou pas, tu partiras, alors autant en rester l.

Je me rapproche encore d'elle, ma main glisse sur son dos, effleure ses hanches,
caresse sa cuisse puis remonte vers son ventre. Encore plus prs, je l'embrasse dans
le creux des reins. Je l'attire vers moi de mon autre main qui lui saisit un sein.
Elle rsiste un instant puis se laisse tirer en arrire. Je serre son sein et ma
main droite descends doucement, cartant ses lvres, dcouvrant son excitation. Elle
ne peut retenir un sourire :

- Tu triches ! tu n'as pas le droit de voir que je suis excite.

Je ne dis rien et m'attarde quelques instants sur une des parties les plus sensibles
de son anatomie. Elle gmit doucement puis m'avertit :

- Ce sera juste comme a, Ylraw, a ne veut rien dire.

- a veut au moins dire que tu as envie de faire l'amour avec moi.

- Envie de faire l'amour, ni plus ni moins, tu entends ?

J'hsite un instant, j'hsite  la renvoyer,  rester seul, mais le pourrais-je ?
J'acquiesce alors et laisse mes doigts la pntrer. Je me glisse doucement pour la
laisser allonger sur le lit et lui caresse le ventre de ma main libre. Mais elle
ne veut pas se laisser faire et se relve, elle dfait brutalement mes vtements
et me somme de la pntrer. Je continue nanmoins  la caresser des mains ; elle
les repousse et, d'un ton encore plus autoritaire, m'ordonne de la pntrer.

Je m'excute alors, lui arrachant quelques gmissements.

- Prends-moi debout.

Ce sera sans doute une des fois les plus crues que nous ayons fait l'amour. Elle
refusera systmatiquement de m'embrasser, et ne m'adressera presque aucun regard.
Elle jouira  trois reprises, une premire fois le dos au mur, une seconde debout,
penche en avant s'appuyant contre le mur avec les bras, et une dernire  plat ventre,
plaque au sol, et je l'accompagnerai dans cette dernire.

Elle partira vingt minutes aprs, une fois habille et rafrachie. Elle me souhaitera
bonne chance, et me donnera son dernier regard en s'excusant de ne rester plus. Ce
sera son Adieu...

Je crois que je regrette encore de lui avoir fait l'amour ce jour l.

Je suis rest veill encore un quart d'heure environ, avant que mon prcepteur ne
m'indique que j'allais tre endormi dans l'attente de la session du Congrs.

Station
-------



Mon rveil fut douloureux, ce qui est assez rare pour tre not. L'apesanteur en
est sans doute la cause, et j'ai une violente migraine. Mon avant bras me fait souffrir,
et je dcouvre avec stupfaction que le bracelet implant la veille a t retir.
Je n'ai mme pas le rconfort d'tre accueilli par une charmante htesse, comme lors
de mon arrive sur la station orbitale tlport d'Adama. Bien au contraire je me
trouve dans une capsule minuscule au couvercle transparent, rveillant divers relents
de claustrophobie. navila, encore endormie, se trouve dans une capsule identique
 la mienne situe  quelques dizaines de centimtres. Je ne sais pas encore le temps
de mon sommeil, aucune de mes tentatives d'ouverture d'un ventuel bracelet ne se
rvlent fructueuse.

La pice, la niche pour tre plus prcis, contient vraisemblablement trois capsules.
La dernire la plus  ma droite semble vide, mme si je n'en suis pas certain. Un
hublot ne me permet pas de voir autre chose que le ciel noir rempli d'toiles. Impossible
de savoir ma situation. Cette niche ne doit pas mesurer plus de deux mtres de long,
 peine plus que la longueur des capsules. En forme de demi-cercle, l'endroit le
plus haut doit difficilement dpasser un mtre vingt, et la largeur au sol deux mtres
cinquante. Je suis de toute vidence dans un vaisseau dsuet me conduisant  la station
dont parlait Symestonon. J'enrage de n'avoir pu prendre le temps de m'expliquer avec
Pnople. Si seulement je lui avait parl, plutt que de vouloir absolument lui faire
l'amour ! Je suis vraiment stupide !

Je me demande bien dans quelle galre je suis encore. Je me sens seul pour la premire
fois depuis l'Australie, perdu dans le dsert. Mme si je me suis aussi senti extrmement
seul aprs la mort de Naoma, quand Erik refusait de me parler.

Naoma... O es-tu donc, ma belle... O es-tu donc ? C'est sans doute toi que j'aurais
d aimer... Bah cette vie est une ingrate, o que je sois c'est encore l'amour qui
me fait souffrir... C'est nanmoins un lment rassurant de la nature humaine. Je
me demande  quelle vitesse se dplace ce vaisseau. Le fond toil tourne sur lui-mme,
mais impossible aussi d'avoir une sensation d'acclration. Peut-tre sommes-nous
 l'arrt, prs  accoster. Ou bien au dpart ? La station se trouve  neuf millions
de kilomtres, quelques heures...

Mme quelques heures me seraient difficiles dans cette capsule. Mais mon attente
ne sera toutefois pas longue, moins d'une demi-heure plus tard la capsule descend,
sortant sans doute du vaisseau par en-dessous. Quelques secondes plus tard, Sarah,
Yamwreq, Metthios et trois autres ouvrent le sas de la niche. Leur position laisse
suggrer qu'il y a tout de mme un semblant de gravit. La paroi vitre de ma capsule
se spare en deux et disparat sur les cts, celle-ci s'avance d'une cinquantaine
de centimtres en dehors de la niche et la partie  l'extrieur s'incline pour faciliter
ma sortie. Je dois tout de mme me faire glisser, ce qui n'est pas des plus pratique.
Yamwreq plaisante :

- Vous avez du mal  sortir ! Vous imaginez sans doute aisment combien nous avons
d en patir pour vous glisser endormi l-dedans !

- Je n'aurai pas fait d'histoires si vous m'aviez laiss veill.

Yamwreq redevient srieux et tente de se justifier :

- Nous sommes dans une situation difficile, comprenez-nous.

Metthios rectifie :

- Symestonon et Goriodon sont dans une situation difficile...

Yamwreq calme le jeu, les autres ne disent rien. Sarah me retient quand je manque
de partir en avant, surpris par la faible gravit.

- Marchez doucement, la station ne maintient qu'une gravit de l'ordre du vingtime
de celle d'Adama.

Je la regarde, me rappelant son beau visage quand elle m'avait sorti des sous-sols
de Sydney, ou encore quand elle m'avait retir le traceur, toujours en Australie.

- Vous ne m'avez retir le traceur que parce-que vous alliez partir et vous n'avez
plus besoin de me suivre ?

Elle me regarde les yeux curieux, puis comprend de quoi je parle. Elle attend quelques
secondes, me regardant avec ses grands yeux tristes, puis dit finalement, en se tournant
vers la capsule d'navila :

- Dsol de vous avoir ml  cette histoire.

- Je ne suis pas sr de le regretter.

Elle se retourne et laisse sa place  Metthios et Yamwreq qui tirent avec force la
capsule :

- Moi si.

Sarah regrette ? C'est trange... Quel rle joue-t-elle exactement dans cette histoire
? A-t-elle t manipule  son tour par Goriodon ? Quel jour sommes-nous, au fait
? Je demande  Yamwreq et Metthios, qui tirent navila par les pieds :

- La sance du Congrs a-t-elle eut lieu ce matin ou hier ?

Yamwreq me rpond :

- Ce matin, vous n'avez dormi que cinq ou six trente-siximes.

Ce qui veut dire que c'est toujours mon cent quatre-vingt douzime jour, ne perdons
pas le compte. navila semble toujours endormie :

- Elle n'est pas rveille ?

- Non, nous ne la rveillerons qu'une fois dans la station. Nous n'avons gure le
temps pour ses caprices.

Je ne sais toujours pas si je dois la considrer comme une amie ou une ennemie. Je
pense que la seule fois, lors de l'vasion, o elle a en apparence chang de bord,
ce n'tait que dans l'espoir que je puisse l'aider. Je prfre alors me taire plutt
que d'argumenter en faveur de son rveil. Je choisis plutt de profiter de la prsence
de Sarah.

- Sarah, maintenant que tout est dcouvert, vous ne voulez pas m'en dire un peu plus
? Savez-vous o se trouve la Terre, et comment y retourner ?

Elle me regarde sans me rpondre. Elle est habille de blanc, une combinaison moulante.
Je l'ai rarement vue autrement, hormis ses tenues dcontractes quand elle est venue
au Congrs. Les autres ont aussi des combinaisons, j'ai moi toujours les mme habits
qu'au Congrs. Il fait assez frais dans la station, mais la temprature reste toutefois
supportable. Si mon corps donne les mmes sensations que sur Terre, je dirais qu'il
fait aux alentours de quinze ou seize degrs Celcius. Metthios et deux autres personnes
transportent navila. La porter ne semble pas la tche la plus difficile, la faible
gravit lui donnant le poids d'une plume, c'est plus de conserver l'quilibre et
de faire attention qu'elle ne tombe pas ou ne tape pas dans un mur. Nous sommes dans
une toute petite pice, surplombe par la coque du vaisseau. Celui-ci semble petit,
mme si on ne voit qu'une partie au-dessus de nous, sans doute pas plus grand qu'un
gros avion de chasse, peut-tre deux, un F16, disons. Il est maintenu en l'air par
une sorte de paroi translucide qui suit ses contours et forme une interface tanche
entre l'espace et la pice. Cette paroi, mme si c'est difficile  estimer, doit
tout de mme faire dix ou vingt centimtres d'paisseur.

Une porte d'ancien temps s'ouvre pour nous permettre de sortir, une porte mcanique,
un peu comme dans tous les films de science-fiction. Elle grince d'ailleurs lgrement.
L'ai est moins dense que sur Adama, ma respiration est plus saccade. La pression
doit tre beaucoup plus faible.

- C'est vieux ici.

Yamwreq confirme :

- Oui, trs vieux, c'est d'ailleurs la raison pour laquelle nous sommes ici.

- Des gens habitent encore sur cette station ?

- Non personne depuis des millnaires. Nous devons d'ailleurs tre extrmement prudents,
il semblerait qu'une bonne partie de la station ait des problmes de pressurisation.
Nous nous trouvons dans une salle protge, mais il ne faudra pas longtemps avant
que la station tout entire devienne compltement inhabitable.

- Les autres sont arrivs ?

- Vous faites partie des dernires personnes devant participer, deux autres vaisseaux
sont en cours d'accostage. La plupart d'entre-nous sont dj ici depuis trois ou
quatre siximes.

Nous marchons doucement dans les couloirs, faisant attention de ne pas faire de faux
mouvements qui nous dsquilibreraient. Je manque de tomber plusieurs fois, mais
Yamwreq et les autres ne sont pas beaucoup plus dous, ce qui me rassure.

- Combien de temps allons-nous rester ?

Je marche aux cts de Yamwreq, Sarah ouvre la marche et navila et ses transporteurs
nous suivent. La technique la plus efficace pour avancer, montre par Sarah, semble
de se dplacer par petits bonds plus que par des pas.

- Nous resterons sans doute moins d'une demi-journe, nous n'avons de toute faon
que trs peu de vivres, la station n'en comportant pas, et nous n'avons apport que
du yomrwrel.

Le yomrwrel est une sorte de boisson sucre, un peu glatineuse, qui est trs rafrachissante
mais aussi suffisamment nergtique ; une sorte de super boisson contenant tous les
nutriments et oligo-lments indispensables. Cette boisson est assez exceptionnelle,
elle contient des micro capsules qui ne librent leur contenu qu'une fois dans l'estomac,
et au bout d'un temps variable, pour optimiser l'assimilation par le corps. Par exemple
la vitamine C est diffuse en mme temps que le fer, pour amlior son passage dans
le sang, et de mme pour les autres vitamines et minraux.

Nous empruntons un ascenseur vieillot, digne de l'an 2050, puis nous marchons encore
cinq bonnes minutes dans les couloirs gris foncs clairs par des lumires beaucoup
trop fortes. J'avais oubli l'impression d'tre bloui, gnralement dans la Congrgation
il y a toujours un artificiel bienveillant dans le coin pour attnuer la lumire
ou nous faire un peu d'ombre. Finalement nous entendons les autres membres du Congrs
parler un peu avant de rentrer dans une grande pice dont le sommet est constitu
d'un immense dme transparent o l'anneau diamtralement oppos de la station traverse
le ciel noir au milieu des toiles dfilant rapidement, tmoignant de la rotation
de la station pour crer une gravit artificielle.

Celle-ci est beaucoup plus petite que celle nous ayant accueilli lors de notre arrive,
minuscule mme. Toutefois s'imaginer dans un monstre de mtal de plusieurs millions
ou milliards de tonnes  plus de neuf millions de kilomtres de la plante la plus
proche reste encore pour moi une exprience fantastique.

La disposition de la salle ressemble trangement  une miniature du Congrs, des
gradins ovales entourant une place centrale. Nous ne sommes qu'une petite centaine
et la salle est comble. Je me trouve sur le gradin tout en bas. Le centre ne doit
pas faire plus de quatre mtre de large. navila est assise en face de moi, entoure
par deux personnes parmi les plus grandes et imposantes du Congrs, sans doute pour
la matriser si elle dcide de s'enfuir. Nous devons revenir aux bonnes vieilles
mthodes dans cette antre  l'abri des artificiels.

Goriodon, que je n'avais pas encore vu, entre dans la salle en sautillant, suivi
par Symestonon. Ils sont tous les deux habills en combinaison, comme la plupart
ici. Ils se placent au centre et demandent le silence. Sarah les rejoint et se place
lgrement en retrait par rapport  eux. Le brouhaha diminue et les membres du Congrs
s'asseyent progressivement dans la pice. Symestonon se dirige d'un bond vers navila
et lui place un bracelet autour du bras ; Goriodon commente :

- Symestonon place un inhibiteur de mouvements  navila. Ce n'est pas un bracelet
et il n'y a aucun risque de fuite. Nous allons aussi nous en servir pour la rveiller.

Quelques secondes plus tard navila cligne des yeux, et l'tonnement autant que la
rage s'entrevoient dans son regard quand elle comprend o elle est et son incapacit
 bouger. Goriodon poursuit.

- Pour plus de scurit, cette station est isole lectromagntiquement. Cela nous
permet d'viter toute tentative des artificiels de biaiser nos dbats.

- Et si quelque chose de grave arrive  l'extrieur, dans la Congrgation ?

Goriodon semble nerv par la remarque :

- Tout d'abord nous devons respecter de manire stricte les allocations de parole,
ou sans contrle tout va rapidement devenir une cacophonie insupportable. D'autre
part une partie des membres du Congrs sont toujours sur Adama et  mme de rgler
tout problme ventuel, et les avis continuent  fonctionner correctement pour les
affaires courantes, comme je l'ai expliqu ce matin.

- Dans un premier temps je vais rapidement vous donner un aperu de la situation,
je rentrerai ensuite dans les dtails.

Goriodon se tait pour attendre le silence, les quelques personnes qui parlaient encore
 voix basse se font raisonner par leurs voisins.

- En 6374, une exprience, initie par Eutir et Mirtandalos, a dmarre. Cette exprience,
alors d'une importance relative, a, au cours des sicles et des millnaires qui ont
suivi, pris de plus en plus d'importance, tout en restant secrte. Graduellement
des protections ont t ajoutes pour qu'elle reste cache et protge des yeux de
la Congrgation. C'est ce qui a abouti  un systme de protection gr par les artificiels,
s'assurant que personne d'autre que les personnes initialement au fait de l'exprience
puissent en dcouvrir l'existence.

Une exprience ? La Terre serait une exprience secrte de la Congrgation ? Voil
une explication qui me convient un peu plus que ce stupide Yacou. Goriodon poursuit.

Aujourd'hui il est temps que ce systme soit revu, mme si certaines personnes s'y
opposent fermement. La...

Goriodon est coup, semble-t-il par une communication. Pourtant je le pensais sans
bracelet.

- Excusez-moi. Je suis en liaison avec la station, et elle m'indique qu'un vaisseau
en provenance d'Adama souhaite accoster. Devons-nous activer la communication avec
lui, au risque que ce soit une manoeuvre des artificiels ?

- C'est peut-tre un message important, pouvons-nous le laisser accoster ?

- La station m'informe qu'il possde un vaisseau de nouvelle gnration, en liaison
avec les artificiels, contrairement  ceux slectionns pour nous permettre d'arriver.

- Nous n'avons aucun moyen d'en savoir plus ?

C'est moi qui ait une ide, et j'en suis assez fier :

- Une personne pourrait se rendre sur un des vaisseaux et rentrer en communication
avec celui-ci.

- Oui, excellente ide, toutefois il est plus sr que le vaisseau s'loigne de la
station, j'ai peur que les artificiels ne soient capables de venir la reprogrammer.

Une autre personne prend la parole, se levant et parlant fort, car il n'y a pas de
bracelet pour relayer la voix :

- C'est peut-tre juste un retardataire, ne devrions-nous pas poursuivre, si nous
ne restons ici que quelques siximes, nous rglerons d'ventuels problmes une fois
termin. Et comme vous l'avez dit, des personnes sur Adama sont en mesure de prendre
les choses en main.

Un ensemble de consentement approuve la remarque, Goriodon poursuit :

- Je serais effectivement en faveur de cette procdure, et peut-tre n'est-ce qu'un
curieux qui a russi  franchir le primtre de scurit que nous avons instaur,
il est fort probable que d'utiliser des mthodes d'anciens temps soit moins efficace
que nos protections habituelles.

Symestonon, qui discutait  voix basse avec Sarah, la draguant passablement vu les
rires touffs qu'elle retient, s'avance et prend la parole :

- Il nous faudra sans doute voter, nous pouvons d'ores et dj le faire pour ce sujet.
Que les personnes contre le fait de continuer et pour un contact immdiat avec le
vaisseau lve la main.

Au bout de quelques secondes une vingtaine de bras se lvent, scellant le sort de
la question. Je ne lve pas le bras, trop impatient d'en savoir plus. Symestonon
se recule, Goriodon reprend la parole.

- Bien, notre problme dsormais persiste dans le fait que cette protection des artificiels
semble incontrlable. Nous n'en avons peru aucun effet durant tous ces millnaires
car elle a t effectivement trs efficace, et surtout car nos affaires communes
ne traitaient pas du sujet la dclenchant. Aujourd'hui les effets sont d'autant plus
spectaculaires que nous dbattons du sujet exact pour lequel cette protection a t
mise en place, mais comme expliqu par Symestonon, celle-ci ne remet pas en cause
notre fonctionnement normal, la validit des avis et l'utilit des artificiels dans
la Congrgation.

Trois personnes lvent le bras. Goriodon s'interrompt et donne la parole  la premire.

- Mais comment peut-on tre sr que seule cette exprience, dont nous n'avons toujours
aucun dtail, d'ailleurs, soit la seule cause de tromperie de la part des artificiels
?  qui pouvons-nous faire confiance, dsormais ?

Metthios saute sur l'occasion et s'exclame sans demander la parole :

- Exactement, en quoi devrions-nous faire plus confiance en vous, Goriodon, qu'en
d'autres personnes ? Si vous tes au courant de cette tromperie c'est que vous y
avez particip, ou que vous l'avez cautionn, comment savoir si vous ne tentez simplement
pas de djouer notre attention en prtendant que cette protection ne concerne que
cette soit-disante exprience, alors qu'elle vous sert peut-tre  nous manipuler
depuis toujours.

Symestonon, agac par la remarque, lui rpond directement :

- Nous ne sommes pas ici pour rgler nos comptes, Metthios. Notre but est de librement
vous exposer ce que nous savons, que vous le croyez ou pas est un autre dbat, qui
pourra avoir lieu plus tard. Le problme en question est important et nous devons
le rsoudre rapidement, et nous devons tous cooprer pour ce fait.

Goriodon poursuit :

- Je propose, effectivement, de vous dcrire ce que nous savons, les questions viendront
par la suite, de faon  ne pas perdre de temps, car nous ne pouvons pas rester trop
longtemps ici, et il serait sage de trouver une solution avant notre dp...

- Arrrrhhhhh !!!

Un cri perant coupe Goriodon, tout le monde se tourne vers navila. Elle est crispe
et tente dsesprment de se librer de l'emprise de son immobilisateur. Goriodon
va pour la raisonner, mais elle lui coupe de nouveau la parole :

- Laissez-moi partir d'ici ! Je veux partir ! Librez-moi de cette saloperie !

Pas trs efficace leur succdan de bracelet. Du brouhaha s'lve de la salle, les
gens ne comprenant pas, comme moi, pourquoi navila peut s'exprimer. Je n'entends
pas ce que dit Goriodon aux deux personnes entourant navila. Mais un nouveau cri
surpasse tout le bruit, et dans un sursaut elle se relve, bouscule Goriodon et part
d'un bond grce  la faible gravit, sans que les deux molosses  ses cts n'ait
pu faire quoi que ce soit. Ils s'apprtent  partir  ses trousses, mais, toujours
dans le bruit et la confusion, Goriodon leur fait signe de rester. J'hsite  la
suivre moi aussi, mais je suis trop impatient d'en savoir plus de la bouche de Goriodon.
Celui-ci se dirige vers Sarah qui quitte la salle en sautillant. Il lve ensuite
les bras, pour demander le silence.

- navila n'est pas indispensable pour l'instant, et je prfre que nous rglions
rapidement cette affaire, et que tout le monde soit mis au courant. Nous verrons
plus tard concernant son cas. Sarah va la retrouver, elle ne peut de toute faon
pas aller bien loin, d'autant que je suis le seul  mme d'autoriser les dparts
de la station.

Goriodon s'apprte  reprendre ses explications quand il devient de nouveau silencieux,
interrompu par la station.

- La station m'informe que plusieurs vaisseaux de combat d'Adama sont en direction
de la station, et... 

Je n'entends pas la suite, noye dans l'tonnement que provoque cette information.
Goriodon s'gosille :

- Silence ! Silence ! Nous devons rester calmes !

Le calme revient peu  peu, mais avant mme que Goriodon n'ait pu dire un mot, un
nouveau cri retentit :

- Regardez !

Goriodon, nerv, lve la voix.

- Quoi encore !

Tout le monde lve les yeux dans la direction pointe par la personne qui s'est dresse,
le bras tendu vers le dme transparent, mais seules Adama et sa lune traversent le
ciel toil. Tout le monde se tourne alors vers la personne :

- Une explosion ! J'ai vu une explosion !

D'autres personnes lui demandent.

- Une explosion o a, sur la station ?

- Non, non, dans le ciel, trs lointaine, il m'a sembl.

Tout le monde lve alors de nouveau la tte, en attendant que la station fasse un
tour complet. Goriodon dtaille les informations que lui transmet la station :

- La station me...

Sa voix est de nouveau couverte par la stupfaction des membres du Congrs, un vritable
petit feu d'artifice multicolore se dtache du fond toil, accompagn de multiples
explosions, mais le tout est minuscule. Beaucoup de membres se lvent. Je commence
 me demander si navila n'a pas eu du flair de s'clipser. Mais il est sans doute
trop tard, je ne la retrouverai jamais dans la station.

Dans le bruit, une reprsentation de la station apparait soudain en hologramme au
milieu de la pice. La voix forte de la station surplante les cris de stupfaction
qui manent encore de toute part.

- Quarante-sept croiseurs de combat Adamiens sont en cours de disposition sur une
sphre autour de la station, Adama elle-mme rapatrie  proximit des populations
humaines tous les vaisseaux prsents dans le systme Adamien.

Des images de la station, du systme, d'Adama s'affichent et prsentent graphiquement
les paroles de l'intelligence de la station. Un ensemble de points bleus indiquent
les vaisseaux en dplacements rapides.

- Qu'en est-il de ces explosions visibles dans le ciel ?

En rponse  Goriodon, la station zoome sur une station orbitale qui prend presque
tout l'espace au-dessus de nos ttes.

- Il y a cinq siximes, cinq petits, trois trs, douze vaisseaux inconnus sont apparus
 proximit de la station orbitale Merintharnazanoza trente-deux, situ en orbite
loigne  deux quadri quadri et quatre cent tri quadri pierres. Une attaque immdiate
a t dclenche, cinq petits siximes et quatre trs plus tard la station a explos.
L'estimation du nombre de survivants est de trois pour un quadri. La station comptait
deux tri quadri habitants.

Bordel je capte rien  leurs chiffres sans mon bracelet pour convertir. Un quadri
c'est six puissance quatre, a donne environ mille trois cent. Un quadri quadri c'est
un quadri puissance quatre, ce qui donne mille trois cent puissance quatre, treize
fois treize donnant cent soixante neuf, le tout doit faire dans les un million sept
cent mille au carr, soit deux cent quatre ving neuf et dix zros derrire, c'est
 dire presque trois mille milliards de pierres. Je tente de m'imaginer les grandeurs
en calculant du plus vite que je peux, mais la panique s'empare de tout le monde,
les questions fusent, et mme la voix de la station est masque.

Ah ! J'ai toujours mon calcul en tte, une pierre faisant quatre-vingt centimtres
a donne deux mille quatre cent milliards de mtres, fois deux, presque cinq milliards
de kilomtres... La date de l'attaque m'a sembl loin, presque six sixime cela fait
plus de quatre heures, mais c'est le temps sans doute que la lumire a mis pour parcourir
la distance. Les communication instantanes ont d tre coupes.

Beaucoup de gens se sont levs, Goriodon s'entretient avec Symestonon, il ne tente
mme plus de faire le silence, quelques membres sont dj en train de quitter la
pice, il ne me faudrait sans doute pas traner dans le coin si je veux pouvoir partir
 temps. Ah ! Mais je ne sais pas du tout o aller ! D'autant que mes notions de
pilotage restent limits et je ne parviendrais sans doute pas, surtout sans bracelet,
 faire quoi que ce soit !

Je n'ai pas beaucoup de temps pour rflchir, surtout que la rapidit d'action n'est
pas vraiment le fort de la maison. Je me lve et me dirige rapidement vers Goriodon,
je ne sais pas s'il acceptera de me parler, je l'interromps nanmoins pour lui demander
o se trouve navila. Symestonon se tourne vers moi et me demande si je pense qu'elle
a quelque chose  voir avec les vnements prsents.

- Oui.

Je rponds surtout oui pour qu'ils me donnent une rponse, j'avoue que je n'ai fichtrement
aucune ide du lien que pourrait avoir navila avec ces explosions, mais de ne pas
avoir de bracelet rend le mensonge tellement agrable que je ne m'encombre pas de
morale. Goriodon demande  la station de reprer navila et Sarah sur les plans des
btiments, et rapidement une carte dtaille en trois dimensions me permet de les
situer, elles sont, en fait, juste au niveau d'un vaisseau, sans doute  moins de
dix minutes de la grande salle. Sans mme rpondre aux autres questions de Symestonon,
je bondis et traverse la pice en deux sauts, puis m'lance dans le couloir, en gardant
en mmoire le plan vert et rouge de la station indiquant la position de mes deux
copines.

Il me faut prendre un ascenseur, mais dj plusieurs personnes font la queue pour
rejoindre les vaisseaux et partir, bloquant l'accs. Je m'empresse de trouver un
autre moyen de monter au niveau suprieur. Finalement, quelques dizaines de mtres
plus loin un escalier, chose suffisamment rare pour tre remarque, me permet de
monter au niveau des embarcations. Je bondis de toute mes forces, press, et manque
 chaque fois de m'craser contre les parois. Heureusement la station est parseme
de rambardes qui permettent de se retenir et de contrler un peu sa trajectoire.
Je me dplace comme un vritable singe, usant plus de mes bras que de mes jambes,
me lanant comme de lianes en lianes, satisfaisant enfin ce rve d'enfant inassouvi
jusqu'alors !

Il n'a pas d s'couler plus d'une dizaine de minutes depuis le dpart d'navila,
peut-tre un quart d'heure, elle et Sarah ne peuvent pas tre trop loin, j'espre
nanmoins qu'elle n'est pas dj partie. Soudain la voix de Goriodon rsonne. Il
nous somme de revenir dans la grande salle, sachant qu'une liaison allait tre tablie
avec Adama pour avoir toutes les donnes du problme, et que des dcisions rapides
allaient devoir tre prises. J'hsite, il se passe sans doute quelque chose de trs
important... Qu'importe, aprs tout, si navila s'en va ? Elle ne m'a caus que des
soucis jusqu' maintenant !  J'arrte de bondir et je sautille en rflchissant toujours
dans le couloir qui donne sur les diffrentes salles permettant de rejoindre les
vaisseaux.

Les quelques membres du Congrs prsents quittant rapidement les lieux pour retourner,
 la requte de Goriodon, dans la grande salle, le silence se fait, et me permet
de distinguer la voix d'navila. Je dcide d'aller jeter un oeil, puis de redescendre
ensuite dans la grande salle. Le temps qu'ils se mettent en place, j'ai largement
de quoi faire un petit tour.

Je me propulse nanmoins de toutes mes forces pour me diriger vers la source des
voix. Je trouve finalement Sarah et navila dans une des salles d'embarcation. Sarah
pointe sur navila un appareil qui semble jouer le rle d'un immobilisateur. navila
est allonge au sol, luttant pour se dgager. En me voyant elle s'crit :

- Aide-moi ! Aide-moi !

Sarah se retourne, ne m'ayant pas vu, elle s'carte en maintenant l'immobilisateur
point vers navila, elle me regarde avec mfiance. Je lui demande :

- Que se passe-t-il ?

- Elle veut prendre un vaisseau et partir, j'ai beaucoup de mal  la retenir, elle
parvient sans cesse  se dgager des effets.

navila tend difficilement un bras vers moi :

- Aide-moi ! C'est... C'est...

Elle crie d'autant plus fort quand Sarah s'approche d'elle, amplifiant sans doute
l'action de l'immobilisateur. Mais navila parle de nouveau, et je suis stupfait
qu'elle s'adresse  moi en Franais :

- Aide-moi ! C'est l'ange de l'Apocalypse, aide-moi, nous devons partir, il va tout
dtruire !

C'est du dlire !

- L'ange de l'Apocalypse ? Mais tu parles franais ?

- Le gant bleu, oui, tu l'as vu toi aussi, tu l'as racont, c'est lui, c'est lui
qui vient, il vient pour dtruire Adama, nous devons partir, aide-moi, nous devons
partir sur Terre, c'est...

Sarah tente de la faire taire. Je tends un bras vers elle.

- Attendez, laissez-la parler.

- Je...

Sarah est compltement dsoriente, ne sachant pas trop que faire.

- Que dit-elle ?

- Elle parle en franais, pourtant sur Terre vous m'avez parl dans cette langue,
vous ne la comprenez pas ?

Elle n'a pas le temps de rpondre, navila arrive de nouveau  parler.

- Aide-moi ! La Terre sera le seul endroit pargn, nous devons partir, nous devons
nous y rendre !

- Mais ? D'o sais-tu tout cela ?

- Je... Je l'ai vu moi aussi. Il m'a dit.

Sarah me demande ce qu'navila raconte.

- Elle dit que l'attaque qui a commenc  pour but de dtruire entre autres Adama.

navila me coupe et hurle en franais:

- On n'a pas le temps, merde ! Il faut partir, prends lui son putain d'immobiliseur,
chope l. Elle sait comment aller sur Terre !

Mince ! Je ne sais pas quoi faire, est-ce qu'elle essaie encore de se servir de moi.
Mais aprs tout elle est dj alle sur Terre. Est-ce qu'elle a vraiment vu le mec
en bleu ? Est-ce qu'elle sait ce qu'il veut. C'est encore un coup  me faire choper
par le Conseil, ces histoires. D'un autre ct il n'y a aucun bracelet dans le coin,
et puis elle me semble sincre. J'ai vraiment envie de la croire...

Attaque
-------



Mais ma dcision se fera d'elle-mme. Une violente secousse nous fait tous tomber
au sol, la lumire rougit, la voix de la station rsonne en indiquant une attaque
directe de la station, et de la perte de quarante pourcent de la structure.

La pesanteur s'estompe, Sarah ne maintient plus navila.

- Aide-moi ! Vite, bordel, il faut qu'on se casse d'ici, o on va tous cramer.

Sarah a le regard affol, navila monte l'chelle qui permet d'accder au cockpit.
Je prends Sarah par le bras, elle se dbat un peu :

- Venez, montez !

Je la somme d'une voix autoritaire. La station recommande toujours l'vacuation.
Des bruits d'impacts assourdissants couvrent nos voix. Sarah monte finalement dans
le cockpit, je la suis. Il y a seulement trois petites places. navila est au poste
de pilotage, Sarah lui fait signe de laisser sa place. Je m'installe tant bien que
mal dans un des siges. Je m'accroche comme je peux, ne sachant pas comment Sarah
et navila ont activ leur ceinture pour les maintenir. navila le voyant m'indique
l'objet que je dois ouvrir mentalement pour activer le sige. Quatre mains mtalliques
me plaquent les jambes et le torse alors qu'un boucan terrible accompagne le dcollage
du vaisseau. Ce doit tre un modle trs ancien, car il possde toujours un pare-brise
transparent. Les environs sont remplis de vaisseaux d'o partent des lignes lumineuses.
Je comprends que ce sont des rayons laser entre les les vaisseaux adverses.

Comme on aurait pu s'y attendre, aucun bruit ne parvient de la scne de combat. C'est
extraordinaire, une scne relle de combat spatial ! Nous nous loignons  grande
vitesse de la zone d'hostilit. Des dizaines de vaisseaux, petits ou grands croisent
dans le sens oppos au notre. Soudain plusieurs rayons laser rouges restent focaliss
sur certain d'entre eux, les suivant dans leur trajectoire jusqu' ce qu'ils explosent.
C'est beaucoup plus radical et rapide que dans starwars ! Je jette un oeil dans le
bracelet du sige pour voir si je n'ai pas une vue arrire, c'est bien le cas ; la
structure du vaisseau devient transparente et un encadr me donne la vision derrire
nous.

La station orbitale est en feu, et dix secondes plus tard une concentration des feux
ennemis la fait exploser dans une boule de feu gigantesque. Le ciel est rempli de
rayons laser rectilignes formant comme une immense toile d'araigne entre les petits
points noirs que sont les vaisseaux. Aucune course poursuite, les vaisseaux se contentent
de maintenir un rayon vers l'adversaire jusqu' ce qu'il soit dtruit ou qu'eux-mmes
le soit. Des dizaines d'explosions couvrent l'espace environnant, je me demande s'il
restera quelque chose aprs ce carnage.

Bordel de bordel, j'ai le coeur qui bat  cent  l'heure, enfin neuf mille  l'heure
serait sans doute plus proche de la ralit. Je suis plaqu contre le sige, Sarah
devant acclrer au maximum pour nous tirer de l au plus vite. Derrire nous la
scne de combat s'amplifie, et j'ai l'impression que de nouveaux vaisseaux ennemis
sont arrivs, rduisant en miette les dfenses adamiennes.

Mais brusquement la situation s'inverse, et je suis pouss en avant, comme si nous
ralentissions subitement. Sarah se tourne vers nous le regard affol.

- Quelque chose nous retient !

navila crie :

- Comment a quelque chose nous retient ?!

- Je ne sais pas, le vaisseau est...

Avant qu'elle ne finisse sa phrase, le vaisseau tourne sur lui-mme, crant une inertie
me donnant un haut le coeur. Je reste bouche be devant le spectacle incroyable.
Les rayons et les explosions ont presque disparu, il ne reste qu'un amas de dbris
virevoltant, des carcasses de vaisseaux encore rougeoyantes. Mais le plus extraordinaire
est juste devant nous. Le gant bleu, sans doute le mme qui m'avait tu sur la lune,
dont je n'ai pas de souvenir, c'est Naoma qui m'avait racont, ce gant bleu est
devant nous,  cent ou peut-tre deux cent mtres, flottant dans l'espace. Il se
rapproche lentement, et je l'entends dans mon esprit, il me parle en Franais :

- Bonjour, Ylraw. Vous avez la peau dure, dcidment.

- Salut, pas trop frais l dehors ?

- Me feriez-vous l'honneur de m'y rejoindre ?

- Hum, j'ai peur de manquer de souffle.

- J'insiste, vous tes de trop, de toute faon.

Je ne pourrai rien dire de plus, un tau se resserrant sur mon esprit. Je ne sais
pas si c'est mon cri ou ceux de Sarah et d'navila que j'entends. Le gant bleu approche,
martelant toujours mon esprit, me disant que vais mourir de nouveau. Le pare-brise
se fend. Il n'est dornavant plus qu' quelques dizaines de mtres, immense, beaucoup
plus grand que ne semblait l'avoir dcrit Erik, rayonnant de son aura bleue.

J'ai envie de vomir, ma tte va exploser, ma vision se trouble, j'ai le souffle coup.
Il tend la main vers nous, comme s'il pouvait broyer le vaisseau  distance. La situation
devient insupportable, l'air commence  s'chapper du cockpit. Sarah semble avoir
perdu connaissance. Tout me parat perdu, j'ai la tte qui tourne, une douleur encore
pire que celle qui m'avait broy l'esprit  Sydney. navila tente de rsister, j'entends
son cri de rage. Ah Vie ! Dois-je encore te quitter, dois-je partir si prs du but
? Ah, Vie ! Mais ils me rveilleront ? Je l'espre, il me rveilleront...

Le gant bleu n'est plus qu' quelques mtres de nous, son visage sans trait, sans
expression, toujours la main en avant vrillant lgrement  mesure que le cockpit
grince et se tord. Je ne vois plus qu'un flou double ou triple, ma conscience s'estompe.
Je crois que je ne crie plus, ou alors je ne m'entends plus.

Mais soudain l'emprise s'attnue, mes sens se font plus prsents, j'entends un cri
de rage d'navila, elle est replie sur elle mme, les deux bras en avant. En quelques
diximes de seconde, tout bascule, une lumire aveuglante m'blouit, malgr mes yeux
ferms. Un sifflement assourdissant, un bruit de tle froisse, ainsi qu'un bruit
d'explosion extraordinaire me martlent les oreilles, le choc est terrible et je
perds connaissance.

Erik et Naoma
-------------



- Salut, qu'est-ce que tu fais l ?

- Rien... Rien, rien, j'allais rentrer.

- Mais ? Tu pleures !

- Oh tu sais rien de grave je pleure pour un rien...

- Oui je sais.

- Ah, mais comment sais-tu ?

- Je peux m'asseoir ?

- Oui, oui, je me pousse.

- Je le sais parce que tu nous l'as dj racont.

- Ah oui c'est vrai sur la Lune. Je suis encore un peu perdue.

- Quelque chose ne va pas ?

- Non, non... Je...

- Tu te sens seule.

- Oui, un peu.

- Ylraw t'a fait des misres ?

- Non pas du tout, mais...

- Tu n'oses pas le dranger.

- Oui, mais ? Comment tu sais ?

- Nous avons dj eu une discussion similaire.

- Vraiment ? Quand a ?

- Quelques heures avant que tu ne meures.

- Oh ? Mais ? Franck ne m'a rien dit  ce sujet ?

- C'est normal, il n'tait pas l.

- Nous n'tions que tous les deux ?

- Oui. Il tait parti chercher  manger tout seul. Ce qui lui avait valu  lui aussi
de se faire attaquer par une bte. Je m'en veux toujours de l'avoir laiss partir
tout seul.

- Tu ne pouvais pas savoir...

- Peut-tre, mais j'avais hsit  partir avec lui, et puis j'avais profit de l'occasion.

- Quelle occasion ?

- De rester avec toi. De rester seul avec toi.

- De rester seul avec moi ? Mais ? Qu'est-ce... Qu'est-ce qu'on a fait ?

- On a parl, et je t'ai embrasse.

- Oh ! Vraiment ? Mon Dieu, mais ? De quoi a-t-on parl ?

- Je...

- Tu ?

- Bah... C'est du pass aprs tout, et mme pas de ton pass.

- Non... Raconte... S'il te plait, j'ai le droit de savoir ce que j'ai dj fait.
Et puis c'est toi qui m'as rapporte au village, et sur la lune tu m'as aide aussi.

- Oui...

- Je... Je sais que je n'ai pas toujours t trs gentille envers toi. Je t'ai souvent
considr comme un bandit ou un voyou, mais quand j'y repense tu as toujours t
gentil avec moi, surtout depuis que je suis revenue  la vie, ici...

- Je t'avais pourtant frappe sur la lune.

- Oui, mais... Je le mritais, j'tais devenue folle, j'aurais pu faire une btise
si tu n'avais pas t l... Tu ne veux pas me dire ?

- La dernire fois dj tu m'as pris par la main, et nous n'avions  l'poque que
des peaux de btes comme habit...

- Des peaux de btes comme habit ? Oh ? Hi hi ! a t'a fait avoir une raction...
Euh...

- Oui... Gnante. Elle rsumait toutefois bien le message que je voulais faire passer.

- Tu veux dire que ?

- Que je t'ai dit que je t'aimais, et je te le redis aujourd'hui, mme si tu auras
peut-tre du mal  le croire, avec Guerd et tout.

- C'est plutt elle qui te court aprs, non ? J'ai l'impression.

- Oui, enfin je ne rsiste pas beaucoup non plus.

- Mais... Tu... Depuis quand est-ce que tu es amoureux de moi ?

- Depuis notre traverse en radeau. Depuis que nous avons passe des heures  discuter
tous les deux.

- Vraiment, oh mon Dieu je regrette tant de ne pas me rappeler de tout a !

- Je regrette aussi. a me fout les boules rien que d'y penser.

- Mais... Non... Maintenant, nous sommes de nouveau ensemble, on peut peut-tre...
Enfin, je sais pas, je sais pas trop.

- Moi non plus. Je crois que je suis un peu perdu.

-  qui le dis-tu ! Je crois qu'il n'y a que Franck qui se sente bien ici...

- Oh ce n'est pas que je ne me sente pas bien ici, tu sais franchement  comparer
 ma vie  Melbourne. C'est le paradis ici, mais quand on a tout on veut toujours
plus.

- Moi je regrette un peu le temps de la boulangerie, quand Franck venait faire son
pain, c'tait si bien... Depuis que je suis revenue j'ai l'impression que je suis
de trop, de ne plus servir  rien... Ylraw est gentil avec moi, mais je crois que
je l'embte, qu'il prfre tre avec Pnople.

- Je crois que personne de nous trois n'a sa place ici. Moi je regrette quand nous
tions tous les trois, perdus, la vie tait plus dure, mais... Si tu t'appuies comme
a sur moi je vais t'embrasser dans pas longtemps.

- Il faut que je me dpche de le faire pour tre la premire, alors...

...

- Naoma...

- Chut... Erik... Embrasse-moi.

...

- Attends, cet habit n'est pas trs pratique  retirer.

...

- Oh, Erik, viens, reculons-nous un peu dans la fort.

...

- Viens, viens prs de moi, allongeons-nous, prends-moi dans tes bras.

- Oui...

...

- Oh Erik, ne t'arrte pas !

- Nous avons tout notre temps, non ?

- Tu es dur !

- Tu me flattes...

- T'es bte ! Et puis laisse moi faire un peu...

...

- Tu vas le dire  Guerd ?

- Bien sr, qu'est ce que tu crois ? Tu penses que c'tait juste pour tirer un coup
?

- Non... Non, je sais pas... Peut-tre que a va lui faire de la peine...

- Sans doute, oui, mais quoi ? Tu veux que je reste avec elle ?

- Oh non ! Mais, peut-tre juste attendre un peu, pas lui dire tout de suite que
nous sommes ensemble, a lui fera peut-tre un peu moins mal si vous vous sparez
quelques temps avant qu'elle ne l'apprenne.

- Oui, peut-tre.

Ylraw
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Perdition
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Jour 192
--------



Ce sont les voix de Sarah et d'navila qui me rveillent. Je suis allong dans une
capsule, identique  celle dans laquelle je me trouvais lors de mon arrive  la
station. Le hublot ne montre que le noir toil de l'espace. J'ai un mal  la tte
faramineux. J'ouvre les yeux doucement, puis je me redresse en sursaut, me rappelant
l'attaque, je me rallonge bien vite, mon mal  la tte m'assomant :

- Bordel... Ouah ! Salut les filles...

Elles ne semblent pas apprcier mon humour,  moins que la situation ne les proccupe.
Elles sont chacune assises dans une capsule,  l'oppos l'une de l'autre, comme pour
s'loigner au plus :

- Qu'est-ce qu'il se passe ?

Sarah me rpond.

- Nous sommes perdus.

- Perdu ? Comment a perdu ? Perdu parce qu'on ne sait pas o on est ou perdu parce
qu'on ne va pas s'en sortir ?

navila rpond :

- Les deux.

- Ah... Euh... Ben comme a on a pas  se prendre la tte... Mais euh, vous ne pouvez
pas m'en dire un peu plus ? Que s'est-il pass aprs que le clown bleu ait voulu
nous offrir un petite sortie dans l'espace  ses frais ?

Sarah se tourne vers navila, celle-ci me regarde de travers :

- a a pt, je ne sais pas trop comment, tout d'un coup il n'y avait plus rien,
l'ange, les vaisseaux, Adama, plus rien. Le cockpit tait trou, l'air allait manquer,
vous tiez tous les deux dans les vapes, j'en ai chi pour vous tirer ici, isoler
le cockpit, puis je me suis endormie.

Sarah reprend :

- Je me suis rveille il y a deux petits, je ne me souviens de rien de particulier,
je discutais justement avec navila pour savoir ce qui s'tait pass.

- Mais comment vous savez qu'on est perdu ? On ne voit rien par les hublots ?

Sarah se tourne vers un hublot :

- Non, rien, il y a bien des toiles qui semblent plus proches que les autres, mais
on dirait un systme ternaire, a ne peut pas tre Adama. Je ne sais pas ce qui a
pu se passer. J'ai essay de communiquer avec l'artificiel de bord, mais il a t
rinitialis, il n'a plus aucunes donnes enregistres, impossible de savoir o nous
nous trouvons.

- Et... Que... Que.. Quoi ? Et on va faire quoi alors ?

- Je ne sais pas, rpond Sarah, l'artificiel cherche une solution, mais beaucoup
des appareils de mesure sont inoprants, l'avant de l'appareil est quasiment compltement
dtruit. Notre compartiment a sa source d'nergie et d'air autonome, si nous nous
plaons en hibernation dans les capsules, nous pouvons survivre pendant des siximes
et des siximes, des annes peut-tre, si on s'approche assez prs d'une des toiles
pour rcuprer de l'nergie.

- Tu vois, reprend navila emplie d'une joie certaine, c'est gnial quoi...

- Remarque perdu au fin fond de l'espace avec deux jolies filles, a aurait pu tre
pire.

Sarah fait la moue, navila m'assne le coup de grce :

- Ni songe mme pas, laideron, je prfrerais encore faire sauter la capsule que
tu ne me touches.

- Je vois, il va falloir trouver une autre solution, alors...

Sarah me regarde avec des yeux tout tristes :

- Oui mais quoi ?

Elles n'ont pas l'air d'avoir beaucoup eu le temps de rflchir pendant que je dormais.

- Ben j'en sais rien, c'est vous qu'tes fortes en pilotage, moi je n'y connais rien
 votre matos.

navila cherche aussi une solution :

- Il ne capte vraiment rien, le vaisseau ? Il n'y a pas des missions lectromagntiques
dans le coin, il n'y a pas de plantes habites ?  Peut-tre que par triangulation
on pourrait retrouver o nous sommes ? Et on ne peut pas nous aussi accder  ce
putain d'artificiel ? Et pourtant les capsules ne s'ouvrent pas ?

Ne s'ouvrent pas ? On est dedans pourtant ? Ah, non ! L'artificiel des capsules...
Sarah reste silencieuse un instant.

- Non, par scurit le vaisseau est initialis avant l'envol pour une seule personne,
et j'ai l'impression que notre accident  bloqu la protection. Par contre je peux
au moins vous faire parvenir,  vous aussi, les images.

Une carte en trois dimension apparat soudain devant mes yeux. Le vaisseau est reprsent
par un petit point bleu, et tout autour de nous se trouve un grand espace vide. Sarah
commente :

- Si nous continuons dans cette direction, nous devrions arriver  proximit de la
gante rouge d'ici  deux siximes.

Environ six mois.

- Le systme compte un nombre trs important de plantes, vraisemblablement ce sont
trois systmes plantaires qui sont entrs en collision crant un ensemble trs particulier.
Je pense que je connatrais un tel systme s'il tait dans la Congrgation, c'est
tout de mme extrmement rare. C'est sans doute un systme n de la fusion de trois
ensembles car aucune des toiles ne sont du mme ge, la gante rouge est sans doute
une toile moyenne de deux virgules quatre tri quadri annes d'Adama.

Dans les huit milliards d'annes terrestres.

- Alors que la gante encore bleut en orbite rapproch a moins de zro virgule cinquante-sept
tri quadri annes.

Hum... Un milliards d'annes.

- Et la dernire, la supergante, en orbite loigne  plus de cinq quinto quadri
pierres, a elle deux tri-quadri anne.

Ils sont sympas  toujours parler en pierres, mais les annes lumires sont quand
mme pratiques. Comment veulent-ils que je me rende compte avec leurs units... Cela
dit, le tri-quadri est une unit frquemment utilise, elle reprsente deux milliards.
Un quinto-quadri pierres quivaut, environ, d'aprs mes calculs,  zro virgule trois
annes-lumire. Et elle a quatre milliards d'annes, donc. D'un autre ct pour eux
la vitesse de la lumire n'est pas constante, ils ont pu, d'aprs ce que j'avais
compris en discutant avec Pnople, trouver d'infime variations, confirmes par les
artificiels, et suggrant que certaines parties de l'univers connaissent des vitesses
de la lumire dans le vide diffrentes, ou des coulements du temps diffrents, au
choix.  ce propos il semblerait que toutes les constantes, quelles qu'elles soient,
que nous connaissons sur Terre se sont finalement rvles variables dans le temps
ou dans l'espace, pour eux.

La consquence directe de cette variations des constantes est qu'ils n'ont pas vraiment
d'unit de distance stable, les artificiels conservent une table des distances qui
est sans cesse recalcule en fonction, si je puis dire, de l'volution des constantes.
Toutefois leur unit de distance, la pierre d'Adama, est aujourd'hui une sorte de
barycentre de racines lies au volume de l'univers, une sorte de dveloppement limit
dont le premier terme est le rayon de l'univers, le second la surface, le troisime
le volume, puis interviennent tout une ribambelles de dimensions compliques, la
principale difficult rsidant dans l'estimation de l'importance relative de chaque
dimension. Bref, toute cette parenthse pour dire qu'au final, et vu le mal qu'ils
se donnent pour le calculer je les comprends, la seule unit valable est la pierre
d'Adama, et tout le monde ici semble se rendre  peu prs compte, avec diverses rfrences,
 quoi correspond un quadri pierres, un di quadri pierres, un tri quadri, jusqu'au
sexto quadri, unit gigantesque puisque le quinto quadri quivaut dj environ 
un tiers de nos annes lumires. Le sexto quadri est l'ordre de grandeur de la taille
de la Congrgation, soit quatre cent annes lumire.

Sarah poursuit son explication :

- Dix-huit plantes telluriques, dont douze de taille comparable  Adama ou plus
grosses, ont t repre par l'artificiel. Le systme compte en outre treize gantes
gazeuses et tout une myriade de corps mineurs.

navila tente de rflchir avec Sarah :

- Mais on ne peut pas tenter de reprer une direction connue dans le ciel et se barrer
d'ici ?

- Si tu parviens  reconnatre quelque chose, ce qui n'est pas mon cas ; et puis
de toute faon le gnrateur principal du vaisseau est endommag, il nous faut une
source d'nergie, et avec le peu qu'il nous reste nous atteindrons tout au plus une
des plantes du systme.

- Certaines sont habitables ?

- Difficile  dire, la plupart des appareils tant endommags, les donnes sont vraiment
partielles. L'artificiel a toutefois repr trois plantes qui auraient, semble-t-il,
un spectre lumineux pouvant laissant supposer une composition atmosphrique proche
de celle d'Adama, mais il nous sera impossible d'en savoir plus d'ici, les capteurs
ncessaires ne fonctionnent plus.

- Faut qu'on aille se mouiller les fesses pour savoir, quoi...

- J'en ai peur, nous devrons choisir l'une d'elle, mais nous n'aurons aucune certitude
avant de nous poser, si nous y arrivons. Et le vaisseau ne pourra sans doute pas
repartir.

- On a pas des sondes, des trucs comme a ?

- Elle se trouvaient  l'avant, elles n'ont pas l'air de rpondre, mais on peut peut-tre
esprer que certaines seront rpares une fois que nous arriverons sur place.

Une reprsentation du vaisseau me montre  quel point le cockpit a t touch, il
est comme vrill sur lui-mme. Je ne comprends toujours pas comment on a pu se retrouver
paum au milieu de la galaxie.

- Mais qu'est-ce qu'il s'est pass ? On a fait un saut dans l'espace ? Dans le temps
? C'est un truc connu, a, la tlportation physique ?

Sarah hausse les paules :

- Non, nous utilisons la transmission d'information instantane avec les particules
lies, mais aucune tentative de tlportation physique n'a abouti, pas que je sache
en tout cas. Toutefois les artificiels sont partags sur la faisabilit d'un tel
saut. Mais il semble que nous venons d'en avoir la preuve...

- Mais on aurait pas pu simplement faire un saut dans le temps, ou rester endormi
trs longtemps ?

navila rpond :

- Je n'ai pas dormi, moi, et aprs l'clair, une fois que je vous ai tirs ici, nous
tions dj paums, je ne voyais plus rien de connu dans le hublot, et j'ai rveill
Sarah mme pas trois ou quatre petits plus tard.

Sarah complte :

- D'autre part les premires mesures indiquent qu'il n'y a pas eu d'coulement de
temps notable entre l'attaque par le gant bleu et notre arrive ici, mais c'est
difficile d'tre sre  cent pour cent, d'autant que l'appareil est dtrior, et
que ses instruments de mesure datent un peu et ne sont sans doute mme en tat pour
dtecter une variation de quelques milliers d'annes, en fonction des constantes
ou de l'emplacement des galaxies priphriques.

- Cool !

navila pose une nouvelle question :

- Et ces plantes, elles ont un rayonnement laissant suggrer la prsence d'une civilisation
avance ?

- Pas vraiment, cela dit c'est trange, car il y a bien un rayonnement, assez important
d'ailleurs, mais il ne semble pas cohrent, alors c'est peut-tre une forme de vie
inconnue.

- Mais est-ce que l'on est encore dans la mme galaxie ?

- Vraisemblablement, on retrouve les mmes galaxies satellites  proximit, d'ailleurs
la triangulation sommaire que leur position permet laisse suggrer que nous ne sommes
sans doute pas trs loin de la Congrgation.

Une carte de la galaxie apparat, Sarah dlimite avec son doigt les zones qui apparaissent
ensuite en vert.

- Je situerai la Congrgation dans ce coin l, et nous sommes par ici, au plus loin
 deux sexto quadri.

- Deux sexto quadri ! Autant dire que nous n'avons aucune chance de retourner l-bas,
mme si le vaisseau pouvait tenir, et  pleine vitesse, avant un bon petit millnaire
adamien.

Deux sexto-quadri font deux fois la taille de la Congrgation, huit cents annes-lumire...

- Oui, sachant en plus que ce vaisseau dpasse difficilement le dixime de la vitesse
de la lumire et qu'il n'a de l'nergie que pour vingt-trois quinto-quadri.

Soit un peu moins de cinq annes-lumire. Sarah continue :

- Il nous faudrait faire de longues pauses pour faire le plein d'nergie  presque
toutes les toiles, autant dire que plusieurs millnaires seraient ncessaires. 
cela s'ajoute que le vaisseau est endommag, et qu'il est loin d'tre sr qu'il puisse
tenir sa pleine vitesse longtemps.

navila soupire :

- a pourrait au moins nous permettre de revenir une fois que tous les connards de
la Congrgation aurait enfin disparu...

Pourtant ils ont dj d s'en prendre un peu dans l'attaque :

- Ils n'ont pas dj pt en bonne partie quand la station s'est faite dtruire ?
Ils n'ont pas eu le temps de la quitter, non ?

- Tu parles, ces trouillards ont des sauvegardes par milliers dans toutes la Congrgation,
c'est absolument impossible de s'en dbarrasser... C'est pire que les reptiliens.

Sarah baisse les yeux :

- Tu ne devrais pas parler ainsi, ils ont peut-tre leur dfaut, mais ils ont toujours
oeuvr pour le bien de la Congrgation.

- Le bien de la Congrgation mon cul, c'est aussi pour le bien de la Congrgation
qu'ils ont mis en place un systme pour nous tromper ?

- C'est... Ce n'est pas la mme chose... Ce n'est pas leur faute, c'est...

Je me rappelle que Sarah doit savoir tout le fond de l'histoire, elle doit savoir
cette exprience, la Terre :

- D'ailleurs vous savez, vous, vous savez o est la Terre, vous savez d'o je viens
?

- Bien sr qu'elle sait, puisqu'elle bossait avec Goriodon dans l'ombre pour garder
tout cela bien  l'abri...

Sarah reste silencieuse. Je coupe navila.

- Je m'en tape moi de vos histoires entre Goriodon et la Congrgation, mais est-ce
que je pourrai retourner sur Terre ? Est-ce que je pourrai revoir les gens que je
connais ?

Sarah me regarde avec des yeux tristes :

- Il faudrait dj qu'on se sorte d'ici, mais sinon une fois dans la Congrgation,
oui, je sais comment retourner sur Terre.

navila me remonte le moral :

- Mais vu qu'on ne ressortira jamais d'ici, le problme est rgl.

Je garde confiance, on ne peut raisonnablement pas finir dans un trou aussi paum,
ce serrez trop bte !

- Bah peut-tre qu'on pourra trouver de quoi rparer le vaisseau sur une de ces plantes,
et ensuite pouvoir retourner vers le systme le plus proche o se trouve un tlporteur.

- Mouais... Toujours est-il que pour l'instant c'est plutt mal barr... Vers o
se dirige le vaisseau ?

Sarah nous explique le tout avec une nouvelle carte du systme.

- Nous nous dirigeons vers le systme de la gante rouge. Le vaisseau avait dtect,
avant qu'elle ne passe derrire l'toile, une plante tellurique au spectre intressant.
Les donnes sont toutefois trange, cette plante semblait norme pour une plante
tellurique, plus grosse que Goss. Quoi qu'il en soit, c'est notre seule chance dans
ce systme, c'est l que nous aurons sans doute le plus de probabilit de trouver
les matriaux ncessaires  notre rparation. Et mme, une fois tout prs, nous pourrons
peut-tre avoir plus d'information sur la nature climatique et d'ventuelles formes
de vies  la surface des plantes du systme, car de si loin nos donnes sont vraiment
trs incertaines.

- Combien de temps nous faudra-t-il pour arriver l-bas ?

- Je dirais deux siximes, l'appareil pourra nous tenir en hibernation en attendant,
nous rveiller une fois tous les deux ou trois petits siximes pour voir o nous
en sommes.

- a veut dire qu'on ne peut rien faire de plus qu'attendre ?

- On peut dj laisser passer un petit sixime, et voir si le vaisseau retrouve certaines
de ses fonctions, puis on avisera. Quoi qu'il en soit hormis quelques mtores il
n'y a rien dans les parages. Il nous faudra un sixime avant d'arriver aux abords
du premier corps de taille significative du systme, et encore au moins quatre ou
cinq petits siximes pour avoir assez de lumire des toiles du systmes et pour
utiliser la gravit des gantes gazeuses et avoir un bilan nergtique positif. Jusque
l, sauf un nouvel vnement, nous n'aurons pas grand chose  faire...

Une ide me traverse l'esprit :

- Peut-tre qu'on repartira comme on est venu ?

Sarah n'est pas trs enjoue :

- Si c'est pour nous retrouver en face de ce gant bleu en train de nous dtruire
l'esprit, je prfre encore tre ici.

navila ne semble pas trs enjoue :

- Alors le plan c'est de rester ici  attendre, c'est a ?

- Tu as une meilleure ide, navila ?

- Je suis pas pilote moi, c'est toi qui est sense t'y connatre.

J'ai un peu faim :

- Mais on a rien  manger ?

- Presque rien, le vaisseau peut synthtiser une boisson nourrissante, mais pas 
volont, c'est aussi pour cette raison qu'on ne peut pas rester trop longtemps veill.

- On n'a plus qu' dormir et attendre alors, a ne sert  rien qu'on perde nos ressources
comme des cons  discuter ?

- On peut peut-tre juste attendre un peu au cas o on repartirait de l o on est
venu.

- Et tu veux attendre combien de temps ? Moi je prfre encore dormir, de toute faon
on a rien  se dire.

- Parle pour toi, moi je suis curieux que Sarah nous raconte ce qu'elle sait sur
la Terre.

 ces mots, Sarah baisse les yeux, comme pour se faire oublier. Je tente de la convaincre
:

- Goriodon allait tout dire. Et puis qu'est-ce que a change, maintenant... En plus
vous savez trs bien que je viens de l-bas, vous pouvez comprendre a ?

navila s'nerve :

- Mon cul oui !

- Quoi ton cul ?

- Tu ne viens pas de l-bas !

- Comment a je ne viens pas de l-bas, et je viens d'o ?

- Pfff... Tu me dgotes.

- a te cote quoi de dire ce que tu sais ! Bon sang j'aimerais savoir, a te vient
jamais  l'ide que tu peux te tromper !

- Ta gueule...

- T'as raison va, boude. Sarah, vous pouvez racontez ce que vous savez sur la Terre
?

- Si vous voulez, aprs tout... Qu'avait dit Goriodon ?

- Il avait dit qu'en je ne sais plus qu'elle anne, six mille et quelques je crois,
deux gars dont je ne me rappelle pas le nom avaient lanc une exprience. Qu'au dbut
elle n'tait pas trs importante, mais que finalement ils avaient ajout la protection
des artificiels.

Sarah se lance alors dans l'histoire de l'"Exprience Terre". J'ai converti les diffrentes
units en valeur terrestre, pour rentre le tout plus comprhensible.

Exprience Terre
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Eutir et Mirtandalos
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- Eutir et Mirtandalos, oui, en 6374.  cette poque la Congrgation n'existait pas
encore vraiment, l'ensemble des plantes habites, seulement environ le quart des
plantes actuelles, tait divis en petits groupes de proximit. La tlportation
existe depuis environ trois mille ans mais elle n'est pas encore gnralise, principalement
 cause de la grande difficult pour rimprimer la structure mentale sur les clones.
Les difficults technologiques font qu'une tlportation peut prendre jusqu' trois
mois (un sixime), si elle russit, les checs tant encore nombreux et difficilement
prvisibles ; tout dplacement  l'intrieur d'un mme systme est donc encore plus
intressant par vaisseau. Sans compter que l'ingale rpartition des matires premires
ncessite encore des dplacements importants de marchandises entre les plantes et
parfois les systmes. C'est surtout le clonage pour augmenter l'esprance de vie
qui est pratiqu. Une trs grande quantit de vaisseaux transitent rgulirement
entre les diffrents systmes, les racteurs de l'poque sont dj proches de ceux
que nous possdons aujourd'hui,  la source d'nergie prs, et permettent de relier
les systmes voisins en quelques annes, neuf ans seulement entre ve et Adama, par
exemple. Quoi qu'il en soit c'est une poque charnire o les artificiels n'ont pas
encore pris le relais du dveloppement scientifique, et o les chercheurs humains
peinent  amliorer les techniques existantes. Beaucoup de thoriciens de l'volution
de l'poque pensent que nous sommes  la limite de l'volution humaine, que le cerveau
humain ne peut plus mmoriser suffisamment d'informations pour pouvoir continuer
 innover, un peu comme une colonie de fourmis qui aprs un premier temps d'volution,
se stabilise avec la structure en fourmilire, et reste  ce niveau pour toujours.

Mais d'autres pensent que les artificiels sont la solution pour prendre le relais
de l'volution ; mais si ceux-ci sont d'une grande aide pour la validation des thories
et la rsolution de problmes complexes mais finis, ils restent dsesprment dnus
d'imagination et incapable d'innover de manire significative. Un autre courant de
pense,  l'initiative d'un chercheur nomm Rastaflove, stipule que seul le besoin
pousse les hommes  innover. Il pense que le relatif confort des socits de l'poque,
le fait que seuls quelques conflits mineurs pour des plantes externes troublent
le calme gnral, et que le niveau de vie et l'espoir d'une vie ternelle avec les
progrs du clonage, rend superflu toute nouvelle volution et limite considrablement
les motivations  voluer. Rastaflove dveloppe une thorie de la cration sous contrainte,
se rendant compte que le cerveau dmultiplie sa capacit imaginative quand il est
soumis  certaine forme de stress.

Les conclusions des expriences de Rastaflove seront mitiges, il emploiera des chercheurs
volontaires, les mettant dans des situations difficiles, pour tenter d'obtenir d'eux
de nouvelles inventions. Plusieurs de ces chercheurs trouveront en effet des amliorations
aux techniques du moment, mais beaucoup critiquent en arguant qu'ils seraient tout
autant arrivs aux mmes rsultats sans l'aide de Rastaflove. Les principales remarques
portant sur le fait que rien d'exceptionnel n'est vraiment dcouvert, et que l'humanit
continue  buter toujours et toujours sur les mmes problmes depuis des millnaires.

Rastaflove fait toutefois des mules, notamment chez un historien, Eutir, spcialiste
de l'pisode reptilien d'Adama. Eutir trouve tout naturellement un cho dans la thorie
de Rastaflove par le rythme bien plus important de l'volution pendant la grande
guerre reptilienne. Il est lui persuad que quand l'ensemble de l'humanit est menac,
et pas seulement quelques personnes en situation difficile comme le faisait initialement
Rastaflove dans ses expriences, le pouvoir d'innovation dcuple. Eutir pense que
les expriences de Rastaflove n'auront pas d'chos tant qu'il n'y aura pas un sentiment
rel de perdition commun  toute une communaut, condition qu'il est impossible 
mettre en place avec des groupes de chercheurs volontaires.

Eutir tentera vainement de convaincre d'autres scientifiques de l'poque de crer
une exprience de grande envergure pour mettre  l'preuve sa thorie, mais il devra
se contenter de petites mises  l'essai ne dpassant mme pas les conclusions de
Rastaflove.

Finalement c'est un peu le hasard qui le fera rencontrer Mirtandalos plusieurs centaines
d'annes plus tard, alors qu'il avait mme dlaiss en partie ses recherches. Mirtandalos
travaillait sur la colonisation et la terraformation de nouvelles plantes. L'humanit
croissait encore  un rythme trs soutenu et le besoin de nouveaux espaces tait
plus que jamais prsent. Des dizaines de plantes taient en cours de terraformation,
et les accidents n'taient pas rares. C'est ainsi qu'au cours d'un colloque, Eutir
apprit, en discutant avec Mirtandalos, qu'une de ces terraformations tournait mal
depuis qu'un vaisseau de surveillance s'tait cras, et qu'aucune nouvelle n'manait
de l'quipage depuis plus de quatre cent trente ans.

La premire phase d'une terraformation consistait principalement en une phase automatique
ou des artificiels repraient une plante aux caractristiques favorables, s'assuraient
qu'aucune forme de vie dveloppe ne se trouvt  la surface, la morale de l'poque
ne s'encombrait pas de considration envers les espces monocellulaire ou bactrienne,
et, le cas chant, enclenchaient un processus de terraformation. Celui-ci prenant
gnralement des milliers d'annes, l'volution favorable entranait la mise en place
en orbite d'un centre de tlportation pour que la dernire phase soit gre par
une quipe dpche sur place. Parfois mme, si la plante pouvait tre rendue favorable
 l'homme en quelques sicles seulement, et qu'elle tait bien situe, l'humanit
pouvait ternir un peu sa morale et compromettre certaines espces vivantes volues.

Mirtandalos explique  Eutir les dtails de l'exprience en difficult, la perte
de l'observatoire en orbite, quand celui-ci s'est cras  la surface de la plante,
toute rcemment accueillante pour l'homme, dtruisant le seul centre de tlportation
prsent  proximit. La plante en question, beaucoup plus loigne que la majorit
des plantes en cours de terraformation, se trouvait  plusieurs centaines d'annes
de distance d'une autre plante habite  mme de lui envoyer secours, rendant pour
l'instant tout contact avec les ventuels survivants impossible.

En apprenant cette nouvelle de Mirtandalos, Eutir eut l'espoir fou que certaines
personnes de l'quipe ait survcu au crash, et se soient trouves dans les conditions
qu'il avait toujours voulu recrer.

Il fallut attendre encore une vingtaine d'annes avant que les artificiels encore
oprant autour de la plante russissent  mettre en place un nouveau centre de tlportation.
Eutir avait fait part de ses espoirs  Mirtandalos, et tous deux avaient convenu
de garder l'vnement le plus secret possible en attendant de s'assurer de la survie,
ou non, de l'quipe.

Trois lments ont contribu au succs de l'exprience. D'une part, trangement,
les artificiels ont mis un temps dmesurment long pour mettre en place un nouveau
centre de tlportation, ensuite, tous les vaisseaux, sans exception, partis pour
porter secours ont disparu, sans qu'aucune explication ne soit trouve. Toutefois
la perte d'un vaisseau n'avait rien d'exceptionnel  l'poque, il arrivait encore
frquemment que les gnrateurs  fusion s'emballent, ou que des objets spatiaux
reprs trop tardivement n'endommagent la structure des vaisseaux. Les signaux de
secours mettant souvent plusieurs dizaines ou centaines d'annes avant d'tre capts,
il tait souvent bien trop tard pour tenter quoi que ce soit, et nombre de navires
du pass doivent encore voguer aujourd'hui dans l'espace interstellaire...

Le troisime lment ayant permis le succs de l'exprience, le plus important, est
que les clones de l'poque n'taient pas striles. Le clonage tait encore  ses
dbuts, et toute les drives qui ont conduit plus tard  la strilisation des clones
n'avaient pas encore eu lieu.

Ces trois concidences ont contribu  la conscration des espoirs d'Eutir, en plus,
bien entendu, du fait que plusieurs membres de l'quipe aient effectivement survcu
au crash de la station, notamment une femme.

L'esprance de vie de l'poque, sans clonage, avoisinait les sept cent ans. Toutefois,
aprs le crash, dans une partie du continent que vous appelez "Afrique", les conditions
difficiles et les btes froces ont considrablement diminu l'esprance de vie des
quelques survivants.

Quand Eutir et Mirtandalos sont arrivs sur place, une communaut d'une petite cinquantaine
d'individus s'tait forme. Mais, malheureusement pour Eutir et Mirtandalos, les
rescaps initiaux avaient russi  sauver du crash plusieurs appareils sophistiqus,
notamment des armes, biaisant un peu les conditions initiales du jeu tel que le voyait
Eutir. D'autre part, trois des occupants initiaux de la station d'observation taient
toujours vivants, et avec eux toutes les connaissances des techniques modernes.

Eutir fut considrablement frustr par ces lments, et a tent, sans succs, de
convaincre Mirtandalos d'intervenir pour leur retirer toute rfrence aux technologies
avances. Mirtandalos n'avait jamais rellement voulu laisser aller l'exprience.
Il avait accept de ne pas intervenir avant que ne soit constat l'tat des rescaps,
mais il n'envisageait pas de laisser certains de ses collgues, amis mmes, mourir
sous les griffes d'un lion ou de famine.

Finalement, sans que nous sachions rellement comment, Eutir parvint  convaincre
Mirtandalos de redmarrer l'exprience de zro, sur des bases nouvelles. Tous les
rescaps furent donc sauvs,  l'exception de deux enfants, officiellement morts
durant l'opration de sauvetage, en ralit isols dans un endroit tenu secret et
levs par les artificiels.

 partir de cet instant, pour tous, cette plante fut abandonne pour cause d'incompatibilit
avec la prsence d'hommes  sa surface. Dans les faits, Eutir et Mirtandalos travaillrent
le restant de leur vie pour cette exprience. Tout d'abord ils durent prparer la
plante  l'arrive du petit Adam et de la petite ve, le nom symbolique des deux
enfants choisis, en un peu plus de sept jours il est vrai, et ensuite mettre en place
toutes les scurits ncessaires pour surveiller leur dveloppement initial.

Mais tout ne se passa pas comme prvu. Une fois adolescent, Adam et ve ne se privrent
pas de procrer plus que de raison, malheureusement leurs instincts maternel et paternel
taient plus que sommaires, ils dlaissaient rapidement leur procration, et beaucoup
de leurs enfants moururent de faim ou furent purement et simplement abandonns. Pourtant
leur petite communaut humaine atteint rapidement presqu'une centaine d'individus
en moins de quatre-vingt ans, mais aucune structuration vritable n'est apparue ;
ils taient plus un groupe d'ternels enfants qu'une vritable tribu. Des combats
incessants entre les hommes empchaient toute cration d'un ordre social. Tous les
individus restaient dans un tat proche de l'enfance, jouant sans cesse sans volont
de changement. De plus les conditions de vie taient bonnes, et rien n'incitait ces
garons et ses filles  faire plus que les quelques heures de chasse ou de pche
suffisant  subvenir  leur besoin.

Cette constatation n'est pas compltement un hasard. Dj de nombreux thoriciens,
gnralement isols car leurs ides drangeaient, considraient que l'volution initiale
des hommes taient du fait des reptiliens, qui les avaient domestiqus, et pas un
propre mme de l'espce humaine.

Plusieurs nouvelles tentatives, infructueuses, conduirent Eutir et Mirtandalos 
finalement accepter cette vidence. Ils admirent qu'ils n'arriveraient pas  crer
une communaut sans une assistance de leur part. Ils prirent alors le temps de poser
les bases d'une exprience plus complte, plus suivie, plus rflchie. Malheureusement,
un accident lors d'un clonage cota la vie  Eutir, compromettant la poursuite des
expriences. Mais, finalement, Mirtandalos, aprs presque trente ans de prparation,
renouvela alors enfin une fois de plus l'exprience, avec ses propres ides, sans
l'influence directe d'Eutir, ce qui en favorisa sans doute le succs, Eutir ayant
t sans doute un peu trop extrme dans ses ides. Mirtandalos choisit un nouveau
cadre, avec un appui important des artificiels. Un nouvel petit Adam et une nouvelle
petite ve furent choisi parmi les tribus dlaisses qui survivaient a et l. Septime
du nom, Adam et ve, furent placs dans ce qui deviendra plus tard pour vous le jardin
d'den, et votre histoire commena.

Dieu
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Aussi trange que cela puisse paratre, ce sont les artificiels, qui, ironiquement,
ont imagin le concept de Dieu. Quoi qu'imagin est peut-tre un bien grand mot les
concernant. Mirtandalos, alors seul, quelques annes aprs le dbut de l'exprience,
parvient  convaincre quelques uns des meilleurs chercheurs de l'poque de venir
l'assister, toujours en restant le plus discret possible. Une petite quipe de six
personnes est ainsi mise en place, et rflchit aux moyens de rendre l'exprience
fructueuse. C'est dans un brassage d'informations avec l'aide d'artificiels que le
concept d'une entit suprieure, surveillant les faits et gestes des hommes, est
petit  petit considre.

Dans un premier temps, Adam et ve septime du nom voluent dans un petit coin de
paradis, attendant patiemment l'adolescence, sous la surveillance rapproche des
artificiels et de l'quipe, prsente sur place. Le contact frquent avec "l'entit",
qui joue le rle paternel, permet de leur inculquer la notion d'autorit, de la famille
et de l'apprentissage de la langue.

Ce dernier point, qui n'tait pas retenu auparavant, pour laisser les hommes  eux-mmes
et les pousser  dvelopper leur propre faon de communiquer, a finalement t tolr
pour permettre  l'entit suprieure, le Pre, ou "Dieu", par la suite, de communiquer
et d'enseigner Adam et ve.

Finalement, si les ides d'Eutir perdurent un peu au dbut, une marge de plus en
plus importante est laisse  Dieu, et une grande connaissance de la nature est fournie
 Adam et ve, ainsi que toutes les notions de morale qui faisaient cruellement dfaut
 leurs prdcesseurs. Prdcesseurs, qui, d'ailleurs, sont laisss en libert dans
leurs berceaux respectifs, devenant, plusieurs centaines d'annes aprs leur implantation,
des groupes nomades cruels et faiblement organiss.

Toute l'attention des artificiels et de l'quipe est de toute faon concentre sur
les jeunes Adam et ve, qui approchent alors de leur dix-huitime anniversaires.
Cette ve tait toutefois un peu plus jeune, de quelques mois, qu'Adam. Le contrle
de Dieu est principalement laiss aux artificiels, qui le conditionne de manire
trs proche des prcepteurs de l'poque, ajoutant en plus des notions plus approfondies
sur les principes de bien et de mal, ainsi que l'apprentissage de la culture du sol
et la connaissance des espces vivantes et vgtales.

Adam et ve vivent encore alors sous la dpendance quasi-complte des artificiels,
tant sur le plan psychologique et pour subvenir  leurs besoins, mme si les enseignements
leur permettraient de subvenir, thoriquement sans problme, au sein d'un jardin
artificiel comportant suffisamment de quoi leur fournir un rgime alimentaire complet
et vari, en plus d'une protection contre les animaux dangereux ou les maladies.

Pour complter l'ironie, si le concept de Dieu a t inspir par les artificiels,
celui du Diable est sortie de l'imagination d'un chercheur, qui trouvait le temps
un peu long  regarder le jeune Adam et la jeune ve nager en plein bonheur dans
le jardin d'den.

La mise  l'preuve du couple reste trs proche du rcit qu'il en est couramment
fait dans vos cultures,  savoir que le serpent avait t choisi pour reprsenter
le mal, et mettre  l'preuve la morale du couple.

L'chec fut plus que retentissant, beaucoup avait pari sur la discipline d'Adam
et ve, c'tait sans compter sur le caractre bien  elle de la petite ve, bien
plus dvelopp et affirm que la soumission monotone du jeune Adam, peureux  en
mourir de la punition divine.

Il s'avre, aprs coup, que les deux jeunes, choisi alors qu'ils avaient dj presque
trois ans, gardaient une certaine part de leur vie originelle, celle des deux clans
barbares d'o ils avaient t tirs.

Toujours est-il qu'ils mangrent la pomme, et leur dsobissance, en un sens, rsolut
le problme de la transition entre l'tat enfant et l'tat adulte, sur laquelle les
chercheurs n'arrivaient pas  se mettre d'accord jusqu'alors.

Le changement ne fut toutefois pas aussi radical que le laisse suggrer vos crits,
et pendant longtemps Dieu leur vint encore en aide, pour les protger et permettre
 leur petite famille de s'agrandir. Ce qui ne tarda pas. Puis les chercheurs mirent
 nouveau diverses thories  l'preuve avec Can et Abel.

La suite est trs proche de ce qui est dcrit dans l'ancien testament, en partie
rdig, d'ailleurs, par les artificiels. Il est toutefois omis que Can assura sa
descendance avec une fille d'un clan rsultant des premires tentatives, tout comme
la plupart des autres enfants d'Adam et ve, qui furent nombreux.

Toutefois le mlange d'Adam et ve et des anciens clans fut un chec, conduisant
non pas  une amlioration de la situation des hommes par l'influence d'Adam et ve,
et les prceptes qui leur avaient t inculqus, mais plus vers une dgradation progressive,
et une perversit croissante de la petite communaut.

La contribution d'Adam et ve fut tout de mme indniable en ce qui concerne leurs
connaissances de l'agriculture, l'apport du langage et des notions de morale qui
permit tout de mme la cration de la premire vritable communaut humaine organise
sur la Terre.

No
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Il faut souvent plusieurs millnaires avant de stabiliser une terraformation, et
nombre de paramtres sont  prendre en compte pour juger du succs ou nom de l'opration.
La Terre souffrait d'une trop grande variation de temprature entre les diffrentes
priodes de l'anne, et les territoires un tant soit peu loigns des ocans taient
quasiment inhabitables, sauf pour quelques espces adaptes aux conditions extrmes.
Fut alors prise la dcision d'augmenter la quantit d'eau  la surface. Toutefois,
la projection d'immenses mtores de glace dans les ocans, comme sur Stycchia, aurait
pu mettre en pril la survie des communauts humaines prsentes sur Terre, encore
bien peu nombreuses et souvent trs dmunies face aux variations climatiques.

La solution envisage consista alors  dtruire en orbite basse lesdits mtores
de faon  ce qu'ils ne parviennent au niveau du sol que sous forme de pluie.

Toutefois cette solution ne pouvait pas se faire telle qu'elle, d'une part parce
que la monte des eaux allait recouvrir la plupart des terres alors occupes par
les diffrentes tribus, et aussi le bouleversement de l'cosystme ncessitait qu'un
minimum de prcautions dussent tre prises pour assurer la survie d'une bonne partie
des quelques quarante-cinq mille humains prsents sur Terre un peu avant le dluge.

Les chercheurs responsables de l'exprience, encourage par leurs premiers rsultats,
voulurent profiter de cette occasion  plus d'un gard. Tout d'abord ils choisirent
un homme, No, cens incarner le renouveau. Dieu apparut  No et le somma de construire
son arche. La pluie avait alors dj commenc depuis plusieurs semaines, et dans
la ncessit No et ses compatriotes n'attendirent pas plus pour suivre les consignes
de leur Dieu.

La partie la plus avance de la socit humaine se trouvait alors entre le Moyen-Orient
et l'Inde, sur une grande le form d'un grand plateau au large de la pninsule Arabique.
Cette les allant tre recouverte compltement par les eaux, il tait ncessaire
que ses occupants s'enfuient par bateau. L'pisode de l'arche symbolise ce qui s'est
pass  l'poque, en omettant que No ne fut pas le seul  la construire pour chapper
au dluge, mais prs de deux mille habitants de l'le, ainsi qu'animaux et vivres
furent amasss dans six navires gigantesques pour l'poque que les hommes mirent
plusieurs dizaines d'annes  construire. Les pluies incessantes pendant des mois
et des mois inondrent l'ensemble des terres merges avant que l'eau ne soit de
nouveau vacue vers les ocans et les mers. D'autre part la chute invitable de
certains mtores, placs trop prs de la Terre, provoqua de multiples raz-de-mare
et inondations de par le monde. Les bateaux drivrent pendant plusieurs mois, un
peu plus de quarante jours. Trois des naviress furent engloutis par les flots, les
trois autres finirent  des endroits divers, au grs des courants titanesques apparus.
Le bateau de No s'choua dans la Turquie actuelle, sur le mont Ararat, un volcan
culminant  plus de cinq mille mtres. Plus de la moiti des deux milles habitants
de l'le prirent, et les survivants, devenus plus rceptif  la colre divine, appliqurent
 la lettre les recommandations de leur Dieu pendant de longues gnrations.

 cette poque plusieurs autres tribus humaines taient dans un tat plus ou moins
avanc de part le monde. Certaines volontairement laisses livres  elles-mmes,
comme sur le continent amricain ou en Australie. D'autres furent reprises en main
suite  ce dluge, notamment en Asie et en Msopotamie. Beaucoup d'hommes et de femmes
ont pri pendant le dluge, beaucoup plus que prvu, notamment par le caractre incontrlable
des consquences des inondations.

Quelques centaines d'annes avant le dluge, l'quipe de l'poque constatait dj
avec satisfaction l'volution technique des diffrentes communauts humaines. La
connaissance scientifique, certes modestes, touchait nanmoins beaucoup de domaines,
comme les mathmatiques, l'astronomie, l'agriculture, le travail des mtaux. Cependant
beaucoup estimaient alors que la dure de vie des hommes taient un frein  la rapidit
de l'volution, et le dluge fut aussi l'occasion de prparer le raccourcissement
de l'esprance de vie du corps humain, ceci de manire progressive, passant d'environ
900 ans avant le dluge  quelques 120 ans 700 ans plus tard. La consquence fut
rapide et efficace, l'volution technique dcupla, tout comme la croissance de la
population mondiale.

Prsageant de l'volution future, l'quipe dcida d'entreprendre, pendant qu'il en
tait encore temps, divers travaux d'amlioration de l'exprience. Ainsi furent labors
et mis en place tout un ensemble d'apocryphes, traces de civilisations passes, ossements,
restes d'objets anciens, dont beaucoup n'taient que des copies du pass adamien
de l'humanit. Les artificiels s'attelrent  la tche et plusieurs milliers d'annes
furent ncessaires pour accomplir totalement l'illusion du pass de l'homme sur la
Terre.

L'pisode reptilien posa toutefois un problme qui fut rsolut en simulant l'extinction
pure et simple des prcurseurs reptiliens  la surface de Terre. Vos "dinosaures"
n'auraient, sur Terre, pas d'avenir. Pas plus qu'ils n'en ont eu sur Adama, finalement...
Toutefois l'exprience traumatisante de l'pisode reptilien d'Adama fut lude.

Dans les millnaires qui suivirent, l'quipe laissa les hommes voluer avec trs
peu d'intervention. Tous les efforts taient ports sur l'amlioration de l'illusion.
Le dluge avait permis une acclration salutaire de l'rosion, permettant un remodelage
bien plus ais de la surface terrestre. Toutefois l'illusion ne fut parfaite que
grce  un dtail sans lequel l'humanit aurait sans doute but sur beaucoup d'lments
inexplicables ; il y a avait eu de la vie sur Terre, avant l'exprience. Et aussi
surprenant que cela puisse paratre, les restes de cette ancienne vie taient finalement
assez proches de ceux prsents sur Adama, sans que nous puissions rellement l'expliquer.

Quoi qu'il en soit les conditions d'apparition de la vie sur la Terre qui taient
proches de celles d'Adama permirent une adaptation quasi parfaite de l'ensemble de
la faune et de la flore importe d'Adama. Rares furent les terraformations russies
 ce point, d'autant que la prsence d'une lune, proportionnellement proche de celle
d'Adama, rendit les conditions de l'exprience encore plus parfaites.

Secret
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Au fil des millnaires, la population terrestre grandissante et l'volution soutenue
de leur progrs conforta l'quipe, toujours dirige par Mirtandalos, dans la poursuite
de l'exprience. Toutefois la gnralisation des bracelets et la transparence de
plus en plus importante de l'ensemble des connaissances risquaient de compromettre
le futur de la Terre. Mirtandalos pensait que les futurs avis de la Congrgation
naissante ne laisseraient pas les habitants de la Terre comme cobayes.

C'est avec l'un de ses lves, Gualmonape, qu'ils entreprirent de protger l'exprience
Terre. La concentration des pouvoirs de l'poque tait encore forte et c'tait le
moment ou jamais. Il fallait bien sr impliquer le minimum de personnes dans le processus,
et c'est finalement par un biais dtourn que l'opration fut mene.

La campagne consista  promouvoir un systme de sauvegarde des informations transitant
par les bracelets. Cette sauvegarde permettait un accs  toutes les perceptions
des porteurs de bracelet, et reprsentait ainsi une immense archive de l'histoire
de l'humanit. La mmoire humaine tant faillible, l'ide tait de modifier lgrement
la perception enregistre quand l'exprience Terre tait voque. Le prsident du
Conseil de l'poque donna son feu vert pour la mise en place d'un systme de contrle
lui permettant, en cas de ncessit, de slectionner des sujets qui devait tre protgs.

De faon anodine l'exprience Terre fut choisie comme test de validation du systme,
et entra ainsi, un peu  l'insu du prsident, dans l'oubli gnral.

Le perfectionnement du systme, pour traiter en temps rel directement la perception
des porteurs de bracelets, et ainsi ne plus avoir  modifier les souvenirs, fut une
amlioration du principe mene indpendamment de l'exprience Terre, celle-ci bnficiant
simplement de l'avance des techniques, et devenant toujours un peu plus inconnue
de tous.

Ce systme de protection resta port  la seule connaissance du prsident du Congrs,
comme conscration du pouvoir, lui permettant, si ncessaire, d'avoir un moyen d'influencer
les avis. Je ne sais pas s'il a t utilis ou pas. Vraisemblablement il a servi
dans deux cas dont nous avons la certitude qu'ils sont rests cachs  la Congrgation,
un contact avec des hommes de l'Au-del et une tentative de scession d'une plante
recule, ou les "ngociations", ont mal tourn.

Dernirement il fut mme ignor par le chef du Conseil, et Goriodon n'en a eu connaissance
que dernirement, aprs que votre arrive dans la Congrgation ne commence  poser
problme.

Comme l'avait dit navila, la date de mise en place initiale par Mirtandalos et Gualmonape,
remonte  9822 aprs le MoyotoKomo. Ce fut pour l'quipe un grand soulagement, leur
permettant beaucoup plus de latitude dans leurs procds, mme s'ils restaient profondment
attentifs  ne pas dtriorer volontairement la qualit de vie des hommes sur Terre.
Pourtant, je dois avouer que certains membres de l'quipe voudraient encore aujourd'hui
dclencher une guerre nuclaire ou la chute d'un mtorite pour stimuler encore plus
l'innovation.

Dpart
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Peu aprs la mise en place du systme de protection, si l'quipe tait alors globalement
satisfaite de l'volution de l'exprience, plusieurs lments troublaient toutefois
son bon droulement. "Bon droulement" dans le sens des chercheurs, puisqu'en soit
l'volution des hommes avait t laisse libre depuis plusieurs sicles, les principales
interventions remontant au temps d'Abraham. La morale humaine s'effritait nanmoins
de nouveau, et l'avnement de Mose fut l'occasion de remettre un peu d'ordre dans
les rangs humains.

Ainsi furent orchestres les interventions auprs de Mose, les dix commandements,
jusqu' l'avnement de Jsus puis de Mahommet, qui marqurent la fin des oprations
d'envergures.

Depuis dj des millnaires, l'quipe de chercheurs avait pris place sur Terre pour
suivre et coordonner les oprations, cela facilitait grandement la logistique, et
des drones d'observation parcouraient le monde et envoyaient directement leur donnes
au centre, situ sur une le  l'cart de l'Espagne, lieu que vous connaissez sous
le nom d'"Atlantide".

Mais l'volution humaine tait, dj pour l'poque, fulgurante, et la dcision de
quitter la surface terrestre se fit malheureusement un peu tardivement, ne nous pargnant
pas le mythe de l'Atlantide, les statues de l'le de Pques, o nous avions aussi
un poste, ainsi que les dessins Mayas.

Quoi qu'il en soit l'quipe rejoignit alors une station en orbite basse, qui fut
progressivement loigne,  mesure que les lunettes astronomiques progressaient.
La qualit de vie des chercheurs diminua grandement, passant du confort de leur le
paradisiaque au froid mtallique de la station orbitale. Pendant longtemps encore
nombre de chercheurs vcurent la plupart du temps sur Terre, au milieu des populations,
utilisant les tlporteurs pour se rendre dans la station orbitale.

Je suis arriv dans le "labo", c'est ainsi que s'appelait la station en orbite, alors
qu'elle n'tait encore qu'en construction et uniquement partiellement oprationnelle,
en 11367, ce qui m'a valu la chance d'tre slectionne pour le "casting" de Marie,
la mre de Jsus. Rle que j'ai tenu ensuite lors de ses diverses apparitions.

L'intgration du labo s'adjoint de diverses entreprises en vue de l'avenir. Plusieurs
stations de tlportations furent cres sur Terre, dans la mesure o nous envisagions
que prochainement nous ne pourrions plus nous approcher directement de la surface.
Ce dpart marqua aussi la mise en place progressive de la grande barrire lectromagntique.
La Terre tait trs loigne du reste de la Congrgation, toutefois nous craignions
alors que votre volution vous donne bientt accs  des rcepteurs capables de recevoir
les flux d'ondes en provenance de l'activit humaine dans la Congrgation, vous renseignant
sur notre prsence. Il a alors t dcid d'riger, tout autour du systme solaire,
dans ce que vous appelez le nuage de Oort, un filtre lectromagntique, constitu
de l'ordre d'un milliard de milliard de milliard de composants bloquant toutes les
transmissions d'origine humaine. Ce filtre est d'ailleurs  double sens, autant la
Terre ne reoit aucune mission en provenance de la Congrgation, autant la Congrgation
ne reoit aucune mission en provenance de la Terre.

Pour la plupart des membres de l'quipe, l'intgration du labo fut assez pnible,
rduisant considrablement leur qualit de vie. Six des dix-huit membres de l'poque
quittrent l'exprience dans les annes qui suivirent. Il ne furent pas remplacs,
les artificiels tant, de toute faon, dsormais les gardiens de l'exprience ; l'quipe
du labo n'avait qu'un rle de direction et plus aucune implication oprationnelle,
sauf lors des quelques interventions divines organises aprs le Libre Choix, c'est
 dire bien peu.

Le Libre choix fut une priode d'autant plus dure pour nous que travaillant dj
dans l'ombre, nos activits devinrent officiellement illgales et  l'encontre des
rgles de la Congrgation. C'est ainsi que Goriodon ne fut pas mis au courant de
l'existence de l'exprience, et que nous nous transformrent nous aussi, comme l'exprience
elle-mme, en fantmes masqus par les subterfuges des artificiels aux yeux de la
Congrgation.

Ylraw
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Aujourd'hui
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Sarah termine son rcit, navila s'est endormie depuis une bonne heure. Je suis encore
plus interloqu qu'aprs le rcit de la belle Antara,  propos de l'pisode reptilien
d'Adama. Je m'en veux aussi de ne pas avoir plus de prsence d'esprit ! Je suis aussi
vraiment stupide ! Je n'avais pas fait le rapprochement entre Adama, ve, et nos
Adam et ve ! Il faut dire qu'avec leur accent j'aurais bien eu du mal  en deviner
l'criture dans nos langues... Sarah poursuit :

- L'volution de la Terre a t spectaculaire, et elle l'est d'autant plus qu'elle
s'acclre alors que nous avions, aprs le MoyotoKomo, qui correspond plus ou moins
 votre niveau technique d'il y a cent ans, connu un trs fort ralentissement, voire
une rcession dans notre progression technique. Dans ce dernier sicle vous avez
parcouru le chemin qu'il nous a fallut presqu'un millnaire  faire sur Adama. Nul
doute que si l'exprience est poursuivie, d'ici  quelques sicles votre avance
sera proche de notre niveau actuel.

- La Congrgation s'opposera  la poursuite de l'exprience ?

- Si la Congrgation apprend les conditions de l'exprience, et a accs aux dtails
de votre volution, aux guerres, aux injustices engendres par votre mode de fonctionnement,
nul doute que les avis seront majoritairement pour un arrt immdiat de l'exprience
et votre intgration dans la Congrgation.

- Mais cela provoquerait sans doute un choc sur Terre aussi, de savoir que nous ne
sommes que des cobayes.

- Oui, mais quoi ? Je ne sais plus aujourd'hui. Votre monde m'effraie. Il m'effraie
surtout car il me montre le vrai visage de l'homme, un peu le reflet de moi-mme,
qui ait contribu pendant plus de deux mille ans  suivre votre dveloppement, sans
le courage d'intervenir quand la peste, quand la famine, quand la guerre, quand toutes
ces atrocits taient commises. Je crois que j'ai peur d'tre juge, pour a...

J'avoue que je suis moi aussi pensif  ces commentaires. Qu'aurai-je fait, entre
laisser  la Terre l'illusion de la libert, et cette incommensurable curiosit scientifique
de laisser aller les choses sans les perturber, ou stopper tout, donner  chacun
un bracelet et un coin de paradis, et oublier tout a, oublier notre histoire, oublier
nos combats. Et d'une certaine faon nous sommes aussi responsables, nous-mmes,
de laisser ces guerres et ces injustices. Mais en ralit je sais qu'il n'y a pas
 hsiter, la Congrgation et l'intgration de la Terre est le seul choix humain,
et c'est celui pour lequel je devrais me battre, mme s'il dtruit mon monde, mon
histoire, mes rfrences, ma vision des choses, ma vie...

Sarah me sort de mes penses :

- Mais maintenant... Aprs l'attaque de la Congrgation, le fait que nous sommes
perdus, je ne sais pas trop ce qu'il va advenir.

- Vous pensez que nous ne nous en sortirons pas ?

- Je ne suis pas trs optimiste. Nous sommes perdus dans un vaisseau  moiti dtruit
dans un systme inconnu. Notre seul espoir rsidant sur notre capacit  atteindre
l'une des plantes de ce systme et d'y trouver un moyen pour envoyer un message
de dtresse... D'autre part il est  craindre que nous serons considrs comme morts
suite  l'attaque, et que nous serons ractivs avec les dernires sauvegardes, et
personne, jamais, ne se souciera de nous...

Je ralise en effet que ne portant pas le bracelet, la Congrgation n'a aucun moyen
de vrifier si nous sommes encore en vie, et vue notre subite disparition, Sarah
a raison de penser que nous serons considrs comme morts lors de l'attaque de la
station.

- En gros personne ne nous cherchera.

- J'en ai peur...

- Qu'est-ce que c'tait cette attaque, qui est ce gant bleu, est-ce qu'il a un rapport
avec moi ?

- Aucune ide. Je ne sais pas ce que c'est, je ne comprends pas non plus comment
l'attaque a pu se passer. C'est forcment une attaque de l'intrieur de la Congrgation,
des vaisseaux venant de l'extrieur auraient t reprs depuis longtemps...

- Pourtant, ils sont arrivs super vite sur la station, auraient-ils pu utiliser
une sorte de camouflage ?

- Je ne suis pas trs doue dans la science des vaisseaux de combats, mais c'est
sans doute possible... Pourtant il leur a sans doute fallu plus presque cent soixante
ou trois cent vingt ans (cent ou deux cents ans) pour arriver jusqu' Adama, ce serait
assez inquitant si des vaisseaux peuvent aussi facilement traverser la Congrgation
sans que nous ne les dtections...

- Mais qui peut bien vouloir attaquer Adama, et dans quel but ?

- Je ne sais pas, j'avoue que je suis trs perplexe, et puis notre disparition, c'est
incomprhensible... J'ai bien peur que beaucoup de choses ne changent rapidement...
Mais franchement je suis compltement perdue moi-aussi...

Sarah baisse les yeux, elle reste silencieuse un petit moment... Elle n'a pas l'air
dans une grande forme, elle est sans doute plus fragile que je ne le crois. Je garde
mon impression de ma super woman me sauvant ds que la situation ne va pas bien,
mais elle n'est aprs tout qu'un petit brin de femme qui tente de garder la tte
sur les paules, un peu dpasse par les vnements...

- Et, hum,  propos de l'exprience, savez-vous qui me poursuivait et pourquoi, et
pourquoi navila m'a-t-elle donn un bracelet ?

Sarah me regarde avec ces beaux yeux marrons, presque noirs : 

- Non je ne sais pas... Au dbut je suis intervenue car je pensais que des personnes
de la Congrgation avaient infiltr l'exprience, mais...

- C'est sans doute le cas, plusieurs personnes que j'avais rencontres avaient un
bracelet, et ils parlaient la langue de la Congrgation.

- Exactement, toutefois du labo nous n'avons dsormais qu'une vision assez incomplte
de la surface. Nous utilisons vos missions lectromagntiques pour nous ternir au
courant de l'volution. Nous avions ainsi plusieurs centaines de stations rceptrices
dans tout le systme, mais depuis une vingtaine d'annes nous les avions arrtes,
de peur que vous ne les dtectiez. Ainsi nous avions pratiquement un an de dcalage,
le temps que les ondes lectromagntique en provenance de la Terre arrivent jusqu'au
nuage de Oort.

- Vous n'avez pas d'autres observatoires ?

- Non, si ce n'est que quand nous avons suspect la prsence de membres de la Congrgation
sur Terre, nous avons envoy en orbite rapproche un satellite d'observation. Mais
nous devions rester prudent, celui-ci avait tout de mme t dtect sur Terre, mme
si vous le considriez comme un petit astrode, une nouvelle lune, captur par la
gravit terrestre, ou un simple dbris de vos prcdentes sorties dans l'espace.

- Ah oui j'avais lu un truc l-dessus.

- Au dbut nous vous avions identifi comme une personne de la Congrgation, principalement
parce que vous aviez un bracelet. Puis il s'est avr que plus vraisemblablement
vous tiez poursuivi par des membres de la Congrgation, dont vos dplacements mettaient
en pril leur couverture. C'est alors que je suis intervenue pour vous donner un
coup de main, mais j'avoue que le but tait simplement de faire sortir de leur tanire
les membres de la Congrgation.

- Mais comment sont-ils arrivs sur Terre ?

- Nous l'ignorons, toujours est-il que plusieurs centres de tlportation avaient
t construits, et peut-tre d'anciens chercheurs, ayant officiellement quitt le
labo, sont en fait retourns vivre directement sur Terre, notamment au moment o
nous avions transfr l'quipe en orbite, ou plutt aprs le Libre Choix, beaucoup
ne supportant pas l'ide de rester enferms dans une retraite ternelle. Cela expliquerait
en partie, d'ailleurs, les raisons de votre volution spectaculairement rapide.

- Mais a veut dire que l'exprience est fausse, alors ?

- C'est difficile  dire, d'autant que nous ne savons pas combien de personnes de
la Congrgation se trouveraient sur Terre, a priori ce ne seraient que quelques unes,
quelques dizaines tout au plus, et il est difficile de croire qu'une dizaine de personnes
puissent rendre l'exprience sans intrt. Mais leur prsence reste un problme majeur,
c'est vrai. Enfin jusqu'au moment o la Congrgation sera au courant, car alors je
pense que l'exprience n'aura plus lieu d'tre.

- Vous m'avez aid juste pour qu'ils ne m'attrapent pas, alors ?

- Oui...

- Pourtant  la fin nous nous sommes tout de mme fait capturer, par ces six gars
tranges.

Sarah rflchit un instant.

- Je n'tais plus l. J'avais suffisamment d'informations pour prouver la prsence
de personnes de la Congrgation, il me fallait alors convaincre l'quipe et trouver
un moyen de les reprer et de les faire quitter la Terre.

- Et cette lune o nous nous sommes rendus, o est-ce ? C'est une partie qui dpend
du labo ?

- Non. J'avoue que je n'ai aucune ide d'o se trouve cet endroit. Je pense que c'est
le moyen qu'a utilis navila pour se rendre sur Terre, mais a ne ressemble pas
 une des plantes rebelles. Ou alors c'est simplement une dfaillance des tlporteurs
entre la Terre et Stycchia, de tels phnomnes ont dj eu lieu dans le pass, ou
le tlporteur de sortie connat un dysfonctionnement qui provoque un rve commun.

navila dort toujours profondment.

- Vous pensez qu'on peut la rveiller ?

- Je pense qu'elle ne dira rien, surtout si on la rveille.

Je suis plutt de l'avis de Sarah.

- Que s'est-il pass sur Terre depuis notre dpart ?

- Je n'ai pas beaucoup suivi, j'ai surtout tent de faire pression sur Goriodon pendant
cette priode. Les tats-Unis ont attaqu l'Irak pour rcuprer les stocks de ptrole.
La plupart des pays taient contre, hormis ceux soudoys par les tats-Unis, bien
sr... Il y a eu diverses attaques terroristes en reprsailles. Une navette spatiale
a encore explos. Le plus important tant sans doute les progrs rapides qui sont
faits dans le domaine du clonage.

- Une nouvelle guerre en Irak ? Whouah... Et, quelle date sommes-nous sur la Terre
?

- Juillet 2003.

Juillet 2003, sept mois se sont donc couls depuis mon dpart. Je n'tais pas trs
loin du compte avec mes cent quatre-vingt douze jours.

- Et... Donc l'histoire de Yacou et truc tait invente par les artificiels pour
protger l'exprience ?

- Oui.

- Mais pourquoi n'a-t-on pas t reformat lors de notre tlportation sur Adama
?

- Difficile  dire, ce sont les artificiels qui contrlent tout a. Ils ont sans
doute jug que de vous crer une nouvelle personnalit tait dangereux, surtout que
cette opration est loin de fonctionner tout le temps.

- En discutant avec mon prcepteur il m'avait dit que c'tait impossible, ensuite
Symestonon a dit que a l'tait.

- Disons qu'ils ne savent pas partir de zro, ils utilisent une personnalit existante
et par le biais de rves contrls, ajoutent des souvenirs supplmentaires. Mais
a reste dlicat, une fois sur deux la personne ralise que ce sont des rves et
pas ses propres souvenirs, et c'est d'autant plus prilleux que changer la mmoire
d'une personne sans changer son apparence physique ncessite aussi un travail important
sur la personnalit importe. Dans la pratique a ne marche pas trs bien, en tout
cas pas en quelques jours, il faut souvent plusieurs essais et beaucoup plus de temps
pour rendre l'opration russie.

- Et Naoma, que lui est-il arriv ?

- Aucune ide, je n'ai pas regard plus en dtail le problme, mais de toute vidence
elle a t envoye autre part. Je pense que l'explication des artificiels lors du
Congrs comme quoi elle n'tait qu'un personnage virtuel est une consquence de sa
disparition, et pas une volont initiale des artificiels, sinon ils vous auraient
logiquement tous fait disparatre.  moins qu'il y ait eu un dysfonctionnement. La
protection de l'exprience Terre n'a jamais vraiment t mise  l'preuve  grande
chelle. Jusqu' votre apparition, elle consistait principalement a crer une vie
factice aux chercheurs du labo, et  dmentir les dires d'anciens chercheurs qui
parlent trop. Il faut bien garder  l'esprit que les artificiels ne sont pas une
unit, ils reprsentent un ensemble complexe, dont chaque lment agit plus ou moins
selon ses principes de base. Un peu comme le corps humain. Chaque cellule  son fonctionnement
propre, et c'est l'ensemble des cellules qui donne une impression de cohrence, mais
localement un cellule n'a qu'une faible influence sur le tout. Peut-tre que la cellule
de protection de l'exprience Terre n'tait pas rellement oprationnelle compltement,
et qu'elle rentre en conflit avec d'autres entits artificielles, crant les soubresauts
que nous avons connus. Peut-tre devriez-vous tous tre dtourns entre Stycchia
et Adama, et qu'une opposition interne des artificiel s'est solde par la disparition
de Naoma uniquement...

- Donc Naoma aurait t tlporte ailleurs ?

- C'est ce que je pense, il est difficile  croire qu'elle ait juste disparu. Mais
dans la mesure ou les artificiels se sont servis de sa disparition pour tenter de
protger l'exprience, il est difficile de savoir ce qu'il en est rellement. Nous
pourrions la rintgrer avec ses donnes dans un nouveau clone, mais un peu comme
pour nous, ce serait considrer que nous avons rellement disparu, alors que nous
sommes coincs ici.

- Mais... a a d arriver souvent, non ? Que des personnes disparaissent, soient
clones en pensant qu'elles sont mortes, puis s'avrent en ralit toujours en vie
?

- Oui c'est arriv et a arrive encore. Toutefois la rgle est d'attendre cent annes
d'Adama avant de ractiver la dernire sauvegarde, a permet gnralement de ne pas
faire d'erreur.

- Et il se passe quoi quand une personne dj clone rapparat subitement ?

- Rien de spcial, elles deviennent deux personnes diffrentes. La Congrgation est
suffisamment grande pour que cela ne pose pas de problme particulier.

- Mais... Et si elle avait des enfants, une femme, un mari ?

- Et bien, que pouvons-nous faire ? Nous ne pouvons pas simplement tuer le clone
! C'est un peu comme si la personne retrouvait un frre jumeau. D'autre part si la
personne rapparat aprs qu'elle ait t dclare perdue, c'est souvent au moins
cent soixante ans plus tard, les enfants seront grands, et son ancienne compagne
sans doute avec un autre.

- Et...

Sarah me coupe.

- On devrait dormir. Je suis fatigue, et en plus notre rserve d'oxygne et limite
et le systme de retraitement de l'air a t touch dans le choc, mieux vaut ne pas
trop le mettre  l'preuve. Une fois plus proches des toiles binaires, nous auront
plus de latitude.

Sommeil
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Sarah place correctement navila dans sa capsule et en commande la fermeture. Le
verre devient opaque et on ne distingue plus rien de l'intrieur. Elle me demande
de m'allonger moi aussi dans ma capsule, je lui demande simplement si elle peut me
laisser vingt minutes, avant de m'endormir, le temps que je mette un peu les choses
au clair dans ma tte.

Dans le noir complet de ma capsule, je me rappelle toutes mes aventures. J'ai toujours
du mal  croire ce qu'il m'arrive, perdu au milieu de l'espace, dans un petit vaisseau,
aprs une attaque digne des meilleurs films de science fiction... La Terre n'est
qu'une exprience... Est-ce que j'ai toujours envie d'y retourner, maintenant ? Je
crois que je suis perdu dans tous les sens du terme, perdu au fin fond de l'espace,
perdu dans ma tte, et perdu, aussi, parce que les chances pour que l'on s'en sorte
sont bien minces...

Je m'endormirai avant mme que les vingt minutes accordes par Sarah ne soient coules,
m'enfonant dans les rves d'un futur incertain, maintenant plus que jamais...

Rveil 3
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Dimanche 20 juillet 2003
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Tout est noir.

Pourtant, je crois... Mes yeux sont ouverts.

Je suis ptrifi, il fait un froid glacial. Je me trouve dans l'eau... Non, un liquide
visqueux. Je le sens jusque dans mes poumons. Je ne respire pas. Je ne le peux pas.
Je ne peux pas bouger. Mes membres ne rpondent pas. Est-ce que je suis mort ?

Comment puis-je voir et penser si je suis mort ? Aurait-on une me qui reste emprisonne
 jamais dans notre corps, dans notre tombeau, une fois le trpas ?

Mon esprit vague... Le temps s'coule... Mais le temps s'coule-t-il ? Comment le
savoir ?

Je ne me rappelle pas. Pourquoi suis-je ici ? Je ne me rappelle pas. Qui suis-je
? Non... Je ne me rappelle de rien, de rien. Pourtant...  Pourtant j'ai des images,
des images d'arbres, de voitures, de maisons, de personnes. Je sais que je suis un
homme, je me vois, je me reprsente. Mais le suis-je toujours ?

Je sens le froid. C'est bien que je suis vivant, si je sens le froid glacial qui
enveloppe mes membres. C'est bien que je suis vivant, mais alors que se passe-t-il
? Les morts sentent-ils le froid ?

Ai-je quitt mon monde ? Suis-je dans l'au-del ?

Je ne peux pas rester l.

Je dois bouger.

Je dois bouger... J'ai besoin de bouger.

J'ai BESOIN de bouger !

Oh, oui... Douce chaleur.

Douce chaleur aide-moi ! Douce chaleur... Aide-moi... Oui...

Oui... Je la sens, je la sens au plus profond de mes muscles, un frmissement. trange
sensation, est-ce le froid qui me brle ? Non, c'est autre chose.

Chaleur... Rveille mon corps...

C'est si long... Est-ce que je rve ? Est-ce que la mort n'est peuple que de rves
de vie qui revient ?... Pourtant je pense, ne suis-je pas alors ?... Oh... Tout est
si calme...

Tout est si calme...

Du temps, toujours, mais combien, l'ternit ?

Non ! Je ne resterai pas l... Voil dj bien trop longtemps que j'attends, combien
d'heures ai-je attendu, combien de jours ! Il suffit ! Corps !  Rveille-toi ! Corps
! Bouge ! Oh oui chaleur, viens, viens !

Un soubresaut ! Oui un soubresaut ! Je suis vivant ! Vivant !

Chaleur ! Mes mains, lentement, se ferment... Ah... La force revient... Un gmissement,
un long gmissement interne, touff par le froid et le nant...

Du temps, encore.

Je bouge. Dans une course si lente que je me demande encore si ce n'est pas mon esprit
qui me trompe, que je suis toujours immobile et mort.

Mais non. Je touche une paroi. Ma main glisse lentement le long. Je suis dans un
tube, j'en tte le contour.

Du temps passe, encore et toujours, mon esprit s'vade et revient. Il ne reste pas,
il ne se maintient pas. Il me faut plus de volont.

Non ! C'en est trop ! Finissons-en ! Corps ! Corps ! Je n'en peux plus d'attendre
!

Plus de concentration, plus de chaleur, plus de force. Je bouge plus, plus facilement,
plus rapidement. Je respire ce liquide visqueux. Il me brle. Je tape contre les
parois. Je tape de plus en plus, de plus en plus fort, de plus en plus souvent.

La force revient, augmente, me parcourt, je brle... Une lueur ! il y a une lueur,
une lueur bleu-verte. Mes yeux se sont-ils habitues ? Ou plutt retrouvai-je lentement
mes sens, mon toucher, ma vue, mon oue. Je sors comme d'un brouillard. Je distingue
les parois, mon corps nu.

J'acclre, mes mouvements deviennent plus qu'un supplice, mes membres me brlent,
mes poumons, j'ai besoin d'air, j'ai besoin d'autre chose que cette immonde viscosit
en moi !

Cette douleur, cette brlure,  la fois un martyr et un rconfort. Tout s'emballe,
je ne pense plus qu' une seule chose, sortir, sortir ! Je frappe, toujours, toujours
plus vite ou plus fort. Je parviens  me recroqueviller, et alors en cette position
exerce une pression sur les parois en tentant de me redresser.

Je ne crois pas avoir jamais t dans un tel tat, empli de tant de force et pourtant
si proche de la rupture. Mon corps est tendu pendant plusieurs minutes. La sensation
de chaleur est terrible. La lumire s'est amplifie, et le liquide commence presqu'
bouillir. Est-ce que c'est moi ? Est-ce que c'est la pression externe ? Ai-je cr
une faille, une aspiration ? Je ne sais, mais qu'importe, j'ai la force de sortir.

Tout ne fait qu'aller de l'avant, comme s'il n'y avait pas de limite, la brlure,
la tension, la force, la volont.

Les parois cdent, le tube explose, je me redresse, la tension retombe, je vacille,
tombe, percute un objet dur et roule sur le ct.

Je ne reste pas longtemps sans connaissance, je m'touffe, ce liquide qui remplit
mes poumons me fait reprendre conscience. Mais tout a chang, j'ai tant de mal 
faire le moindre geste. Je parviens pniblement  me tourner sur le ct pour cracher,
tousser, vomir, liminer de moi ce liquide jauntre,  la fois dans mes poumons et
mon ventre. Mon corps est parcouru de hocquets... C'est une longue agonie qui se
termine finalement par une profonde et sonore inspiration d'air.

Je me rallonge sur le dos, puis... Une faible lueur claire la pice. Je distingue
le tube pench d'o je suis tomb, me blessant  la jambe dans ma chute, et un autre
tube  ses cts que j'ai percut. Le liquide visqueux s'est rpandu sur le sol,
je nage dedans. Encore d'autres tubes identiques se trouvent de l'autre ct de celui
 la paroi dchire o j'tais enferm. C'est une grande salle, ronde. Je n'ai pas
la force ni la volont de bouger pour en voir plus.

Quelques minutes passent, j'ai mal partout, je n'ai toujours pas de souvenirs, je
ne sais pas comment je suis arriv l. Je ne me rappelle de rien, rien de mon pass,
quelques rves simplement, sans doute datant de mon sommeil dans ce tube.

Il fait froid. Je reste allong,  moiti tourn, nu, haletant mon mal, laissant
mon esprit s'embrumer. Point de bruit, pesant silence m'entranant dans un nouveau
sommeil...

Annexes
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Table de correspondance
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Unit
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|	Unit d'Adama | Correspondance terrestre | 
------------------------------------------------------------------------        
    

| 1 tri | 6^3 = 216 | 

| 1 quadri | 6^4 = 1296 | 

| 1 bi-quadri | 6^8 = 1,679.10^6 | 

| 1 tri-quadri | 6^12 = 2.177.10^9 | 

| 1 quatri-quadri | 6^16 = 2,821.10^12 | 

| 1 quinto-quadri | 6^20 = 3.65.10^15 | 

| 1 sexto-quadri | 6^24 = 4,74.10^18 | 


Unit de temps
--------------


|	Unit d'Adama | Correspondance terrestre | 
------------------------------------------------------------------------        
    

| 1 jour | 27 heures | 

| 1 an (519 jours) | 1,6 ans (583.9 jours) | 

| 1 sixime | 87 jours (84 pour le dernier de l'anne) | 

| 1 petit sixime | 14 ou 15 jours | 

| 1 trente-sixime (de jour) | 45 minutes | 

| 1 sixime de trente-sixime | 7 minutes 30 secondes | 

| 1 petit sixime de trente-sixime | 1 minutes et quinzes secondes | 

| 1 trs petit sixime de trente-sixime (un trime) | 12 secondes | 

| 1 quadrime (de trente-sixime) | 2 secondes | 

| 1 bi-quadrime (de trente-sixime) | 1,6 millimes de secondes | 


Unit de distance
-----------------


|	Unit d'Adama | Correspondance terrestre | 
------------------------------------------------------------------------        
    

| 1 pierre | 80 cm | 

| 1 tri pierres | 172,8 m | 

| 1 quadri pierres | 1026,8 m | 

| 1 bi-quadri pierres | 1343,7 km | 

| 1 tri-quadri pierres | 1,741 million de km | 

| 1 quatri-quadri pierres | 2,26 milliard de km | 

| 1 quinto-quadri pierres | 0,309 anne-lumire | 

| 1 sexto-quadri pierres | 400,95 annes-lumire | 


Chronologie
-----------


|	vnement | Anne Adamienne (par rapport au
MoyotoKomo) | Annes terrestres (par rapport 
Jsus Christ, approximation) | 
------------------------------------------------------------------------        
    

| MoyotoKomo | 0 | -18000 | 

| Tlportation | 3125 | -13000 | 

| Exprience Terre | 6374 | -8000 | 

| Teegoosh au pouvoir | 11445 | 300 | 

| Naissance de Pnople | 11734 | 576 | 

| Libre Choix | 11749 | 600 | 

| Ylraw sur Adama | 12624 | 2003 | 
